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Juillet 2021
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Conseil Municipal
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Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2021


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Vous avez cinq minutes, Mme Olivia NDARI, éventuellement un peu plus si vous débordez, je ne vous couperai pas la parole, pour restituer cet avis citoyen avant que je ne donne la parole à Dimitri MARTEL.

C'est à vous.

Mme Olivia NDARI. - Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les élus bonjour. Tout d'abord, merci de nous accueillir parmi vous aujourd'hui. Je m'appelle Olivia NDARI, j'ai 32 ans, je suis parisienne d'adoption, j'habite dans le 7e arrondissement depuis plusieurs années et je travaille au sein du Département des relations investisseurs du groupe de luxe Kering.

J'ai souhaité participer à cette conférence citoyenne pour plusieurs raisons. Tout d'abord, afin de faire entendre ma voix, ce qui, hélas, est trop rarement le cas en dehors d'échéances électorales. Comme beaucoup d'autres Français, j'ai souvent le sentiment de ne pas être forcément représentée dans les débats politiques, que ce soit au niveau national ou local. J'ai le sentiment également que malgré ma participation aux scrutins électoraux, ma voix ne semble pas compter. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu me saisir de cette occasion unique afin de pouvoir participer à des débats, échanger en compagnie d'autres citoyens, d'autres personnes qui ne sont pas des professionnels de la politique.

Enfin, j'ai voulu participer à cette conférence citoyenne, car je me sens concernée par les questions liées à l'alimentation à l'heure où cette dernière est devenue un enjeu de santé publique, car une mauvaise alimentation est trop souvent le catalyseur de certaines maladies.

Avec Dimitri, nous sommes ici pour être la voix des 100 citoyens ayant participé à la Conférence, avec qui nous avons travaillé et "phosphoré" afin de répondre aux différentes problématiques qui nous ont été posées.

Pour rappel, nos quatre groupes avaient pour mission de réfléchir sur les questions suivantes :

1- bien manger, est-ce réservé à une élite ?

2- Peut-on bien s'approvisionner près de chez soi ?

3- Peut-on se faire plaisir en mangeant bien ?

4- Peut-on bien manger, préserver les ressources et respecter le vivant ?

Personnellement, je faisais partie du groupe nº1 et j'ai été agréablement surprise par la qualité des débats, le respect entre nous malgré des points de vue divergents, mais également une liberté de ton rendue possible par le format restreint des groupes.

Dans mon groupe, la question était donc : bien manger, est-ce réservé à une élite ? Vaste sujet n'est-ce pas ?

Pour ma part, j'ai été marquée particulièrement par l'intervention de Mathilde DOUILLET de la fondation Carasso, qui nous a rappelé à quel point, bien que les personnes précaires bénéficient de l'aide alimentaire, il était important de respecter leur régime alimentaire. Ce n'est pas normal de donner de la viande à une personne qui n'en mange pas, par exemple. Il était très intéressant d'interroger les personnes issues de la grande distribution, notamment concernant les dons et leur qualité.

Enfin, lors de nos échanges plusieurs propositions se sont détachées. Pour le groupe n° 1, c'était notamment la création d'un permis de bien manger au collège qui s'inspire de l'attestation de sécurité routière qui doit être effectuée par les élèves. Elle a été proposée par l'un d'entre nous et a tout de suite déclenché une adhésion unanime.

Ensuite, il y a eu l'ouverture de nouvelles cantines de restauration accessibles à tous et dont le prix serait calculé en fonction des revenus de chacun, cela permettrait notamment de rétablir le lien entre les bénéficiaires de l'aide alimentaire et le reste de la population et à terme, d'essayer d'éviter cette stigmatisation qui les touche pour beaucoup.

Pour ma part, un enjeu qui me tient énormément à c?ur, c'est le fait de permettre aux populations fragilisées, précaires, de s'alimenter avec des produits de qualité. Je conclurai enfin sur ce que nous avons appris : au-delà du plan de formation qui était de très grande qualité, et de nombreux intervenants qui étaient pour la plupart passionnants, cette conférence citoyenne nous a montré que ce genre d'exercice peut être un très bon moyen d'intéresser de nouveau les citoyens à l'exercice démocratique, leur permettre d'avoir voix au chapitre, de participer à l'élaboration d'avis, de propositions réalistes et surtout réalisables. Au-delà de la production de cet avis, nous avons perçu un autre enjeu qui est bien plus important encore et plus que jamais nous l'avons vu avec le taux d'abstention aux dernières élections, qui est celui de redonner aux citoyens une place dans le jeu démocratique. Nous nous sommes attachés à la poursuite des engagements pris et nous espérons être tenus au courant de la suite des travaux, savoir quelles propositions ont été retenues, lesquelles seront réalisables dans un futur proche. Enfin, nous nous sommes tous beaucoup investis durant ces trois week-ends afin de produire toutes ces propositions qui parfois portaient sur des sujets plutôt complexes. Madame PULVAR et Madame TORANIAN, nous comptons sur vous pour nous tenir informés. Je laisse la parole à Dimitri.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci beaucoup, Olivia NDARI, on peut d'ailleurs vous applaudir, parce que vous avez merveilleusement restitué à la fois l'esprit et le contenu de cet avis de façon très directe et nous y avons été sensibles. Audrey PULVAR comme Anouch TORANIAN ont été interpellées évidemment et je suis certain que l'une et l'autre sauront répondre évidemment à votre demande pour que votre investissement, cette forme d'engagement citoyen que vous avez eu en étant disponible, en donnant de votre temps, vous permette de continuer à suivre les effets de cette conférence citoyenne. Dimitri MARTEL doit être connecté.

M. Dimitri MARTEL. - Absolument.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Vous êtes connecté, on vous voit, on vous entend, la parole est à vous.

M. Dimitri MARTEL. - Mesdames et Messieurs les élus, bonjour. Je tiens tout d'abord à vous remercier de nous accorder? (inaudible) précieuse à conforter l'investissement qu'a nécessité cette conférence citoyenne sur l'alimentation durable en Ile-de-France. Vous êtes vous-mêmes tous très familiers de ces processus complexes de communication de groupes, qui consistent à créer des propositions à partir? (inaudible).

Notre groupement citoyen n'a pas échappé à la règle de ces allers-retours pour s'accorder et affiner son avis avec courtoisie et bienveillance, toujours avec la volonté réelle de travailler au bien commun et toujours avec le sentiment d'un tout invisible, or je ne suis qu'un.. (inaudible).

En cela, je me présenterai brièvement. D'origine normande, parisien d'adoption depuis près de 15 ans, j'ai 36 ans, je vis dans le 12e arrondissement et je travaille depuis un peu plus d'un an à faire croître mon entreprise dans le domaine du développement et conseil en commerce digital. J'aime à me considérer comme un optimiste, je suis un animal politique au sens premier du terme et je crois fortement en une démocratie participative.

Justement, la démocratie participative est la raison de notre rencontre aujourd'hui, l'essence de notre motivation et le fruit de notre travail, parce qu'il nous paraît essentiel que les citoyens qui ont tant déserté les suffrages soient écoutés et deviennent forces de proposition. Nous croyons fermement que tous les acteurs de notre société, qu'ils soient agriculteurs, scientifiques, logisticiens, économistes, citoyens, tout comme vous nos amis dirigeants, doivent être entendus et en capacité d'échanger pour être plus à même d'arriver à des propositions qui tiennent compte de toutes nos réalités.

Quand je dis réalités, j'entends la réalité sociale bien sûr, mais également les enjeux économiques, empreintes techniques et les attentes politiques.

Ils doivent être en mesure de se comprendre et se rejoindre. C'est d'ailleurs l'une de nos propositions phares : la création d'une assemblée transversale composée de ces divers représentants du bassin parisien et qui serait régie par un contrat social et éthique.

Nous étions plus de 100 Franciliens de tout horizon, de croyances et de formations différentes et nous avons pu bénéficier d'une formation de qualité avec des intervenants ayant un savoir et une spécialisation hétéroclites, ce qui nous a permis de nous éveiller et pour d'autres d'affiner notre connaissance des enjeux de l'alimentation durable.

Parmi les rencontres marquantes, j'évoquerai celle de M. LAIRON, directeur de recherche à l'Inserm, qui a évoqué l'importance d'une alimentation saine et contrôlée pour notre santé, en nous rappelant notamment qu'une étude de 2012 montrait que tous les Français avaient dans leur organisme 22 des 23 pesticides recherchés. Ou encore celle de M. BRUEGEL de l'INRAE, qui nous a présenté des évolutions historiques positives, et a aussi remis au centre des réflexions l'importance d'un fonctionnement organique du bassin parisien en termes d'approvisionnement, de logistique et de traitement des déchets.

Après seulement trois week-ends, nous avons été en mesure de présenter 32 propositions qui vous ont été présentées, certaines plus discutées que d'autres bien entendu, et dont nous sommes fiers.

Par exemple, l'expression de l'équité sociale a fait débat. Devons-nous mettre en place un système de chèques alimentaires réservés à l'alimentation durable ? Autant inciter davantage à cuisiner chez soi en envisageant le financement ou le prêt de petits électroménagers ? Nous avons finalement retenu le quadrillage géographique en demandant à la Région de mettre à disposition des locaux qui garantiront l'accessibilité pour tous, faciliteront la distribution par les producteurs notamment grâce à la mutualisation des transports, et favoriseront la mise en place d'actions de sensibilisation.

Cette conférence nous a bien sûr permis d'apprendre et de nous rassembler et d'accentuer notre sentiment d'être membres à part entière dans cette société.

Elle a aussi mis l'accent sur de nombreuses frustrations et nous craignons les feux de paille. A l'instar des citoyens qui ont participé à la conférence sur le climat, nous avons découvert la force de l'intelligence collective. Nous espérons échapper à la déception qu'ils ont pu ressentir compte tenu du sort qui a été réservé au final à leurs recommandations.

Pour conclure, nous aimerions, au nom de notre groupe citoyen, vous assurer de notre engagement à ne pas renoncer à la démocratie participative. En ce sens, nous aimerions réaffirmer notre souhait de contribuer, dans la continuité, en restant acteurs de la suite des débats.

Comme évoqué avec Mme PULVAR et Mme TORANIAN, nous aimerions être informés des décisions prises par la suite, et associés à des rencontres avec les différents acteurs : logisticiens, élus, agriculteurs, etc., de manière à vérifier la faisabilité de nos propositions, développer nos préconisations et les enrichir avec la réalité de tous ces acteurs. C'est précisément en ces circonstances que nous sommes persuadés que nous pouvons nous comprendre et nous rejoindre. Je vous remercie.