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Avril 2005
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par MM. Sylvain GAREL, Jacques BOUTAULT et les membres du groupe “Les Verts” demandant qu’une rue ou une place parisienne porte le nom d’Aslan Maskhadov.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2005


 

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - J?en viens à présent au v?u référencé n° 16 dans le fascicule déposé par le groupe ?Les Verts? qui proposent qu?une rue ou une place parisienne porte le nom d?Aslan Maskhadov.

La parole est M. le Président René DUTREY? M. SCHAPIRA répondra.

M. René DUTREY. - Merci, Monsieur le Maire.

Aslan Maskhadov a été assassiné le 8 mars dernier à l?issue d?une opération spéciale des services spéciaux russes. Qualifié de ?terroriste international? et ?chef de bande armée? par le chef du F.S.B. lors de l?annonce de sa mort, les autorités russes depuis la sanglante prise d?otages de Beslan en septembre dernier avaient promis 10 millions de dollars de récompense pour sa capture.

Pourtant, le leader indépendantiste avait condamné sans aucune réserve aussi bien la prise d?otages du théâtre de Moscou que celle de Beslan ou encore les attentats du 11 septembre et, plus généralement, tout acte terroriste touchant des civils, indiquant dans sa lettre du 25 février dernier à Javier SOLANA pour demander l?engagement de l?Union européenne pour aider la Tchétchénie que ?seule la paix et la démocratie peuvent conjurer le terrorisme?.

Pourtant, Aslan Maskhadov a été élu démocratiquement en 1997 par la population tchétchène et son élection avait été reconnue par l?O.S.C.E. Dans ce pays en conflit avec la Russie depuis des décennies, c?était le seul président à avoir une légitimité démocratique.

Pourtant, le président Maskhadov se réclamait de la révolution douce telle qu?elle s?est déroulée en Ukraine et représentait l?espoir, au sein de la population tchétchène et des combattants indépendantistes, d?une négociation possible. Force modératrice au sein de la résistance tchétchène et disposant d?une légitimité importante, il avait proclamé un cessez-le-feu au mois de février, respecté par l?ensemble des combattants, renouvelant les appels à la négociation avec Moscou.

Cet appel, pas davantage que le plan de paix qu?il avait proposé il y a un an, n?a obtenu de réponse favorable de la part de Moscou. Bien au contraire, les exactions à l?encontre de la population civile tchétchène n?ont pas cessé. Selon le rapport de Human Rights Watch sur la Tchétchénie paru le 21 mars dernier, les disparitions sont devenues si fréquentes et systématiques qu?elles constituent un crime contre l?humanité. L?O.N.G. estime qu?entre 3.000 et 5.000 personnes ont disparu depuis le début de la seconde guerre en 1999 et que ces enlèvements sont en majorité le fait des troupes fédérales russes. Elle rapporte également que 8 parents d?Aslan Maskhadov ont été enlevés en décembre dernier. La guerre en dix ans a fait plus de 200.000 morts tchétchènes, l?équivalent d?un cinquième de la population du pays.

Dans ce contexte, la disparition d?Aslan Maskhadov risque d?avoir des conséquences dramatiques sur la situation tchétchène, parce qu?elle laisse face à face l?aile islamique de la résistance tchétchène et les autorités russes, dont POUTINE a dit qu?elles iraient ?chercher les Tchétchènes jusque dans les chiottes?, parce qu?elle ferme la porte à la négociation et au dialogue. Selon les termes d?un journaliste tchétchène, Maskhadov était la seule personne disposant de suffisamment de légitimité pour rendre possible un processus de règlement politique. Le Caucase va continuer de s?enfoncer dans le chaos.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Président.

M. SCHAPIRAvous répond.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - Monsieur le Président, d?abord à propos d?un projet de délibération antérieur, je voudrais simplement dire, puisque nous allons avoir une place d?Andorre, que le Ministre des Affaires étrangères d?Andorre m?a fait récemment part d?un vote du Gouvernement d?Andorre : le principal pont nouvellement construit à Andorre s?appellera ?le pont de Paris?. Bel échange.

Je réponds au Président DUTREY.

La situation qui prévaut en Tchétchénie depuis plus de dix ans ne peut laisser personne indifférent, et vous avez eu raison de nous rappeler le drame de cette guerre qui a causé la mort de plus d?un cinquième de la population tchétchène et contraint près d?un tiers de celle-ci à l?exil, dans les républiques voisines, dans des camps de réfugiés, ce qui n?est pas sans créer des troubles comme vous le savez parfaitement en Ossétie et en Ingouchie.

L?assassinat du président Maskhadov, le 8 mars dernier, laisse à penser que le Caucase va continuer de s?enfoncer dans le chaos, comme vous l?avez très bien souligné.

Cependant, au-delà de la question du statut international de la Tchétchénie, la personnalité de Mashkadov ne fait, évidemment pas, l?unanimité. Il a été élu, certes, mais il ne fait pas l?una-nimité.

L?homme d?Etat a publiquement condamné le terrorisme sous toutes ses formes, mais nous sommes dans une spirale de la violence. Aux actes terroristes en Tchétchénie, ont répondu des actes terroristes sur la population russe. Nous connaissons ce genre de spirale de violence dans d?autres régions du monde. Je ne voudrais pas être simplificateur, c?est un problème extrêmement complexe et ce n?est pas nous qui allons régler ici le problème de la Tchétchénie, pour lequel nous avons beaucoup à dire.

(M. Christophe CARESCHE, adjoint, remplace M.Christian SAUTTER, adjoint, au fauteuil de la présidence).

Le peuple tchétchène est martyrisé ! La ville de Grozny est martyrisée ! Il faut prendre en compte la complexité de cette situation et prendre en compte la souffrance de ces deux peuples. Nous ne donnons pas, à travers le symbole d?un lieu, d?une rue ou d?une place qui porterait le nom d?Aslan Maskhadov, une réponse appropriée. Je pense qu?on ne réduit pas les choses de cette manière.

Je suis pour le rejet de ce v?u, et pour l?ouverture à une autre solution pour honorer le peuple tchétchène.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur DUTREY, vous avez la lourde tâche?

M. René DUTREY. - Mon groupe a déposé ce v?u en toute connaissance de cause et, même si Aslan Maskhadov ne fait pas l?unanimité - et heureusement qu?il ne fait pas l?unanimité -, comme on dit, on n?a jamais la prétention de plaire à tout le monde et faire l?unanimité aujourd?hui en Tchétchénie serait plutôt mauvais signe.

Je demande donc que ce v?u soit soumis au vote.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur BLOCHE ?

M. Patrick BLOCHE. - Comme j?aime bien que la majorité municipale se retrouve sur les v?ux et amendements, en synergie et en accord avec l?Exécutif, je regrette bien sûr que ce v?u ne soit pas retiré, mais sans jeter la pierre au Président du groupe ?Les Verts? par une solidarité de président de groupe qu?il acceptera, je lui demande de bien vouloir accepter?

Le groupe socialiste et radical de gauche sera amené à suivre, ce v?u étant maintenu, la proposition faite par Pierre SCHAPIRA, mais je voudrais qu?il n?y ait aucun doute dans notre vote. Nous considérons qu?en Tchétchénie un drame épouvantable se joue, des choses horribles s?y passent, et donc au-delà du rejet de ce v?u je souhaiterais que subsiste la proposition de Pierre SCHAPIRA et que nous puissions, par un moyen ou par un autre, dire le souci de Paris à l?égard du respect des Droits de l?Homme à travers le monde, et se saisir du drame que vit actuellement le peuple tchétchène.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Madame GÉGOUT ?

Mme Catherine GÉGOUT. - Oui, pour une explication de vote aussi.

La proposition de Pierre SCHAPIRA était intéressante, parce que finalement le but de ce v?u est quand même bien de mettre sur la place publique la souffrance du peuple tchétchène. On aurait pu proposer d?honorer beaucoup d?autres personnes, dans de nombreux pays ! Une inflation de demandes de dénomination de rues pour des gens qui viennent de mourir récemment n?est pas une bonne chose.

Je crois que vraiment ce n?est pas une bonne façon de faire et je suis tout à fait d?accord avec ce que dit Patrick BLOCHE. Le groupe communiste ne votera pas ce v?u s?il est maintenu, mais ce n?est pas du tout pour ne pas reconnaître ce qui se passe en Tchétchénie, bien au contraire ! Bien au contraire ! Je suis sûre qu?en se mettant tous ensemble, d?ici le mois prochain, et pas dans cent ans, on pourrait trouver un acte fort à réaliser pour le Conseil de Paris.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur LEGARET, vous avez la parole.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je trouve que la proposition de Pierre SCHAPIRA est tout à fait acceptable. Donc dans la mesure où elle est contradictoire avec le maintien de ce v?u, nous ne voterons pas ce v?u. Je le dis d?autant plus que je comprends mal la précipitation des élus ?Verts? qui, ce matin, invoquaient la règle des cinq ans pour Jean-Paul II. Il faut savoir si pour Jean-Paul II on invoque la règle des cinq ans et si on la renie cet après-midi.

Nous avons un tout petit peu de temps devant nous, nous sommes tous désireux de faire un geste, de marquer d?une pierre significative à Paris le drame tchétchène, mais pas de cette manière-là et pas dans la précipitation, donc je crois qu?il serait souhaitable que ce v?u soit retiré ou alors qu?on ne le vote pas.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Monsieur DUTREY, votre dernier mot ?

M. René DUTREY. - Juste un dernier mot pour quand même différencier ce qui nous rassemble, la reconnaissance effectivement de ce qui se passe en Tchétchénie, et après pour quand même cibler ce qui nous différencie, c?est-à-dire venir en aide au militant politique Aslan Maskhadov, deux choses que j?ai senties différentes dans les interventions de chacun, pour que l?ensemble du débat soit clair, mais ce n?est pas un drame.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Bon.

On va instituer une commission permanente pour les noms ; avec Anne HIDALGO, on va y passer notre temps !

Je mets aux voix, à main levée, le v?u, puisque j?ai compris qu?il était maintenu avec un avis défavorable l?Exécutif, mais des actions interviendront sans doute pour essayer d?honorer quand même la mémoire de M. Maskhadov, en tout cas la cause qu?il défendait.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le v?u est repoussé.