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2009, VI - Question d'actualité du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés relative aux suppressions de postes à l'A.P.-H.P.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2009


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je passe à la question suivante.

Madame POLSKI, vous avez la parole.

Mme Olivia POLSKI. - Monsieur le Maire, le modèle social français dont le Président de la République lui-même nous a répété il y a quelques mois qu?il nous a sauvés de la crise est attaqué de toutes parts par le Gouvernement de ce même Président.

Après les milliers de suppressions de postes dans l'Education nationale, la mise à mal de l'indépendance de la Justice avec la suppression du juge d'instruction, le démantèlement du service public de La Poste, l'affaiblissement du service public de l'emploi, le Gouvernement s'en prend clairement au service public de la santé.

Le modèle français de santé, qui était devenu une référence sociale mondiale, est victime d'une entreprise de déconstruction dramatique.

Le principe d'accès aux soins pour tous a d?abord été remis en cause, avec l?annonce de déremboursement massif de médicaments et l'instauration des franchises médicales. Cette augmentation de la part qui reste à la charge des patients oblige aujourd'hui des millions de citoyens à sacrifier leur santé pour des raisons financières ; c'est inadmissible.

Aujourd'hui, les hôpitaux publics sont méthodiquement asphyxiés, au profit des structures privées à but lucratif. Cette logique rampante de privatisation instaure un système de santé à double vitesse qui tourne le dos à tous nos principes républicains.

A Paris, l?A.P.-H.P. est un acteur central du service public de santé. Elle offre non seulement à tous un accès aux soins de qualité et joue un rôle essentiel en matière de veille sanitaire. Elle s'est aussi imposée comme un pilier de l'enseignement et de la recherche dans le domaine médical, désormais haut lieu de l'innovation thérapeutique.

Après y avoir supprimé 900 postes cette année, le Gouvernement envisage, pour des raisons d?économie, de supprimer plus de 1.100 emplois en 2010 et de continuer sur le même rythme sur au moins deux à trois ans.

Le professeur CORIAT, président de la commission médicale d'établissement de l'A.P.-H.P., dénonce le risque d?entrée dans un cercle vicieux par des mesures qui, en privant l'A.P.-H.P. de ressources, entraînerait une véritable casse du service public de soins. Il met aujourd'hui, comme de nombreux autres, sa démission dans la balance.

L'institution fonctionne à flux tendus et réduire encore le nombre de postes aura des conséquences dramatiques : aggravation des souffrances au travail des personnels, erreurs médicales, évidemment.

Il est urgent de réagir. L?A.P.-H.P. est un atout pour notre ville. Le Gouvernement fait des économies sur la santé de nos concitoyens, mais pour quoi faire ? Pour payer le bouclier fiscal ?

S?il est nécessaire de veiller à l?efficience des moyens investis dans le service public de la santé, il s'agit de ne pas verser dans des exigences de rentabilité qui conduiraient notamment à menacer des activités médicales réputées non rentables, comme des centre I.V.G. ou des consultations Sida comme ma collègue Karen TAÏEB a pu précédemment le souligner.

Aujourd'hui, des médecins sont prêts à démissionner, des associations, des citoyens se mobilisent pour refuser la logique que l'on nous impose. Je vous invite d?ailleurs tous à signer le manifeste d'un collectif citoyen : "www.collectifhypertension.net".

Monsieur le Maire, je sais votre engagement sur cette question, puisque vous avez vous-même exprimé votre inquiétude la semaine dernière quant à l'avenir du service public hospitalier parisien.

Alors qu?aux Etats-Unis, Barack OBAMA pose les bases d?un système de soins plus solidaires pour les citoyens américains, une révolution inverse et silencieuse est en cours dans notre pays.

Ce mouvement de recul ne peut plus durer ; l'accès aux soins pour tous doit être rétabli.

Je vous demande donc, Monsieur le Maire, de bien vouloir nous indiquer comment nous pouvons lutter contre le grave étouffement apparemment programmé de l'A.P.-H.P.

Merci.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je suis vraiment d'accord, mais cela aurait été mieux dans le temps prévu.

La parole est à Jean-Marie LE GUEN.

M. Jean-Marie LE GUEN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Merci, chers collègues, de votre interpellation ; elle est tout à fait justifiée.

Je voudrais, ici, m'exprimer avec un sens particulier de la gravité de la situation et du moment où nous sommes. Je m'exprime d'ailleurs sous le contrôle de l'ensemble des membres du Conseil d'administration de l'Assistance publique qui appartiennent à tous les groupes de notre Assemblée. Je m'exprime aussi sous le contrôle des membres des Conseils de surveillance des différents hôpitaux de l'A.P. où nombre d?élus du Conseil de Paris sont aujourd'hui en responsabilité.

Je crois que chacun peut témoigner de l'extrême tension dans laquelle, aujourd'hui, travaillent les personnels de l'Assistance publique, quelles que soient leur activité et leur responsabilité au sein des hôpitaux de l'Assistance publique.

Je crois que chacun peut trouver des témoignages qui font craindre pour l'avenir de la qualité des soins, pour les conditions de travail des personnels, mais, au-delà même, sur le sens que l'ensemble de ces personnels de l'hôpital public qui consacrent leur vie à l'hôpital public et aux soins, aujourd'hui, estiment ne plus trouver, du fait de la véritable désertion et de l'animosité dont ils sont victimes de la part des pouvoirs publics.

A l'évidence, ce qui est à l??uvre, c?est une logique technocratique et comptable qui va à l'encontre même des possibilités de restructuration et d'amélioration de l'efficience de nos hôpitaux.

C'est tout un blocage du système qui est en train de se réaliser et il n'est pas étonnant, mais tout à fait exceptionnel, que le président et le vice-président de la C.M.E. et, avec eux, l'ensemble des membres de la commission médicale d'établissement de l'Assistance publique, et avec eux encore, l'ensemble des présidents des C.C.M. des différents hôpitaux, se soient prononcés sur un texte commun demandant l'abandon de cette politique de suppressions d'emploi et mettant en jeu, ce qui est tout à fait inouï, leur engagement dans la gestion de l'hôpital public.

C'est donc un témoignage de leur gravité, de la gravité avec laquelle ils voient la situation et j?allais dire, quelque part, de la situation de très grande anxiété, pour ne pas dire de désespoir, parfois, dans lequel ils sont. Assez logiquement, ils se tournent aujourd'hui vers l'ensemble de la société, à commencer par nous, Conseil de Paris, et, Monsieur le Maire, vous avez commencé par y répondre avec force, je crois, pour demander une réaction sur l'ensemble des bancs du Conseil de Paris et, au-delà de Paris, puisque l'Assistance publique est un établissement hospitalier qui déborde le cadre parisien. L?ensemble de ces personnels attend de nos responsables, des responsables politiques de l'agglomération, de cette Région-Capitale, qu'ils s'expriment sur le sujet. Et il se trouve que, dans nos rangs, nous avons des personnalités de premier plan, de l'opposition sans doute, mais plus encore évidemment de la majorité. Et, donc, personne ne comprendrait que le sentiment qui est le nôtre, et qui est très largement partagé, et à voir quelques réactions, je crois que c?est partagé sur tous les bancs, une véritable mobilisation ne soit pas mise en ?uvre pour sauver l'Assistance publique et lui donner les moyens j?allais dire minimum auxquels elle a droit.

Quelle inconséquence, lorsque l'on voit le Président de la République, à travers son discours sur le grand emprunt, nous expliquer l'importance pour l'avenir de notre pays des sciences du vivant ! Comment ne pas voir que l'Assistance publique est un des garants du pilier social et sanitaire de ce Grand Paris dont, par ailleurs, on prétend vouloir porter plus loin encore l'ambition. Eh bien, personne ne comprendrait que cet hôpital, que cette Assistance publique soit livrée à la vindicte d?un certain anti-parisianisme, qui existe, il faut le dire, aujourd'hui au niveau des pouvoirs publics, et qui vise véritablement, au-delà même des contraintes imposées d'une façon générale à l?hôpital public, à diminuer l'offre et la qualité des soins de notre Assistance publique !

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Excellent ! Je n'ai rien à rajouter.