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Dénomination promenade Alain Devaquet (11e).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2019


 

M. Emmanuel GRÉGOIRE, premier adjoint, président.- Nous examinons le projet de délibération DU 212 : dénomination de la promenade Alain Devaquet. La parole est à M. François VAUGLIN, maire du 11e arrondissement.

M. François VAUGLIN, maire du 11e arrondissement.- Bonjour.

Alain Devaquet nous a quittés le 19 janvier 2018, à l?âge de 75 ans.

Son engagement auprès de Jacques Chirac est connu. Il l?a amené à se confronter aux plus hautes fonctions en devenant notamment secrétaire général du R.P.R. en 1978 et Ministre délégué chargé de la Recherche et de l?Enseignement supérieur en 1986, fonction qui fut éphémère puisqu?il en démissionna suite aux manifestations d?opposition au projet de loi sur l?université. Cela fut d?ailleurs pour lui un drame, ayant fait suite au décès de Malik Oussekine. Sa démission a toujours été pour lui une évidence, après ce drame. La façon dont la police, notamment le Ministre de l?Intérieur, a géré cette séquence est restée pour lui une déchirure.

Ce n?est pas pour cela que nous proposons la dénomination d?une promenade Alain-Devaquet dans le 11e arrondissement. C?est en tant qu?élu local, comme député de Paris d?abord, de la 9e circonscription de 1978 à 1981, puis de la 7e circonscription de 1988 à 1997. C?est aussi et surtout parce qu?Alain Devaquet fut le premier maire élu du 11e arrondissement : il a exercé cette fonction pendant 12 ans, de 1983 à 1995. Durant ses deux mandats de maire, il fut très apprécié de ses concitoyens. Il a porté et réalisé plusieurs projets structurants pour notre arrondissement, notamment l?aménagement du square de la Roquette, la création de la salle Olympe-de-Gouges, l?ouverture du conservatoire Charles-Munch, ou encore - et c?est le sens de ce projet de délibération - le réaménagement du boulevard Richard-Lenoir. C?est à ce titre que nous proposons que son nom soit donné sur un espace vert sur cette promenade.

J?ajoute que le v?u, voté au mois de mars dernier par le conseil de l?arrondissement et notre Conseil de Paris, ainsi que le projet de délibération dont nous traitons aujourd?hui, ont été votés à l?unanimité dans le 11e arrondissement. J?espère que ce Conseil de Paris saura se rassembler sur ce v?u mémoriel de la même façon. Je vous remercie, chers collègues.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, premier adjoint, président.- Merci beaucoup.

M. Pascal JULIEN a la parole.

M. Pascal JULIEN.- "Un Vaquet, ça va. Devaquet, bonjour les dégâts !", "La lune est un astre ; Devaquet, un désastre !", "Voter Devaquet, c?est perdre ses facultés !", "Alain, nous te conseillons Devaquet ailleurs !", "Devaquet, au piquet !"

Voilà, chers collègues, quelques souvenirs que nous sommes ici quelques-uns à partager. Devaquet a réussi à mettre dans la rue des centaines et des centaines de milliers de personnes, d?étudiants? Jusqu?à un million de personnes début décembre ! Sa réforme consistait à mettre en concurrence les universités, à dénationaliser les diplômes universitaires, à établir une sélection intraitable à l?entrée des universités qui aurait remis en cause des étudiants venus de certains établissements, de certains lycées. Une université à plusieurs vitesses.

Il a su rassembler contre lui un champ très large de personnes et il y a eu une génération Devaquet qui s?est formée sur le plan militant, comme il y a eu, avant, une génération Larzac et encore avant, peut-être, une génération de 68.

Ensuite, s?il n?y avait que cela, je garderais un très bon souvenir de Devaquet. Grâce à lui, nous avons vécu des moments chaleureux et conviviaux - contre sa réforme, bien sûr !

Le problème, c?est que, le 6 décembre, Malik Oussekine sort d?un club de jazz. Il rentre tranquillement chez lui. Au 20, rue Monsieur-le-Prince, il rencontre un ami qui lui ouvre la porte. Ils entrent dans le hall et deux voltigeurs arrivent, entrent et le tabassent à mort.

Les faits ont été établis ; ils ont été condamnés - écoutez bien - à cinq ans et deux ans de prison avec sursis? Avec sursis !

Comme par hasard, Jean-Michel FAUVERGUE - un député macroniste qui se prétend spécialiste de la sécurité - déclarait le 30 avril dernier : "Il faut oublier l?affaire Oussekine." Nous ne l?oublions pas ! Nous ne l?oublions pas car les temps n?ont pas tellement changé.

Alors, bien sûr, Devaquet a été contraint à la démission. On peut ensuite expliquer ce que l?on veut sur les sentiments qu?il éprouvait. Au moins, il a démissionné ; j?en connais d?autres qui, à Sivens, quand Rémi Fraisse est décédé, n?ont pas eu le courage de le faire?

Oui, effectivement, j?ai aussi ces souvenirs-là !

Nous allons vous laisser voter ce projet de délibération ; nous ne nous y opposons pas mais, si nous devions honorer tous les maires d?arrondissement, la liste serait longue ! Mais il faut faire attention à la notabilité?

Gardons les hommages pour ceux qui le méritent vraiment. Nous n?allons pas honorer tout le monde, n?est-ce pas ? Tous les maires d?arrondissement? Et pourquoi pas les premiers adjoints ? Nous n?allons pas nous en sortir !

Malik Oussekine, Devaquet, ces centaines de millions de personnes, nous ne l?oublierons pas, contrairement à ce que veulent les macronistes !

Voilà le sens de mon intervention ; nous vous laissons voter.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, premier adjoint, président.- Merci, Monsieur JULIEN.

Moi, je ne demande rien et j?ai moi-même un souvenir ému des manifestations. C?était ma première manifestation ; j?étais en CE2 et je manifestais dans la cour de mon école.

Il vous a été dit ici que ce n?était pas le Alain Devaquet Ministre que nous souhaitions honorer mais un engagement de mandat local avec les diversités d?opinion qui caractérisent évidemment son profil. Madame la Présidente Marie-Claire CARRÈRE-GÉE.

Mme Marie-Claire CARRÈRE-GÉE.- Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, c?est avec une grande émotion que nous allons voter ce projet de délibération qui attribue au terre-plein central du boulevard Richard-Lenoir le nom de celui qui fut maire du 11e arrondissement de 1983 à 1995 : promenade Alain Devaquet.

Par un v?u adopté au mois d?avril dernier, nous avions souhaité, à l?unanimité, rendre hommage à Alain Devaquet afin de contribuer à faire vivre sa mémoire et honorer son action au service de tous les habitants du 11e arrondissement. Alain Devaquet a en effet toujours été fidèle à cet arrondissement et n?a cessé d??uvrer auprès de Jacques Chirac, Maire de Paris, pour accomplir l?indispensable rééquilibrage de Paris vers l?est. C?est notamment sous son impulsion qu?a été réalisé l?aménagement du boulevard Richard-Lenoir, comme cela a été rappelé par le maire du 11e arrondissement, ce même lieu qui va désormais porter en partie son nom.

Alain Devaquet incarnait une vision exigeante et innovante pour le développement de son arrondissement avec un sens constant de la proximité avec les habitants. Ancien élève de l?ENS Saint-Cloud, agrégé de chimie et docteur ès sciences, professeur des universités, enseignant à l?Ecole polytechnique, Alain Devaquet fut un grand universitaire et chercheur. Ses qualités, précisément d?universitaire et de chercheur qu?il n?a jamais cessé d?être, contribuaient à cette volonté infatigable d?expliquer, de convaincre, d??uvrer au service des grands enjeux économiques, sociaux et scientifiques de Paris et de la Région Ile-de-France dont il a été le vice-président chargé de la formation professionnelle.

Ayant quitté la vie politique, il est revenu à sa première passion : l?enseignement de la chimie, afin de transmettre à la jeune génération non seulement des connaissances majeures, mais aussi une éthique de la réflexion. Au nom de tous les élus du groupe, je souhaiterais exprimer à ses enfants, ainsi qu?à Claude-Annick TISSOT, notre fidèle amitié qui permet aujourd?hui de reconnaître l?engagement d?Alain Devaquet pour son cher 11e arrondissement, ainsi que son inlassable volonté de servir Paris. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, premier adjoint, président.- Merci beaucoup. Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET.- Mes chers collègues, en novembre-décembre 1986, j?avais 16 ans. C?était le premier mouvement auquel je participais dans mon lycée, fière d?avoir, avec d?autres, mis mon lycée en grève, émue d?aller dans les premières manifestations à Paris comme d?autres collègues ici présents. Cette mobilisation a été fondamentale, importante, et a marqué une génération, puisqu?elle était contre la loi Devaquet, contre la sélection à l?université, contre l?explosion des frais d?inscription. Il y avait donc toute une bataille structurante sur la vision de la société : le savoir doit être accessible à toutes et à tous ; une société doit contribuer à l?émancipation ; il faut permettre à l?ensemble d?une génération de pouvoir accéder à des hauts diplômes.

1986 a aussi été la mort de Malik Oussekine. Là, tout d?un coup, adolescents, jeunes adultes, nous prenions conscience de la dimension tragique de l?histoire : une mobilisation très forte et la terrible répression, celle des voltigeurs de Pasqua qui ont tabassé à mort Malik Oussekine.

Alain Devaquet a démissionné d?emblée. Soyons honnêtes dans cette Assemblée : avec tous les désaccords que je peux avoir sur la loi qu?il a portée et le profond désaccord que j?ai sur cette conception de l?université et de celle du rôle de l?Etat, Alain Devaquet n?est pas responsable, lui, de la mort de Malik Oussekine.

Pasqua, Chirac, Pandraud - on me souffle les noms -, ceux qui ont mis en place les voltigeurs, cette conception du sécuritaire et de la répression, sont responsables. Je sais qu?Alain Devaquet a été profondément marqué par la mort de Malik Oussekine et a d?emblée démissionné. Comprenez bien, mes chers collègues, et je parle en direction des Conseillers de Paris, des républicains et de toutes celles et ceux qui ont partagé à un moment donné l?engagement politique d?Alain Devaquet, la distinction que je fais.

Comprenez en retour que, pour ma part, au vu de mon engagement et de ce qu?Alain Devaquet a incarné pour toute une génération, je ne peux pas voter pour ce projet de délibération.

Bien sûr qu?il faut déconnecter le maire du 11e arrondissement, l?humaniste qu?il était, de tous les désaccords politiques que nous pouvions avoir - je n?ai jamais partagé sa vision libérale? Mais je ne peux pas voter ce projet de délibération de dénomination d?une promenade Alain-Devaquet. Ce nom ne peut pas incarner pour moi l?envie d?une promenade parisienne républicaine.

Nous devons nous entendre les uns et les autres sur les raisons et les motivations qui feront que certains, ici, dans cette Assemblée, préféreront garder le souvenir de l?humaniste et du maire du 11e arrondissement et que d?autres, toute une génération, n?oublieront jamais la mort de Malik Oussekine et n?oublieront jamais la casse de l?enseignement supérieur de cette époque et de cette majorité gouvernementale vis-à-vis de laquelle, néanmoins, tout membre d?un gouvernement se doit d?être garant et d?en partager les responsabilités. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, premier adjoint, président.- Merci. M. LEGARET a demandé une courte prise de parole en tant que maire d?arrondissement.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement.- Merci de me donner l?occasion de m?exprimer. Je l?avais déjà fait en février 2018 pour rendre hommage à Alain Devaquet.

J?ai écouté Pascal JULIEN et Mme SIMONNET. Comme vous l?avez dit, Madame SIMONNET, et je vous remercie de l?avoir rappelé, Alain Devaquet avait vécu l?enthousiasme, le débat, l?échec, le drame du projet de réforme, difficile, lors d?un automne étudiant particulièrement chaud. Il en avait tiré les conséquences en démissionnant du Gouvernement. Je crois que c?est un fait rare en politique et l?attitude d?un humaniste. Il avait ensuite raconté ce drame dans son livre "L?Amibe et l?Etudiant" avec une très grande lucidité, une très grande honnêteté.

Il faut aussi retenir une chose. Il a été maire du 11e arrondissement et, auprès de Jacques Chirac, Maire de Paris, a beaucoup plaidé pour le rééquilibrage de Paris vers l?est. L?urbanisme parisien en porte encore aujourd?hui la marque. En tant que conseiller auprès de Jacques Chirac, Président de la République, il a beaucoup ?uvré et plaidé en faveur de la recherche en France. Ce sont des sillons qu?il a tracés et dont il reste aujourd?hui encore quelque chose.

A ce titre, oui, c?est avec émotion et un hommage profond que je voterai naturellement pour ce projet de délibération.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, premier adjoint, président.- Merci. Pour vous répondre, Karen TAÏEB.

Mme Karen TAÏEB, adjointe.- Merci à toutes et à tous pour vos interventions. Je l?ai connu comme maire car j?habitais dans le 11e arrondissement avec mes parents et je l?ai aussi connu comme étudiante, en 1986, puisque j?ai manifesté contre la loi Devaquet. Retenons aujourd?hui sa démission après le décès de Malik Oussekine et, surtout, comme l?a fait le maire du 11e arrondissement, un hommage à l?élu local qu?il fut pour ce très bel arrondissement.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, premier adjoint, président.- Merci beaucoup.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 212.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DU 212).

Voeu déposé par les groupes SOCA, GEP, RG-CI et PCF-FG relatif à un hommage en mémoire de Roger Fichtenberg dans le 11e.