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Juillet 2000
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Conseil Municipal
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68 - 2000, DAUC 137 - Aménagement du secteur "Pierre-Budin" (18e). - Compte rendu de l'enquête préalable à la Déclaration d'utilité publique. - Avis favorable à la poursuite de l'opération

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2000


M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAUC 137 concernant l'aménagement du secteur "Pierre-Budin" (18e).
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, en mai 1998, vous faisiez voter une demande de permis de démolir concernant les immeubles du 14, 16 et 18, rue Pierre-Budin.
En mai-juin 1999, vous reveniez à la charge, imposant je cite la "libération du secteur" - ce qui en langue de bois techno-urbaniste signifie l'éviction des habitants et la destruction du bâti - par la mise en ?uvre d'une déclaration d'utilité publique sur le 16, rue Pierre-Budin. Aujourd'hui, après enquête publique, c'est la poursuite de la Déclaration d'utilité publique préalable à l'expropriation des derniers propriétaires récalcitrants qui est soumise à notre vote. Or, l'utilité publique, tant d'un point de vue économique, social que patrimonial, requiert un projet de réhabilitation au lieu de l'opération destructrice que vous imposez à ce quartier.
C'est en effet trois immeubles de un à trois étages que vous vouez à la destruction. Trois immeubles typiques du vieux Paris des faubourgs et emblématiques de l'histoire du quartier et des villages de Paris. De plus, dans la même rue, les n° 11 et une partie du 13 sont également murés. Le n° 13 est un charmant petit ensemble composé de deux corps de bâtiment de un et deux étages ouvrant sur un jardin dans lequel s'épanouit un magnifique figuier d'Argenteuil. Rue des Poissonniers, c'est le 51 qui a été détruit et au 39, deux petits immeubles de R +1 et R + 2 typiquement faubouriens et en bon état seront détruits par un promoteur privé.
Votre projet, une barre de R +5 comprenant 16 logements, détruit le parcellaire et uniformise le bâti par le haut, ruinant la diversité volumétrique qui fait le charme de ces maisons de ville. C'est une opération classique de remembrement urbain dans un but de densification, opération dont est friande l'O.P.A.C. et qu'elle a dû une fois encore imposer à la Ville.
Le nombre de logements générés par cette opération est par ailleurs incertain. En effet, pour satisfaire la réserve du commissaire et poursuivre la procédure de D.U.P., il faut intégrer 2 logements P.L.A.-I au projet. Favoriser la mixité sociale et le logement des plus démunis est certes important. Mais selon le commissaire-enquêteur, cela implique de récupérer des droits à construire sur une opération livrée il y a peu de temps par l'O.P.A.C., sur le même îlot, à l'angle des rues Marcadet et des Poissonniers. Cette solution n'est pas acceptable. Il faut en effet intégrer les deux P.L.A.-I dans le programme de 16 logements et non les rajouter en portant le programme de 16 à 18 logements. Le COS de 3 qui sévit dans le quartier est déjà trop important. La SHON projetée, soit 1.610 mètres carrés, revient à un COS de 3,15. C'est un maximum. La porter à 1.920 mètres carrés pour ajouter deux logements est parfaitement aberrant.
Ce programme signifie en fait la disparition d'une cinquantaine de petits logements sociaux de fait, catégorie recherchée par les célibataires, les étudiants et toute une population paupérisée. Rappelons en outre que le 14 est un hôtel meublé. Il est absurde de poursuivre l'élimination de la carte parisienne de ce type d'habitat spécifique indispensable aux catégories sociales les plus précarisées. Enfin, les chances de relogement sur place sont minimes puisque le nombre de logements disponibles sera divisé par trois ! Au total, c'est 16 logements PLUS et éventuellement P.L.A.-I que vous proposez, mais c'est une cinquantaine de logements très sociaux que vous détruisez ! Vous faites un pas en avant et deux pas en arrière, et ce à un coût exorbitant !
En effet, une réhabilitation est possible et s'avérerait bien plus économique ! L'opération que vous proposez est estimée à 22 millions de francs, soit 1,4 million par logement. Or, le coût de réhabilitation de petites maisons faubouriennes pratiqué dans le 18e et le 19e arrondissements s'élève entre 4.000 et 6.000 F le mètre carré. Soit, pour le 14, 16 et 18, rue Pierre-Budin, à guère plus de 5 millions de francs. Cela permettrait de conserver des petits logements F1 et F2 pour lesquels, nous l'avons vu, il existe une forte demande non satisfaite à Paris. Et si vraiment il faut créer des logements familiaux plus vastes, ne me dites pas qu'un re-découpage des surfaces est impossible, vous disposez d'ores et déjà de 1.000 mètres carrés habitables, soit l'équivalent de 10 logements de 100 mètres carrés pour 5 millions de francs.
La destruction-reconstruction que vous proposez aujourd'hui n'apportera que 6 logements supplémentaires pour un surcoût de 17 millions de francs. Faites le calcul, cela revient à 2,8 millions de francs par logement supplémentaire, c'est le record absolu de la gabegie financière ! Vive Ubu Maire.
Quant aux avis techniques, justifiant la démolition du bâti, ils sont infondés et ne cherchent qu'à décrédibiliser toute velléité de réhabilitation. J'en veux pour preuve l'avis du commissaire-enquêteur lui-même, au sujet du 16. Il affirme que la description de l'immeuble qui mentionne des désordres importants et justifie donc sa démolition, est "quelque peu exagérée".
Mais il y a plus grave, puisque le commissaire-enquêteur vous rend directement responsable du manque d'entretien du bâtiment dont vous êtes le principal propriétaire ! Il ne fait ainsi que confirmer mes mises en garde du 31 mai 1999. Ce jour-là, j'avais clairement affirmé que vous étiez dans l'incapacité totale de fournir le moindre dossier technique justifiant les démolitions.
Pour le commissaire-enquêteur il n'y a donc aucun péril immédiat. Et même l'argument de la présence d'anciennes carrières n'est pas crédible à ses yeux. Avec ce type d'argument, c'est en effet par dizaines que dans tout Paris des quartiers situés sur d'anciennes carrières devraient être détruits.
Aujourd'hui, après plusieurs années de pourrissement, c'est le problème de l'éviction et du relogement de toute une population en difficulté qui se pose. Or, le plus grand flou entoure le nombre exact des habitants des trois immeubles, et plus particulièrement du n° 16 qui nous préoccupe aujourd'hui.
En ce qui concerne le n° 14, vous mentionnez 8 personnes à reloger. Au 16, il y aurait 14 familles, mais combien de personnes ? Au 18, il resterait deux locataires. Tout cela n'est guère précis. Quel est le nombre exact d'occupants ? Combien de personnes, combien d'enfants devront être relogés ? Où les relogerez-vous ?
Je constate également que ces chiffres datent de 1998. Or, le commissaire avance aujourd'hui le chiffre de 70 habitants, dont 40 hommes célibataires et une vingtaine d'enfants. Les autres, une dizaine de personnes, sont donc parents et chefs de famille. Il semblerait ainsi que les habitants sont aujourd'hui plus nombreux qu'il y a deux ans. Le processus de relogement est effectivement en bonne voie !
(M. Roger ROMANI, adjoint, remplace M. Pierre GABORIAU, adjoint au fauteuil de la présidence).
Par ailleurs, imaginez-vous que les "sans papiers" qui sont une demi-douzaine vont profiter des informations que vous prodiguez ? Iront-ils, malgré la nécessité criante d'un logement décent, se jeter dans la gueule du loup ? Il y a là un problème auquel vous n'apportez aucune solution.
L'ensemble de votre démarche est d'autant plus incompréhensible que vos services savent parfois intervenir avec doigté. Je ne citerai qu'un exemple. Une réunion a eu lieu la semaine dernière au sujet de l'îlot Caillé et de l'impasse Dupuy dans le 18e arrondissement...
M. Roger ROMANI, adjoint, président. - Vous avez dépassé de 27 secondes, je vous demande de terminer. Je vous le demande précisément parce qu'il y a des gens qui attendent.
M. Jean-François BLET. - Je termine. En plus, je vantais les actions de l'actuelle équipe municipale, vous m'interrompez à ce moment-là. La démarche sur ce secteur est exemplaire, respectueuse du quartier et du parcellaire, à l'écoute des riverains et proposant autant de réhabilitations que possible... Bref, nous sommes à mille lieues de ce que vous nous proposez aujourd'hui sur le secteur rue Pierre-Budin.
Docteur Jekyll et Mister Hyde, c'est de l'?cuménisme de relève dans le 18e, du confusionnisme le plus total.
M. Roger ROMANI, adjoint, président. - Il y a des gens qui sont là, qui attendent que vous terminiez, qui ont envie d'aller se restaurer. La solidarité, cela se fait aussi entre collègues.
Monsieur AURELLI, vous avez la parole.
M. Jean-François BLET. - Ce sont des propos de fin de banquet.
M. Roger ROMANI, adjoint, président. - Vous seriez incapable de participer à une fin de banquet. Encore faut-il avoir la mentalité et la stature que vous n'avez pas.
Monsieur AURELLI, vous avez la parole.
M. Jean-François BLET. - C'est inadmissible de votre part, un ancien Ministre de la République !
J'ai toujours été courtois.
M. Roger ROMANI, adjoint, président. - Je vous ai demandé deux fois de vous arrêter.
M. Paul AURELLI, adjoint, au lieu et place de M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Le Conseil de Paris a donné en 1999 un avis favorable à l'opération d'aménagement du secteur Pierre-Budin à Paris 18e, qui a ensuite fait l'objet d'une enquête publique au premier trimestre 2000. Ce petit secteur est composé de trois parcelles.
A l'issue de l'enquête, le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable à l'opération, assorti d'une réserve et de recommandations.
S'agissant de la réserve, le commissaire-enquêteur demande d'inclure dans le programme de logements sociaux au minimum deux logements P.L.A.-I, c'est-à-dire prêt locatif aidé d'intégration.
Il vous est proposé de satisfaire la demande du commissaire-enquêteur en intégrant deux logements P.LA.-I dans le programme de logements sociaux.
S'agissant des recommandations, elles portent sur le projet architectural et le relogement des personnes sans droit ni titre : le projet architectural sera mis au point ultérieurement.
Quant aux occupants sans titre, ils ne bénéficient pas du droit au relogement. Le seul engagement que la Ville soit légalement en mesure de prendre consiste à envisager le relogement des squatters au regard de la vocation naturelle de toute personne mal logée et placée dans une situation sociale difficile et sollicitant l'aide de la collectivité.
Je voudrais dire que le Conseil du 18e arrondissement a voté ce projet de délibération à l'unanimité, manifestant un souci démocratique qui n'atteint pas M. BLET puisqu'il ne s'intéresse pas à ce que je viens de lui répondre.
M. Roger ROMANI, adjoint, président. - Merci, Monsieur AURELLI.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 137.
Que ceux qui sont d'avis favorable veuillent bien lever la main.
Avis contraires ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DAUC 137).