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2021 DDCT 23 - Subventions (194.000 euros) à 13 associations au titre des droits humains.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2021


 

Mme Léa FILOCHE, adjointe, présidente. - Nous allons reprendre nos travaux avec la 4e Commission et nous entamons les projets de délibération de Jean-Luc ROMERO-MICHEL.

Nous examinons le projet de délibération DDCT 23 qui est une subvention à 13 associations au titre des droits humains.

La parole est pour commencer à Antoinette GUHL pour le groupe Ecologiste de Paris pour cinq minutes maximum.

Mme Antoinette GUHL. - Madame la Maire, chers collègues, le 18 septembre 1981, date historique où par 363 voix contre 117, l?Assemblée nationale après deux jours de débats, alors que l?opinion publique était défavorable, adoptait le projet de loi portant abolition de la peine de mort présenté par Robert BADINTER, alors garde des Sceaux.

Robert BADINTER est aujourd?hui président d?honneur de l?O.N.G. "Ensemble contre la peine de mort", présidée par notre collègue Aminata NIAKATÉ que je salue et dont le projet de délibération propose un partenariat pour le projet 2021 "40 ans d?abolition de la peine de mort".

Le 10 octobre 1981, après deux siècles de lutte abolitionniste, la loi est publiée au Journal Officiel et la France devient le 35e Etat à abolir officiellement la peine capitale. Quarante ans plus tard, 149 pays sont désormais abolitionnistes en droit ou en pratique.

Des éléments déclencheurs, tels que la force de conviction de la figure emblématique française de l?abolition M. Robert BADINTER, participent de l?évolution progressive des m?urs partout dans le monde. La France joue aujourd?hui un rôle primordial dans la promotion de l?abolition universelle de la peine de mort.

Cet anniversaire est un événement majeur. Il est à la fois l?occasion de rappeler l?importance d?entretenir les valeurs de l?abolition en France, tout en continuant à sensibiliser le grand public sur le travail restant à accomplir. Il est aussi l?occasion de rappeler que la France se doit de continuer à affirmer cette position au plan international.

"E.C.P.M.", partenaire historique de la Mairie de Paris, a conçu à l?occasion de ses 40 ans, un projet d?envergure pour mettre en valeur les grandes figures abolitionnistes d?hier et d?aujourd?hui. Sur les grilles de l?Hôtel de Ville, l?association exposera les visages de celles et ceux qui se sont battus et se battent encore pour mettre fin à la barbarie qu?est la peine de mort.

Outre cette association "Ensemble contre la peine de mort", ce beau projet de délibération prévoit le soutien à d?autres précieuses structures pour la défense des droits humains, telles que l?"Observatoire international des prisons", la "Ligue des droits de l?homme", l?association "Centre Primo Levi", le "Comité contre l?esclavage moderne" entre autres.

Les écologistes vous invitent sans réserve bien sûr à voter pour ce beau projet de délibération.

Mme Léa FILOCHE, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

La parole est à Boris JAMET-FOURNIER pour le groupe Paris en commun.

M. Boris JAMET-FOURNIER. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Mes chers collègues, je vais me permettre de commencer cette intervention en citant Martin Luther King qui disait : "La moindre injustice, où qu?elle soit commise, menace l?édifice tout entier." C?est vrai et c?est pour cette raison que lutter pour les droits humains est aujourd?hui aussi important. Après des siècles de luttes, après des siècles de combats et parfois de victoires, c?est un édifice que l?on ne veut pas menacer justement.

Alors agir pour les droits humains, comme le fait la Ville de Paris, fidèle à sa réputation, fidèle à son rang historique, ce n?est pas disserter de manière abstraite, c?est tendre la main à un frère, à une s?ur qui se noie.

Après Martin Luther King, je vais me permettre de citer ma Présidente, Geneviève GARRIGOS, qui dit souvent : "C?est un droit que de défendre les droits humains mais c?est un devoir que de défendre leurs défenseurs." Eh bien, avec ces subventions, Paris défend les défenseurs des droits humains dans une grande variété de domaines.

Ce projet de délibération DDCT 23 nous présente un large spectre d?associations qui peut à première vue ressembler un peu à un catalogue ou à un annuaire, mais justement derrière l?apparente diversité de ces actions, que l?on ne saurait hiérarchiser tant elles sont toutes importantes, il y a une même volonté : celle de donner sens aux droits humains.

Je voudrais, par cette intervention, souligner le travail remarquable qui est fait par ces associations financées ici au service des Parisiennes et des Parisiens, et notamment celles et ceux dont la dignité est la plus menacée. Je pense bien évidemment aux personnes victimes de traite des êtres humains sous toutes ses formes. Elles font l?objet d?une attention particulière dans ce projet de délibération avec des attributions de subventions au "Comité contre l?esclavage moderne" - cela vient d?être dit par Antoinette GUHL - et à "SOS Esclaves" qui mènent tous deux une action essentielle contre l?esclavage domestique et économique, cette exploitation qui est brutale mais peu perçue tant elle profite de l?invisibilité de ses victimes qui sont majoritairement des femmes. Je me permets de souligner ce point parce que, là aussi, le prisme du genre est une réalité de nos sociétés. Les inégalités existent dans ce domaine aussi et ce n?est pas un fantasme militant. Il faut le reconnaître, le savoir et le combattre. Ce sont ainsi 34.000 euros qui sont dédiés à ces deux associations, dont 20.000 pour le "C.C.E.M." au titre de l?égalité femmes-hommes, comme je viens de le souligner.

L?esclavage moderne, cela peut paraître un oxymore mais c?est une réalité. Pas plus tard que lundi de cette semaine, on apprenait que sept employées avaient porté plainte contre le couple qui les employait en région parisienne. Selon le journal "Le Parisien", ces femmes étaient chargées principalement de s?occuper des quatre enfants du couple et elles étaient, je cite : "à disposition de leur employeur jour et nuit, toute la semaine, certaines dormant par terre."

Les autres subventions proposées représentent un total de 160.000 euros pour 11 associations. Les actions concernent, par exemple l?intégration de journalistes réfugiés comme le fait "GUITI News". Ce formidable projet propose aux journalistes, qui sont en exil en France, de travailler avec des journalistes françaises et français, ce qui leur permet d?exercer leur profession, de leur redonner à la fois une source de revenus et une dignité, et de produire du contenu très utile pour nous toutes et tous. Les journalistes sont également concernés par "Nothing to hide", un projet qui part du principe que la sécurité informatique des journalistes, c?est leur assurance vie et c?est vrai.

Puisqu?on parle d?assurance vie des journalistes, je me permets de redire un mot de Roman PROTASSEVITCH qui est toujours à l?heure actuelle en résidence surveillée à Minsk. J?en avais parlé lors du dernier Conseil, j?ai ressorti mon masque aux couleurs bélarusses parce qu?il est toujours en résidence surveillé. Il mérite notre soutien et notre attention parce que la liberté de la presse en Europe doit être soutenue et défendue le plus ardemment possible et c?est ce que fait la Ville notamment avec ces subventions.

Je termine en disant que l?on a aussi la défense des droits humains à l?étranger avec l?"Association France Amérique Latine" ou "Ensemble contre la peine de mort", cette dernière association étant financée pour partie au titre de la DGRI car il s?agit d?un axe fort de la politique de la Ville à l?international et il faut le souligner.

Vous l?aurez compris, avec mon groupe Paris en commun, mes chers collègues, c?est avec beaucoup d?enthousiasme que je vous invite à saluer le travail de ces associations, aussi de Jean-Luc ROMERO-MICHEL et d?Arnaud NGATCHA autour de cette mission si fondamentale, si particulière que soutient ce projet de délibération DDCT 23 que je vous invite à voter. Je vous remercie.

Mme Léa FILOCHE, adjointe, présidente. - Merci beaucoup à vous.

La parole est à Camille NAGET.

Mme Camille NAGET. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, effectivement c?est un projet de délibération pour accorder des subventions à 13 associations qui agissent pour les droits humains. Car oui, même au XXIe siècle, nous avons encore et toujours besoin de ces associations qui mènent des combats aussi évidents qu?essentiels, et mes collègues ont très bien parlé par exemple de la lutte contre l?esclavage moderne.

D?après l?O.I.T. ce sont encore 40 millions de personnes à travers le monde qui sont victimes de cet esclavage moderne, qui est de l?esclavage tout simplement y compris dans notre pays. Les femmes et les filles en sont les premières victimes. D?ailleurs, je note que ce projet de délibération parle de droits humains et non de droits de l?homme. Je me félicite de l?usage des mots "droits humains" qui est plus incluant et qui fait référence à l?humanité, un mot et des valeurs qui nous sont très chers. Nous savons que les mots ont un sens et cet usage n?est pas anodin.

Je voudrais parler ici plus particulièrement de l?association subventionnée l?"Anafé". C?est une association qui intervient dans des zones qui sont vraiment de non-droit : les zones d?attente aéroportuaires. Dans ces endroits, on enferme des gens en attente, en parcours de migration ; ils ne sont ni vraiment en France ni à l?étranger, ils n?ont accès à rien du tout, ils n?ont pas accès à des avocats, ils n?ont pas accès au droit. Sous prétexte de contrôler les frontières, de vouloir résorber une pseudo-crise migratoire, on laisse des gens dans des situations absolument dégradantes, inhumaines et en dehors de toute légalité. D?ailleurs, cette association a été créée à la base après un combat des dockers de la CGT, notamment à Marseille, qui voyaient les personnes en migration enfermées dans ces zones qui étaient à l?époque des ports. Je voulais souligner le travail qu?ils mènent car c?est absolument nécessaire.

Les droits humains, c?est un combat quotidien, ils sont toujours menacés dans notre pays et partout dans le monde. Donc je salue encore tout le travail que mènent ces 13 associations que nous subventionnons et qui montre aussi tout l?engagement de la Ville de Paris dans ces combats. Je vous remercie.

Mme Léa FILOCHE, adjointe, présidente. - Merci à vous. Pour vous répondre, à toutes et tous, je donne la parole à Jean-Luc ROMERO-MICHEL.

M. Jean-Luc ROMERO-MICHEL, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Merci Antoinette GUHL, Boris JAMET-FOURNIER et Camille NAGET. J?ai presque honte de vous répondre, tant vous avez dit l?essentiel et en plus avec des propos d?un humanisme que je voudrais absolument souligner.

Je vais quand même dire quelques mots. D?abord pour vous dire, Camille, à quel point je suis sensible au fait que vous évoquiez la notion de droits humains. Quand on m?a proposé ma délégation, j?ai souhaité que ce soit "droits humains" et en premier. Je suis donc évidemment extrêmement sensible à ce que vous venez de dire.

Je ne vais pas reprendre, vous avez tout dit, mais je vais peut-être insister sur une association dont on n?a pas parlé ici et qui me paraît très importante également, même si je sais que vous ne pouviez pas parler non plus de toutes, c?est le "Centre Primo Levi". Le travail que mène cette association, qui est au sein du 11e arrondissement, est incroyable et je ne peux que conseiller à toutes et à tous d?aller visiter cette association, de rencontrer ses bénévoles, ses responsables. C?est vraiment un travail remarquable fait auprès de réfugiés qui ont été mutilés, blessés et qui viennent se faire "réparer", si on peut dire, dans notre pays et dans un accueil d?une bienveillance absolument incroyable.

Boris, tu as beaucoup insisté, et tu n?es pas le seul d?ailleurs, sur le "Comité contre l?esclavage moderne" et "SOS Esclaves". C?est vrai que c?est d?actualité. Comme tu l?as rappelé, "Le Parisien" a fait encore un article ces derniers jours. On l?oublie trop souvent et ce qui est assez incroyable, c?est que lorsqu?on découvre malheureusement des personnes qui subissent cet esclavage, c?est souvent le fait de personnes qui sont des milliardaires, qui ne pourront jamais dans une vie dépenser tout l?argent qu?elles ont et qui exploitent de la manière la plus abjecte possible des êtres humains. Je veux donc saluer le travail de ces deux associations.

Il y a bien sûr aussi l?"Observatoire international des prisons" et pour terminer, l?intervention d?Antoinette GUHL était très centrée sur l?anniversaire de l?abolition de la peine de mort. Dès que nous sommes arrivés, il y a un an, nous avons rencontré évidemment l?association et cet anniversaire était important à la fois pour la Maire de Paris, et je crois pour chacune et chacun d?entre nous. C?est célébrer ce moment important parce que rien n?est jamais acquis. On a vu des sondages récemment où une majorité de Français étaient favorables à la peine de mort. Je pense que sur ces valeurs humanistes, on ne doit pas transiger. Quand on voit encore le nombre de pays dans le monde qui condamnent à mort, on doit être un phare. La France sur ces questions l?a toujours été et cette année sera pour nous une année importante au mois d?octobre.

Evidemment tout le monde a cité Robert BADINTER et comment ne pas citer cet humaniste, cet homme qui continue à dédier sa vie à ce combat ? Croyez bien que la Ville de Paris sera à la hauteur de ce rendez-vous, comme vous l?avez exprimé, Antoinette, par les différentes actions que nous allons soutenir.

Je voulais donc vraiment vous remercier pour la qualité de vos propos et pour ce soutien à ces subventions qui iront à 13 associations pour 194.000 euros. Je vous remercie.

Mme Léa FILOCHE, adjointe, présidente. - Merci beaucoup à vous.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DDCT 23.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2021, DDCT 23).

Je vous remercie.