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2019 DAC 679 - Acceptation du versement du Fonds Pour Paris relatif au mécénat complémentaire obtenu pour financer les frais de production et d’installation de l’oeuvre "Bouquet of Tulips" de Jeff KOONS.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2019


 

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DAC 679 concernant l'acceptation du versement du Fonds pour Paris relatif au mécénat complémentaire, pour financer les frais de production et d'installation de l'?uvre "Bouquet of Tulips" de Jeff KOONS.

La parole est à M. François VAUGLIN.

M. François VAUGLIN, maire du 11e arrondissement. - Merci.

Comme vous le savez, notre Conseil a décidé de doter Paris d'un fonds de mécénat, qui permet aux mécènes de faire des dons pour entretenir et valoriser notre patrimoine. Cela se justifie par la qualité et l'ampleur du patrimoine dont notre ville peut s'enorgueillir. Nous profitons de dispositions qui relèvent d'une réglementation nationale et nous aurions tort de nous en priver.

En l'occurrence, le Fonds pour Paris a investi, à la proposition de Jane HARTLEY, l'ambassadrice en France de Barack OBAMA pour les Etats-Unis, la proposition de recueillir une ?uvre de Jeff KOONS. Nous avons déjà débattu à plusieurs reprises de cette proposition dans ce Conseil.

J'y reviens, parce que nous avons une dotation qui a été composée à moitié de donateurs américains, à moitié de donateurs français. Leur liste est d'ailleurs publique et, en l'occurrence, je ne peux que me féliciter de voir cette action soutenue par le Fonds pour Paris, d'ores et déjà réalisée puisqu'elle a été inaugurée il y a quelques semaines. Elle a été inaugurée en présence des animateurs des associations qui travaillent sur les attentats et donc, c'était beaucoup des familles qui étaient présentes, lors de cette inauguration, et qui ont pu apprécier la qualité du geste. Nous sommes élus, et je considère toujours que les élus n'ont pas à s'immiscer dans les choix artistiques. En l'occurrence, je ne peux que constater que c'est un objet qui est très rapidement devenu iconique dans notre capitale et qui a rencontré tout de suite une forte adhésion.

Pour conclure, dire que le projet de délibération qui nous est proposé vise à permettre de recueillir une somme supplémentaire de 604.980 dollars, qui permet notamment de financer le socle, qui a eu quelques surcoûts à la demande de l'architecte des Bâtiments de France, étant donné qu'il a exigé l'utilisation de pierres d'Ile-de-France, la même pierre utilisée pour le Petit Palais ou encore pour la restauration de Notre-Dame, ce qui justifie en particulier un léger surcoût.

Je voudrais en profiter pour remercier tous les donateurs, le président du conseil d?administration du Fonds pour Paris, Rémi Gaston DREYFUS, et sa directrice, Anne-Sylvie SCHNEIDER. Merci beaucoup.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Non, je continuerai à exprimer mon désaccord avec l'ensemble du processus, parce que j'estime que notre ambition, en termes de politiques en faveur de l'art contemporain et la place de l'art dans la ville, doit procéder d'autres démarches.

C'est un faux cadeau que celui de Jeff KOONS, parce que, dans sa démarche, il a d'abord essayé d'imposer le lieu où devait figurer son ?uvre, en voulant que son ?uvre figure devant le Musée d'art moderne de la Ville de Paris pour incarner : "Je suis l'art moderne de la Ville de Paris", puis cela a atterri à côté de la F.I.A.C. : "Je suis le représentant du marché de l'art". A la limite, c?est plus conforme avec ce qu'il incarne finalement.

Sans remettre en cause et sans discuter de la question artistique, de la question créative, force est de constater que M. Jeff KOONS est un très grand entrepreneur, en grande capacité de faire son "auto-promo" et très au fait des fonctionnements internes du marché de l'art spéculatif, et que ce n'est pas pour rien qu'il se place ici, non loin de la F.I.A.C. et de la représentation de l'institution du marché de l'art.

On est dans une logique où ce ne sont plus les politiques publiques qui soutiennent la diversité des créations, pour contribuer à soutenir la diversité des langages artistiques et pour permettre l'ensemble des rencontres qui émancipent et qui permettent d'organiser dans la société des émancipations, par justement les réceptions et les débats autour des ?uvres artistiques.

Non, on est sur un artiste qui choisit de faire sa "promo" et qui va financer sa promotion et son art par du mécénat, financé à 66 % a minima par les contribuables, par le biais de la loi Aillagon sur la défiscalisation des donations. Toute cette logique est problématique.

Là-dessus, arrive la question des associations des victimes des attentats terroristes. Evidemment qu'il faudra toujours rendre hommage et soutenir l'ensemble de celles et ceux qui ont été terriblement attaqués par ces terribles attentats terroristes. Mais je trouve que le mélange des genres, pour moi, reste problématique, et je pense que la Ville aurait dû agir autrement. Je n'ai pas à remercier Jeff KOONS pour cette démarche qui ne me semble pas du tout positive.

Il y a donc un vrai problème dans la conception même que l'on a du soutien aux ?uvres et à la création.

Si on continue comme cela, c'est une déresponsabilisation et des politiques publiques de l'Etat et des collectivités dans les achats d'?uvres d'art, dans le soutien à la création. Attention à cette pente qui est donnée où les donateurs décrètent ce qui relève du langage artistique à donner à voir ou ce qui n'en relève pas. C'est important que ce soit la puissance publique qui mette en place ces politiques. Y compris la puissance publique pourrait le faire en mettant en place aussi des commissions renforçant le rôle des artistes et des associations d'artistes, des associations culturelles, pour que ce ne soit pas non plus le politique qui décrète ce qui est à montrer et ce qui ne l'est pas. Il ne s'agit pas de mettre en place une politique étatique sur l'art contemporain, mais entre la politique étatique, d'un côté, et le marché qui décide, de l'autre, j'estime que la Ville pourrait inventer une autre voie, et pour l'instant on ne la voit pas.

Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci.

Pour répondre aux orateurs, la parole est à Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Merci, d'abord, aux deux orateurs, l'oratrice Danielle SIMONNET à laquelle je vais répondre avec truculence et François VAUGLIN.

J'avoue, Danielle SIMONNET, que j'ai oublié d'indiquer à Jeff KOONS que vous interveniez régulièrement au Conseil de Paris au sujet de son travail et de vos préoccupations sur la cote de ses ?uvres, mais je le ferai très prochainement, lors d'un prochain voyage à New York. Je vous le promets.

D'ailleurs, vous m'étonnez, vous qui êtes fille de sculpteur et peintre, je vous pensais beaucoup plus audacieuse. Je voudrais vous rappeler, Danielle SIMONNET, que nous vivons, à part sur deux pays sur la planète que sont la Corée du Nord et le Venezuela, dans un monde de l'économie de marché. Que dire alors à Pierre SOULAGES, que j?ai vu avant-hier, qui ne contrôle pas lui-même non plus le prix des ?uvres qui sont vendues et qui portent son nom. Cela s'appelle l'économie de marché, c'est ainsi.

François VAUGLIN a eu raison de rappeler la place des associations, car Colombe BROSSEL et moi-même avons pris soin, au moment des discussions que je menais comme vous le savez avec beaucoup d'engagement mais également de respect des opinions et des sensibilités, de les écouter, de trouver en effet avec elles, les bons termes pour qu?elles puissent soutenir, accueillir et venir inaugurer l'?uvre de Jeff KOONS.

Elle est installée, depuis le 4 octobre dernier, derrière le Petit Palais, le Musée des beaux-arts de la Ville de Paris dans un lieu, et je remercie Pénélope KOMITÈS qui a su préparer et accompagner le travail d'aménagement du jardin. C'est un symbole pérenne d'amitié et d'union entre la France et les Etats-Unis, que l'on aime ou pas cette ?uvre. Elle a été installée, sur ma proposition à la Maire de Paris, derrière le Petit Palais, non loin de l'ambassade des Etats-Unis, ce qui faisait sens.

Le financement de l'?uvre, dont le montant total s'élève à 3,5 millions d'euros, a été rendu possible grâce - cela a été dit - au Fonds pour Paris que dirige Anne-Sylvie SCHNEIDER et que la Maire de Paris avait souhaité créer afin de recevoir, de gérer et de redistribuer les biens et versements de toutes natures versés par des philanthropes nationaux et internationaux, qui souhaitent participer à la renommée de notre ville. Ainsi, je tiens à le rappeler, la réalisation, le transport et la livraison du "Bouquet de tulipes" ont été financés intégralement par des mécènes français et étrangers, et qu?ils n'ont eu aucun impact financier, pécuniaire sur les deniers parisiens. Le Fonds pour Paris a reçu, en septembre dernier, deux versements supplémentaires d'un montant total de 604.980 dollars, soit environ 545.000 euros, et comme prévu dans la délibération votée en juillet, ils viennent compléter les sommes déjà récoltées. La somme n'ayant pas encore été versée au Fonds pour Paris sur son compte libellé en euros, elle est, à la date de ce projet de délibération, arrêtée en dollars. Le "Bouquet of tulips" est donc une ?uvre originale, créée spécialement pour notre ville, et aussi une véritable prouesse de savoir-faire et de techniques. Elle ne passe pas inaperçue, je pense que nous pouvons nous en réjouir. Paris est une ville d'audace. Ce qui est audacieux aujourd'hui, sera classique un jour. Il est vrai que l?installation d?une ?uvre contemporaine à Paris doit se faire dans le respect de ce qu'est Paris, de ses contraintes. Mais Paris n'est pas et ne sera jamais une capitale figée. Elle doit continuer à construire le patrimoine architectural et culturel de demain, car l'audace d'aujourd'hui est le classique de demain.

Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 679.

Qui est pour ?

Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2019, DAC 679).