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Novembre 1998
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47 - 1998, CAS 5 - Communication relative à la campagne hivernale 1998-1999

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 1998


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à l'examen du projet de délibération CAS 5. Communication relative à la campagne hivernale 1998-1999.
Mesdames, Messieurs, chers collègues, j'ai ce matin lancé auprès des Parisiennes et des Parisiens un nouvel appel à la solidarité et à l'action pour venir en aide aux plus défavorisés d'entre eux.
Je rappelle que le soutien aux personnes les plus démunies et de ce fait en risque d'exclusion est un volet important de la politique sociale de notre collectivité parisienne qui y consacre des moyens importants, près de 1 milliard 500 millions.
L'action de la Municipalité est à la fois ancienne, volontaire et innovante et surtout permanente, puisque ces structures d'aide et d'hébergement fonctionnent tout au long de l'année.
Au seuil de l'hiver, période qui fragilise cette population, j'ai demandé aux services municipaux de se mobiliser aux côtés des services de l'Etat, de l'Assistance publique, et des associations caritatives dont je tiens ici à souligner la compétence, et le dévouement en faveur des plus démunis.
L'actualité douloureuse de ces derniers jours montre à nouveau la nécessité pour l'ensemble des partenaires, mais aussi des Parisiens, de rester mobilisé afin de pouvoir répondre aux besoins et aux signes de détresse de cette population.
A l'arrivée de l'hiver et du froid, l'urgence demeure l'hébergement. Paris compte aujourd'hui sur son territoire plus de 6.000 places en centre d'hébergement et de réinsertion sociale dont 3.002 en places d'urgence.
Par ailleurs, le " SAMU social ", dont la Ville est à l'origine de la création, participe de notre volonté de solidarité envers les plus démunis, dans la mesure où des moyens financiers, matériels, et en personnel d'une valeur équivalente à environ 14.500.000 F sont octroyés par la Ville pour son fonctionnement.
Les drames des derniers jours et les difficultés relevées en ce qui concerne le fonctionnement du numéro d'appel du " SAMU social " qui relève, vous le savez, en principe de la responsabilité de l'Etat, m'ont conduit cet après-midi à tenir une réunion avec Mme VERSINI et les responsables municipaux à la suite de laquelle j'ai pris les décisions suivantes :
- mise à disposition de 10 personnels supplémentaires de nuit afin de renforcer les effectifs affectés au standard téléphonique, mais aussi à la recherche des " sans abri " ;
- mise en place d'une solution technique avec le concours de la société " Europe assistance " permettant de répondre aux attentes, aux appels ;
- enfin, je réunis ce soir, dans quelques minutes, les autorités compétentes de l'Etat et les responsables d'associations afin de trouver entre nous les moyens d'améliorer la coordination dans la recherche de places d'hébergement. Parce que le froid ne saisit pas que la nuit, au-delà de l'urgence de l'hébergement en situation de grand froid, il est désormais plus que nécessaire de disposer de différents lieux d'insertion sociale toute la journée.
12 espaces solidarité-insertion fonctionneront pour cette période hivernale 1998-1999, puisque 3 espaces supplémentaires ouvrent cet hiver rue de Rocroy dans le 10e, à la station Saint-Martin et rue des Bourdonnais dans le 1er arrondissement.
Je vous rappelle que ces structures peuvent accueillir les personnes sans domicile fixe au moins 6 jours sur 7. Bien évidemment le besoin d'hébergement ne peut être dissocié de celui de la restauration qui demeure aussi une préoccupation du quotidien.
Reconnaissons tout d'abord le rôle éminent du secteur associatif et des paroisses dans ce domaine. La Ville s'efforce quant à elle de répondre aux demandes des personnes par la délivrance de bons pour des repas organisés par les permanences sociales d'accueil du C.A.S.V.P., mais aussi par la formule du ticket service qui permet d'avoir accès à différents lieux de restauration et d'acquérir des produits alimentaires et d'hygiène de première nécessité. 230.000 titres ont ainsi été distribués en 1997.
Je tiens à reconduire pour la troisième fois consécutive l'opération " Coeur de Paris " que j'ai initiée depuis deux hivers avec les équipes du Centre d'action sociale de la Ville de Paris, afin de toucher le maximum de personnes sans domicile fixe et leur servir un repas chaud 7 jours sur 7 sur les 6 emplacements fixés à des horaires réguliers.
Je mentionne ici les 50.000 repas servis durant l'hiver 1997-1998 pour souligner la nécessité de cette opération " Coeur de Paris " qui permet par ailleurs - j'insiste sur ce point - d'orienter les plus démunis vers le " SAMU social ", les centres d'hébergement de la Ville, les centres médicaux et les associations.
C'est pourquoi j'ai décidé de renouveler l'opération à partir de mercredi 25 novembre 1998 en répartissant les points de distribution en liaison avec les restaurants du coeur et l'Armée du Salut
Je vous rappelle que le coût total de la restauration représente pour la Ville un montant d'environ 23 millions, qui signe bien la volonté de la municipalité parisienne d'intervenir aux côtés des associations dans la lutte contre la grande précarité.
Enfin, la prise en compte de l'hébergement et de la restauration ne peut être dissociée d'une prise en charge médicale. En effet, l'accès aux structures de santé est particulièrement difficile pour les plus démunis.
C'est pourquoi le personnel médical des six centres de réinsertion est là pour les premiers soins et pour orienter les usagers vers des structures de droit commun.
Cette année, je veux tout particulièrement insister sur trois initiatives mises en place à titre expérimental :
Tout d'abord, l'ouverture en accord avec la Société AFFLELOU du centre optique situé au 36-40 avenue Philippe Auguste dans le 11e arrondissement qui dispensera des consultations gratuites d'ophtalmologistes bénévoles.
Seconde initiative : la mise en place de vacations de personnel très spécialisé dans l'écoute et le dialogue dans les deux permanences Mazas et Gambetta.
La troisième initiative a été prise par le Centre d'Action sociale de la Ville de Paris en direction des services de terrain confrontés à des comportements violents et pathologiques, qui bénéficient d'un soutien psychologique.
Enfin, avec la Préfecture de Paris, la D.A.S.E.S. et le Centre d'Action sociale mettent au point la coordination des aides dans le cadre de la Commission d'Aide sociale d'urgence prévue par la loi relative à la lutte contre l'exclusion récemment votée, avec l'objectif de mettre en synergie les aides dispensées par les différentes institutions intervenant sur le territoire parisien.
Je me réjouis de cette volonté de participation des structures nationales au devoir de solidarité que Paris, pour sa part, assume pleinement depuis longtemps.
Voilà ce que je voulais communiquer concernant le dispositif mis en place cette année à Paris pour leur permettre de se réinsérer avec dignité au sein de notre société.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
Je vais donner la parole aux différents orateurs inscrits qui disposeront de cinq minutes chacun.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, d'année en année, hélas, nous voyons venir dans nos débats le programme parisien de lutte contre la précarité ; vous parlez même de " tradition ". En voilà une que nous aimerions bien voir disparaître. Mais nous devons nous résigner au traitement social d'une crise profonde qui, depuis 20 ans, gangrène notre société en privilégiant l'individualisme au détriment des valeurs de justice sociale, de solidarité et de partage.
Votre rapport est le même, quasiment, que l'an dernier. Les efforts de la Ville sont importants, il faut le reconnaître, et la coordination des actions s'améliore.
Vous insistez à juste titre sur trois initiatives mises en place à titre expérimental : les consultations ophtalmologiques et le suivi psychologique, voire psychiatrique, pour les personnes en grande difficulté, mais elles répondent encore timidement à des besoins essentiels.
Les situations de détresse, les comportements violents et pathologiques rencontrés par les équipes d'intervention sur le terrain qui font un travail remarquable et qui doivent être ici chaleureusement remerciés, conduisent à leur apporter, à leur tour, un soutien psychologique.
Lorsque les sans-abri ne veulent pas se faire " ramasser par les bleus ", comme ils le disent, et qu'il fait très froid, ne peut-on pas les emmener de force ? Ce n'est pas dans mes habitudes de poser de telles questions, mais ce comportement est l'équivalent d'une tentative de suicide ; qui n'ira pas au secours de quelqu'un qui veut se suicider ?
Pour conclure, j'aimerais savoir les possibilités d'accueil offertes aux S.D.F. possesseurs de chiens dans les centres d'hébergement ? De nombreuses personnes sans domicile fixe, pour des raisons affectives et de sécurité, possèdent un chien dont elles ne peuvent se séparer ; il convient de ne pas les oublier. Si elles ne peuvent avoir leurs chiens avec elles, elles préfèrent passer la nuit dehors.
L'an passé, il n'y avait que quelques places dans un chenil au centre d'hébergement et de réinsertion social de la Poterne des Peupliers. A-t-il été prévu d'augmenter les places de niches dans ces centres où il y aurait de la place pour le faire ?
(M. Michel BULTÉ, adjoint, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - La parole est à Mme MOREAU.
Mme Soizik MOREAU. - Je prends la parole à la place de Mme CAPELLE.
Avec l'arrivée de l'hiver, nous est présentée aujourd'hui la désormais traditionnelle communication sur le programme parisien de lutte contre la précarité. Rien de suffisamment nouveau, c'est la poursuite de votre action telle qu'elle a toujours été, même si je note les initiatives supplémentaires dont chacun se loue.
Comme vous le dites vous-même, votre politique concerne en premier lieu l'urgence. Nous pourrions même dire qu'elle se limite pour l'essentiel à l'urgence. Pourtant, nous réclamons depuis toujours que les dispositifs d'urgence soient enfin fortement encadrés, d'une part, par une politique ambitieuse de prévention en amont et d'autre part, par la mise en place d'une politique de réinsertion adaptée pour sortir au plus vite de leur situation les personnes les plus désocialisées ; le logement en est un bon exemple.
Vous nous parlez, avec une juste fierté, dans votre communication, des CHRS. Je veux, avec vous, saluer leur travail, mais pour autant, nous savons aujourd'hui qu'ils ne sont plus la solution d'avenir unique. Les CHRS ne prennent plus que des gens qui n'ont pas trop de problèmes ou de handicaps et laissent à la rue ceux qui en ont le plus, le plus souvent en tout cas. On peut les comprendre car accueillir, par exemple, plusieurs drogués dans un même endroit peut provoquer des incidents parfois violents.
C'est une des raisons pour lesquelles beaucoup de sans-abri ne veulent plus entendre parler de ces structures trop importantes car ils ont du mal à supporter la promiscuité qui y règne.
Je constate avec plaisir que vous annoncez la diminution des capacités d'accueil de la Poterne-des-Peupliers pour ces mêmes raisons.
L'exclusion, ce sont des cas particuliers, et la réponse est dans l'artisanat et non dans la super structure d'urgence.
Il faut aller plus loin et plus vite vers l'institution de structures d'accueil adaptées et à visage humain.
En outre, en matière de logement comme dans les autres domaines, nous devons instaurer une vraie cohérence verticale.
Avant de penser CHRS, il faut tout faire pour que les gens ne perdent pas leur logement et ne tombent pas dans la précarité.
Si l'on a pu éviter à certains de se trouver à la rue, il faut alors prévoir les dispositifs, les étapes, qui leur permettront de reprendre rapidement une vie normale et autonome. Comme le disent les gens d'Emmaüs : " Trois mois dans la rue, c'est trois ans pour s'en sortir ".
La réinsertion n'est pas une autoroute ; c'est dire que pour être efficace et pour lutter contre le développement des sans-abri, il faut penser tout à la fois aide au logement, hébergement d'urgence, hébergement d'insertion, hébergement social. Or vous n'avez toujours pas entamé une réflexion suffisamment sérieuse de ce type ; c'est pour cela que nous n'avançons pas ou guère.
Le " SAMU social " est une belle idée, mais ce qui serait encore mieux serait de faire en sorte que nos concitoyens ne soient pas jetés à la rue pour y stagner et s'y détériorer.
A l'occasion de cette communication, mais aussi d'autres délibérations qui nous ont été présentées, comme celles par exemple qui concernent la Banque alimentaire pour la lutte contre la faim, j'aimerais faire une remarque : à Paris, les associations sont le moteur quant au traitement des phénomènes de précarité ; grâce à elles notamment, personne ne meurt de faim dans notre ville, du moins, je l'espère !
Que les associations soient à la pointe de ce combat, rien n'est moins surprenant ; les associations ont toujours eu dans notre pays un rôle irremplaçable d'éclaireur, elles interviennent là où rien n'existe, inventent, s'adaptent à toutes les nouvelles demandes sociales qui émergent.
A ce titre, le mouvement associatif doit être encouragé. Son travail ne doit cependant pas dispenser les Pouvoirs publics parisiens de prendre aussi leurs responsabilités.
L'opération " Le coeur de Paris ", de distribution de repas va dans le bon sens, certes, mais reste insuffisante.
Nous souhaiterions que notre collectivité prenne véritablement en main cette mission d'intérêt général qu'est l'aide aux plus démunis plutôt que de récupérer à son profit le travail des tiers pour mieux se dédouaner d'une inaction qui est parfois constatée.
Nous aimerions que tout en continuant à apporter son soutien à l'initiative associative, notre ville se dote le plus rapidement possible de ses propres structures et de son personnel pour mieux assumer ses responsabilités vis-à-vis des plus modestes.
L'omniprésence du traitement de la seule urgence reprend à son compte l'oeuvre des associations. Telle est la politique trop souvent de la majorité en matière de lutte contre la précarité. Elle a un peu tardé et tarde encore à adapter sa politique et ses institutions à l'évolution de la société et à la montée de la grande exclusion.
Au lendemain du lancement par le Gouvernement d'un programme de lutte contre l'exclusion, les instances parisiennes, quant à elles, sont encore trop loin du compte pour répondre efficacement aux défis de la grande pauvreté.
Je vous remercie.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Je vous remercie. Je donne la parole à Mme STIEVENARD.
Mme Gisèle STIEVENARD. - Merci, Monsieur le Maire.
Je suis intervenue ce matin pour faire des propositions au nom de mon groupe suite aux drames que nous avons vécu ces derniers jours à Paris et aux décès de personnes sans domicile fixe, que nous avons eu à déplorer. Je n'y reviens pas.
J'ai écouté par conséquent avec intérêt les mesures de renforcement des dispositifs formulées par le Maire à l'instant. Elles vont dans le bon sens. Je regrette cependant que le Maire ne les annonce que maintenant car il a fait une conférence de presse voici quelques jours, des visites et nous savons que dans ce domaine, il est important d'anticiper, ou à tout le moins de réagir en temps réel.
Je dois dire que ce matin encore, j'ai moi-même appelé le 115. Je suis tombée sur un répondeur et qu'on doive faire appel à " Europe Assistance " me laisse malgré tout songeuse car je suis convaincue qu'on peut se donner les moyens de faire fonctionner correctement le 115, d'autant que les dysfonctionnements ne datent pas d'hier, même s'ils ont été tus.
En effet, la Collectivité parisienne a les moyens de mettre à l'abri tous ceux qui sont exposés aux rigueurs d'un hiver précoce.
On peut a bon droit regretter que cela n'ait pas déjà été fait.
Dans sa communication, le Maire de Paris avait placé justement en tête la nécessité vitale d'un abri parmi les besoins essentiels à satisfaire pour lutter contre la précarité.
Mais vous avez dans le même document " oublié " de citer parmi les indications alarmantes de la situation, les expulsions et le nombre élevé des demandeurs parisiens d'un logement social, pas moins de 60.000.
Je regrette le manque d'attention sur un tel sujet un jour comme aujourd'hui !
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Ecoutez Mme STIEVENARD s'il vous plaît !
Mme Gisèle STIEVENARD. - Si tous ces demandeurs de logements parisiens ne sont heureusement pas tous à la rue ou très démunis, beaucoup vivent dans des conditions d'habitat précaires, avec des revenus faibles ou modestes et vous savez que nous avons eu à déplorer dans le passé des incendies du fait de chauffage ou de circuit électrique défectueux.
Nous ne sommes donc à l'abri de rien.
Or, votre majorité, Monsieur le Maire, a refusé récemment de voter des crédits de la Région Ile-de-France permettant la transformation de bureaux en logements sociaux, mêlant à cette occasion ses voix à celles de l'extrême droite et privant ainsi la Capitale de concours financiers bienvenus.
Monsieur BULTÉ, vous seriez fondé à écouter ce que je suis en train de dire ; cela vous concerne très directement !
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Mais je vous écoute avec la plus grande attention ! Continuez s'il vous plaît !
Mme Gisèle STIEVENARD. - J'en doute car vous auriez certainement réagi !
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Je n'ai pas pour habitude d'interrompre les orateurs ! Je vous prie de bien vouloir continuer, il vous reste une minute !
Mme Gisèle STIEVENARD. - Monsieur BULTÉ et M. LEGARET étaient du nombre en tant qu'adjoints du Maire de Paris ! Je m'étonne que lorsqu'ils sont à la région Ile-de-France, ils ne veillent pas à ce que nous puissions bénéficier des concours financiers proposés par la Région !
Par conséquent, vos appels à un effort de solidarité mieux partagé avec les autres collectivités de la Région sont difficilement audibles dans ces conditions, d'autant que vous n'avez jamais cherché à pratiquer la concertation en matière de logement et d'habitat avec les collectivités alentours.
M. Jean-François LEGARET, adjoint. - Qu'en savez-vous ?
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - C'est vraiment une remarque tout à fait gratuite !
Mme Gisèle STIEVENARD. - Parlez-en aux maires de la Petite Couronne ! Vous verrez ce qu'ils vous diront !
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Il vous reste 26 secondes sur les 5 minutes ! J'ai le chronomètre déclenché par le Secrétaire général !
Mme Gisèle STIEVENARD. - C'est une caricature !
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Non, continuez !
Mme Gisèle STIEVENARD. - Au chapitre des contradictions entre discours et actes, je demande à Mme HERMANGE comment et dans quel délai elle compte agir pour aller dans le sens de ce qu'elle a dit ici même en novembre 1997, à savoir : faire en sorte que tous les S.D.F. ne soient pas installés à l'Est de Paris.
Le Maire du 20e, M. CHARZAT, vous a déjà interpellé sur ce sujet il y a deux ans ; Serge BLISKO pour le 13e l'a évoqué à propos de certains projets de la " Mie de Pain ".
J'entends dire officieusement que la permanence de Joinville déménagerait prochainement dans le 11e arrondissement ! Qu'en est-il ?
Pour l'instant, l'Est de Paris concentre la presque totalité des grands équipements de type CHRS et permanences d'accueil et vous persévérez à implanter de nouvelles structures dans les même quartiers alors que je réclame depuis des années...
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Je vous demande de conclure ! Vous avez dépassé les cinq minutes !
Mme Gisèle STIEVENARD. - Non, je regrette, absolument pas !
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Je vous demande de conclure !
Mme Gisèle STIEVENARD. - Vous souhaitez que je m'interrompe ! C'est autre chose ! Mais je n'ai pas terminé mon temps de parole !
Oui, vous vous sentez mal à l'aise sur ce sujet !
(Protestations sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Je vous demande de bien vouloir conclure ou je passe à l'orateur suivant.
Mme Gisèle STIEVENARD. - Vous me donnerez acte de ce que depuis des années, j'ai réclamé des lieux d'accueil à taille plus humaine répartis sur l'ensemble de Paris, dont la fréquentation serait mieux acceptée par les usagers.
Voilà également longtemps que nous vous alertons sur le besoin d'action forte de prévention en direction des jeunes, des familles monoparentales et des femmes en détresse. Or, les mesures nouvelles tardent à venir. Je pense que nous ferons des économies si le projet de couverture maladie universelle est adopté prochainement au Parlement. J'espère que cet argent pourra servir dans cette direction car nous savons...
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Je vous demande de bien vouloir conclure, je vais être obligé de vous interrompre. Vous ne pouvez pas doubler votre temps de parole.
Mme Gisèle STIEVENARD. - Pas du tout.
N'oublions pas qu'un jeune S.D.F. sur trois a été suivi préalablement par des services d'aide à l'enfance.
Et nous savons bien qu'au-delà des dégradations physiques, c'est l'identité de ces personnes qu'il faut restaurer. On ne peut rien construire de durable avec des gens qui vivent la peur et le stress de l'errance. Ils ont les mêmes besoins que nous : un lieu où se poser d'abord et des repères affectifs.
C'est pourquoi, en effet, ils ont souvent un chien avec eux, dont ils ne veulent à aucun prix être séparés.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Je vous demande pour la dernière fois de conclure. Vous avez dépassé de plus du double votre temps de parole.
Mme Gisèle STIEVENARD. - J'y viens.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Ou je vous coupe la parole.
Mme Gisèle STIEVENARD. - Là encore, il n'y a rien pour les héberger avec leur compagnon. Voilà pourquoi il est si important d'investir dans la sortie de l'urgence. C'est un volet essentiel, insuffisamment développé en matière de logement et dans le plan départemental d'insertion.
Je voudrais, pour terminer, simplement rappeler...
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Non, non. Vous avez dépassé de plus de trois minutes votre temps de parole, Madame STIEVENARD. Non, c'est terminé. Merci.
Mme Gisèle STIEVENARD. - Je suis désolé mais ce n'est pas du tout acceptable. Sur un tel sujet, un jour pareil, c'est vraiment indécent.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Ecoutez, il y a la même règle pour tout le monde. Madame STIEVENARD, vous avez dépassé de manière considérable votre temps de parole.
En réunion des présidents, on s'efforce de faire respecter les délais. Vous avez vu l'heure ? On va dépasser de manière considérable déjà.
Je passe maintenant la parole à Mme Gisèle MOREAU.
M. Jean-Loup MORLÉ. - Si vous le permettez, juste un mot, parce que si Mme STIEVENARD parle de correction, je lui dirai qu'elle n'est pas correcte puisqu'elle a parlé de la Région tout à l'heure, pour un débat qu'on a eu dans une autre enceinte, et déjà soulevé ici par une question d'actualité déposée par le groupe socialiste, à laquelle j'ai déjà répondu.
Je crois qu'il faut arrêter de faire des procès d'intention et je rappellerai une nouvelle fois qu'en 1997, lors du vote du budget présenté par l'U.D.F. et le R.P.R. à la Région, le parti socialiste avait uni directement ses voix à celles du Front national pour voter contre.
Alors, assez de leçons !
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci.
La parole est à Mme Gisèle MOREAU.
Mme Gisèle MOREAU. - L'actualité, Monsieur le Maire, illustre tragiquement la nécessité, pour la Ville, de prendre des mesures d'ampleur pour combattre la pauvreté. Celle-ci prend à Paris une dimension alarmante, avec plus de 100.000 personnes qui ne perçoivent que les minima sociaux, c'est-à-dire moins de 3.000 F par mois, sans compter ceux qui n'ont même pas cela ou qui ne fréquentent pas les permanences du B.A.S.
Que de détresse derrière ces chiffres ! Dans un des pays les plus développés et les plus riches du monde, dans la Capitale de la France se révèle une société de plus en plus dure et inégalitaire, impitoyable pour les plus faibles.
Paris est la ville qui compte le plus grand nombre d'assujettis à l'impôt sur la fortune et aussi celle qui compte le plus grand nombre de pauvres.
La pauvreté et la marginalité frappent de plus en plus tôt. Ainsi, la communication fait état de deux évolutions très inquiétantes : le développement des phénomènes de violence, le problème des enfants qui émerge.
Quelles conclusions sont avancées ?
Concernant la violence, on réduit des deux tiers la capacité d'accueil du centre de la Poterne des Peupliers, un centre moderne, récent, assez coûteux sans doute. Comment peut-on justifier cette réduction ? Peut-être par le manque de personnel face à la situation mais alors où allons-nous ? Est-ce qu'il ne faut pas aborder la question par l'autre bout c'est-à-dire prévoir plus de personnel, parce que réduire des deux tiers un centre d'accueil neuf, vraiment, je crois que cela pose quand même problème quand on voit la gravité de la situation !
Quant aux enfants seuls le soir, dans la rue, on signale le fait aux services sociaux mais qu'advient-il par la suite ?
Enfin, on dit dans la communication qu'il faudrait vite examiner la situation des femmes avec enfants et des jeunes de moins de 25 ans. " Mais encore ? " serais-je tentée de dire.
Ces éléments nouveaux indiquent, me semble-t-il, une aggravation de la situation des plus précaires.
Je noterai que nous n'avons dans la communication que peu de chiffres, contrairement aux habitudes, et aucun chiffre concernant l'évolution de la demande et je crois que c'est tout à fait dommageable pour envisager le nouveau plan.
L'objectif, me semble-t-il, et cela a déjà été dit par les autres orateurs, est double : éviter que, chaque année, de nouvelles personnes perdent leur logement, leur emploi et aider davantage ceux qui sont en grande difficulté.
L'insertion est le point faible de l'action de la Ville, et d'ailleurs plus généralement.
Face à l'ampleur du problème posé, les moyens nouveaux mis en oeuvre manquent singulièrement d'ambition, y compris par rapport aux années précédentes. Je ferai référence ainsi à la discussion que nous avions eue en 1995 qui comportait certaines idées allant au-delà du simple accueil pour la nuit et du simple repas, qui sont indispensables, je ne le nie pas mais qu'il faut parvenir à dépasser pour aider les gens à s'en sortir.
Ainsi, même si c'était limité - et je l'avais souligné - les questions des hôtels sociaux, des logements d'insertion, des résidences sociales étaient évoquées. Aujourd'hui, plus un mot. On ne poursuit pas, ou alors ce n'est pas indiqué dans la communication.
Je voulais insister sur cette question.
Les mesures nouvelles avancées sont justes mais singulièrement limitées. Un centre d'optique, quelques vacations de psychologue dans les permanences d'accueil. Combien ?
Un soutien psychologique pour les équipes qui prennent en charge les plus démunis. A cet égard, je veux rendre hommage à la générosité, à l'efficacité des personnels de la Ville, des militants des associations caritatives qui déploient d'énormes efforts dans des conditions de plus en plus difficiles. Ils ont besoin de toute l'aide et de la considération de notre collectivité, et plus généralement de la société.
La meilleure des choses à faire consiste dans un engagement et des moyens d'une tout autre ampleur. Par exemple, je note qu'il y a au moins 10.000 S.D.F. qui fréquentent les permanences d'accueil et moins de 7.000 places d'accueil, 7.500 en cas de grand froid.
A ce sujet, ces places d'hiver sont-elles ouvertes et depuis quand ? Le critère de moins 5 degrés, c'est quand même dur. Il faudrait peut-être le reconsidérer parce que passer la nuit dehors avec moins trois, c'est moins dur que moins cinq mais quand même ! Je crois que ce serait à reconsidérer.
Par ailleurs, on a évoqué les difficultés d'accès au 115, auxquelles il doit être remédié sans tarder. L'écoute, l'aide indispensable, doivent être décuplées. Ce n'est pas sans dommage pour la personnalité que de se voir exclue des droits les plus élémentaires de la personne humaine.
Il faut réparer les dégâts et, pour cela, il faut du personnel formé et en nombre suffisant.
Le logement est, avec l'emploi, le point capital de l'exclusion et de la précarité. Maintenir les gens dans leur logement est un des moyens pour éviter que grossisse le nombre de S.D.F. Alors, pas d'exclusion quand la dette de loyer est due à une cause sociale.
Ainsi où en est-on de l'allocation logement pour les R.M.istes, que notre groupe avait réclamée et obtenue mais qui a rencontré des difficultés de mise en oeuvre ? Combien parmi les 60.000 R.M.istes en bénéficient-ils ?
Enfin, le centre d'hébergement, c'est indispensable mais cela ne peut permettre de repartir dans la vie. C'est pourquoi je réinsiste à nouveau sur les hôtels sociaux, les logements d'insertion, les résidences sociales.
J'évoquerai les réquisitions de logements vides appartenant à de grandes sociétés. Voici quelques années, un certain nombre de ces logements avaient été réquisitionnés. On n'en parle plus aujourd'hui et pourtant, il y a toujours des logements vides.
Enfin la politique de l'emploi joue un rôle essentiel. La pratique accentuée des C.D.D., des emplois précaires qui sont ceux majoritairement proposés aux jeunes est l'une des causes principales de la pauvreté, une étude vient encore de le démontrer.
En accroissant le nombre de C.E.S., la Ville contribue à cet état de fait et nous avons réclamé à maintes reprises, même si nous savons que ce n'est pas que sur la Ville que peut reposer le règlement du problème de l'emploi. Il faut aussi la transformation en emplois stables des C.E.S. et que tous les emplois jeunes que la Ville pourrait créer, et qui sont financés à 80 % par l'Etat, le soit.
Pour conclure, je dirai que la lutte contre la précarité, la pauvreté est un des grands enjeux de civilisation de notre époque. Comment ne pas s'interroger sur une société qui rejette tant de ses membres, en particulier les jeunes, en les excluant des droits les plus élémentaires ? La Ville doit faire preuve davantage de générosité pour aider le maximum de victimes de la pauvreté à s'en sortir. La dignité humaine ne doit-elle pas être l'objectif suprême de toute action politique ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et Mouvement des citoyens).
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci, Mme MOREAU.
La parole est à M. VIVIEN.
M. Pascal VIVIEN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
Vous avez souligné dans votre communication à la fois l'ampleur et la diversité de l'ensemble du dispositif que la Ville de Paris développe année après année pour prendre en charge les personnes que l'on dit pudiquement " en situation de grande précarité ".
Comment, en effet, ne pas être directement et personnellement mobilisés lorsque, dans un pays développé, industrialisé, des centaines de milliers d'hommes, de femmes, et phénomène nouveau, de très jeunes, oui, à partir de 16 ans, aujourd'hui, errent sans autre horizon que celui du jour même parce que, eux, pour mille raisons, sont les oubliés du progrès social.
Cette mobilisation de la part du Maire de Paris est de très haut niveau et présente le grand intérêt de vouloir apporter des réponses complètes dans une approche globale de la précarité : l'abri, la nourriture, les soins, mais aussi et surtout la réinsertion.
On ne peut plus ignorer aujourd'hui qu'une population devient si nombreuse qu'elle constitue une catégorie sociale nouvelle au plus bas de l'échelle, hors des dispositifs d'accompagnement social habituels. Et je constate que cette catégorie sociale nouvelle est apparue dans les années 1980 - est-ce le fruit du hasard ? - et que les réponses qu'il faut lui apporter ne peuvent se mesurer seulement en assistance parce que l'assistance sans le suivi d'accompagnement serait génératrice finalement d'un peu plus d'exclusion encore.
Je souhaite, au nom du groupe " Rassemblement pour Paris ", dire notre respect et notre admiration pour le dévouement exemplaire de toutes celles et de tous ceux qui concourent à l'intelligence de ce dispositif : votre adjoint, Mme HERMANGE, les directions des services, les collaboratrices et collaborateurs du C.A.S., du " SAMU social ", les personnels des C.H.R.S., les bénévoles, et bien sûr et surtout les professionnels des associations.
C'est grâce à eux et grâce à un effort financier considérable de la Ville de Paris, que se met en place de manière de plus en plus efficace, un réseau parisien de solidarité active tournée vers l'espoir, ayant l'ambition de permettre à chacune et à chacun de retrouver non seulement dignité mais aussi responsabilité.
Chacun se rappelle la maxime de Lao Tse : " Plutôt que de donner un poisson à celui qui a faim, apprends-lui à pêcher ". C'est cela qui me semble remarquable aujourd'hui dans l'évolution du dispositif parisien. Sans bien entendu négliger ou sacrifier l'assistance d'urgence qui relève de l'action humanitaire, Paris met des moyens de plus en plus considérables en place pour que ces personnes redécouvrent leurs droits, prennent conscience de leur santé et osent surtout à nouveau participer comme nous tous à la vie de la cité.
Cela, c'est une politique de développement social, et je souhaite, Monsieur le Maire, vous remercier d'avoir choisi pour Paris non seulement une voie plus exigeante et aussi plus difficile, mais combien plus ouverte à la promotion de la personne humaine.
Mais l'effort d'une ville, fut-elle Paris, ne peut se développer sans limite, s'il n'est pas relayé par celui de l'ensemble de la société. Et je regrette sincèrement de devoir reposer aujourd'hui les questions posées l'an dernier et restées sans réponse.
Pourquoi n'a-t-on pas mis encore en place un véritable Schéma régional de l'accueil d'urgence qui engage l'Etat et l'ensemble des communes d'Ile-de-France dans une action commune et partagée ? A défaut de cela, Paris ne pourrait pas être indéfiniment exemplaire sans risquer d'être submergée.
Quand enfin l'Etat prendra-t-il à deux mains et avec les moyens qui sont réellement nécessaires, le problème du financement des C.H.R.S. et, au-delà, ce problème si dramatique de l'errance urbaine ?
La Nation entend-elle promouvoir enfin une politique de prévention de l'exclusion capable de redonner à chacun sa place avant qu'il ne se trouve seul et sans attache ?
Je le dis bien sûr sans esprit polémique, mais il faut le dire, Paris a, dans le domaine de l'action sociale, été depuis des années un exemple pour la France. Mais cela ne peut exonérer ni les autres collectivités, ni l'Etat de leurs responsabilités.
Les médias ont évoqué à juste titre depuis quelques jours le drame de quatre personnes victimes du froid ce week-end dans nos villes. Ils pourraient, chaque semaine, évoquer des dizaines de victimes de la solitude et du désespoir qui glissent un jour de la vie à la mort sans faire de bruit.
C'est cela que nous ne devons jamais accepter. Nous ne pouvons et nous ne pourrons pas faire cela tout seul, mais je vous remercie, Monsieur le Maire, de mener avec conviction une politique humaine et humaniste qui prouve que la Ville de Paris, une fois de plus, fait tout ce qu'elle peut faire et encore un peu plus pour qu'à la souffrance des plus démunis, notre Capitale apporte une réponse faite de respect et d'espérance.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci, Monsieur VIVIEN.
Merci également d'avoir respecté votre temps de parole : 5 minutes et 8 secondes.
Vous avez la parole, Madame JUNOT, pour cinq minutes.
Mme Marie-Thérèse JUNOT. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, vous l'avez rappelé à plusieurs reprises, Monsieur le Maire, la lutte contre la précarité est une priorité municipale, et les mesures qui ont été prises ont montré leur efficacité.
L'effort de la collectivité parisienne en faveur des populations défavorisées est important, notamment en matière d'hébergement, mais aussi d'orientation et de réinsertion. Car il ne suffit pas d'aider financièrement, il s'agit de donner à ceux et celles qui ont perdu jusqu'à leurs repères dans la société, les moyens de se réinsérer.
N'oublions pas non plus que la crise économique, particulièrement sensible dans la Région d'Ile-de-France, a généré plus de 60.000 bénéficiaires du R.M.I., 27.000 chômeurs en fin de droit, 9.000 bénéficiaires de l'allocation d'adulte handicapé auxquels s'ajoutent plus de 10.000 personnes sans domicile fixe fréquentant les différentes permanences du Centre d'action sociale.
C'est dire l'importance de la tâche et des enjeux et l'intérêt que nous, élus parisiens, devons marquer à l'égard des plus démunis, envers nos concitoyens dans le besoin.
Nous dépensons sans doute beaucoup pour faire connaître nos efforts. Il est d'autant plus nécessaire d'informer les personnes démunies sur les structures d'accueil, de restauration, de soins mis par la Ville à leur disposition que nous devons malheureusement constater que les médias, notamment télévisés, oublient trop souvent de signaler notre action.
Paris a développé un vaste programme de lutte contre la précarité. Nous nous en félicitons en remarquant cependant qu'une meilleure répartition des crédits pourrait permettre de rénover des structures d'accueil souvent inconfortables et sans âme. C'est une question à la fois de bonne gestion et d'humanité.
En conclusion, je tiens à rendre hommage au personnel de la Ville, aux associations caritatives et à toutes celles et à tous ceux qui font preuve d'un dévouement sans limite pour venir en aide aux plus démunis.
Merci, Monsieur le Maire.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci beaucoup.
Je donne la parole à Mme SILHOUETTE.
Mme Cécile SILHOUETTE. - Monsieur le Maire, chers collègues, permettez-moi de formuler avec franchise les remarques que m'inspire cette communication. Ces réflexions pourront paraître générales, mais cette démarche me semble indispensable. Elle me semble d'autant plus indispensable que la récente étude réalisée par la D.A.S.S. et le S.E.S.I. a mis en évidence - je cite - : " la chronicisation inquiétante et massive de la pauvreté dans notre pays et ce en dépit de la croissance ". Pour aller au-delà de l'effet d'annonce, c'est par une réflexion globale préalable et sérieuse sur les causes profondes de la précarité que nous lutterons le plus efficacement contre elle. Il ne s'agit pas de dire pourtant que les mesures proposées ne sont pas nécessaires. Il s'agit de souligner qu'elles sont largement insuffisantes et qu'il serait sain de le reconnaître plutôt que de se débarrasser de toute une partie du problème en réduisant la précarité à une aide aux plus démunis.
Faut-il attendre en effet que des personnes meurent de faim et de froid pour constater que la lutte contre la précarité n'est pas une priorité des politiques publiques ?
Le problèmes certes est épineux et les solutions ne sont pas miraculeuses, mais nous avons la conviction qu'un traitement à la racine ne sera possible sans évaluation pleine du phénomène de la précarité. Vous vous dérobez à cette épreuve délicate, mais indispensable. Sans cette première étape, la tentation est forte de gérer cette pauvre fatalité sur un mode infrapolitique. Pourtant, comme le rappelait fort à propos le Président du parti auquel vous appartenez, Monsieur le Maire, gouverner, ce n'est pas gérer.
La pauvreté ne tombe pas du ciel et la lutte contre elle ne saurait se résumer ni à des opérations de charité ni à des actions humanitaires spectaculaires.
Une approche plus globale de ce phénomène est indispensable.
Un fait est significatif à la fin de votre communication, la lutte contre l'exclusion a remplacé la lutte contre la précarité ! Je n'insisterai pas, ici, sur l'indigence théorique de cette notion d'exclusion qui recouvre des situations tellement hétérogènes qu'elle ne permet d'en analyser aucune.
Il va de soi, je le répète, qu'il faut venir en aide à ces personnes. Le souci que l'on doit avoir de ces existences privées n'interdit pas de dénoncer fermement les effets pervers du déplacement d'une problématique d'ensemble, de la question sociale aujourd'hui, à ce thème d'exclusion et du sort des exclus, car ces exclus viennent bien de quelque part. Pour un nombre croissant d'entre eux, ils sont surtout le produit de la distribution inégalitaire des fruits de la croissance. Dans ce contexte, Paris ne fait pas exception. Faut-il pour s'en convaincre rappeler nos deux tristes records, celui des R.M.istes et celui des chômeurs ?
C'est en amont que devrait porter l'essentiel des interventions réellement soucieuses de lutter contre l'exclusion, sauf à voir incessamment grossir le flot des exclus.
Ce déplacement de la question interroge la politique des entreprises marquée par les effets d'une application sauvage de la flexibilité, les carences du droit du travail à encadrer les nouvelles relations d'emplois plus mobiles et plus fragiles, la pratique de licenciements comme garantie des profits spéculatifs en bourse, etc.
Il interroge le sens des politiques, qui se sont succédées depuis 20 ans pour affronter la crise en se portant préférentiellement aux marges sur les situations déjà dégradées.
Mais il interroge aussi la politique de la ville. Croyez-vous, par exemple, que la multiplication des centres d'hébergement et de réinsertion sociale compensera la prime donnée depuis des années à la construction de bureaux et autres résidences, qui répond aux besoins des cadres moyens et supérieurs, des professions libérales, mais pas des plus démunis ?
Cette politique continue d'accentuer la fracture sociale par une fracture spatiale. L'enclavement des plus pauvres dans les espaces les moins riches en emplois et services et les plus mal desservis se poursuit, limitant d'autant les possibilités d'insertion, de réinsertion.
Chacun ressent le risque d'être embarqué dans la galère de la précarité, une réalité débordant largement le cadre de votre communication.
En ce sens, vous ne proposez pas de lutter contre la précarité comme vous l'annoncez, mais d'engager des mesures d'urgence pour lutter contre l'exclusion la plus grande. Vous ne proposez pas un programme de lutte contre la précarité, mais un programme d'aide aux précaires. C'est évidemment indispensable, mais nettement insuffisant. D'urgence, il faut passer d'une logique de l'urgence, de traitement social de la grande précarité, de la simple gestion à une politique audacieuse, c'est-à-dire préventive.
C'est pourquoi la lutte contre la précarité est indissociable d'une politique privilégiant des emplois stables, des logements sociaux plus nombreux, un accès aux soins médicaux, des structures d'accueil pour les enfants en bas âge, etc.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci d'avoir respecté également le temps de parole.
Je vais maintenant donner la parole à Mme HERMANGE pour répondre aux orateurs.
Mme Marie-Thérèse HERMANGE, adjoint, au nom de la 5e Commission. - Merci.
Je voudrais remercier tous les intervenants et dire à Mme MOREAU que je suis profondément d'accord avec elle lorsqu'elle explique que la question de la pauvreté et de la précarité est un enjeu de civilisation, et comment ne pas l'évoquer en cette année où nous célébrons la déclaration universelle des droits de l'Homme. Je reviendrai tout à l'heure sur un certain nombre d'observations qu'elle a faites.
Je voudrais dire à Mme SILHOUETTE que son propos m'a beaucoup intéressé intellectuellement. Je ne sais pas s'il veut relever d'un discours qu'aurait pu tenir Jean-Baptiste Foucaud ou Rosenvallon, si c'est ainsi que l'on résout les problèmes des sans domicile fixe. Toujours est-il que cette analyse est intéressante et en tant que telle, je la partage parce que j'aime ce type de lecture. Quant aux questions d'évaluation, elles sont toujours importantes et notamment dans le secteur social, d'autant plus que l'on se trouve toujours confronté aux financiers, qui nous disent que l'action sociale n'est pas quantifiable et qu'il est important de l'évaluer.
Effectivement, le secteur sanitaire est le centre d'un grand débat actuellement. Nous n'avons pas attendu vos observations, Madame SILHOUETTE, puisque s'est mis en place au sein du " SAMU social " un observatoire de la précarité et de l'exclusion, qui fonctionne maintenant depuis 4 mois et dont je suis sûre qu'un jour ou l'autre, le Conseil d'administration du " SAMU social " pourra connaître les résultats de l'évaluation. Je vous en ferai part, bien évidemment.
Je voudrais dire aux intervenants du parti socialiste : quel discours misérable !
Je ne pensais pas qu'aujourd'hui, alors que nous sommes tous émus et révoltés par ce qui s'est passé, que Mme STIEVENARD ou Mme Françoise-Soizik MOREAU feraient des déclarations du type : "Il n'y a qu'à... Il faut que... " et diraient que nous avons des leçons à prendre de la part du secteur associatif et qu'elles attendent impatiemment le projet de couverture de maladie universelle. Je pourrais moi aussi faire de la politique et vous répondre que, depuis 1 an, nous l'attendons puisque M. JUPPÉ, dans le cadre de sa réforme hospitalière, l'avait annoncé et s'il était aujourd'hui au Gouvernement, nous aurions le projet de couverture de maladie universelle !!
J'ajoute que c'est un peu facile de faire appel à ce projet alors que nous avons été la première ville à mettre en place la carte " Paris-Santé ". Je voudrais dire encore qu'avec Claude GRISCELLI, nous avons initié, il y a maintenant un an, une toute nouvelle politique complètement exemplaire sur l'ensemble de la France qu'aucun autre département n'a jamais mise en place, à savoir que le Département de Paris a décidé d'installer dans ses propres maternités de l'A.P. son dispositif de P.M.I. afin que toute femme qui n'a pas de couverture sanitaire et sociale puisse :
- recouvrer ses droits ;
- et lorsqu'elle ne peut pas recouvrir ses droits, le Département de Paris prend non seulement en charge l'accouchement, mais les 12 jours et le forfait d'hospitalisation.
Nous sommes le seul département à le faire. Comme vous avez évoqué les problèmes de l'enfance, Madame STIEVENARD, vous avez tout à fait raison, c'est très important car tout doit se passer dès l'enfance.
La désocialisation se passe à ce niveau-là. Peut-être, Madame STIEVENARD, que si vous et vos amis n'aviez pas tant critiqué le lien familial, peut-être que les questions de pauvreté aujourd'hui seraient moins difficiles.
Si nous savons qu'elles ont toutes un lien avec les questions économiques, elles ont toutes un lien aussi avec les questions de solidarité familiale.
C'est bien Evelyne SUDREAU qui a l'habitude d'appeler les sans domicile fixe, les sans domicile familial et je m'approprie effectivement ce terme-là.
Parlons des associations... oui, les associations nous avons besoin d'elles. Oui, nous avons toujours dit que la politique municipale, la politique sociale ne serait jamais une politique du tout municipal et qu'elle serait toujours relayée par le secteur associatif. C'est la raison pour laquelle nous aimerions que le secteur associatif, lorsqu'il a un certain nombre de places disponibles comme c'était le cas par exemple vendredi soir, et c'est la raison pour laquelle le Maire a réuni toutes les associations en liaison avec le Préfet de Paris, pour qu'on puisse leur signaler directement les appels au " SAMU social ".
Madame MOREAU, vous avez posé des questions qui me paraissent importantes effectivement. La capacité d'accueil des urgences de la Poterne-des-Peupliers a été réduite, en accord avec les services de l'Etat pour éviter la concentration sur de longues semaines de 500 hommes adultes, très désinsérés.
Je voudrais vous signaler que le taux d'occupation des lits précédemment installés a été d'environ 68 % sur l'hiver précédent. C'est la raison pour laquelle nous avions pris des dispositions, mais il est évident que depuis le début de la semaine dernière, c'est un dispositif totalement souple qui s'adapte aux conditions climatiques. C'est la raison pour laquelle le week-end, 80 lits supplémentaires, et dès ce soir il y en aura une soixantaine, seront installés. Le dispositif sur l'ensemble de la Capitale se monte à 6.800 lits.
Vous avez évoqué une question qui vous tient à coeur : l'allocation logement complémentaire Ville de Paris pour les allocataires du R.M.I. Elle a connu un démarrage très progressif en 1996. Toutefois, au rythme actuel de la consommation des crédits, plus de 2 millions devraient être versés cette année, en tiers-payant par la Caisse d'allocations familiales.
Le problème que nous avons, c'est que le principe du tiers-payant dissuade un certain nombre d'allocataires de réclamer cette allocation en raison d'un risque d'identification en tant qu'allocataires du R.M.I. par le bâilleur.
Vous le savez, la loi contre l'exclusion a prévu la généralisation du tiers-payant à tous les bailleurs sociaux. Nous attendons cela mais il importe également que la cinquantaine de décrets d'application et de circulaires puissent être sorties très prochainement de façon à ce que les dispositions mises en place par le législateur puissent être appliqués très concrètement.
Voilà ce que je voulais vous dire très rapidement.
Je ne reviendrai pas sur le 115. Le Maire a indiqué tout à l'heure les dispositions qu'il avait prises en ce qui concerne le 115. Je rappelle, Monsieur le Président, que ce dispositif est géré par le " SAMU social ", que c'est un dispositif d'Etat. Comme je l'ai dit ce matin, il y a une enquête de l'I.G.A.S. sur les problèmes posés par les téléphonies sociales.
C'est la raison pour laquelle le Maire a pris les dispositions que vous savez en ce qui concerne " Europe assistance ".
Je voudrais vous apporter un témoignage que j'ai reçu tout à l'heure avec le Maire en allant au " SAMU social ".
Nous avons rencontré une travailleuse sociale qui était devant les 7 ou 8 ordinateurs qui recevaient les messages téléphoniques. Celle-ci nous a dit " il est insupportable d'entendre les critiques que nous entendons sur le 115. Monsieur le Maire - lui a-t-elle dit - je pouvais tellement mal les supporter que cette nuit, la seule solution que j'ai trouvée, a été d'aller marauder avec les équipes, alors que j'étais d'équipe de jour. J'ai donc passé ma nuit avec toutes les équipes ! "
Cela, mes chers collègues, c'est un vrai témoignage. Je vous remercie pour toutes celles et tous ceux qui mènent une action concrète sur le terrain et non pas avec des " ya qu'à " et " faut qu'on ".
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci, Madame HERMANGE.