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Juin 1998
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Conseil Municipal
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13- 1998, DAUC 74 - Avis sur le projet de mise en compatibilité du Plan d'occupation des sols général de Paris avec le projet de Déclaration d'utilité publique en vue de la réalisation du projet de doublement de l'autoroute A4 par l'autoroute A86.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 1998



M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à l'examen du projet de délibération DAUC 74 concernant la réalisation du projet de doublement de l'autoroute A4 par l'autoroute A86.
Mme BILLARD a la parole.
Mme Martine BILLARD, élue " Les Verts ". - Monsieur le Maire, le doublement de l'A4 par l'A86 fait partie des derniers tronçons de l'A86.
Face à la saturation du réseau routier d'Ile-de-France, la seule réponse a toujours été l'augmentation de l'offre autoroutière.
L'A86 conçue comme autoroute de petite couronne est aujourd'hui évidemment saturée aux heures de plus grande circulation. Et tant que l'amélioration des transports en commun inter-banlieue ne sera pas effective, on ne fera qu'augmenter la circulation automobile avec toutes ses conséquences : pollution atmosphérique, pollution sonore, occupation de l'espace urbain au détriment d'autres activités, stress des riverains et des automobilistes, coût économique...
L'A4 est, aujourd'hui, l'autoroute qui a le trafic le plus important à proximité de Paris. Elle est saturée le matin ; avant le pont de Nogent et à la jonction avec l'A86, le trafic atteint déjà 190.000 véhicules par jour. Dans le tronçon commun, ce sont 251.000 véhicules qui l'empruntent quotidiennement.
Une partie de ce trafic est effectivement un trafic de banlieue à banlieue, et d'une certaine façon la saturation de tronçon entre le pont de Nogent et l'échangeur de Saint-Maurice a forcément un petit effet dissuasif sur les personnes les moins " accros " à la voiture et qui peuvent trouver une offre alternative de transports en commun.
L'élargissement des deux viaducs de Maisons-Alfort à trois voies ne va faire que reporter les bouchons au niveau de l'échangeur de Bercy.
Lors de la réunion du 27 juillet 1998 qui s'est tenue en Préfecture de Paris, M. FONTANEL de la Préfecture du Val-de-Marne l'a d'ailleurs reconnu. Je cite : " Sur le bouchon entre Saint-Maurice et Paris, l'opération ne changera rien puisqu'il est lié au dimensionnement de la Porte-de-Bercy ".
Peu importe finalement que le trafic sur l'A4 diminue un peu car l'impact de la circulation automobile au niveau économique et environnemental est global. On ne peut que regretter que l'enquête concernant l'A86 sur les nuisances apportées par l'existant, c'est-à-dire l'A4, soit de fait évacuée. On a, encore une fois, un exemple d'étude morcelée permettant ainsi de réduire l'étude d'impact.
Pourtant, les riverains qui ont répondu lors de l'enquête publique ont, eux, bien souligné les conséquences de l'A4 et le fait que, pour eux, les conséquences étaient globales.
En effet, les nuisances sonores ne seront évidemment pas modifiées dans le tronçon commun où l'A86 est souterraine. Mais qu'en sera-t-il aux entrées et sorties et le long de la partie à découvert ?
Déjà à Maisons-Alfort, les nuisances sonores sont insupportables dans une région importante autour de l'autoroute. Le bruit de fond est constant, et même s'il ne dépasse pas les seuils autorisés, sa permanence est tout aussi insupportable qu'un bruit plus fort. Un moment donné, ces nuisances sonores ne pourront donc que s'aggraver.
Les réponses de la Commission d'enquêtes aux craintes de voir augmenter encore le trafic automobile dans ce secteur relèvent de la méthode " Coué ".
Continuer en 1998 à affirmer que l'augmentation de la capacité de l'autoroute permet d'en assurer la fluidité alors que toutes les expériences précédentes prouvent le contraire, démontre surtout l'incapacité de remettre en cause une politique qui a fait faillite.
Dans une réunion à la Préfecture de Paris, il a été annoncé par M. FONTANEL une augmentation de trafic banlieue de 15 % à l'horizon 2015 et 36 % de banlieues à banlieues. Les chiffres démontrent surtout que si les habitants de l'Ile-de-France ont pris conscience de la nécessité de réduire le trafic automobile dans la région, il n'en est pas de même de certains décideurs.
Ces justifications de l'augmentation de trafic ne s'expliquent que par le refus de revoir l'aménagement déséquilibré de l'Ile-de-France. Si la répartition logements-emplois avait été mieux conçue, les Franciliens ne seraient pas obligés de parcourir quotidiennement des kilomètres.
Les réponses apportées à l'augmentation de la pollution de l'air manquent de sérieux et la réserve apportée par la commission d'enquête propose, comme toujours, d'informer après et non de prévenir. On a l'impression que toutes les enquêtes sur la nocivité de la pollution de l'air pour la santé humaine n'ont jamais existé. Il est pourtant acquis que la diminution éventuelle de la nocivité des carburants actuels sera largement combattue par l'augmentation du trafic automobile. Or, c'est bien le cas dans lequel nous nous trouvons avec ce projet.
Au lieu de courir derrière l'augmentation du trafic automobile, en construisant toujours plus et plus d'autoroutes, qui coûtent des milliards, il vaudrait mieux consacrer cet argent aux protections phoniques nécessitées par les installations autoroutières existant déjà dans ce secteur et à la mise en place de transports en commun de banlieue à banlieue.
La priorité financière doit être donnée aux projets " ORBITAL " et " LUTECE ".
Je voterai donc contre ce projet de délibération qui ne peut être sorti de son contexte global.
Merci.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
Madame SCHNEITER, vous avez la parole.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, le projet de mise en compatibilité du P.O.S. avec le projet de déclaration d'utilité publique en vue du doublement de l'autoroute A4 par l'autoroute A86 est la solution-type qui mène à l'impasse. C'est encore un acte à ajouter à la tragi-comédie de la désastreuse politique des transports où les actes se succèdent sans que nous n'en voyions jamais la fin !
Il y a environ 25 ans, le boulevard périphérique a été construit pour, paraît-il, alléger les boulevards des Maréchaux saturés par une circulation de transit : premier acte.
Le second aura été de construire la A86 pour soulager le périphérique.
Puis, on s'est empressé de commencer la construction de la Francilienne, chargée de soutenir les défaillances persistantes du périphérique et de la A86, c'est le troisième acte, suivi de bien d'autres qui n'ont jamais apporté la moindre réponse cohérente aux problèmes de circulation.
Depuis six ans, la A86 relie directement les autoroutes du Nord et du Sud et le trafic est 4 fois supérieur à celui qui était prévu. L'explosion du trafic automobile est le résultat des politiques de déplacement qui ont toujours privilégié les autoroutes et non les transports en commun, ainsi que le développement incontrôlé du transport des marchandises par la route dont l'accroissement est constant.
En 35 ans, l'on a construit dans notre région 7 fois plus de voies rapides que de lignes de métro et de R.E.R. ! Les actes continuent à s'ajouter les uns aux autres dans une admirable et infernale logique. La tragi-comédie s'est transformée en drame puisque nous n'arrivons pas, bien que le mal s'aggrave chaque année, à convaincre les élus de droite et de gauche, ainsi que les services concernés à renoncer à leurs délires autoroutiers et à changer de politique. Les réalisations, qui ne font qu'accroître la circulation, année après année, se dispersent dans toutes les directions. Bref, notre région est habillée chaudement et pour longtemps de projets éclatés qui vont la rendre encore plus inhabitable !
La croissance ininterrompue du nombre de déplacements obligés en voitures, puisque l'on n'offre pas aux automobilistes d'autres alternatives, traduit les graves déséquilibres de la Région parisienne et non sa vitalité. L'Etat envisage aujourd'hui de réaliser l'élargissement du tronc commun des autoroutes A4 et A86 entre l'échangeur de Saint-Maurice et la bifurcation de Nogent-sur-Marne, avec, au préalable, la réalisation de travaux qui se dérouleront dans la partie sud-est du bois de Vincennes.
Je tiens d'abord à vous signaler que l'ensemble de la procédure mise en oeuvre et notamment l'enquête publique sur cet aménagement ne se sont pas du tout déroulées comme l'indique ce projet de délibération.
Tout d'abord, si la Commission d'enquête a donné un avis favorable à ce projet, la Déclaration d'utilité publique, elle, n'a toujours pas été signée, ce qui est surprenant. De nombreux habitants, comme des associations, n'étaient pas hostiles au compromis d'une traversée en souterrain de la Marne, si le tunnel ne comportait que deux fois deux voies et pas davantage.
Vous n'avez pas tenu compte de ces revendications et c'est bien de trois et non de deux voies qu'il s'agit, plus une bande d'arrêt d'urgence qui peut devenir une quatrième voie à tout moment ! Mais vous ne le dites pas.
La D.D.E. met en sous-sol ce qu'elle voulait mettre en surface et construit deux tunnels au lieu d'un, ce qui double le coût total qui passe à 3,5 milliards pour 2,400 kilomètres ! Et ce n'est que le devis officiel.
Autre fait inacceptable : vous ne dites pas la vérité sur la partie du bois de Vincennes concernée par ces aménagements. On nous parle d'une autoroute de deux fois trois voies alors que ce sont bien de quatre voies qu'il s'agit, pour le passage du Tremblay, mais cela n'est écrit nulle part et c'est absolument scandaleux !
Comment le savons-nous ? Tout simplement parce que la D.D.E. parle de 3 voix également, plus une bande d'arrêt d'urgence, mais sur les plans, il n'y a pas de bande d'arrêt d'urgence ; ce sont bien de 4 voies qu'il s'agit et de rien d'autre !
Ce projet bafoue totalement la loi sur l'air, ainsi que les décrets anciens sur les normes de pollution auxquelles, à vous écouter, Monsieur le Maire, vous attachez beaucoup d'intérêt. Il y a loin entre vos paroles et vos actes et vous votez pour ce projet.
Au débouché du tunnel, côté " serres du Breuil ", les études très sérieuses entreprises par la D.D.E. pour la Commission d'enquête, montrent que le seuil de pollution pour le dioxyde d'azote dépasse largement les normes françaises qui sont déjà trop élevées ! Trouvez-vous cela normal ? Il nous est répondu que cela n'a pas d'importance puisqu'il n'y a pas d'habitants (sic) mais il y a les " serres du Breuil ".
Qu'allez-vous faire, Monsieur le Maire, face à cette pollution, puisqu'aucune solution dans ce rapport n'est en mesure de la diminuer ?
Ce projet est également absurde car vous ne pourrez jamais résoudre les " points noirs " routiers. Comme toujours, vous résolvez momentanément un problème pour en créer d'autres ailleurs. C'est exactement ce qui se passe ici. Vous allez élargir les voies au niveau de Saint-Maurice et de Joinville-le-Pont et rester à deux fois deux voies à Nogent-sur-Marne. Vous déplacez une fois de plus le problème à 1,5 kilomètre de distance !
Nous déplorons également le contexte politique local de cette opération où toutes les forces politiques de droite et de gauche sont favorables à ce projet, au contraire des écologistes indépendants, notamment pour les deux tunnels.
Je suis heureuse que Mme BILLARD s'intéresse au problème, mais je lui signale que, localement, il n'y a plus de " Verts " pour s'y intéresser ! Et pourtant, ce nouvel ouvrage est inutile, très coûteux, très polluant.
Vous voulez augmenter la fluidité de la circulation dans cette zone, elle sera saturée en deux ans !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Madame SCHNEITER, vous êtes à six minutes.
Mme Laure SCHNEITER. - Je termine, Monsieur le Maire.
Il vous faut arrêter ces travaux autoroutiers, car ce n'est plus la priorité. Si vous voulez améliorer les transports en banlieue, il faut penser à des transports en commun rapides, confortables, de banlieue à banlieue et de banlieue à Paris qui, eux, servent l'intérêt collectif. L'une des trop rares applications concrètes que vous avez faites dans ce sens est la création du Trans-Val de Marne ; c'est un autobus en site propre qui va de Rungis à Créteil et qui rencontre un grand succès.
N'oubliez pas qu'une bonne politique des transports est régie par l'offre et non par la demande, et sans gaspiller l'espace. Pensez par exemple, et ce sera ma conclusion, qu'un tramway, avec 6 mètres d'emprise au sol, transporte 10.000 voyageurs à l'heure, alors qu'une autoroute à deux fois trois voies, de 100 mètres d'emprise au sol, ne permet à l'heure qu'à 9.500 voitures de rouler.
Les investissements nécessaires sont sans aucune mesure avec les milliards dépensés pour essayer de faire rouler les voitures.
Je voterai, par conséquent, contre ce projet.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.
M. BULTÉ a la parole.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Je rêve ! Je me pince même. C'est surréaliste. Nous avons entendu les deux orateurs précédents se servir de leur position au Conseil de Paris pour une critique très sévère de l'action du Gouvernement et de l'Etat car, en la matière, vous le savez bien, la Ville n'a rien à voir.
Il s'agit pour le Conseil de Paris de donner un avis sur la mise en compatibilité du Plan d'occupation des sols parisien avec un projet de l'Etat.
C'est vrai que des études sur le doublement de l'autoroute A4 par la A86 ont été entreprises par l'Etat. Ce doublement, déclaré d'utilité publique, a été intégré à la révision du P.O.S. de Paris. Cependant l'Etat, vous l'avez rappelé, Madame SCHNEITER, Madame BILLARD, a été contraint de réviser son projet à la suite de nombreux recours des riverains dans le Val-de-Marne.
Les services de l'Etat ont donc décidé d'enterrer une partie de l'autoroute à hauteur de Joinville-le-Pont. Les ouvrages commencent effectivement dès le bois de Vincennes.
Le passage en souterrain nécessitant des ouvrages de ventilation spécifiques, une modification du P.O.S. très ponctuelle est indispensable. C'est donc une modification purement administrative en ce qui concerne la Ville.
Ce projet, Madame BILLARD, Madame SCHNEITER, a fait l'objet d'un accord du Ministère de l'Environnement, et particulièrement de Mme VOYNET et de la Commission des sites après enquête publique, en mai dernier.
Mme Laure SCHNEITER. - Cela ne m'étonne pas.
M. Michel BULTÉ, adjoint, rapporteur. - Ah bon ? Je vous le rappelle quand même.
En l'occurrence, la Ville met en pratique uniquement les décisions qui ont été prises par Mme VOYNET, certainement soutenue par les " Verts " dans ce secteur.
Des précautions ont été prises de nature à préserver l'environnement dans son aspect écologique et architectural.
En ce qui concerne la Déclaration d'utilité publique, là encore, elle sera prononcée par décret, en Conseil d'Etat dans le courant de l'été.
Voilà ce que je voulais dire, Monsieur le Maire.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 74.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, Mmes SCHNEITER, SCHERER, SILHOUETTE, BILLARD et M. BLET ayant voté contre, M. REVEAU s'étant abstenu. (1998, DAUC 74).