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Novembre 2002
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49 - Vœu présenté par M. Gilles ALAYRAC et des membres du groupe socialiste et radical de gauche relatif à la sécurité de l'Hôtel-de-Ville

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2002


Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous passons maintenant au v?u déposé par notre collègue Gilles ALAYRAC pour le groupe socialiste et radical de gauche.
Monsieur ALAYRAC, vous avez la parole.
M. Gilles ALAYRAC. - Madame la Maire, mon v?u concerne une question d'intérêt général.
J'ai souhaité, mes chers collègues, que nous nous penchions sur les conditions d'accès à l'Hôtel-de-Ville et je veux préciser le v?u que je vous présente n'est pas suscité par le grave événement qui est survenu dans les salons de cette maison lors de la manifestation publique "Nuit-blanche".
Nous le savons bien, ces conditions d'accès ne sont pas réellement satisfaisantes malgré la bonne volonté dont peut faire preuve le personnel affecté à l'accueil.
L'ouverture au public de la Mairie de Paris, selon nous, doit reposer sur trois piliers :
- la convivialité ;
- la sûreté ;
- l'accessibilité.
La convivialité.
Les visiteurs qui pénètrent dans ce bâtiment comme celui du 9 sont livrés à eux-mêmes. Il n'existe ni guichet d'accueil, ni guide d'orientation, ni plan du site, ni signalétique particulière.
Les visiteurs se perdent souvent dans les dédales des couloirs et des escaliers. Cela d'ailleurs nous est arrivé au début de notre mandat.
Que proposons-nous ?
D'abord, que l'entrée des visiteurs se fasse par la place de l'Hôtel-de-Ville qui est le lieu emblématique, le mieux identifié de l'Hôtel-de-Ville.
Que le visiteur soit accueilli dans le bâtiment par des hôtesses ou des huissiers qui contactent ensuite l'élu, le collaborateur, ou le fonctionnaire concerné, les orientent comme cela se fait partout ailleurs.
La sûreté.
Chacun de nous l'a constaté, n'importe qui résolu à entrer dans un but légitime ou avec des pensées malveillantes y parviendra sans difficulté.
On peut pénétrer dans ces bâtiments sans justifier de son identité, d'une convocation, on peut entrer armé, la sonnerie des détecteurs de métaux attirant rarement l'attention.
Il faut donc revoir le dispositif de filtrage et de contrôle dans l'intérêt même de tous ceux et de toutes celles qui vivent et travaillent ici.
Ils doivent pouvoir remplir leurs missions à l'abri des gestes de personnes mal intentionnées.
L'accessibilité enfin.
La démocratie qui doit être ouverte trouve ici sa place. Nous représentons bien sûr la collectivité parisienne dans son ensemble et nous devons être accessibles et ne pas travailler ou délibérer dans un bunker.
Je connais des Parisiens qui, désireux, d'assister à nos débats ont dû patienter 40 minutes avant de pouvoir s'installer dans des tribunes vides.
M. le Maire de Paris l'a dit ces derniers jours, lors des Etats généraux de la vie étudiante, je le cite :
"La Mairie restera ouverte dans toutes les circonstances".
Nous sommes d'accord avec cette déclaration. Notre Mairie est, en France, sans doute, celle qui paraît la moins accessible. L'immense majorité des Parisiens et Parisiennes n'y ont d'ailleurs jamais mis les pieds, et n'imaginent pas y entrer sauf lors des Journées du patrimoine.
En liant ces souhaits d'ouverture avec les impératifs de sécurité qui ne sont pas contradictoires, il faut permettre aux citoyens d'entrer dans leur maison je dirai même il faut les inciter à venir.
Aussi si un véritable dispositif de sécurité est mis en place et à cette condition, alors je propose que l'une des deux cours de l'Hôtel de Ville soit ouverte au public et qu'il puisse la traverser librement pour s'approprier ce lieu.
Le dispositif d'accueil se faisant alors dans le bâtiment lui-même depuis l'intérieur de cette cour.
Je demande donc avec mon groupe, que l'Exécutif municipal examine ces propositions afin que notre Mairie soit réellement et complètement le c?ur du peuple de Paris.
Je vous remercie.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci, Monsieur ALAYRAC.
La parole est à Philippe GOUJON.
M. Philippe GOUJON. - Merci.
Je souhaite m'exprimer sur ce v?u parce qu'il concerne tous ceux qui, à un titre ou à un autre, siègent effectivement à l'Hôtel de Ville ou le fréquentent et à la lecture d'un quotidien du matin, cela nous confirme qu'on y entre toujours comme dans un moulin.
Ce v?u qui pose de réelles questions et d'ailleurs nous allons l'adopter, me paraît quand même édifiant à plus d'un titre.
D'abord, plutôt qu'un v?u du groupe socialiste, il me semble que c'est l'Exécutif - dont c'est vraiment la mission première que de permettre à ceux qui travaillent à l'Hôtel-de-Ville de le faire en toute quiétude - qui aurait dû proposer un renforcement de la sécurité de l'Hôtel-de-Ville et l'appliquer, notamment après les graves troubles qui ont conduit à l'agression inqualifiable que nous avons tous en mémoire.
Ensuite, je tiens à dire que c'est à un véritable réquisitoire, Monsieur ALAYRAC, des carences du dispositif de sécurité mis en place par l'actuelle Municipalité, que vous vous livrez. Vous citez même le terme de "carences", vous évoquez les faiblesses dans le contrôle de sécurité et le contrôle des entrées et vous affirmez - c'est vrai - que n'importe quel individu peut entrer aujourd'hui sans la moindre vérification.
Je partage cette analyse mais je trouve un peu troublant que vous ne vous en aperceviez que vingt mois après la mise en place d'une majorité à laquelle vous appartenez et après ce drame que nous avons tous vécu douloureusement. Moi qui ai siégé sous la mandature précédente, pendant laquelle on n'a eu à déplorer aucun incident à l'Hôtel-de-Ville, je voudrais restituer la responsabilité de ces carences à ceux qui en sont les coupables : la Municipalité actuelle et les responsables de sa sécurité...
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Monsieur GOUJON, vous avez la parole, mais pas pour monopoliser le débat !
M. Philippe GOUJON. - C'est une explication de vote, Madame, et comme nous allons voter ce v?u, je ne crois pas que cela gênera beaucoup que j'aille jusqu'au bout.
M. Michel BULTÉ. - Vous avez tort de le critiquer comme cela, Madame HIDALGO ! Il est bon !
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Je ne le critique pas, je lui demande d'accélérer.
M. Philippe GOUJON. - La plus grosse faute a été la suppression totale de la Brigade de policiers affectée à la surveillance de l'Hôtel-de-Ville, malgré tous les avis négatifs, y compris le mien, étant donné le classement de l'Hôtel-de-Ville parmi les sites sensibles de la Capitale, même sans évoquer l'attentat mortel au bureau de poste il y a quelques années.
En cette période de recrudescence du risque terroriste, mais sans vouloir faire de psychose, la suppression de cette Brigade qui avait réussi à empêcher tout incident à l'Hôtel-de-Ville paraît mal venue. Je demande qu'à tout le moins vous réclamiez que l'Hôtel-de-Ville soit inclus parmi les sites surveillés par l'Unité mobile d'intervention et de protection de la Préfecture de police mise en place par le Ministre de l'Intérieur et qui permet de récupérer plusieurs centaines de policiers au profit de la sécurité dans les quartiers.
Deuxième mauvaise décision de la Municipalité, le remplacement des inspecteurs par des emplois-jeunes inexpérimentés. Cette mesure a été heureusement rapportée en raison d'un certain nombre de problèmes qu'elle a engendrés, mais je tiens à dire que ces inspecteurs sont revenus dans des conditions qui ne leur permettent pas, comme autrefois, de remplir efficacement leur mission : manque de moyens, de considération, d'intérêt, et disproportion entre les missions qui leur sont demandées et les moyens. Je ne m'oppose pas à la fréquentation de l'Hôtel-de-Ville par de nombreux visiteurs, je trouve cela très bien, mais je pense qu'il faut que les moyens soit proportionnés.
Voilà ce que je voulais dire, Madame la Maire, et je voudrais simplement, pour terminer, dire que je note une différence de "timing" entre M. ALAYRAC, qui soumet aujourd'hui des mesures qu'il veut faire adopter aussitôt par notre Assemblée, et M. CARESCHE, qui a déclaré encore ce matin, hier ou avant-hier, dans un journal, qu'un audit était en cours à la Préfecture de police pour tenter d'isoler toutes les failles du dispositif et que c'était seulement au printemps que nous en aurions connaissance.
Mais, pour terminer sur une note positive, étant donné que les mesures qui sont proposées par M. ALAYRAC me semblent aller dans le bon sens, même si nous attendons beaucoup de cette étude de la Préfecture de police, nous voterons le v?u qui a été déposé.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Après cette explication de vote très détaillée, je donne la parole à Christophe CARESCHE.
M. Christophe CARESCHE, adjoint. - D'abord, je crois qu'il faut faire attention à ces problèmes de sécurité, qui sont des questions graves, ne pas essayer de se livrer à une forme d'exploitation politique. Je crois que cela n'a pas de sens et qu'il faut surtout essayer de mettre en place des dispositifs à la fois efficaces et qui laissent en même temps - toute la difficulté, c'est de trouver l'équilibre - cette maison ouverte aux Parisiennes et aux Parisiens.
Sur ce plan, on ne peut pas à la fois dire que lorsqu'on franchit les contrôles de sécurité, il ne se passe rien, et puis, en même temps, déplorer le fait qu'il faille attendre quarante minutes pour accéder aux gradins de l'Hôtel-de-Ville ! Par conséquent, il faut trouver cet équilibre.
Je voudrais répondre sur plusieurs points.
Premier point, il y a deux audits en réalité qui ont été demandés après l'agression du Maire de Paris, mais c'est une réflexion que nous avons déjà depuis longtemps, notamment avec le Secrétariat général de la Ville de Paris.
Le premier, c'est celui demandé à la Préfecture de police. De la même manière que la Préfecture de police a fait un audit pour l'Assemblée nationale et pour un certain nombre de bâtiments publics, le Préfet de police a accepté qu'il puisse aussi mettre ses services à disposition pour examiner les problèmes de sécurité à l'Hôtel-de-Ville. Cet audit est en cours, les personnes sont opérationnelles. Le problème, c'est que cela va prendre un peu de temps. Si l'on veut un travail sérieux, il faut un peu de temps pour le mettre en ?uvre et nous n'aurons pas les conclusions avant le mois de mai.
Ensuite, il y a un autre problème - et là, Monsieur GOUJON, vous apparaissez comme l'agneau qui vient de naître - qui est tout aussi préoccupant, c'est la question de la sécurité dite civile : les évacuations, le problème d'incendie, etc. Cela n'a pas été traité pendant des années et des années dans cette maison.
Nous voulons mettre progressivement - parce qu'on ne sera pas en capacité de tout faire très rapidement, simplement parce que cela supposerait en termes financiers un effort évidemment considérable - en place un plan de modernisation de l'Hôtel-de-Ville de façon à ce que, sur le plan de la sécurité civile, ce bâtiment soit aux normes.
Mme Cécile RENSON. - C'est obligatoire !
M. Christophe CARESCHE, adjoint. - C'est obligatoire mais je ne vais pas vous révéler tout ce qui s'est passé précédemment ! On n'est pas là pour polémiquer mais la Commission de sécurité n'est pas passée depuis 1986 et nous ne sommes pas ici depuis 1986 !
En tous les cas, cela n'a pas été fait, il faut le faire.
M. Philippe GOUJON. - Ce n'est pas le même débat.
M. Christophe CARESCHE, adjoint. - Cela d'autant plus, il faut le dire, et c'est la volonté du Maire.
Mme Cécile RENSON. - Il y a des inspecteurs du travail...
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Madame RENSON, vous voulez bien arrêter un peu de troubler le débat ? Ecoutez la réponse !
M. Christophe CARESCHE, adjoint. - Ce dossier est en cours.
Ensuite, je suis tout à fait conscient du problème de la dissociation de l'accueil et de la sécurité. Là encore, il y a une action qui est en cours, qui va être mise en place entre le Secrétariat général du Conseil de Paris et la Direction des Moyens généraux. Celle-ci est en train d'étudier comment nous pouvons redéployer un certain nombre de personnels pour assurer l'accueil aux entrées de ce bâtiment, ce qui permettra au personnel chargé de la sécurité de se recentrer sur les questions de sécurité et, notamment, de surveiller ces fameux portiques.
En ce qui concerne ces matériels, le Secrétariat général a demandé à une des Directions de faire une expertise technique sur le matériel existant et sur d'autres matériels pour déterminer si, éventuellement, il ne faudrait pas acquérir des matériels plus sophistiqués que les portiques existants. Cela prend du temps, mais cela a été demandé et c'est en cours.
Enfin, nous avons mis en place - je précise ce point qui est très important - un dispositif qui doit nous permettre d'avoir une évaluation en termes de sécurité. Je le dis pour tous les adjoints au Maire de Paris et pour les services de la Ville, c'est très important parce que, sur ce point, il faut vraiment être extrêmement vigilant. Chaque manifestation qui se déroule ici devrait faire l'objet d'une petite expertise technique sur le plan de la sécurité. Il faut que les adjoints acceptent cette idée et qu'ils l'aient en tête.
Nous avons prévu avec le Secrétariat général un dispositif qui permettra d'obtenir à chaque fois un diagnostic et une évaluation et de prendre les dispositions adéquates, qui sont parfois contraignantes, mais il faut les accepter.
Voici les points que nous sommes en train de mettre en place et d'évaluer. Cela prend du temps parce que malheureusement tout cela ne se fait pas en quelques semaines mais je pense que nous aurons des résultats que vous pourrez constater très bientôt.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci, Monsieur CARESCHE.
Je mets aux voix, à main levée, ce v?u déposé par le groupe socialiste et radical de gauche.
Qui est favorable ?
Qui est défavorable ?
Qui s'abstient ?
Le v?u est adopté. (2002, V. 140).