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Decembre 2019
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2019 DAE 335 - Subvention (225.000 euros) et convention annuelle avec l'Office du Tourisme et des Congrès de Paris pour la mise en place d'une stratégie de relance du tourisme (19e).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2019


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DAE 335 relatif à l'attribution d'une subvention et d'une convention annuelle avec l'Office du Tourisme et des Congrès de Paris pour la mise en place d'une stratégie de relance du tourisme.

La parole est à Alexandre VESPERINI. C'est sans doute un projet de délibération important, puisqu'il est inscrit dessus.

M. Alexandre VESPERINI. - On parle d'un sujet important, du tourisme à Paris à 20 heures 42. J'espère que l'on m'écoutera.

De quoi s'agit-il ? Il s'agit ici de la subvention que l'exécutif municipal souhaite verser à l'Office du Tourisme et des Congrès de Paris dans le cadre, je cite, "de la mise en place d'une stratégie de relance du tourisme".

Première observation que je voudrais faire, j'aurais bien voulu que sur une subvention de 225.000 euros, nous ayons un peu plus que trois pages de présentation, et que nous ayons la présentation de ladite stratégie de relance du tourisme. Dans les annexes du projet de délibération, il n'y a pas cette stratégie, on nous présente les associations qui sont membres de l'Office du Tourisme de la Ville de Paris, encore heureux, mais pour ceux qui s'intéressent à ces questions, nous les connaissons.

Donc, 225.000 euros pour une documentation qui me semble assez faible, même très lacunaire, à un moment où on ne peut que s'interroger sur le rôle que peuvent jouer, que jouent les offices du tourisme des grandes villes et de n'importe quel type de territoire d'ailleurs.

Ce n'est pas un sujet qui date d'hier, j'en veux pour preuve par exemple le rapport qu'avait adopté la Cour des comptes en 2015 sur l'Office du tourisme de la Ville de Paris.

La Cour des comptes avait fait un certain nombre de remarques. La première sur finalement les frais de personnel, qui avaient considérablement augmenté sur la période 2006-2015, plus 17 %. Ces frais ont baissé après, à l'issue de ce rapport, mais il faisait déjà une observation qui n'a pas dû beaucoup changer depuis 2015, seulement 2 % des touristes parisiens avaient fréquenté les points d'accueil de l'Office du Tourisme et du Congrès de Paris. Je ne pense pas, encore une fois, que cela ait beaucoup évolué depuis la publication de ce rapport.

Encore une fois, voter une subvention de 225.000 euros à l'O.T.C.P. pour participer à la promotion de la capitale, alors même que l'on sait que les offices du tourisme ne sont plus les instruments stratégiques de la promotion des territoires, cela me semble devoir être dit dans cette Assemblée, il me semble qu'il faudrait examiner avec beaucoup plus de précisions ce que l'O.T.C.P. peut faire pour la promotion de la capitale, dans la mesure où il y a bien d'autres acteurs aujourd'hui qui assurent la promotion des territoires, notamment sur Internet, notamment les applications, qu'ils soient publics ou privés.

Deuxième observation que je voudrais faire, je l'ai déjà faite à plusieurs reprises, c'est sur la lisibilité de cette fameuse stratégie de promotion de Paris, parce que la Ville de Paris subventionne et encourage l'Office du Tourisme, son propre office du tourisme, mais il y a également la Région qui accompagne et subventionne le Comité régional du tourisme, le C.R.T. Il avait été question en 2015 de rapprocher les deux organismes, cela aurait été tout à fait logique, et on était là d'ailleurs dans la suite des conclusions du rapport de la Cour des comptes que je viens de citer sur 2015.

A ce stade, aujourd'hui, à l'heure où on se parle, ce rapprochement n'est toujours pas d'actualité, il n'a toujours pas été mis en route. Il avait été question que le président de la structure unifiée soit issu de la Région et que le directeur général soit issu de la Ville ou l'inverse, et tout cela est parti dans les limbes, et c'est très regrettable parce qu'en réalité, cette stratégie devient un peu illisible et cela se ressent sur les réseaux sociaux, qui aujourd'hui sont incontournables si on veut vraiment promouvoir la Capitale.

Je regardais un peu pour préparer mon intervention, je faisais un petit tour sur Instagram, l'Office du Tourisme de la capitale a quatre ou cinq comptes sur Instagram. Il y a un compte qui s'appelle "Paris je t'aime", 500.000 "followers" qui suivent ce compte. Mais, il y a également le compte du Comité régional du tourisme "Visit Paris Region" et là on est à 175.000 personnes.

Au moins à défaut que les deux structures soient rapprochées au sein d'une seule et même structure, ne pourrait-on pas envisager qu'il y ait un seul compte Instagram de manière à dépasser les 500.000 ?

Il y a un problème de lisibilité de cette stratégie entre les deux organismes qui sont chargés de faire la promotion de la région Capitale. Il y a également les offices départementaux du tourisme, qui nous regardent évidemment moins, mais à un moment donné il va y avoir un problème de surtourisme, qui doit absolument engager les offices de tourisme départementaux et régionaux à travailler avec l'Office de Paris.

Je trouve par conséquent que cette subvention, qui est quand même très importante, n'est pas suffisamment étayée et n'est pas accompagnée d'une stratégie d'ensemble qui vise à mieux coordonner les efforts des uns et des autres et qui vise aussi à nous donner des objectifs précis, notamment sur les réseaux sociaux et un certain nombre de partenaires. Voilà ce que je voulais dire. On continue finalement avec les vieilles méthodes, les méthodes un peu traditionnelles, et je ne crois pas encore une fois que ce soit l'Office du Tourisme de la Capitale qui soit le mieux placé pour lancer ce type de stratégie de promotion. En revanche, il faut évidemment coordonner les différents acteurs du tourisme de la capitale, mais je ne crois pas que l'Office du Tourisme soit le mieux placé. Cela étant dit, si la Ville veut vraiment, je termine sur ce point, faire de l'O.T.C.P. l'instrument principal, qu'elle le dise clairement, mais ce n'est pas dit dans ce projet de délibération et je le regrette. Merci.

(M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, remplace M. Patrick BLOCHE au fauteuil de la présidence).

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Danièle PREMEL, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Danièle PREMEL. - Merci, Monsieur le Maire, chers collègues.

Paris est une ville touristique, c'est une ville très visitée et convoitée par le monde. Paris rayonne, il faut en être fier et préserver ses atouts.

En fin d'année 2016, la Ville se dotait d'une stratégie à l'horizon 2022. Une stratégie inédite, ambitieuse qui, si mes souvenirs sont bons, se déclinait en quatre axes : la mise en avant d'expériences uniques, une ville bienveillante, un tourisme durable, et enfin, une destination performante.

Je pense que nous avons sur le tourisme la même approche que celle que nous avons pour la population parisienne : une ville pour toutes et pour tous. Cela veut dire que nous sommes attentifs à la demande d'un tourisme pour toutes et tous, oserais-je dire pour toutes les bourses.

Notre politique sur le tourisme se doit d'être en adéquation avec cette diversité dans ses capacités d'accueil. Des études qui ont été faites sur le tourisme à Paris convergent. Ils viennent pour une certaine qualité de vie et pour la diversité de son patrimoine. Ils viennent pour l'histoire et la culture, ils ne viennent pas pour courir dans les rayons des supermarchés à 3 heures du matin. Il est intelligent de travailler à de nouvelles entrées pour un tourisme parisien qui sorte des sentiers battus et fasse découvrir un Paris pittoresque soit, mais aussi un Paris qui bouge sur le plan culturel et architectural. L'importance du mouvement social qui traverse notre pays depuis plus d'un an a eu des impacts sur notre ville, mais singulièrement sur certains pans de son économie et sur son tourisme, nous pouvons le comprendre. Mais là où nous sommes en interrogation, c'est qu'effectivement, on nous parle surtout en termes de tourisme d'affaires, de secteur de luxe, et jamais de tourisme pour toutes et pour tous ou de tourisme solidaire. Oui, nous pensons que cette subvention exceptionnelle de l'O.T.C.P. est destinée à être mise en place, mais aussi pour ce tourisme-là. C'est pour cela que je voudrais profiter de ce projet de délibération pour vous demander un point d'étape de ce qui est proposé actuellement pour un tourisme solidaire, innovant, proposant aussi l'insolite, et peut-être aussi le tourisme du Grand Paris, et je nommerai ce sur quoi nous travaillons en ce moment à la metropole : les sentiers du Grand Paris. Je vous remercie.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Merci. La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Excusez-moi, mais un projet de délibération qui commence par : "Le mouvement national des "Gilets jaunes" a gravement affecté l'économie française, notamment les commerces, hôtels, restaurants, activités culturelles et de loisirs très fréquentés le samedi", déjà cela me met en colère.

Cela me met en colère que l'on commence un projet de délibération comme cela, parce que franchement, il va falloir que vous réalisiez un jour que si le mouvement national des "Gilets jaunes" a duré autant de temps et qu'il continue aujourd'hui et rejoint d'ailleurs la mobilisation syndicale pour préserver notre système de retraite, c'est parce qu'il y a un problème politique dans ce pays.

Vous auriez pu dire : l'incapacité du Gouvernement à entendre la colère du peuple a créé un problème à Paris. Vous auriez pu le mettre sous cet angle, mais vous dénigrez d'emblée l'insurrection citoyenne, moi j'en suis ravie de cette insurrection citoyenne des "Gilets jaunes". C'est ce qui est arrivé de mieux à notre pays depuis pas mal de temps, parce que cette insurrection citoyenne exprime une exigence démocratique, une exigence de justice sociale, et vous le mettez au début du projet de délibération sur le tourisme ?

En même temps, cela montre bien la logique dans laquelle vous êtes.

Je voudrais attirer votre attention sur la contradiction qu'il y a. Une fois de plus, tout le monde dans ses interventions va dire, dans chaque conseil : les rapports du GIEC nous disent bien que nous avons 10 ans pour tout changer, mais par contre, pour l'attractivité touristique, on continue comme auparavant.

Dans une précédente intervention, un collègue, je ne sais plus si c'était Jacques BOUTAULT ou Yves CONTASSOT, disait que ce n'était pas une bonne nouvelle qu'il y ait une augmentation de 8 % des vols aériens en direction de Paris. Ce n'était pas une bonne nouvelle, parce qu'une augmentation de 8 % des vols aériens, c'est très problématique pour le climat.

Vouloir une attractivité touristique est contraire à la prise en compte de l'urgence écologique. Et c'est quand même paradoxal de vouloir réduire la voiture pour réduire la pollution dans Paris, et en même temps vouloir l'augmentation des hommes et des femmes qui viennent dans Paris par avion, quand on sait l'impact anti-écologique alors que l'on devrait au contraire réduire le fret aérien.

Maintenant, le tourisme de masse est une problématique écologique qu'il va bien falloir penser et repenser.

Il ne s'agit pas simplement de faire de grandes déclarations sur les enjeux écologiques et de vouloir à tout prix continuer dans les mêmes logiques néolibérales.

Paris, néanmoins, reste une ville touristique, il ne s'agit pas de remettre en cause que Paris puisse être visitée, que Paris a toutes ces richesses qu'il faut permettre aux femmes et aux hommes de découvrir. Je suis d'accord bien sûr avec Danièle PREMEL qui a insisté sur le fait que ce qui fait la richesse de Paris à visiter, ce ne sont pas ses centres commerciaux, ce n'est pas l'ensemble de ses boutiques, mais c'est bien l'ensemble de son patrimoine, et aussi sa culture, la culture parisienne.

Néanmoins, il va falloir repenser le tourisme autrement lorsqu'on prend en compte l'urgence écologique.

Et Paris ville touristique, cela doit être aussi de permettre à des banlieusards de venir la visiter, de permettre à des habitants de Lille, de Brest, de Marseille, de venir découvrir Paris.

Et donc, la question aussi des conditions sociales du tourisme et d'un tourisme populaire à Paris, hélas est toujours insuffisamment traitée.

Dernière chose, je trouve que sur la question d'"Airbnb" on est toujours en deçà de ce que l'on devrait faire. J'entends bien les collègues qui chaque fois interviennent pour dire, c'est le problème du cadre législatif. Bien sûr, c'est le problème du cadre législatif, les députés de la France insoumise avaient d'ailleurs insisté, par amendement, pour que le nombre de nuitées soit réduit à 30 dans les villes denses qui le souhaiteraient. Il faudrait d'ailleurs qu'il y ait une compétence allouée aux mairies pour pouvoir définir le nombre de nuitées.

Mais réduire le nombre de nuitées si vous n'avez pas les compétences de contrôler le respect du cadre législatif, c'est du "pipeau". Et aujourd'hui, avec une trentaine d?agents pour contrôler "Airbnb", c'est du pipeau, vous ne défendez pas l'industrie hôtelière parisienne, parce que vous ne vous donnez pas les moyens de pouvoir garantir ses intérêts en contrôlant un peu plus sévèrement l'ensemble des fraudes, plus de 60.000, à la législation en vigueur pour "Airbnb". Voilà les éléments sur lesquels je voulais attirer votre attention, mais je pense qu'un des enjeux de la prochaine mandature sera de penser une autre conception de Paris ville touristique, contre la logique d'un tourisme de masse totalement anti-écologique.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Merci. Pour répondre aux oratrices et à l'orateur, je donne la parole à Mme Olivia POLSKI.

Mme Olivia POLSKI, adjointe. - Je vous remercie, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, écoutez, on peut aussi déplorer que la situation politique ait effectivement amené à ce que ce mouvement des "Gilets jaunes" dure si longtemps, nous l'avons déploré à plusieurs reprises. Des solutions politiques auraient pu être apportées beaucoup plus rapidement, toujours est-il que le mouvement dure et qu'effectivement, ce sont aussi les commerçants parisiens et les hôteliers parisiens qui en paient aujourd'hui les conséquences.

C'est une des raisons pour lesquelles cela a été mis aussi comme cela dès le début du projet de délibération, c'est que les commerçants aujourd'hui, cela fait plus d'un an que pour certains, ils sont en grande difficulté, en très grande difficulté. Les hôteliers et les commerçants, ce sont aussi de l'emploi? excusez-moi, il y a un brouhaha ! Je vous remercie, parce que c'est fatigant. Je vous demande deux secondes, vous vous poussez, vous vous mettez ailleurs s'il vous plaît, mais là vraiment ! C'est moi qui suis obligée de faire la police de séance.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - On écoute la réponse de Mme POLSKI.

Mme Olivia POLSKI, adjointe. - Je ne m'entendais pas moi-même, cela devenait désagréable.

Tout cela pour dire qu'effectivement, cela dure très longtemps, il y a la question sociale évoquée et soulevée par le mouvement des "Gilets jaunes" et nous ne le dénions pas.

Cependant, quand des commerçants, après plus d'un an, voient que pour la deuxième fin d'année consécutive, le mouvement continue, eux aussi sont pénalisés, et derrière il y a des salariés, des gens qui gagnent leur vie comme cela.

En tout cas, cette relance est notamment permise parce que nous avons déposé un dossier au niveau du Ministère de l'Economie et des Finances, quand ils ont lancé l'opération nationale de revitalisation et d'animation commerciale qui a été dotée de 3 millions d'euros pour venir en aide aux commerçants et aux artisans qui ont été touchés par les manifestations. Là, effectivement, l'idée est de mettre en place un plan d'action.

La stratégie tourisme, je ne vais pas la détailler parce que Jean-François MARTINS l'a d'ores et déjà beaucoup développée et elle n'est pas nouvelle, et l'idée est de la renforcer avec un plan d'action doté d'un budget de 600.000 euros au global sur le budget de l'Etat, et 200.000 euros plus spécifiquement pour l'O.T.C.P. En tout cas, s'il y a des demandes spécifiques auxquelles je ne peux pas répondre, plus spécifiquement sur les rapports entre l'O.T.C.P. et l'Office régional, je vous propose de voir cela avec Jean-François MARTINS.

Je vous remercie.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 335.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DAE 335).