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Conseil Municipal
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2009, DU 219 - Attribution de la dénomination "place Marthe Simard" à la voie BQ/14 située à Paris (14e).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2009


 

M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l'examen du projet de délibération DU 219 concernant la dénomination d'une place Marthe-Simard à la voie BQ 14 située à Paris dans le 14e.

Madame CHRISTIENNE, vous avez la parole.

Mme Odette CHRISTIENNE. - Merci, Monsieur le Maire.

En mai 2008, notre groupe était intervenu pour accéder à la demande d?André CARREL de tirer de l?oubli Marie-Hélène Lefaucheux, figure marquante de la Résistante chrétienne, membre du Comité parisien de Libération, symbolisant la diversité de la Résistance intérieure.

Il serait heureux qu'aujourd'hui, notre Municipalité décide d'inscrire dans notre ville l'image d'une autre femme exemplaire, d?une des plus grandes Résistances de l'extérieur, dont l'Association des français de l'étranger vient de rappeler l?importance pour les faits de Résistance, mais aussi pour son rôle dans les décisions qui rétablirent les femmes dans leur plein droit de citoyennes.

Dès juin 1940, dès que notre Capitale retentit du bruit des bottes de l'occupant et que la croix gammée est imposée sur tous les bâtiments, Marthe Simard, au Québec, réagit.

Choquée par la capitulation de la France - peut-on comprendre que l?Etat-major français puisse déposer les armes ? elle n'admet pas davantage la substitution de l'Etat vichyste à la République.

Après un sentiment de douleur et de honte, révoltée, elle partage avec son mari la conviction que "rien n'est fini" et répond à sa façon à l'appel du Général de Gaulle.

Intelligente, extrêmement dynamique, elle devance par sa réaction immédiate les recommandations inscrites sur le premier numéro de "Résistance" paru à Paris le 15 décembre 1940 du Comité national de salut public créé par le Réseau du musée de l'Homme : "résister, c'est déjà garder son c?ur et son cerveau, mais c'est surtout agir".

Alors, le soldat Marthe Simard, comme elle aimait à se définir, met toutes ses forces dans le combat résistant et le combat n'est pas simple. Si, en France, le mythe de Pétain est fort, si, même chez les futurs grands Résistants, le processus de démystification est lent - il ne s'opérera qu'à partir de la fin décembre 1940 -, outre-Atlantique, le régime de Vichy était reconnu. Cette reconnaissance faisait tâche d?huile sur le continent nord-américain ; des milieux bourgeois et ecclésiastiques, dont on connaît la forte influence au Québec, étaient enclins à le soutenir.

Autrement dit, ce qui était un devoir pour Marthe Simard n'était pas clair aux yeux des Canadiens et l?attitude du Général de Gaulle, traité de mercenaire par certains, posait un cas de conscience pour beaucoup d'entre eux.

Certes, le premier acte de Marthe Simard fut un geste de compassion. Elle fait parvenir pour la population de France où s'installait un pillage organisé - l?Allemand organisait méthodiquement l'exploitation économique de tous les pays occupés des vivres et des médicaments.

Mais sa Résistance fut autre. Elle fut celle d?actes utiles au rétablissement de la liberté et de la République en ces valeurs qu'elle percevait comme indissociables du peuple français.

Au Québec, elle crée le premier Comité de la France libre extérieur à la France. Elle développera des Comités dans toutes les provinces canadiennes, utilisant la radio, parcourant le territoire d'un océan à l'autre, en essayant de convaincre les Canadiens d'aider par tous les moyens la France libre. Elle se déplacera d?ailleurs également aux U.S.A.

Le texte proposé à votre vote explique cette dynamique et sa réussite, mais il faut savoir que Marthe a dû être protégée par la gendarmerie royale canadienne. Les croix gammées fleurissent, y compris sur sa maison, avec des formules pour le moins curieuses. Associé à la croix gammée : "Vive Pétain, vive Laval, vive Darlan !"

"Pour qui était-ce injurieux ?" dit la Résistance. Des centaines de croix de Lorraine, répandues sur tout le territoire, sont la réponse à l?ordre nouveau.

En 1943, elle retourne en Algérie, appelée par le Général de Gaulle, je dis "retourne" parce qu?elle était née en Algérie. Première femme à siéger à l?Assemblée consultative qu?il a créé, son rôle fut décisif pour instituer l?importante loi du 5 octobre 1944 sur l'égalité politique hommes/femmes.

Mais Marthe Simard restera profondément marquée par ses compagnons de combat. "Nous étions de braves gens, sans titre ni gloire, mais le c?ur à la bonne place". Aussi fut-elle peinée, à son retour au Canada en 1945, du peu d?importance attaché à cette somme de bonne volonté de quatre ans. "Qu?importe pour nous, amis, camarades, compagnons, nous sommes des Français qui s?aiment".

Oui, Marthe Simard, cela importe. Les Français de l?étranger, qui contribuèrent à sauver notre honneur et notre liberté, ne doivent pas être oubliés. Nous les associons à l'hommage qui vous est rendu, et c?est l?espoir porté par ce projet de délibération, que bien sûr nous voterons.

Merci.

(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).

M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Merci beaucoup.

Après cet excellent exposé, je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 219.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2009, DU 219).