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Septembre 2019
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Conseil Municipal
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2019 DASES 238 - DLH - Conventions avec l’association AURORE - Mise à disposition par la Ville de Paris de l’espace de repos et de répit Porte de la Chapelle (18e) et subventions de fonctionnement et d'équipements (145.000 euros).

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2019


 

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DASES 238 - DLH concernant des conventions avec l?association "Aurore" pour la mise à disposition de l?espace de repos et de répit porte de la Chapelle.

La parole est à Mme PAWLIK.

Mme Déborah PAWLIK. - Merci, Madame la Maire.

Mois après mois, année après année, la porte de la Chapelle est un peu devenue la grande oubliée du territoire parisien, et ses habitants, les principaux laissés-pour-compte. Ce quartier est devenu tristement célèbre pour sa colline du crack, ses campements à ciel ouvert coincés entre le périphérique et l?A1, où la misère rivalise avec la violence. Cet espace s?est transformé en quelques années et est désormais le point névralgique du crack à Paris, qui emmène avec lui des femmes et des hommes véritablement jusqu?aux portes de l?Enfer. Le crack a envahi les sous-sols, les parkings, les squares de notre ville et, évidemment, tue au quotidien.

Face à ce fléau nous avons accueilli avec impatience et espoir le "Plan de mobilisation cordonnée de lutte contre le crack", un plan rassemblant tous les acteurs : l?Etat, la Ville, la MILDECA, la Préfecture, le Parquet. Bref, un plan que nous avons soutenu en mai dernier. Nous soutiendrons aujourd?hui l?application de son action n° 12, à savoir la création d?un lieu de repos pour les consommateurs à la Chapelle. Et ce, pour deux raisons.

Premièrement, il faut protéger et accompagner les toxicomanes. Les protéger en leur permettant tout simplement de trouver un peu de répit. C?est d?ailleurs le titre de ce projet de délibération. Quelques heures de repos, des soins d?hygiène de base. Les accompagner également parce qu?il s?agit aussi de les encourager vers un parcours de soins. Il ne faut pas être naïf : ces "invisibles de la Chapelle", comme on les appelle régulièrement, échappent à de nombreux dispositifs existants. Donc, espérons que cette salle permette au moins de les regarder à nouveau.

Deuxièmement, il s?agit aussi de préserver l?espace public et d?en limiter les troubles. C?est impératif puisque, là aussi, on sait très bien que ce trafic, cette consommation entraîne avec elle son lot de violences.

Je dirais : pourquoi ne pas essayer cette salle de repos ? Mais on ne peut pas en rester là. Puisque installer une salle sans suivi, sans retour d?expérience et sans autre dispositif adjacent, ne servira évidemment à rien. En la matière, je dois dire que je trouve le projet de délibération un peu timide sur le sujet. J?attends donc des éléments de réponse précis, tangibles, Madame SOUYRIS, sur le suivi et les autres dispositifs envisagés.

Par ailleurs, la question de l?affluence possible inquiète et m?inquiète particulièrement. Seules 28 nuits seront, en effet, mises à disposition, alors que la seule colline du crack rassemble à elle seule plus d?une centaine d?occupants chaque jour. Il y a donc un risque de saturation immédiate du dispositif. En la matière, je dois tout de même dire que Mme la Maire de Paris a beau jeu de se rendre sur la colline du crack toutes les semaines, mais elle ferait mieux de mettre les moyens utiles là où il y a évidemment un manque aujourd?hui.

De la même manière, je suis inquiète, en tout cas dubitative, quant aux modalités de fonctionnement de la salle et au personnel présent. Il me semble, en effet, que seules quatre infirmières seront sur place. Si l?objectif est aussi de pouvoir accompagner les toxicomanes dans une démarche de soins, cela semble bien peu. Donc, a minima, un partenariat avec l?A.P.-H.P. devrait être envisagé. Là aussi, j?aimerais vous entendre, Madame SOUYRIS, sur le sujet.

Pour terminer, il faut aussi ouvrir les yeux sur les racines de ce fléau, à savoir le trafic. La technique des dealers est finalement bien rodée : exploiter la misère, donner gratuitement ses premières boules de crack pour, ensuite, faire tomber les primo-consommateurs dans un engrenage infernal. Nous le savons tous. Il est impératif et plus que jamais nécessaire de continuer à aller de l?avant sur la lutte contre les trafics. Je tiens à saluer l?action des forces de l?ordre et du Préfet de police en la matière, qui ont mené, depuis le début de l?année, pas moins de 430 opérations contre les dealers dans le quartier de la Chapelle. Et puis, il faudra résorber les causes de la situation actuelle, si difficile à la Chapelle, en menant une large reconquête de l?espace public, la condition sine qua non pour que la situation puisse être de nouveau apaisée.

Malgré ces réserves, nous voterons ce projet de délibération puisque c?est un pas, certes modeste, mais un pas quand même. Nous sommes attentifs à cette question et aurons un suivi tout particulier sur le fonctionnement de la salle de repos.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Merci.

Je vais donner la parole à Mme PREMEL.

Mme Danièle PREMEL. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, sur ce projet de délibération, essayons de dépasser les images stéréotypées et les amalgames. Cette action ne se situe pas dans la problématique des réfugiés et de leur accueil, ni dans celle de la consommation des différentes drogues sur l?ensemble du territoire parisien. On parle, dans ce projet de délibération, d?une démarche médico-sociale particulière envers un public poly-consommateur, en errance aux alentours de la Chapelle. La prise de position sur ce projet de délibération doit être prise à partir de son objet et des modalités proposées, et non pas d?utiliser ce projet de délibération comme une tribune pour d?autres motifs.

Devant ces vies brisées, ces errements dans l?espace public, ces tensions et agressivités à la porte de la Chapelle, nous devons imaginer une solution, une action qui prenne en compte la problématique des poly-consommateurs de drogues, notamment du crack, et le quotidien difficile et parfois insupportable des populations de ces quartiers. Les seules évacuations des campements, les seules propositions d?hébergement ont montré leurs limites, car ces hommes et ces femmes drogués et en errance n?ont plus de lien social, sauf dans une relation de dépendance avec leurs revendeurs.

L?Observatoire français des drogues et des toxicomanies note ainsi que l?existence d?un système d?échange entre toxicomanes et vendeurs est parfois perçue comme de l?entraide. Cette relation se fonde sur un certain sentiment de communauté et de solidarité qui existe entre les usagers et leurs dealers. Ne laissons pas le seul lien social de proximité aux dealers. C?est tout l?enjeu de l?espace repos. Répondre en proximité aux dégradations de l?état de santé, à retrouver un lien social d?écoute et au besoin de repos, est non seulement une action au bénéfice de ces personnes poly-consommatrices, mais vise à constituer une autre relation aux autres et à l?environnement. N?opposons pas les aides aux actions envers un public consommateur de drogues et le but de regagner un espace public serein.

Pour se prononcer sur ce projet de délibération, refusons les démagogies. Ayons le courage politique de dire que la drogue et l?immigration ne sont pas la même chose, comme on l?a laissé trop souvent entendre. Oui, nous soutenons le travail de la Ville de Paris qui, malgré la faiblesse des interventions de l?Etat, ?uvre au quotidien pour que les Parisiennes et les Parisiens puissent vivre au maximum en tranquillité.

Le groupe Communiste - Front de Gauche votera ce projet de délibération qui répond à une approche sanitaire et sociale, tout en visant un espace public et un environnement à la Chapelle moins difficile pour les familles qui y habitent. Je vous remercie.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Merci, Madame PREMEL.

Madame ATALLAH, vous avez la parole.

Mme Marie ATALLAH. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, en juillet dernier, nous avons adopté un projet de délibération portant sur l?ouverture d?un espace d?accueil et d?hébergement d?urgence pour consommateurs de crack en errance, un "sleeping" ouvert 24 heures sur 24, à proximité des Jardins d?Eole, qui constitue l?un des points de fixation des usagers de cette drogue dans le Nord-Est parisien. Etant donné la saturation du "sleeping" en l?espace de deux mois, le présent projet de délibération pour la création d?un nouvel espace de repos et de répit, ouvert la journée, au plus près des consommateurs de crack de la colline, nous semble être une excellente nouvelle pour prendre en charge la situation d?urgence sanitaire et sociale de ces publics.

Ce nouvel espace s?inscrit dans une logique de réduction des risques et des dommages - ne nous trompons pas d?objectif - puisque ce lieu permet d?offrir au public non seulement un temps de repos, mais aussi un temps de dialogue avec les professionnels, qui pourront essayer de proposer un accompagnement personnalisé et adapté au besoin de chaque personne, selon son évolution vers une démarche de prise en charge de santé physique et/ou psychologique. Ce lieu de repos et de répit constitue donc un outil essentiel en matière de lutte contre la consommation de crack, pour laquelle il n?existe pas de produit de substitution. Cet espace est très utile pour créer un premier lien avec ces consommateurs en errance vivant à la marge de notre ville. Il peut leur permettre de se reposer et peut-être se reconstruire pour accéder à leur droit à la ville, au même titre que les autres habitants.

Merci, donc, pour la création de ce lieu de repos au plus près de consommateurs en errance sur le secteur de la célèbre colline du crack. Car nous savons bien que la proximité du lieu est une dimension importante pour espérer attirer ce public vers une démarche sanitaire et sociale utile. Nous tenons également à saluer le choix des partenaires pour gérer ce lieu : les associations "Aurore" et "Gaïa", acteurs reconnus pour leurs compétences en matière de prise en charge sanitaire et sociale des usagers de drogues.

Nous rappelons que cet espace de repos constitue un maillon primordial dans le cadre de la mise en ?uvre du "Plan global de mobilisation coordonnée sur la problématique du crack à Paris", et soutenons à nouveau cette démarche territoriale intégrée associant tous les acteurs : les services de la Ville, les associations de quartier, l?A.R.S., la Préfecture et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

Avant de conclure, nous espérons que le présent dispositif sera considéré juste comme une étape et pas comme une fin en soi. Car, oui, nous regrettons que l?opportunité de créer une nouvelle salle de consommation à moindre risque liée à l?inhalation, ne soit pas saisie. L?arrêté du 15 juillet 2019, pris par la ministre de la Santé, permettait bien d?expérimenter des salles de consommation à moindre risque pour accueillir les consommateurs par inhalation. La seule salle qui existe à Paris accueille déjà 200 visiteurs par jour et n?est donc pas en mesure d?accueillir les nombreux consommateurs de crack du Nord-Est parisien.

Pour accélérer la mise en ?uvre du plan parisien pour lutter contre la consommation du crack, le groupe Ecologiste propose que ce présent projet évolue très vite vers la création d?une salle de consommation à moindre risque, pour mieux accompagner les usagers et les aider à aller vers une étape de prise en charge de leur santé.

Nous votons donc pour ce projet de délibération et tenons à féliciter notre adjointe, Anne SOUYRIS, son cabinet, ainsi que nos services et tous les acteurs du terrain, pour leur engagement courageux et volontariste pour réintégrer le secteur de la porte de la Chapelle dans un fonctionnement apaisé de l?ensemble du territoire de l?Est parisien et dans une démarche de ville inclusive et solidaire. Je vous remercie.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à Mme SOUYRIS.

Mme Anne SOUYRIS, adjointe. - Merci beaucoup, Madame la Maire. Merci à Marie ATALLAH. Merci à Déborah PAWLIK. Merci à tous ceux qui se sont exprimés sur ce sujet, à Léa FILOCHE, qui est partie. En fait, c?est un sujet qui nous occupe depuis un certain temps. Je crois qu?il y a vraiment un aboutissement, même si ce n?est pas une fin en soi et même si?

Excusez-moi, Danièle PREMEL. Merci d?être également intervenue sur ce sujet.

Je pense que cette question - cela a été dit parfois - traverse les camps politiques. C?est un sujet qui est insupportable parce que, visiblement, il montre qu?il y a une réelle impuissance actuelle des pouvoirs publics à prendre en charge une partie de la population. C?est un fait. Après, on n?a jamais envisagé cette question, en se disant : "On ne peut rien faire". Depuis que je suis là, et même avant, le sujet était déjà sur la table. Nous avons réussi à mettre quelque chose en place, 7 jours sur 7. A un moment, quelqu?un a dit : "6 jours sur 7". C?est vraiment 7 jours sur 7 pendant lesquels cette salle de repos et de répit sera ouverte. Cette salle permettra de commencer à prendre en charge les personnes d?un point de vue médical et social, et de commencer un accompagnement vers l?hébergement. Parce que, vous savez, une partie allait déjà en hébergement et revenait toujours sur cet espace.

C?était un sujet important que d?avoir un espace qui, en plus, permet d?espacer les prises de consommation. Vous savez que, pour le crack, il n?y a pas de produit de substitution. L?une des rares possibilités pour agir sur la consommation, c?est celle d?offrir un moment de répit, de repos, surtout aux personnes en grande déshérence qui n?ont pas d?hébergement. C?est un premier pas.

Je vous le dis, parce que nous mettons tout de même un million d?euros, à 50/50 avec l?A.R.S. Je crois que Mme PAWLIK disait : "Cela ne sert à rien d?aller se promener, il faut mettre de l?argent". On peut aller se promener sur place et mettre de l?argent. Je pense que, d?ailleurs, il faut aller se promener sur place. J?incite chacun à le faire. En effet, c?est ce qui permet à un élu de pouvoir agir en toute conscience. Je trouve cela tout à fait respectable.

Le deuxième point que je voulais aborder, c?est la question de la salle de consommation à moindre risque. Nous en discutons beaucoup depuis le 15 juillet, date à laquelle un arrêté nous a permis de commencer à y réfléchir de manière concrète. Nous allons nous retrouver avec l?A.R.S. pour commencer à voir comment nous pouvons le faire ; avec M. LEJOINDRE, le maire du 18e arrondissement, avec différents acteurs, pour commencer à penser, y compris, évidemment - j?allais dire "avant tout" - avec les habitants et les riverains pour qu?il puisse y avoir une vraie concertation qui appuie ce projet. C?est important, parce que vous savez tous - je crois que vous l?avez un peu dit - que la première des choses, c?est de pouvoir commencer à accompagner ces personnes, là où elles sont, c?est-à-dire dans la drogue et en général exclusivement dans la drogue, que la colline est déjà un espace de consommation ouvert sauvage. Le fait de faire un espace de consommation contrôlée à cet endroit consiste simplement à remettre de l?humanité dans ce circuit. C?est extrêmement important de le faire aussi vite que possible. Je vous dirai l?évolution de ce processus. Je vous remercie.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 238 - DLH.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l?unanimité. (2019, DASES 238 - DLH).