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Decembre 2019
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Conseil Municipal
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2019 DEVE 158 - Attribution de la dénomination "jardin de l'impératrice Eugénie" à l'espace vert situé 2, rue de Picpus (12e).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2019


 

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DEVE 158. Il s'agit de l'attribution de la dénomination "jardin de l'impératrice Eugénie" à l'espace vert situé 2, rue de Picpus dans le 12e arrondissement.

La parole est à M. Alexandre VESPERINI, pour le groupe PPCI.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci, Monsieur le Président.

Mes chers collègues, enfin le Conseil de Paris rend un peu hommage à l'?uvre du Second Empire. Il aura donc fallu attendre les 100 ans de la mort de l'impératrice Eugénie pour que la Ville de Paris rende, encore une fois, enfin hommage à son rôle, à son action.

Son personnage et sa personnalité ont longtemps été victimes d?une caricature très injuste, qui a été faite par l?historiographie populaire. Les Républicains l'ont toujours désignée comme ennemie jurée à cause de son rôle, de ses convictions conservatrices et cléricales. Et les Bonapartistes et les proches de Napoléon III ont souvent fait d'elle la responsable de tous les maux, de toutes les errances, de toutes les erreurs du Second Empire. Déjà, c'était le sexisme en politique. Et déjà sous le règne de Napoléon III, chaque fois que quelque chose ne se passait pas bien, c'était forcément de la faute de l'Impératrice.

Du coup, je me félicite de voir la Ville de Paris, comme d'une manière générale l?historiographie, faire évoluer un peu leur vision de l'impératrice Eugénie, de mettre fin à cette caricature et reconnaitre des réalités qui sont tout à fait différentes.

On l'appelait "l'Espagnole", comme on appelait Marie-Antoinette "l'Autrichienne". On remettait en cause son sentiment national, alors qu?en réalité, c'était une femme qui avait profondément adopté la culture française. Elle était très passionnée par l'?uvre de Napoléon Ier et elle n'a jamais manqué de défendre toujours l?intérêt national, notamment durant la débâcle de 1870, où elle était régente. Elle n'a pas joué un rôle politique extrêmement fort. Le projet de délibération dit qu'elle a exercé les fonctions de chef d'Etat. En réalité, je crois que malheureusement, elle n'a pas pu faire grand-chose pour atténuer le malheur que connaissait la nation à ce moment-là.

On a toujours dit qu?elle était très cléricale, qu?elle était bigote, finalement qu?elle était très réactionnaire. En réalité, c'est une femme qui a toujours brillé par son indépendance d'esprit. Elle n'a pas hésité, par exemple, à défendre Charles Baudelaire qui était, à l?époque, un artiste extrêmement sulfureux. Elle avait des liens très amicaux avec George Sand qui, pourtant, n'avait absolument pas ses convictions, ni cléricales ni impériales.

Elle a fait montre d'un profond modernisme, notamment dans la cause des femmes, dans la place que les femmes pouvaient tenir dans la société. Par exemple, elle était très attachée au fait de pouvoir faire entrer les femmes à l?Académie Française. Elle a beaucoup encouragé Victor Duruy, qui était ministre de l?Instruction publique, dans la construction d?écoles de femmes. Après le Second Empire, durant son exil britannique, elle avait pris fait et cause en faveur des suffragettes. Fin du XIXe, début du XXe siècle, elle était très favorable au vote des femmes, ce qui montre à quel point elle était une féministe à part entière.

Donc, je crois que c'est un projet de délibération important.

Je voudrais terminer en disant que c'était aussi une femme de style, qui a toujours encouragé non seulement les artistes, comme je viens de le dire, mais aussi les créateurs de l'industrie qui, aujourd'hui, est l'industrie du luxe. C'est elle qui est à l'origine de la Fondation de Biarritz ; c?est elle qui a beaucoup encouragé le rayonnement national, le rayonnement du tourisme français de luxe ; et c'est aussi elle qui a lancé de grands artistes, de grands créateurs comme Guerlain, comme Vuitton, comme Worth. Bref, il était temps de rendre hommage à l'impératrice Eugénie.

Vous aurez compris mes convictions bonapartistes à travers cette prise de parole, et je profite de cette intervention, pour conclure, en disant qu'il faudra bien un jour - je regarde Bernard GAUDILLÈRE qui ne partage pas ces convictions, je le sais depuis longtemps - favoriser le retour des cendres du couple impérial, et en particulier de Napoléon III. C'est une vieille idée qui parcourt le débat public. Je crois qu'après avoir consenti à créer une place Napoléon III à Paris, il faudra faire encore un petit effort pour que nous puissions reconnaître pleinement le rôle qu'a pu jouer ce couple impérial, en particulier Napoléon III, notamment dans la construction de Paris en tant que capitale du XIXe siècle. Merci à vous de cette décision, que nous voterons au groupe PPCI avec beaucoup d'enthousiasme.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Alexandre VESPERINI.

Pour vous répondre, la parole est à Mme Catherine VIEU-CHARIER.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Chers collègues, cela peut paraître lunaire à certains, mais voyez, pour ceux qui ont écouté M. VESPERINI, il y a beaucoup de choses extrêmement vraies et extrêmement intéressantes dans ce qu'il a développé sur Eugénie de Montijo, impératrice Eugénie.

J'ai eu l'honneur de présider la Commission de dénomination qui a émis un avis favorable à la demande de la Fondation Eugène Napoléon et qui a suggéré que l?on rende enfin hommage à cette grande dame. Les murs de Paris, vous le savez, résonnent de grandes femmes de notre histoire, passée ou contemporaine, de Jeanne d?Arc dans le 18e arrondissement à Marie-Thérèse d'Autriche, Sainte Marie-Eugénie de Jésus à Madame de Montespan, Marguerite de Navarre à Diane de Poitiers, Madame de Sévigné à Théroigne de Méricourt, Olympe de Gouges, Louise Michel, et j?en passe, il y en a vraiment pour tout le monde.

Je pense aussi à l'entrée, dans la nomenclature officielle, des noms de Danielle Mitterrand et de la princesse Diana, dont les actions humanitaires semblent avoir été inspirées du parcours de Mme Eugénie de Montijo. Nous le savons, Eugénie de Montijo avait une grande avenue à son nom sous le Second Empire. L'avenue, tracée par Haussmann, avait été ouverte en 1854, sous le nom de l'avenue de l'Impératrice. Mais à la chute du régime, elle devient avenue du général Ulrich, avant de devenir avenue du bois de Boulogne en 1875 et de prendre son nom actuel d'avenue Foch en 1929. Depuis ce fait de débaptiser l'avenue, il n'y avait plus rien au nom de l'Impératrice des Français dans la Ville de Paris. Or, Paris doit beaucoup à Eugénie. Je rappelle que c'est une femme qui a toujours mis en avant? Alors évidemment, c'est un peu compliqué parce que c'est une femme qui était d'une classe sociale très élevée, on est dans la charité, mais bon, je dois dire qu'elle est venue beaucoup en aide aux déshérités. Elle a ouvert des lieux pour les enfants malades, s'est préoccupée, pour la première fois, du sort des enfants qui étaient en prison et a soutenu la cause des femmes - vous l'avez rappelé - notamment en demandant le droit de vote ainsi que de favoriser l'enseignement des jeunes filles qu'elle trouvait très en deçà sur le territoire français. Tout cela a été complètement oublié dans l'histoire. Il était donc juste que, trente-deux ans après avoir rendu hommage à son empereur de mari, pour lequel je n'ai pas tout à fait le même sentiment, on accueille un lieu en son honneur.

Voilà pourquoi, mes chers collègues, je vous propose de voter en faveur de ce projet de délibération.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Catherine VIEU-CHARIER.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 158.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2019, DEVE 158).