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Septembre 2019
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2019 DU 130 - Dénomination esplanade des Ouvriers de la Tour Eiffel (7e).

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2019


 

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Nous examinons le projet de délibération DU 130 relatif à la dénomination esplanade des Ouvriers de la Tour Eiffel.

La parole est à Didier LE RESTE, puis à Pascal JULIEN. Karen TAÏEB répondra.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Madame la Maire.

Que notre collectivité rende hommage aujourd?hui aux ouvriers de la Tour Eiffel, après avoir rendu récemment ici même hommage aux cheminots, voilà une décision qui me va droit au c?ur.

Un v?u de 2011 mis en pratique en 2019, on peut dire que c?est long, mais cette dénomination viendra parachever le travail de réorganisation de l?accueil et des espaces qui entourent la Tour Eiffel.

La Tour porte le nom de son ingénieur visionnaire. Il était temps que les 50 cadres techniciens et les 132 ouvriers soient associés à ce monument, symbole de notre ville. Les ouvriers de la tour sont mieux payés que sur d?autres chantiers à la même époque, mais ils sont confrontés à des conditions de travail tout à fait exceptionnelles pour l?époque : le travail est non seulement en extérieur mais aussi en hauteur. Les 12 heures par jour l?été et les 9 heures l?hiver justifient amplement ces salaires.

Etés caniculaires, hivers très durs, les ouvriers ont eu l?occasion de cesser le travail à plusieurs reprises pour obtenir des augmentations. Ainsi, en septembre 1888, ils obtiennent 0,15 franc d?augmentation. Le 20 décembre de la même année, en revanche, les grévistes sont moins nombreux. La prime de 100 francs de fin de chantier décidée par Eiffel, les délais qui courent et qui risquent de voir le chantier non achevé pour l?inauguration de l?Exposition universelle suffisent à isoler les récalcitrants, qui seront appelés les indispensables, surnom des grévistes ayant été renvoyés à des tâches subalternes.

Eiffel ne peut se permettre un conflit social long. Il prévoit même des cantines aux deux étages de la tour pour que les salariés ne perdent pas de temps pendant leur pause déjeuner, et il leur octroie un tarif très avantageux pour l?époque.

Les ouvriers métallurgistes sont fiers de ce chantier. Ils savent que le génie français a besoin de leurs compétences. Leur travail est minutieux bien qu?il s?applique à des poutrelles de plusieurs centaines de kilos, mais ils avaient déjà testé ces techniques en montant le viaduc de Garabit, dans le Cantal.

Le jour de l?inauguration, ils défileront juste derrière les officiels. Il n?y aura à déplorer qu?un mort sur ce chantier. Il s?appelait Angelo Scagliotti, il était de cette communauté d?Italiens de l?Est de la France. Venu avec sa compagne un jour de congé, il montrait le chantier fini, il y décède. Les conditions de sa mort restent confuses : écrasé par un ascenseur, faisant une chute de vélo ou basculant dans le vide ? On n?a jamais su. Eiffel, par peur du scandale, versera une pension à sa veuve, exigeant qu?elle se taise et qu?elle retourne en Italie. Elle se taira et finira ses jours en Haute-Saône, sans jamais rien révéler des causes du décès de son époux.

C?est l?un des mystères de la Tour Eiffel. Cette belle dame n?aurait pu voir le jour sans la conjugaison de l?ingéniosité d?Eiffel mais aussi de la qualification et de l?investissement des ouvriers. Il faut saluer les 500 salariés et 250 agents directement employés par la S.E.T.E. qui gère aujourd?hui la tour Eiffel et qui continue de faire vivre cette ?uvre collective. Pour l?anecdote, leur branche de référence reste la métallurgie. Ils sont donc les filles et les fils de ceux qui ont monté la tour. Je les salue ici. Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur LE RESTE.

La parole est à Pascal JULIEN.

M. Pascal JULIEN. - Merci, Didier LE RESTE, pour cet exposé.

C?est quand même extraordinaire, quand il y a un projet de délibération à propos d?une dénomination se rapportant à monsieur "Machin" ou à madame "Trucmuche", on en a une page et demie à deux pages. Et là, le projet de délibération sur les ouvriers, il vous est "torché" en cinq lignes, rien de plus. Donc, je remercie Didier d?accorder aux ouvriers autant d?importance que l?on peut en accorder à M. Chirac, à monsieur "Je ne sais pas quoi", à madame "Autre chose", et cela fait du bien à entendre. C?est le premier point.

En deuxième point, je me réjouis évidemment de ce projet de délibération parce que mon groupe ne cesse de demander que l?on accorde des noms qui ne soient plus simplement pour des personnalités, parce que l?histoire ne s?incarne pas qu?à travers des personnalités, elle s?incarne à travers des collectifs et en voici un bon exemple.

C?est la raison pour laquelle j?avais suggéré la rue des cheminots dans le quartier. On l?a fait et c?est très bien, je t?en remercie. Pour que cela incarne des valeurs. J?avais obtenu aussi la rue de la concertation, par exemple, ou encore la rue du fret pour le quartier Chapelle International, mais il y a trop peu encore de noms d?animaux, de choses géographiques. Nous avons une rue du soleil. Eh bien, j?attends la rue du vent ! Le vent, ici, on sait ce que c?est, on en brasse parfois.

Nous avons au moins une bonne raison d?approuver ce projet de délibération, c?est qu?il s?agit d?ouvriers. Et une fois encore, je regrette que, dans ce cas, on ait été si bref dans l?exposé des motifs, alors que l?on est si long et excessivement long dans tellement d?autres cas.

Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à Mme Karen TAÏEB.

Mme Karen TAÏEB, adjointe. - Merci.

Mes chers collègues, cher Didier LE RESTE et cher Pascal JULIEN qui êtes intervenus sur ce projet de délibération, je vous remercie pour vos interventions, qui me tiennent particulièrement à c?ur puisque c?est lors de la précédente mandature, vous l?avez souligné, en 2011, que je déposais un v?u afin qu?un lieu porte le nom des "Ouvriers de la tour Eiffel". Vous n?étiez pas encore élu, cher Pascal JULIEN, donc vous n?avez pas pu m?inspirer cette façon de nommer d?autres personnes que des noms réels.

Je veux évidemment remercier ma collègue Catherine VIEU-CHARIER qui a rendu cela possible. Je suis donc fière aujourd?hui, car non seulement le v?u est exaucé mais le lieu qui a été choisi me comble puisqu?il se situe sous la tour dont le nom sera "Esplanade des Ouvriers de la Tour Eiffel".

Cent trente ans après son inauguration, un hommage sera ainsi rendu aux très nombreux ouvriers qui méritent une partie de cette lumière focalisée à juste titre sur celui qui a imaginé cette tour audacieuse de 300 mètres, Gustave Eiffel, et qui a offert à Paris une sculpture désormais consubstantielle, indissociable de notre capitale, photographiée et visitée chaque année par des millions de personnes du monde entier.

Si nous devons cette prouesse architecturale et technique à Eiffel, aux ingénieurs et architectes, rien n?eut été possible sans les ouvriers qui ont porté, assemblé, monté ce gigantesque mécano à bout de bras et de jambes, car les ouvriers devaient se rendre sur leur poste de travail à pied : 317 marches en 6 minutes pour la première plateforme - pour vous donner une idée, ce sont 300 marches qu?il faut gravir pour arriver au sommet de la tour Saint-Jacques -, 674 marches en 21 minutes pour la deuxième et 1.710 marches pour atteindre le sommet en 33 minutes. Rien n?eut été possible sans les chefs de chantier, les chefs de piles, ces fameuses piles de pont, les charpentiers, les forgerons, les monteurs, les man?uvres, les riveurs, les frappeurs, les gardiens de jour, les gardiens de nuit. Il fallait quatre hommes pour poser un seul rivet et il y en a 2.500.000 ! C?était construire cette tour de 318 mètres et de 1.100 tonnes aux 18.000 pièces de fer.

La sécurité était de toute évidence une très grande préoccupation pour Gustave Eiffel. Il n?y a eu aucun mort sur le chantier à proprement parler, même si on a évidemment, comme vous l?avez fait, cher Didier LE RESTE, une pensée pour l?un des ouvriers, Angelo, qui, en dehors des heures de travail, certains disent un dimanche, pris un risque inconsidéré en marchant sur cette poutrelle dangereuse dont, hélas, il chuta.

Sur la Tour en construction étaient installés des garde-corps. Pour éviter la chute d?objets, ces derniers étaient retenus par des sangles. Autre précaution, nul n?avait le droit de se disputer avec un collègue car une rixe là-haut peut être fatale. Même si ces ouvriers au courage immense étaient aguerris à ce travail, les risques qu?ils ont pris furent énormes. J?imagine le jour où le dernier rivet a été posé pour que la "Dame de Feré puisse toucher le ciel. Il aura fallu, pour que cet exploit architectural soit rendu possible, deux ans, deux mois et cinq jours de travail titanesque.

Les ouvriers de la Tour Eiffel méritaient cet hommage et, à travers eux, tous les invisibles qui ?uvrent cachés dans l?ombre.

Merci.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 130.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2019, DU 130).

V?u déposé par l'Exécutif relatif à l?attribution du nom de Théodore Vacquer, pionnier de l?archéologie à Paris à une rue ou un lieu du 4e arrondissement.