Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Juillet 2000
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

44 - 2000, DPP 3 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer une convention d'objectifs avec l'association "La prévention routière"

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2000


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DPP 3 : autorisation à M. le Maire de Paris de signer une convention d'objectifs avec l'association "La prévention routière".
Je donne la parole à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, vous souhaitez renforcer, par une convention, les actions que vous menez conjointement avec la prévention routière. Qui ne pourrait être d'accord avec cette initiative ?
La sécurité routière est une grande cause nationale ; elle a été déclarée comme telle pour l'année 2000. Malheureusement, les accidents de la circulation à Paris, qu'il s'agisse des automobilistes, des deux-roues motorisées ou non, des piétons, restent trop nombreux et coûtent très cher à la collectivité.
Bien que les moyens financiers dont elle dispose restent, à mon avis, très insuffisants, la prévention routière mène toute une série d'actions de formation et d'information remarquables, notamment auprès de personnes particulièrement vulnérables : les enfants, les personnes âgées, les cyclistes. Ce qui est grave, c'est que les mentalités et les comportements évoluent lentement.
Un récent sondage de la S.O.F.R.E.S. montre que 93 % des Français estiment conduire très bien ou assez bien, mais seulement 21 % des conducteurs estimeraient dangereux en soi de rouler à 140-150 kilomètres/heure sur une autoroute, 10 % avoueraient franchir une ligne blanche, 6 % griller un feu rouge, etc. C'est catastrophique !
Dans cet exposé, vous nous dites qu'à Paris, 746 enfants de moins de 16 ans ont été accidentés en 1989 et qu'en 1999, il n'y en avait plus que 530. Cela représenterait une diminution du nombre d'accidentés de 29 % en 10 ans.
La situation ne se présente pas ainsi dans la réalité. Pourquoi, tout d'abord, ne parler que des moins de 16 ans, alors que nous sommes tous piétons à un moment ou un autre, que la marche reste le mode de déplacement fondamental dans la ville. Plus de 50 % des trajets s'y font entièrement à pied.
La courbe des accidents de la circulation est en dents de scie, selon les années, et non en diminution constante depuis dix ans. Ainsi, en 1997, il y a eu 9.291 accidents corporels de la circulation, dont 87 mortels et 837 graves. En 1998, 11.858 victimes d'accidents dont 89 mortels, etc.
Ces chiffres montrent bien que, malgré les efforts méritoires de la Prévention routière, le mal vient d'ailleurs : c'est le bilan désastreux de 30 ans d'errance en matière de circulation et de déplacements. Trente ans que la Préfecture de police sanctionne, au compte gouttes également, les excès de vitesse, les dépassements des feux rouges et l'alcool au volant, alors que 40 % des accidents mortels ont cette infraction pour origine.
Après n'avoir rien fait pendant des années, les derniers gouvernements, de droite comme de gauche, ont commencé à mettre en place des mesures plus sévères. Mais à quoi servent de nouveaux règlements si on ne les fait pas respecter ?
Le boulevard périphérique reste l'une des voies les plus dangereuses de Paris, surtout la nuit car, dès que la densité de la circulation diminue, la vitesse augmente et, avec elle, le nombre des accidents ! Quand une voiture ou un motard renverse un piéton à 80 kilomètres heure, le piéton a 100 % de chance d'être tué ; avec une voiture roulant à 60 kilomètres heure, il a encore 85 % de chance d'être tué et à 40 kilomètres heure, il n'a plus que 30 % de chance d'être tué.
Devant de tels chiffres, l'évidence qui s'impose serait de faire respecter partout la limitation de vitesse et de multiplier les zones trente dans les quartiers résidentiels. La Préfecture de police renforce, de temps à autre, les contrôles qui restent très insuffisants pour les excès de vitesse comme pour les contrôles d'alcoolémie.
Les automobilistes et les deux-roues motorisées continuent à brûler allègrement les feux rouges partout dans Paris. Contrairement à ce que vous dites, Monsieur le Préfet de police, vous ne faites rien, rien du tout, pour remédier à cette situation. Cela est scandaleux et irresponsable.
Le 9 février 1998, j'ai, par exemple, attiré votre attention concernant le premier feu rouge, situé rue de Lobau, pour les voitures arrivant des quais et allant vers la rue de Rivoli. Ce n'est qu'à l'angle de la rue de Lobau et de la rue de Rivoli que les voitures commencent à ralentir... grâce aux embouteillages ! Mais, concernant ce premier feu, à chaque fois l'on peut constater que 6,7, 10 voitures, roulant à vive allure, le dépassent au rouge, ce qui est très dangereux.
Vous-même reconnaissez qu'à cet endroit, en moins de deux ans, il y a eu 35 accidents dont 25 personnes blessées et une tuée ! Vous m'avez dit que vous étudierez la possibilité d'équiper ces feux d'un système de contrôle photographique "multafot". Plus de deux ans après, rien n'a été fait !
Quant aux camions, ils sont trop rarement sanctionnés, alors qu'ils roulent souvent beaucoup trop vite et que les accidents dans lesquels ils sont impliqués sont souvent les plus graves.
Le 25 janvier 1998, la Préfecture de police a opéré un contrôle surprise pour les camions : en deux heures, sur 60 camions vérifiés, plus de 30 étaient en infraction pour excès de vitesse, surcharge de poids transporté, alcoolémie, etc.
En outre, selon les études d'efficacité, sur 100 conducteurs tués dans un accident de la circulation, alors qu'ils ne portaient pas la ceinture, 50 auraient eu la vie sauve s'ils l'avaient bouclée.
Pour les piétons, les passages réservés ou protégés par des feux tricolores, restent très dangereux. A quand un renforcement du Code de la route sur ce point, alors qu'en Belgique, en Suisse, en Allemagne, au Danemark, en Grande-Bretagne, les conducteurs ont l'obligation de ralentir ou de s'arrêter devant ces passages piétons ?
Il est certain que la création d'un Réseau vert et le développement des transports en commun, la diminution de la circulation automobile, un aménagement des rues incitant les voitures à circuler lentement : ralentisseurs, itinéraires décalés, rétrécissement de la chaussée... contribueraient à réduire l'insécurité dans les rues.
Le piéton devrait avoir droit au chemin le plus facile, notamment aux carrefours. Les longs détours imposés, les chaînes et les passages souterrains sont, eux aussi, une négation du droit de déplacement le plus élémentaire et créent une discrimination affectant les jeunes enfants, les personnes handicapées ou ceux qui marchent difficilement.
Les mesures à mettre en place sont de votre ressort, Monsieur le Maire. Si vous désirez apporter votre soutien à la Prévention routière pour réduire la fréquence et la gravité des accidents de la circulation et améliorer la sécurité des usagers, vous pouvez grandement y contribuer par les actions concrètes que je viens d'évoquer et une collaboration accrue avec la Préfecture de police pour faire respecter impitoyablement la réglementation, multiplier les contrôles de vitesse et d'alcoolémie.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - La parole est à M. GOUJON pour répondre.
M. Philippe GOUJON, adjoint, au nom de la 3e Commission. - Je laisserai le Préfet de police répondre en ce qui concerne la mise en cause de ses services et les mesures qu'appelle de ses voeux Mme SCHNEITER puisque je lui rappelle, comme chacun le sait ici, que le Maire de Paris n'a aucun pouvoir de police dans la Capitale et qu'une bonne partie de son intervention a porté sur une meilleure application de ses pouvoirs concernant la sécurité routière.
Je voudrais également la remercier de son soutien à la grande cause nationale que représente la sécurité routière qui est déclinée pour Paris dans ce projet de délibération qui nous est soumis et pour ses encouragements que je fais miens, également à l'action de la prévention routière qui effectivement veut d'abord agir sur les comportements et dès le plus jeune âge. Je pense que c'est une action qui est tout à fait importante et efficace pour ce qui concerne la diminution des accidents de la route. C'est la raison pour laquelle la Direction de la Prévention et de la Protection de la Mairie de Paris apporte son concours financier au Comité de Paris pour la prévention routière, pour 490.000 F de subvention afin de mettre en oeuvre des actions de prévention auprès des enfants, des jeunes, dès les crèches, mais aussi surtout dans les écoles maternelles, primaires, les collèges et les lycées.
Je voudrais évoquer les campagnes d'information et de sensibilisation aux dangers de la circulation auprès du public parisien, comme les cyclistes, les coursiers dont les accidents sont nombreux ou encore les personnes âgées avec la diffusion de la vidéocassette "A tout âge, atout sécurité".
Je me réjouis également de la collaboration avec la Préfecture de police qui déploie de nombreux moniteurs notamment dans les écoles pour contribuer à l'éducation routière des enfants.
Dans ce projet de délibération, il s'agit de passer une convention avec le Centre national de la prévention routière afin de mieux formaliser ces relations très utiles de la Ville avec le Comité de Paris de la prévention routière et de définir les programmes prévisionnels d'activité et d'en assurer un meilleur contrôle.
Je voudrais rappeler que la Mairie consacre des efforts très importants à l'amélioration de la sécurité routière à Paris et il s'agit là essentiellement de l'action de la Direction de la Voirie et des Déplacements qui met en oeuvre des mesures très nombreuses visant à améliorer la qualité et la sécurité des déplacements dans la Capitale. Je citerai l'amélioration des infrastructures de voirie et notamment aux abords des établissements scolaires, avec un budget cette année de 13 millions de francs.
Je rappelle aussi le remplacement des glissières métalliques sur le boulevard périphérique avec l'engagement de 30 millions de francs en 3 ans, la modernisation de l'éclairage public avec un budget de 60 millions, le renforcement de la signalisation tricolore avec un budget de 26 millions de francs et la création chaque année de 10 nouveaux quartiers tranquilles dans lesquels la vitesse de circulation est limitée à 30 kilomètres/heure et dont vous souhaitez le développement ainsi que de façon générale, une meilleure répartition de la voirie entre les automobiles, les piétons et les cyclistes, politique dans laquelle nous nous sommes engagés.
Voilà un certain nombre de réponses que je voulais faire concernant ce projet de délibération en laissant maintenant la parole au représentant du Préfet de police en ce qui concerne la partie qui est la sienne.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci.
Monsieur le Représentant du Préfet de police, vous avez la parole.
M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Madame, ce que je vous propose, c'est de vous envoyer le bilan de l'action répressive de la Préfecture de police sur les six premiers mois de l'année.
Vous pourrez ainsi constater dans le domaine des contrôles d'alcoolémie, de vitesse ou de respect des feux rouges, que l'action de la Préfecture de police est tout à fait forte et déterminée et que les résultats sont très significatifs.
Je me propose donc de vous envoyer un courrier détaillé pour répondre à la question que vous avez posée.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Préfet, j'ai régulièrement demandé à M. le Préfet de police de m'envoyer ce genre de rapports. J'estime qu'ils ne sont absolument pas concluants et, notamment, je voudrais savoir ce que vous pourriez me répondre pour le cas particulier du feu rouge rue de Lobau ! Il y a de nombreux autres endroits que j'ai signalés à M. le Préfet ! Cela fait deux ans que je l'ai questionné, pourquoi ne fait-il rien ?
Et vous savez parfaitement qu'il y a des excès de vitesses partout dans Paris et des dépassements de feux rouges continuellement !
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je vais mettre aux voix, à main levée, le projet de délibération DPP 3.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DPP 3).