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Novembre 1998
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Conseil Municipal
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3 - Appel de M. le Maire de Paris à la solidarité des Parisiens

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 1998


M. LE MAIRE DE PARIS. - Mesdames et Messieurs, alors que deux décès liés à la précarité sont survenus dans la Capitale la semaine dernière, j'ai lancé vendredi un appel à la population parisienne en lui demandant d'écouter son coeur et d'être vigilante pour ceux qui n'en ont plus la force. Or, deux nouveaux drames viennent de survenir.Dans la nuit de samedi à dimanche notamment, le corps d'une personne sans domicile fixe a été découvert dans un immeuble parisien.
Des efforts considérables, sont, je le rappelle, mis en oeuvre à Paris pour venir en aide aux plus démunis. Ceux-ci doivent faire l'objet ce jour d'une communication devant notre Conseil.
Ces efforts comportent la mobilisation de moyens matériels, financiers et humains importants.
C'est ainsi que le " SAMU social " bénéficie de la part de la Ville d'une subvention de fonctionnement de 14,5 millions de francs et d'une mise à disposition de locaux et de personnels.
L'ensemble des services de la Ville, et tout particulièrement les travailleurs sociaux mobilisés pour lutter contre le fléau de la précarité, et je les remercie, les associations auxquelles je rends hommage, effectuent également un travail exemplaire en la matière et je leur renouvelle tout mon soutien.
Enfin cette action s'effectue en concertation avec les services de l'Etat.
Mais en dépit de tous ces efforts, des drames surviennent qui, à notre époque, ne peuvent que susciter l'indignation.
Aussi, suis-je conduit à renouveler solennellement mon appel de vendredi dernier afin que l'ensemble des administrations et des organismes compétents, tant institutionnels qu'associatifs, mais aussi que toutes les Parisiennes et les Parisiens puissent se mobiliser.
Il faut que soient signalés aux services sociaux et associations les cas de précarité dont chacun peut avoir connaissance. La solidarité doit s'exercer pleinement et son efficacité dépend du concours actif de l'ensemble des citoyens.
Dès cet après-midi je réunirai les responsables du " SAMU social " pour qu'ils me disent quels sont les moyens supplémentaires d'accueil, notamment au standard, qui seront mis en oeuvre si nécessaire.
Enfin, je vous informe que j'ai demandé aux services de la Ville de prendre d'urgence toutes les mesures nécessitées par la vague de froid que nous connaissons. C'est ainsi que l'opération " Coeur de Paris ", destinée à permettre la distribution de repas chauds aux personnes sans domicile fixe, qui devait débuter le 7 décembre, sera engagée dès cette semaine.
Des places d'hébergement supplémentaires ont été mises en service dès vendredi soir et le centre Jean-Aicard dans le 11e arrondissement, qui ne fonctionne qu'en situation d'urgence, sera ouvert dès ce soir.
Je compte sur l'esprit de solidarité des Parisiennes et des Parisiens pour répondre à l'appel que je viens de renouveler.
(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée).
La parole est à Mme STIEVENARD.
Mme Gisèle STIEVENARD. - Monsieur le Maire, trois personnes sans domicile fixe sont mortes en quelques jours à Paris, dès l'arrivée du grand froid. Des appels à la vigilance ont été lancés au niveau national et parisien. Vous venez de les renouveler. Il faut en effet dire que chacun et chacune doit réagir là où il est pour prévenir de tels drames.
Sans méconnaître les efforts déployés par les dispositifs de veille sociale existants, cela n'a pas hélas suffi à éviter ces décès, ce qui doit conduire à tirer des enseignements de ce qui vient de se produire.
Je voudrais brièvement faire quelques propositions au nom de mon groupe.
En premier lieu, pour que démarre effectivement le dispositif des hébergements d'hiver en tenant compte des rigueurs de la météo et non pas à une date théorique.
Toutes les capacités d'accueil doivent dès lors être mobilisées dès à présent, de jour comme de nuit.
Deuxièmement, qu'on veille à ce que le numéro vert 115 soit accessible en temps réel, sans attendre, en mettant en place les moyens voulus en personnel. J'avais demandé, pour ma part, un bilan de l'activité du " SAMU social ". Si nous en avions disposé en temps utile, nous aurions pu plus tôt remédier aux dysfonctionnements qui ont été récemment rendus publics par les associations.
Troisièmement, qu'on cesse de limiter à trois nuits consécutives seulement le droit à séjourner dans un lieu d'hébergement, ce qui crée une obligation de tourner d'un centre à l'autre, ce qui complique les choses et est néfaste à bien des égards.
Enfin, quatrièmement, que soit donnée la garantie de maintien de l'activité du B.A.P.S.A. (Brigade d'assistance aux personnes sans abri de la Préfecture de police), qui assure le transport d'un grand nombre de personnes sans domicile fixe vers des lieux d'hébergement et notamment à Nanterre.
J'ai été alertée sur un projet de disparition de ce service et je voudrais là dessus qu'on nous rassure quant à sa pérennité.
Pour terminer, je voudrais m'associer à l'hommage rendu aux personnels sociaux en espérant qu'ils soient davantage écoutés et entendus.
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme MOREAU.
Mme Gisèle MOREAU. - Monsieur le Maire, le groupe communiste veut également exprimer son émotion face aux drames de l'hiver et sa volonté de contribuer aux efforts pour les prévenir. Ces drames doivent aussi susciter la révolte. Peut-on accepter cette tradition épouvantable qui est en train de s'installer dans notre pays, un des plus développés, un des plus riches de la planète ? Les premiers froids font leurs premiers morts, cela ne va-t-il pas cesser ? Le dénuement frappe de plus en plus et de plus en plus jeune.
Au-delà des mesures d'urgence pour l'accueil, c'est toute une société de plus en plus impitoyable qui est en cause, et de cela aussi il faut discuter.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur SARRE, vous avez la parole.
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement des citoyens, maire du 11e arrondissement. - Brièvement, Monsieur le Maire, j'approuve vos propos et les mesures prises. Je me reconnais également dans les interventions de Mme STIEVENARD et de Mme MOREAU.
Deux points particuliers, je considère qu'il est un peu triste d'être obligé de faire des circulaires aujourd'hui pour inviter les gens à réagir.
L'appel à la solidarité active me semble bienvenu. J'ai écouté à la radio, Monsieur le Maire, qu'il y aurait encombrement téléphonique. Je ne sais pas si cela est vrai ou faux, faut-il encore être sûr que les appels ne doivent pas être réitérés plusieurs fois à cause des encombrements.
Deuxièmement, je souhaiterais, Monsieur le Préfet de police, même si ce n'est plus dans les habitudes, lorsque des policiers voient des S.D.F. allongés sur une grille de métro, ou sous une porte cochère que les policiers les conduisent à Nanterre car je pense qu'ils seront quand même mieux au chaud que sur la voie publique, même si cela peut choquer quelques âmes sensibles.
(Applaudissements sur les bancs du groupe du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Madame HERMANGE, vous avez la parole.
Mme Marie-Thérèse HERMANGE, adjoint. - Monsieur le Maire, vous l'avez dit et d'autres orateurs l'ont dit, les drames de la semaine dernière et de ce week-end ne peuvent que susciter à la fois émotion et révolte.
Je voudrais rappeler, Monsieur le Maire, que c'est sur votre initiative qu'a été décidé le fait que le plan précarité mis en place par la Ville de Paris, était un plan qui fonctionnait toute l'année.
Je crois que c'est important de le dire, car il n'y a pas des " sans domiciles fixes " ou des " sans domiciles familiaux " d'hiver et des " sans domiciles " de printemps et d'été, ou d'automne. Mais il est évident aussi qu'il est important que le nombre de places d'hébergement soit augmenté pendant les périodes les plus froides comme nous le constatons actuellement.
C'est dans cette perspective que depuis maintenant quelques années, vous avez décidé dès le mois de juin, de donner un certain nombre d'instructions en liaison avec les services de l'Etat et les associations caritatives pour que les uns et les autres puissent augmenter le moment voulu le nombre de places disponibles.
Vous avez pu le constater, Monsieur le Maire, actuellement il y a, semble-t-il, suffisamment de capacités d'hébergement pour accueillir tout le monde. Il est donc évident que l'appel à la vigilance que vous avez lancé vendredi dernier, s'il est entendu, permettra à tout un chacun de pouvoir être hébergé.
Nous souhaiterions parallèlement, Monsieur le Maire, que les associations puissent faire connaître, notamment au dispositif du " SAMU social " la disponibilité en place car souvent nous constatons que les associations ne donnent pas au " SAMU social " leur capacité d'hébergement ce qui procure quelques difficultés aux équipes du " SAMU social " qui maraudent bien souvent la nuit.
Vous venez de nous indiquer, Monsieur le Maire, que vous allez prendre dès cet après-midi un certain nombre de dispositions pour améliorer le 115. Je rappelle aujourd'hui que la problématique se pose pour toutes les téléphonies sociales, et je crois savoir d'ailleurs qu'il y a une enquête de l'inspection de l'I.G.A.S. sur tous les problèmes de téléphonies sociales qui sont quelquefois embouteillées.
Je rappelle aussi que vous avez pris un certain nombre de dispositions pour que les uns et les autres puissent au mieux se nourrir, se soigner, s'informer, s'orienter, et se réinsérer.
Nos efforts ne seront certes jamais suffisants pour lutter contre la pauvreté et la précarité. Nous avons, vous avez cette volonté. Souvent Paris a été pris comme un exemple et un certain nombre de dispositifs ont été étendus et notamment le " SAMU social " à d'autres départements.
Nous devons continuer à incarner cet exemple, et je suis sûr qu'avec les dispositions qui serons prises pour améliorer le 115 nous serons encore exemplaires.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris ", " Paris-Libertés " et " Union pour la démocratie à Paris ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
M. le Préfet de police souhaite intervenir.
Je lui donne la parole.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, je voudrais m'associer aux propos qu'exprime la solidarité de l'Assemblée municipale face aux problèmes dramatiques que connaissent actuellement les personnes sans abri.
Je vous indiquerai que la Préfecture de police est en action d'une manière permanente pour aider ceux qui sont dans la détresse et la presse s'est fait l'écho, et je l'en remercie, d'un appel que j'ai adressé à la Direction de la Sécurité publique visant à faire en sorte que l'ensemble des fonctionnaires de police sur la voie publique soient sensibilisés, s'il en était besoin, ce qui n'était pas utile, mais je l'ai fait tout de même, aux problèmes que nous connaissons, de manière à porter immédiatement secours aux personnes qu'ils rencontrent, qui sont en difficulté, en raison notamment des conditions climatiques mais pas seulement, en raison aussi de problèmes de santé qu'elles connaissent.
J'ajouterai également, pour répondre à la question qui m'a été posée sur la Brigade d'assistance aux personnes sans abri, qu'elle est très connue des Parisiens, qu'elle continue son action, qu'elle a été, vous vous en souvenez, créée en 1954-1955 au moment de ces très grands froids qui avaient marqué la vie de notre pays, à cette époque, qu'elle comprend aujourd'hui 46 hommes, que l'on appelle " les Bleus ". Tous volontaires, ils disposent de 4 autobus et 7 minibus, qui " tournent " régulièrement dans les rues de la Capitale.
Cette Brigade d'assistance aux personnes sans abri traite, si je peux employer ce mot, d'une manière chaleureuse les " exclus des exclus ", c'est-à-dire ceux qui ne peuvent aller dans aucun autre lieu que le centre d'accueil et de soins de la Maison départementale de Nanterre, que vous connaissez bien.
Donc nous allons poursuivre cette action d'une manière déterminée et très forte. Je voulais en donner l'assurance à votre Assemblée.
Merci de votre attention.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet de police.