Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Novembre 2009
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

2009, III - Question d'actualité posée par le groupe U.M.P.P.A. à M. le Maire de Paris relative aux universités.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2009


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. LECOQ.

M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Comme vous le savez, le Président de la République, a fait de la rénovation et de la modernisation du système universitaire français une des toutes premières priorités de son mandat. Jamais depuis les débuts de la cinquième République, un effort aussi important n'avait été consenti par les Pouvoirs publics, mise à part l?opération de désamiantage de Jussieu conduite en raison de l'urgence qui s'imposait.

Doté de ressources spécifiques dès le départ, abondé significativement par le plan de relance en attendant d'être le bénéficiaire principal de l'emprunt issu de la Commission "Rocard-Juppé", ce plan s'est traduit par de très nombreuses applications en province, en confirmant les grandes villes comme villes universitaires, qui en contrepartie se sont engagées massivement dans son accompagnement. Pour chaque euro investi par l'Etat, chacune d'entre elles notamment Lyon et Toulouse, dirigées par un exécutif groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, va investir 1 euro supplémentaire destiné à la vie étudiante, c'est-à-dire au logement des étudiants, à la restauration, à la santé ainsi qu'au sport universitaire.

A Paris, le poids du passé et les besoins croissants des universités parisiennes les ont conduites à éclater leurs activités sur un nombre considérable de sites obligeant étudiants et professeurs à effectuer de nombreux déplacements entre des locaux dont le caractère souvent obsolète n?a fait que se renforcer. Tout en annonçant, avant l'été, la réalisation d'un très beau campus Paris Condorcet, au nord de Paris, Valérie PÉCRESSE, qui s'est investie à fond dans cette mission de résurrection des universités parisiennes, a confié à un fonctionnaire Bernard LARROUTUROU, le soin de préconiser un schéma de regroupement et de simplification des centaines d?implantations existantes.

Simultanément, Valérie PÉCRESSE a demandé aux universités, par l'intermédiaire de leur président, de se regrouper afin de constituer à l?instar de leurs homologues européennes, asiatiques et américaines, des entités susceptibles d'émerger par la qualité et le nombre de leurs travaux de recherche dans la compétition internationale à laquelle elles se livrent.

Le 5 octobre, Bernard LARROUTUROU a remis son rapport et même si la Ministre ne s?est pas officiellement prononcée, nous le savons mes chers collègues deux grands regroupements d'universités sont envisagées, l?un autour de Paris III, de Paris VII Sciences-Po entre autres, l?autre autour de Paris II, de Paris VI, et vraisemblablement de Paris IV et de Paris I.

Aussi, Monsieur le Maire, vous qui avez annoncé, après votre réélection, que vous consacreriez un milliard d'euros à l'innovation et à la recherche, où en êtes-vous dans l'accompagnement de ce programme ? Certes, nous savons que vous rencontrez régulièrement les présidents d'université, sans doute, nous n?en doutons pas, pour dire tout le bien que vous pensez du plan gouvernemental mis en ?uvre par Valérie PÉCRESSE. Nous savons que des groupes de travail ont été constitués. Au-delà de tout cela, quelles sont les mesures d'accompagnement que vous envisagez d'annoncer rapidement en matière de vie étudiante, d'accompagnement sportif, voire de mise à disposition de locaux tampons dont les universités ont grand besoin.

Autrement dit, Monsieur le Maire, mes chers collègues, qu'avez-vous de fait du milliard d'euros annoncé ?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur MISSIKA, vous avez la parole.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Je crois que cela mérite quelques éclaircissements et quelques explications sur la façon dont les choses se passent à Paris, dans le domaine des universités. Le rapport LARROUTUROU est un rapport, comme il y en a beaucoup, qui propose des choses intéressantes, d'autres un peu moins. Nous avions eu l'occasion de rencontrer M. LARROUTUROU, ce rapport a repris des idées, des objectifs qui avaient déjà été exposés par le Maire de Paris, notamment la logique de "clusters", la nécessité de regroupement des établissements universitaires, la concentration des forces d?enseignement et de recherche en trois ou quatre zones d?excellence. La perception des enjeux est partagée de ce point de vue, c?est la nécessité d'investir dans l?économie de la connaissance.

Je signale au passage que ce rapport souligne et reconnaît le dynamisme de la Ville de Paris concernant la vie étudiante, et notamment l'augmentation de l'offre de logements étudiants, et je n'aurais pas la cruauté de rappeler quels étaient les chiffres de logement étudiant financé par la Ville avant 2001.

Monsieur LECOQ, vous êtes suffisamment expérimenté pour savoir l'écart qu'il y a entre les annonces et la mise en ?uvre des opérations, la réalité des opérations promises. Je voudrais faire une petite chronologie pour que l'on voie bien dans quelle situation nous nous trouvons aujourd'hui. Le plan campus a été lancé au printemps 2008. On a retoqué les universités parisiennes. Il y a eu un deuxième tour du plan campus et à ce moment-là, les universités parisiennes n?ont pas été sélectionnées dans le cadre du plan campus.

Début 2009 nous avons eu droit à un audit immobilier, qui a débouché sur la mission LARROUTUROU et un rapport publié fin 2009. Nous attendons la prochaine étape, mais pour le moment nous allons de mission en rapport, de rapport en mission, et nous ne voyons toujours rien venir.

Pour que l'argent du plan campus soit mobilisé, il faudrait au minimum que des projets soient sélectionnés par l'Etat, ce qui n?est pas le cas aujourd'hui, à l'exception du projet Condorcet. Nous avons pourtant une urgence terrible en matière d'équipement universitaire à Paris. On ne sait toujours pas, par exemple, où sera relogée l'université Paris III Sorbonne nouvelle pendant la période de désamiantage de Censier, qui doit avoir lieu à partir de janvier 2012.

En ce qui concerne le campus Condorcet, nous sommes dans une situation paradoxale, l'Etat n'ayant toujours pas acheté les terrains pour installer ce campus. La Ville de Paris de son côté est mise dans une situation complexe par le fait que R.F.F., qui doit nous vendre les terrains de la Porte de la Chapelle, a augmenté de façon extravagante le prix de son foncier et l?actionnaire de R.F.F., c'est l?Etat.

Face à cela, quelle est l'action de la Ville de Paris ? Nous faisons le maximum face à une multiplication d?annonces et de rapports, qui désorientent la communauté universitaire et ne facilitent pas la conduite pratique des opérations que nous soutenons. Nous avons lancé la création d'un Institut d?Etudes Avancées, qui passe par une phase de préfiguration, dont d?ailleurs votre conseil aura à délibérer aujourd'hui. Nous manifestons notre soutien actif au campus Condorcet et participons à l'élaboration du projet du campus Condorcet.

Le programme de logements étudiants avance à un excellent rythme. Le programme de logements chercheurs se réalise également dans des délais convenables. Nous assurons les travaux de mise en sécurité et de rénovation des bâtiments universitaires qui nous appartiennent, à commencer par la Sorbonne. A la bibliothèque de la Sorbonne les travaux vont commencer. De ce point de vue, je n'aurais pas la cruauté de comparer la façon dont nous nous occupons de la Sorbonne en matière de rénovation et la façon dont l?Etat s?occupe de la faculté de pharmacie de Paris V.

Nous permettons la venue, le maintien ou le développement à Paris d?instituts de recherche de rang mondial, qu?il s?agisse de l?Institut de la vision ou de l?Institut Langevin. Nous finançons enfin la recherche innovante et facilitons l?accueil des chercheurs étrangers.

Je suis tout à fait satisfait de voir votre intérêt, Monsieur LECOQ, car nous ne sommes pas trop nombreux pour plaider la cause parisienne auprès de l'Etat. Je vous rappelle que Paris représente près de 15 % des effectifs étudiants, près de 20 % de la recherche publique française et que, contrairement à ce que la logique de "clusters" pourtant défendue par le Gouvernement voudrait, nos gouvernants ne croient pas utile d'investir dans ces proportions à Paris pour l?enseignement supérieur et la recherche.

J?ajouterai que la thèse du 1 euro pour 1 euro suppose que l'Etat augmente ses investissements à Paris pour pouvoir atteindre la part de l?investissement que consacre la Ville et la Région, à l?université parisienne.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Monsieur LECOQ, vous avez la parole.

M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. Très rapidement, Monsieur le Maire, et merci de me donner la possibilité, comme le règlement le prévoit, de reprendre deux minutes la parole.

Je voulais simplement dire - il ne s?agit pas de polémiquer avec M. MISSIKA, qui est un homme de qualité et qui traite un sujet sur lequel, je crois, beaucoup dans cette assemblée devraient se retrouver - que les problèmes universitaires sont suffisamment graves à Paris pour que nous essayions tous d'avancer ensemble.

Je voulais dire à M. MISSIKA, s?il a lu l?excellent rapport de M. LARROUTUROU, que les décisions seront sans doute annoncées avant la fin de l'année, la faculté de pharmacie, à laquelle je tiens particulièrement, étant d?ailleurs en tête des opérations préconisées par la Ministre. Vous voyez que vous pourrez vous y intéresser.

Je voulais simplement relever que vous avez rendu implicitement au prédécesseur de M. DELANOË, c'est-à-dire mon collègue Jean TIBERI, un hommage appuyé puisqu?il faut se souvenir que le premier plan de développement des universités parisiennes avait été signé entre M. LANG et M. TIBERI. Si certains n'ont pas de mémoire dans cette Assemblée, nous en avons pour d'autres.

J'ai bien noté que bien évidemment tout était merveilleux quand il s?agissait d?opérations conduites par la Ville et que tout était, s?agissant d?opérations conduites par l'Etat, mal mené, mais nous avons encore une fois, à travers Condorcet, à travers les regroupements qui sont faits, matière à travailler ensemble.

J'ajoute que le plan Université 3M, lancé par M. Lionel JOSPIN, abondé par M. VILLEPIN, et qui malheureusement n?avait accouché que de peu de chose en raison de l?inexistence de locaux tampons, prévoit la réunion d'un comité des universités. Est-ce que ce comité réunissant le Maire de Paris et les présidents de l?université parisienne se réunit ? J'aimerais le savoir.

Enfin, Monsieur le Maire, vous savez qu?il existe une cité universitaire, qui ne date pas d?aujourd?hui mais de soixante ans. La Ville a l'occasion d'augmenter son effort au profit d'une fondation, dont le créateur est André Honnorat - nous fêterons son centenaire l?année prochaine - et j'aimerais également que sur ce sujet de la cité universitaire, la Ville ne soit pas à la traine.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur LECOQ, nous avons un premier point d'accord : Jean-Louis MISSIKA est un homme de grande qualité. Voilà déjà un bon point.

Deuxièmement, vous avez raison, M. TIBERI, mon prédécesseur, a signé un accord avec M. LANG, accord que j?ai soutenu au Conseil de Paris à l'époque où il y avait une opposition constructive.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

M. TIBERI a signé, et c'est nous qui avons payé. Mais nous avons eu raison. Les paiements ont commencé après 2001. C?est comme ça. Même Mme PECRESSE en donne acte - d?ailleurs, ne vous inquiétez pas, nous travaillons avec elle, et j?étais avec elle lundi dernier - et elle reconnaît que dans la mandature précédente la Ville de Paris, dont ce n?est pas la responsabilité, a plus payé pour l'université à Paris que l'Etat.

Ensuite, le rapport Larrouturou que vous suggérez à M. MISSIKA de lire, figurez-vous que non seulement nous l'avons lu mais on y a peut-être même travaillé, notamment Jean-Louis MISSIKA.

Enfin, je terminerai par une boutade. Comme souvent une intervention d?un de nos collègues de l'U.M.P. commence par : pour la première depuis le début de la Cinquième République. Ce n'est pas très sympa pour le général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry GISCARD d?ESTAING et Jacques CHIRAC je ne vous parle même pas de François Mitterrand, car je sais que ce n?est pas votre référence - et accessoirement, ce n'est pas très gentil pour ceux de vos collègues dans votre groupe qui ont été membres des gouvernements qui ont précédé l'élection de Nicolas SARKOZY.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").

Il faut bien que je les défende !