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Juin 1998
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Conseil Municipal
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30- VI - Question d'actualité de M. François LEBEL et des membres du groupe " P.A.R.I.S. " à M. le Maire de Paris et à M. le Préfet de police sur l'organisation d'un concert de musique " techno " au Trocadéro, sur le Champ-de-Mars, pendant la nuit du 14 juillet.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 1998



M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité de M. LEBEL et des membres du " P.A.R.I.S. " à M. le Maire de Paris et à M. le Préfet de police sur l'organisation d'un concert de musique " techno " au Trocadéro, sur le Champ-de-Mars, pendant la nuit du 14 juillet.
Je donne la parole à M. LEBEL.
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Monsieur le Maire, une fois encore, c'est en lisant la presse que les élus de Paris ont appris que la Ville organiserait dans la nuit du 14 juillet prochain, place du Trocadéro et sur le Champ-de-Mars, une énorme fête populaire autour d'un spectacle de musique " techno ", conçu par Jean-Michel JARRE.
Si cette manifestation festive ne peut que réjouir par avance l'ensemble des Parisiens, le groupe " P.A.R.I.S. " s'interroge et s'inquiète : il lui apparaît que le choix de cette date présente un danger extrême de désordres graves. En effet, la Coupe du monde de football sera, ce jour-là, terminée depuis deux jours seulement. Elle laissera désoeuvrés sur notre sol, en particulier à Paris, des milliers de hooligans, de casseurs comme ceux qui ont assombri les matchs à Lens, à Marseille, à Toulouse et à Paris.
Je suis étonné que certains ne s'en soient pas aperçu.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, je vous demande d'écouter. Si vous avez des conversations, allez les faire à l'extérieur !
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Il ne s'agit pas de conversations. Il s'agit de nier des réalités.
Donc, ces hooligans, ces casseurs qui ont assombri les matchs à Lens, à Marseille, à Toulouse et même à Paris, et ceux qui, personne n'en doute, fêteront à leur façon, sur les Champs-Elysées, l'avant-veille, le vainqueur et, plus tard dans la nuit, au petit matin, les vaincus, avec les risques que cela comporte et a déjà comporté, il y a quelques jours.
Qui peut croire que le risque de les voir, ce soir-là, se regrouper à Paris n'existe pas ?
Qui peut croire que les services de police pourront totalement garantir les Parisiens d'une nuit de violence et de désordre ?
Le groupe " P.A.R.I.S. ", les élus du 7e arrondissement, Jean-Philippe HUBIN, des élus du 16e, moi-même comme maire du 8e arrondissement estimons assez risquée cette initiative précipitée qui semble destinée surtout à consoler les Parisiens de leur relative déception consécutive à la fête des Géants, au détriment de leur véritable sécurité.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "P.A.R.I.S.").
M. LE MAIRE DE PARIS. - J'ai bien noté que vous n'étiez pas favorable, si j'ai bien compris votre conclusion, à cette manifestation. C'est bien cela ? Je ne me trompe pas ?
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Il y a des risques.
M. LE MAIRE DE PARIS. - J'ai compris cela. Je vous demande si vous n'êtes pas favorable à cette manifestation, et c'est votre droit de ne pas y être favorable, mais il faut le dire clairement.
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Je viens de dire que cette manifestation festive ne pouvait que réjouir par avance l'ensemble des Parisiens. Si vous êtes capable de nous garantir totalement, avec le Préfet, la sécurité des Parisiens, nous sommes pour cette fête.
Si vous prétendez le faire, bravo !
Si vous arrivez à le faire, trois fois bravo !
Mais s'il y a des émeutes, s'il y a de la casse, s'il y a des blessés, nous vous aurons averti.
Donc avant d'être tout à fait favorable à cette fête, Monsieur le Maire, je voudrais avoir la certitude de la part de vous-même et du Préfet de police que toutes les mesures auront été prises.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Les événements liés à la Coupe du monde de football, je le rappelle, s'achèvent le 12 juillet au soir. La fête du football sera terminée. Ce sera la finale. S'il y avait des problèmes, malheureusement, avec les gens qui seront aux matchs ou à côté (ce que je ne souhaite pas et j'espère qu'il n'en sera rien), ce sera deux jours avant. Ce n'est donc pas le même problème.
J'ai autorisé un concert de Jean-Michel JARRE, seule manifestation organisée durant cette période, à l'initiative d'artistes français ce qui est aussi un événement important.
Ce spectacle devrait se dérouler sur le Champ-de-Mars, site traditionnel d'ailleurs des festivités du 14 juillet, selon la même configuration qu'en 1995, c'est-à-dire de 21 heures 30 à minuit.
Je rappelle qu'en 1995, une manifestation identique a eu lieu, qui s'est passée dans les meilleures conditions.
La Coupe du monde sera terminée deux jours avant. Alors si, six mois après, on dit : " Il y a eu la Coupe du monde "... !
Il appartiendra, bien évidemment, au Préfet d'assumer ses responsabilités, cela va de soi, avec le Maire qui sera engagé dans cette affaire et de prendre les mesures préventives de sécurité nécessaires, et éventuellement répressives afin que cet événement festif se déroule dans les meilleures conditions.
Les organisateurs, qui sont en train de prendre les contacts nécessaires avec les services de la Préfecture de police, devront se conformer à ces mesures.
La sécurité est un élément prioritaire mais les manifestations festives qui se déroulent après la finale de la Coupe du monde correspondent aussi à la vie et à la fête à Paris.
Voilà pourquoi je voulais vous dire mon sentiment clair et net.
Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, vous savez combien la préoccupation de sécurité est prioritaire pour le Préfet de police, comme pour vous-même, Monsieur le Maire, et pour tous les Conseillers de Paris.
C'est donc sur ce plan précis et fondamental que je vais répondre.
A la mi-mai, lors d'un contact entre mon Cabinet et celui du Maire de Paris, a été évoqué un projet de concert organisé par M. Jean-Michel JARRE lors de la Fête de la musique.
Les plus grandes réserves sur son opportunité pendant la Fête de la musique avaient alors été émises.
J'avais précisé à M. le Maire de Paris que je ne pouvais, malheureusement, réserver une suite favorable à cette requête, à cette date, en raison, d'une part, de l'annonce trop tardive de cette manifestation de très grande ampleur, ne figurant pas dans le programme des festivités engagées à Paris pendant la période de la Coupe du monde de football, en raison, d'autre part, de l'absence de forces de police et de gendarmerie nécessaires pour garantir la sécurité et le bon ordre d'un événement pouvant rassembler jusqu'à un million de personnes, en plus des manifestations prévues pour la Fête de la musique.
M. le Maire de Paris a tout à fait compris cette argumentation et je l'en remercie à cette tribune.
Le 16 juin, un contact a été pris avec son Cabinet afin que me soient apportées toutes précisions utiles sur les festivités du 14 juillet prochain, qui semblaient englober le concert de M. Jean-Michel JARRE.
J'ai reçu, ce jour, un courrier de M. Jean-Claude CAMUS m'informant qu'il avait été chargé d'organiser cette soirée.
Nous sommes, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, encore dans l'attente d'un dossier technique, qui m'a été annoncé.
Dès que celui-ci m'aura été transmis, une appréciation des forces de renfort nécessaires sera faite. Ces forces de renfort seront alors demandées à M. le Ministre de l'Intérieur.
Sous réserve, je le souligne, que les forces de police et de gendarmerie de renfort indispensables soient disponibles le 14 juillet, la Préfecture de police mettra tout en oeuvre, comme elle l'a toujours fait en pareil cas, pour contribuer au succès de ce concert.
Mais bien entendu, s'il s'avérait que, pour un motif ou un autre, tenant à la situation à Paris ou en province, ces forces de renfort ne pouvait être fournies, et donc que la sécurité de cette manifestation susceptible, je le rappelle, de rassembler jusqu'à un million de personnes (comme cela fut le cas en 1995) ne pouvait être assurée, je serais alors conduit à m'en entretenir avec M. le Maire de Paris.
Les responsabilités qui sont les miennes me font, en effet, un devoir de placer au premier rang de mes préoccupations - et je sais que c'est également le sentiment de M. le Maire de Paris - la sécurité des Parisiens et la sécurité de la Capitale.
Voilà quel est le point actuel de la situation en ce qui concerne la Préfecture de police.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet de police.