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Septembre 2019
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2019 DDCT 133 - Subvention (8.000 euros) à la Coordination nationale des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, au titre du droit des femmes.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2019


 

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint, président. - Nous allons maintenant examiner le projet de délibération DDCT 133.

La parole est à Mme Nawel OUMER.

Mme Nawel OUMER. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, dans la continuité des débats du précédent projet de délibération, je souhaitais que l?on puisse évoquer ce projet de délibération, et plus particulièrement la nécessité de toujours préserver, maintenir et lutter pour que le droit à l?avortement reste un droit et un acquis pour les femmes. Lors de l?hommage rendu par notre Assemblée, la Maire de Paris a rappelé que le Président Jacques Chirac avait été le Premier Ministre du Gouvernement qui avait légalisé l?avortement. C?était en 1975. Je vous livre une citation que vous connaissez tous : "N?oubliez jamais qu?il suffira d?une crise politique, économique ou religieuse, pour que le droit des femmes soit remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis". 44 ans après la promulgation de la loi Veil, la justesse de l?avertissement de Simone de Beauvoir peut malheureusement se vérifier dans le monde entier, y compris en France.

Vous l?avez rappelé à plusieurs reprises dans vos interventions précédentes, des millions de femmes et d?hommes se sont mobilisés pour acquérir ou pour préserver ce droit : en Espagne, il y a trois ans, puis en Pologne l?année suivante, en Irlande en 2018. Et maintenant, c?est au tour des Argentines et des Américaines. Aujourd?hui, une vingtaine de pays interdisent totalement l?I.V.G. Une petite cinquantaine seulement autorise l?I.V.G. sous conditions. Enfin, seulement, aussi, 58 pays autorisent l?avortement sans condition. Ainsi, si ce droit ne semble pouvoir être remis en cause en France, il demeure contesté et sa mise en ?uvre est encore entravée aujourd?hui : d?abord, par la suppression de 130 centres d?I.V.G. en 15 ans ; puis, par la baisse des subventions au planning familial ; et aussi au quotidien, lorsque les professionnels de santé font jouer leur clause de conscience.

Cette année encore, des milliers d?opposants à l?avortement ont défilé à Paris contre "la banalisation de l?I.V.G.". Qui a déjà connu cette procédure et peut encore dire, aujourd?hui en 2019, que c?est un acte banal ? Ce n?est jamais le cas pour aucune femme qui pratique cet acte et doit subir cette épreuve. Parce que cela reste une épreuve. C?est un droit, mais cela reste une épreuve. Quand je fais le tour du monde de ces combats et reviens en France où c?est un droit sans condition, fort heureusement depuis 44 ans, il me semble nécessaire néanmoins de rappeler quel est notre rôle aujourd?hui dans une collectivité comme la nôtre : c'est de continuer la bataille culturelle. Parce qu?aujourd?hui, lorsque l?on parle de banalisation de l?I.V.G., c?est que la bataille culturelle n?est pas gagnée. Précisément, ce projet de délibération nous place au c?ur du sens de notre action en tant que collectivité, en tant qu?élus agissant auprès des associations, auprès de tous les acteurs impliqués dans le quotidien de nos concitoyennes pour faire entendre le fait que ce droit est absolu pour les femmes, qu?elles doivent en être informées, qu?elles ne doivent pas être découragées. C?est tout le sens de notre action à notre niveau.

Aujourd?hui, c?est pour cela que nous devons continuer à combattre : qu?elles aient cet accès, qu?elles se sentent libres de faire ce choix si elles le souhaitent et qu?il ne soit jamais remis en cause. Merci.

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint, président. - Je vous remercie. La parole est à Mme Hélène BIDARD.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Merci beaucoup, chère Nawel OUMER, et du coup, Léa FILOCHE, qui a parlé juste avant. J?en profite.

Samedi dernier, le 28 septembre, les associations ?uvrant pour les droits des femmes étaient dans la rue à l?occasion de la "Journée internationale pour le droit à l?interruption volontaire de grossesse". Ce droit élémentaire pour les femmes, celui de choisir sa maternité, quand et avec qui elles le souhaitent, celui de disposer de son corps, est encore à conquérir dans de très nombreux pays où il reste illégal, même en cas de viol ou d?extrême danger pour la vie de la mère. Ce droit est menacé par la montée de forces d?extrême droite et des conservatismes religieux en Italie, malheureusement, en Pologne, en Hongrie, au Brésil ou encore aux Etats-Unis, où des hommes populistes se font les porte-parole des conceptions les plus réactionnaires sur les droits des femmes à leur corps et leur famille.

Paris est solidaire des combats des femmes pour l?accès de toutes à un I.V.G. libre et gratuit dans le monde. Ce droit est à défendre dans les pays où il existe, France comprise, également contre les politiques d?austérité. Pourquoi ? En France, une femme sur trois - c?est un chiffre stable à ce jour - a recours à une I.V.G. dans sa vie. Pourtant, le nombre de centres d?I.V.G. a été réduit drastiquement dans notre pays. 130 fermetures en 10 ans. 40 % des maternités ont fermé en quelques années. Très souvent, des centres d?I.V.G. leur sont accolés. La possibilité du choix entre les méthodes se réduit parce que les informations ne sont pas données aux femmes en temps et en heure, parce que les cadences et l?organisation du travail dans les hôpitaux rendent difficiles la pratique des trois méthodes possibles pour avorter. C?est une question qui se pose à Paris, même s?il faut bien reconnaître notre chance d?être notamment doté de 22 centres de planification et d?éducation familiale, qui accueillent et accompagnent les femmes dans leur choix. Paris est engagé, aux côtés des personnels de santé, des associations et des femmes, pour défendre la qualité du service public et l?accès de toutes aux trois méthodes, dans les conditions de dignité que peut offrir un pays développé, c?est-à-dire avec des personnels formés et en nombre suffisant.

C?est en rappelant son attachement au droit à la contraception et à l?I.V.G. que nous avons, à Paris, rendu hommage, il y a très peu de temps, en présence du Professeur René FRYDMAN et de l?historienne Michelle PERROT, au Docteur Pierre Simon, médecin, gynécologue obstétricien, pionnier de l?accouchement sans douleur, cofondateur du mouvement français pour le planning familial en 1956, dont les combats aboutirent en 1967 au vote de la loi Neuwirth légalisant l?usage des méthodes contraceptives, qui fut aussi l?un des maîtres d??uvre de la loi Veil en 1975. Je me disais alors que le meilleur hommage de cet allié des droits des femmes était de poursuivre sa recherche obstinée du progrès humain. Voici trois avancées, à mon sens, à conquérir pour les droits des femmes à disposer d?elles-mêmes : la suppression de la double clause de conscience spécifique sur le droit à l?I.V.G., l?extension du délai de recours à l?I.V.G. pour passer de 12 à 14 semaines, et l?inscription de ce droit parmi les droits humains inaliénables listés dans le préambule de notre constitution.

La Coordination des associations pour le droit à l?avortement et à la contraception, la C.A.D.A.C., que nous finançons par ce projet de délibération, est une structure nationalement reconnue pour la défense des droits des femmes, leur droit sur leur corps et maîtriser pleinement leur fécondité. Elle participe ainsi à faire vivre une culture de l?égalité à Paris. Elle participe à la mobilisation des Parisiennes et des Parisiens autour du droit à la contraception et à l?I.V.G. avec les autres associations, notamment aussi dans le cadre du 8 mars, la "Journée internationale de lutte pour les droits des femmes". Je vous propose ici de subventionner l?action de la C.A.D.A.C. pour un montant total de 8.000 euros. Je vous remercie encore de votre intervention.

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint, président. - Je vous remercie.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DDCT 133.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DDCT 133).