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Decembre 2019
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2019 DU 271 - Ensemble immobilier 70, boulevard Barbès (18e). - Maison des Médias Libres. Sondages et études préalables, EEDV, autorisation d’occupation temporaire.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2019


 

M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président.- Nous poursuivons pour terminer l?examen du projet de délibération DU 271 : ensemble immobilier 70, boulevard Barbès. La parole est à Nicolas BONNET-OULALDJ.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ.- Ce projet de délibération concerne l?implantation de la future Maison des médias libres. Evidemment, nous sommes très heureux de l?aboutissement et du fait que la Ville a trouvé enfin un lieu, puisque c?est la suite de plusieurs v?ux que nous avions déposés et notamment le v?u que j?avais présenté le mois dernier.

La Ville de Paris a évidemment tout intérêt à avoir une Maison des médias libres, pour soutenir la liberté de la presse dans une période où les questions démocratiques, les questions de liberté sont accrues, et notamment la liberté vis-à-vis de la finance, vis-à-vis de la publicité et vis-à-vis du pouvoir politique.

La Ville de Paris a une histoire avec la liberté de la presse. Combien de journaux ont été créés au moment de la Révolution française ? Combien de quotidiens ont vu le jour dans les premières semaines de la Libération de Paris ? Et combien en reste-t-il aujourd?hui ? Très peu, notamment quand on voit les grands groupes qui rachètent les quotidiens. Pensons aussi au quartier Réaumur qui a abrité de nombreux titres pendant de nombreuses années.

Paris et le pluralisme de la presse ne font qu?un. C?est aussi à Paris que des extrémistes ont tenté de faire taire les voix du journal "Charlie Hebdo", il y a cinq ans.

La concentration des titres de presse, le rôle joué par les banques, les industriels français et étrangers ont bouleversé le paysage de la presse française et parisienne. Cette concentration a eu des conséquences sur le pluralisme : moins de quotidiens, moins d?idées contradictoires, moins de débats, moins de démocratie. Alors, la dépendance à la publicité et aux investisseurs qui veulent un retour sur l?investissement plane sur la presse en général et fragilise la presse d?opinion. Les grands groupes surveillent les journalistes sur le Net et tentent parfois de les récupérer. D?ailleurs la récente réforme de la loi Bichet sur la distribution de la presse est un nuage supplémentaire sur la tête des titres de presse. L?arrivée de la presse dite gratuite laisserait à penser que finalement l?information doit être gratuite, niant ainsi le coût du travail des journalistes et de ceux qui la fabriquent. De fait, nous le savons, elle n?est pas gratuite, mais le lecteur a laissé la place à la publicité et donc à une augmentation des publireportages qui influencent sur le travail des journalistes. Le projet de la Maison des médias libres est bien un projet économique puisque les titres qui s?y installeront, du plus petit au plus grand, pourront mutualiser un certain nombre de leurs dépenses. Bien au-delà, ce sera une véritable ruche où les Parisiennes et les Parisiens verront comment se fabrique un journal, quel que soit son support. Ils verront aussi comment on choisit dans le flot d?informations ce que l?on traite et comment on le traite. La presse a un coût, la démocratie a un coût, la liberté a un coût. Il convient de tout faire pour que celle qui a le moins recours à la publicité puisse vivre. Ce projet est un très beau projet. Il nous confère le devoir d?ouvrir un espace de liberté supplémentaire dans notre ville. Je souhaite que ce lieu soit habité le plus rapidement possible et que les contraintes économiques, qui pèsent sur le porteur de projet, restent acceptables. Car nous sommes face à un projet porté par un homme, une famille et 80 titres de presse qui ont tous à c?ur de défendre la liberté d?opinion et celle-ci n?a pas de prix. Je vous remercie.

M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président.- Merci, Monsieur BONNET-OULALDJ. Mme Léa FILOCHE.

Mme Léa FILOCHE.- Monsieur le Maire, chers collègues, je me joins tout à fait aux propos qui viennent d?être tenus par Nicolas BONNET-OULALDJ, le président du groupe Communiste, puisque les élus du groupe "Génération.s" se réjouissent qu?enfin ce projet puisse émerger à Paris.

C?est un projet porté par 80 titres de presse, permettant de se projeter dans un monde où la liberté de la presse est une réalité, et fait partie de la démocratie et du quotidien de chacune et chacun, en particulier du quotidien des Parisiennes et des Parisiens.

La liberté de la presse est indispensable dans un contexte où le pluralisme médiatique est loin d?être une réalité, loin d?être concret. Donc nous nous réjouissons que tous ces titres, les 80 titres réunis dans le groupement qui occupera cette future Maison des médias libres, puissent rompre un peu avec la pensée unique sur des sujets que l?on peut dire d?actualité. On peut prendre celui des retraites comme de nombreux autres sujets. En tout cas, ils permettent aux citoyennes et aux citoyens de pouvoir se construire une idée propre, autonome et ainsi éventuellement de pouvoir contredire celles et ceux qui ont aujourd?hui plus de place dans l?espace médiatique. Le choix du 18e arrondissement est un beau choix pour cette Maison des médias libres parce que c?est un arrondissement populaire qui doit laisser aussi la place à la culture. La Maison des médias libres sera un espace culturel ouvert aux citoyens et aux riverains. Nous nous réjouissons que le 18e arrondissement ait été choisi. Les élus du groupe "Génération.s" regrettent malgré tout qu?il y ait eu un an perdu avec ce projet. On aurait pu probablement répondre au besoin démocratique de pouvoir garantir une liberté de la presse autonome, en ayant évité les différents méandres de ces derniers mois. Malgré tout, nous nous réjouissons que cela aboutisse enfin et nous souhaitons une longue, belle et grande vie à la Maison des médias libres.

M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président.- Merci, Madame FILOCHE.

M. CONTASSOT. Non ? Très bien. Mme MOREL.

Mme Joëlle MOREL.- Merci, Monsieur le Maire.

Suite à mes nombreuses interventions au nom des élus du groupe Ecologiste tout au long de la mandature, concernant le projet de création de la Maison des médias libres, j?interviens aujourd?hui, et c?est avec curiosité et une certaine satisfaction que nous avons lu ce projet de délibération.

En tant qu?élue du 11e arrondissement, je reste frustrée que cette Maison ne trouve pas sa place au 79, boulevard de Charonne, comme nous l?avions imaginé, mais nous restons attachés bien évidemment à sa création dans un arrondissement parisien puisque nous sommes attachés à la liberté de la presse.

En effet, nous apprenons par ce projet de délibération, qui a pour objet un site immobilier de la Ville de Paris situé au 70, boulevard Barbès dans le 18e arrondissement, que ce site sera attribué en priorité à la Maison des médias libres, représentée par M. Olivier LEGRAIN qui a déposé une offre pour l?attribution du bâtiment industriel, sous réserve de la réalisation de diagnostics, de sondages et d?études préalables.

Si nous nous réjouissons de ce rapprochement entre la Ville de Paris et M. Olivier LEGRAIN, qui a l?intention d?acquérir ce bâtiment occupé aujourd?hui et jusqu?à la fin de l?année par E.D.F., nous nous permettons de formuler quelques remarques et interrogations suivantes.

Le contrat est en cours et ne sera très probablement pas conclu avant les municipales de 2020. Ce rapprochement est précipité pendant une période très particulière, la période de campagne électorale. Le groupe Ecologiste s?interroge aussi, suite à l?article paru dans "Le Monde", sur le nombre exact de médias indépendants, diffuseurs, producteurs et éditeurs qui sont aujourd?hui partie prenante réellement de ce projet. Enfin et c?est le plus important, aucun montant financier de la transaction n?est indiqué. Le groupe Ecologiste vous demande de bien vouloir nous donner des éléments sur ces différentes questions. Je vous remercie.

M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président.- Merci, Madame MOREL. Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET.- C?est un projet de délibération important et ce n?est pas le dernier, car pour l?instant tout n?est pas conclusif sur la garantie que la Maison des médias libres puisse s?installer au 70, boulevard Barbès après, hélas, le refus de l?emplacement précédent dans le 11e arrondissement.

C?est une bataille extrêmement importante. Aujourd?hui, on le voit bien, 90 % des grands médias sont la propriété d?environ 9 milliardaires. On est très loin finalement des jours heureux et du programme du Conseil national de la Résistance, adopté en 1944, qui disait notamment la nécessité de la pleine liberté de pensée, de conscience et d?expression, la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l?égard de l?Etat, des puissances d?argent et des influences étrangères, la liberté d?association, de réunion et de manifestation.

Ce programme était une source d?inspiration extrêmement importante. Hélas, cela ne s?est pas transformé dans toutes les ordonnances qui auraient permis sa réalisation. Surtout, aujourd?hui on est dans une régression complète, où les Gouvernements successifs s?en sont éloignés au lieu, au contraire, de s?en inspirer et de le réaliser.

Pourtant, à l?époque, que disions-nous ? A l?époque, l?article 1 du Conseil national de la Résistance, disait : "La presse n?est pas un instrument de profit commercial mais un instrument de culture. Sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d?argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs." Eh oui ! Je suis toujours d?accord avec cela et je pense que tout élu de la République devrait toujours être d?accord avec cela et toujours se battre pour cela.

En garantissant l?accès à des bâtiments pour permettre aux médias libres et indépendants de s?émanciper de la spéculation immobilière, c?est là que nous sommes utiles parce que la spéculation immobilière aujourd?hui fait que, pour les médias libres, trouver des locaux qui ne grèvent pas totalement leur budget est essentiel.

Or, dans ce projet de délibération, on ne sait pas comment tout cela va atterrir. Finalement, nous votons à travers ce projet de délibération pour autoriser l?ouverture de négociations pour la réalisation de diagnostics, de sondages et d?études préalables nécessaires à la réalisation du projet. On est invité à approuver le principe d?une division en volume du futur ensemble immobilier et d?autoriser le principe de la constitution de toutes les servitudes nécessaires à l?exploitation des postes de transformation électrique et du poste de télétransmission et de communication, puisqu?on était avant sur un bâtiment de la Ville utilisé par E.D.F. Enedis.

Il va falloir que l?on puisse avoir ces éléments. Est-ce que la Ville va essayer de négocier pour faire entrer du "cash" ? Ou est-ce que la Ville va se dire : c?est la Maison des médias libres, nous sommes attachés au programme du C.N.R. et pour nous, comme cela a été dit précédemment, Paris et la liberté de la presse sont deux idées étroitement liées. Quand nous avons été terriblement traumatisés par les attentats contre "Charlie Hebdo", nous avons tous exprimé notre attachement à la liberté de la presse. On pourrait d?ailleurs en faire bien plus, je pense notamment aux débats qui nous ont opposés sur la question du statut des kiosquiers, mais les choses évolueront peut-être un jour. Donnons-nous donc les moyens sur ce lieu-là de prouver notre attachement à la liberté de la presse, en faisant en sorte que l?accès aux locaux ne soit pas l?occasion financière pour la Ville de faire de grasses recettes. Je vous remercie.

M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président.- Merci, Madame SIMONNET. Pour vous répondre, M. MISSIKA, en tant aussi qu?expert de la presse.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint.- Absolument.

Merci, chers collègues, pour vos interventions.

Nous avons trouvé en effet, je dirai presque enfin, ce lieu boulevard Barbès après de longues recherches qui faisaient suite au v?u voté en Conseil de Paris - aux v?ux d?ailleurs - demandant une implantation pour la Maison des médias libres. En lien avec le porteur de projet, nous avons étudié et visité quatre lieux différents. Comme vous le savez, il n?est pas évident de trouver un endroit de cette taille disponible à Paris, et cet endroit, boulevard Barbès, me semble particulièrement approprié. D?ailleurs, beaucoup d?entre vous l?ont dit. D?abord il s?agit d?un patrimoine industriel en bon état et donc utilisable rapidement. Ensuite le quartier est accessible pour le public. Enfin l?implantation d?un tel projet dans le 18e arrondissement fait sens. Je crois que Barbès a besoin de projets comme cela. Nous croyons à ce projet de la Maison des médias libres qui vise à partager avec le grand public les enjeux liés à la presse contemporaine et à permettre aux médias de mener des projets ensemble. Nous serons vigilants à ce que cette ouverture au public soit toujours conservée. Je pense que c?est une des clés du succès de ce projet. Ce projet de délibération donne le droit à la Ville de Paris de négocier avec le porteur de projet, Olivier LEGRAIN, pour l?achat ou la location de ce site. Cette négociation se fera en fonction de la programmation exacte du projet, notamment de la répartition entre espaces de bureaux et espaces C.I.N.A.S.P.I.C. Le prix de vente sera contrôlé par le Conseil du patrimoine et la Direction immobilière de l?Etat, afin qu?il soit cohérent avec le projet et le site. Nous travaillons en bonne intelligence avec M. LEGRAIN à une clause anti-spéculative pour nous assurer qu?en cas de fin de projet, il ne puisse pas y avoir de profits immobiliers faits au détriment de la Ville. C?est une bonne nouvelle que de voir ce projet aboutir. Je vous remercie. J?en profite, Monsieur le Président - parce que naturellement quand on remercie des gens, on oublie toujours des gens - pour remercier Marion PICARD et Michèle ZAOUI du Cabinet de la Maire qui m?ont accompagné également tout au long de cette mandature et qui ont joué un rôle important dans ce travail.

M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président.- Je vous rassure, il y a encore un projet de délibération si toutefois vous aviez oublié quelqu?un !

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 271.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DU 271).

2019 DU 273 - Atelier Seine - Livre blanc pour le site de la Seine dans Paris.