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Novembre 2004
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2004, DAC 475 - Apposition d’une plaque commémorative rappelant les réunions du bureau permanent du Conseil national de la Résistance, 182, rue de Rivoli (1er).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2004


 

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. Nous passons à l?examen du projet de délibération DAC 475 relatif à l?apposition d?une plaque commémorative rappelant les réunions du bureau permanent du Conseil national de la résistance, 182, rue de Rivoli dans le 1er arrondissement.

Il y a trois inscrits, M. VUILLERMOZ, M. LE GARREC, M. LEGARET, et Mme Odette CHRISTIENNE répondra.

C?est un sujet important, mais si vous pouvez, compte tenu de l?heure, condenser vos interventions, ce ne serait pas trop mal.

La parole est au Président VUILLERMOZ.

M. Jean VUILLERMOZ. - Merci, Monsieur le Maire.

Un mot pour dire que bien sûr nous partageons totalement la proposition qui nous est faite de rendre hommage au Conseil national de la résistance dans le cadre de la célébration du 60e anniversaire de la Libération de Paris.

Il est important de montrer que le regroupement de l?ensemble des mouvements de la résistance a été d?un apport historique immense et au-delà de la force qu?il a représenté, il a produit un programme d?avenir considérable. Notre collègue Nicole BORVO, dans son intervention à propos de la communication sur la santé, hier matin, a rappelé à juste titre que l?une des mesures majeures prises par le Conseil national de la résistance a été la création de la Sécurité sociale et on en mesure aujourd?hui toute l?importance.

 

Plus généralement dans le programme du Conseil de la résistance adopté dans la clandestinité, le 15 mars 1944, qui portait le titre ?les jours heureux?, extraordinaire formulation pour un texte qui réclamait un ordre social plus juste par l?instauration d?une véritable démocratie économique et sociale, celui-ci affirmait tout un ensemble de droits comme ceux donnant accès pour tous à la santé, à la culture et à l?éducation, tout comme ceux permettant la liberté de la presse, mais aussi les retraites généralisées, les grands services publics, les comités d?entreprise. En matière économique, le Conseil national de la Résistance appelait au contrôle des féodalités économiques qui allait déboucher sur un programme de nationalisations qui, il faut bien le dire, est remis en cause depuis par les différents gouvernements.

Aujourd?hui, dans un autre contexte, on voit bien qu?il y a beaucoup à faire contre les injustices sociales pour aboutir à un développement durable de notre société prêtant une grande attention à l?épanouissement de chaque être humain, à la démocratie, donc à l?implication politique des citoyens, à la paix dans un monde où la guerre menace perpétuellement. Les membres du Conseil de la résistance ont montré que résister c?était aussi créer les perspectives d?une société plus juste. C?est bien la question qui nous est posée aujourd?hui.

L??uvre du C.N.R. a été immense, créative alors même que la France était occupée et affaiblie. Cette ?uvre est pour nous un encouragement magnifique pour nos combats d?aujourd?hui.

(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur VUILLERMOZ, pour ce bel hommage à la Résistance et au Conseil national de la Résistance.

Monsieur LE GARREC, vous avez la parole.

M. Alain LE GARREC. - Merci, Monsieur le Maire.

Effectivement, le 27 mai 1943 au 48, rue Dufour se réunissait pour la première fois le Conseil national de la résistance.

Jean Moulin venait de réussir sa mission: faire taire les rivalités politiques, les rivalités des hommes pour un temps suffisamment long et essayer de rétablir ou d?établir les fondements d?un futur pouvoir politique, administratif, de façon à redémarrer le pays rapidement quand il aurait été libéré.

Le texte fondateur était très clair: s?opposer par tous les moyens et particulièrement les armes à la main aux Allemands, à leurs alliés et à leurs complices pour la liberté en étant contre toutes les dictatures, notamment celle de Vichy quel que soit le visage dont elle se pare. Le Conseil national de la Résistance forme l?embryon d?une représentation nationale réduite. Le

C.N.R. institue en son sein une commission permanente présidée par le représentant du Général de Gaulle ou un adjoint de son choix.

En quelque mois jusqu?au printemps 1944 cette organisation va se muscler en continuant son travail de sape dans l?administration de Vichy via le N.A.P, noyautage des administrations publiques, avec ses spécificités que l?on connaît à la

S.N.C.F. et aux P.T.T

Il y a désormais un pouvoir clandestin qui coordonne l?ensemble des activités de la résistance dans notre pays.

Je pourrais, Monsieur le Maire, être anecdotique et nous avons l?habitude du spectacle, les armes et les grands sentiments, mais je parle ici de travail souterrain et tout aussi dangereux d?hommes et de femmes qui n?apparaissent pas au générique et qui portent notre histoire sur leurs épaules.

Jean Moulin, dit Max, par amitié pour Max Jacob, qui, lui, mourra de froid à Drancy, sera arrêté le 21 juin 1943 à Caluire, torturé à mort, il donnera un nom: le sien. Après quelques mouvements et des discussions difficiles, Georges Bidault prendra la présidence du Conseil national de la résistance qui ne se réunira alors plus qu?en commission ou en bureau.

La répression allemande sera terrible, pendant l?hiver 1943 et jusqu?à l?été 1944, des centaines de résistants, femmes, hommes, enfants, jeunes, moins jeunes furent arrêtés, torturés, fusillés, déportés et très peu en reviendront. Donner abri et participer au bureau du C.N.R. était prendre un risque pour soi considérable, mais aussi pour ses proches.

Benard Lafaille, ingénieur, très tôt en ligne au sein de son administration fut suspendu de ses fonctions, recherché, il aura la chance que d?autres n?auront pas il ne sera pas arrêté.

C?est donc dans son appartement au 182 rue de Rivoli que par deux fois se réunira le bureau du Conseil national de la résistance, Bidault, Parodi, Saillant et d?autres s?y croisèrent.

Le C.N.R. approuvera le 15 mars 1944 un texte, auquel faisait référence Jean VUILLERMOZ, à appliquer dès la libération du territoire national, 60 ans après ces mesures nous paraissent souvent lointaines, presque désuètes puisque on y parle de liberté et de conscience, de liberté de la presse, de liberté d?association, de suffrage universel, d?égalité absolue de tous les citoyens devant la loi, de la création effectivement de la Sécurité Sociale et du droit à la retraite.

C?est bien cette organisation cohérente qui permettra que Paris se libère en quelques jours au prix, il faut le rappeler, de la vie d?un millier de résistants à Paris. C?est bien cette organisation pacifiée qui permettra dans le reste du pays des opérations coordonnées et redonnera à notre pays ses lettres de noblesse, que certains avaient foulé aux pieds pendant plus de cinq ans.

Bernard Lafaille demande dès 1947 qu?une plaque soit apposée sur son immeuble et permette ainsi à ceux qui avaient participé à ces réunions et à cette aventure de se retrouver et de se souvenir de ceux qui ne viendraient plus.

M. Bidault lui ayant fait parvenir une attestation, le Maire du 1er de l?époque donna son accord, puis essaya d?activer la Mairie de Paris en vain ! Pas assez spectaculaire !

Bernard Lafaille disparaît en 1955 et ce n?est qu?en 2001 qu?un étudiant faisant une thèse sur les travaux de cet ingénieur, spécialiste des charpentes métalliques, découvrit les correspondances relatant ces faits et expliquant ainsi qu?à son enterrement se trouvait Bidault, d?Astier de la Vigerie, Léo Hammon, Emile Bollaert, un représentant de l?ambassadeur d?U.R.S.S. et un télégramme très chaleureux de Jacques Duclos, absent de Paris ce jour-là.

Histoire ordinaire de ceux qui participent à l?histoire sans s?être glorifiés. L?ignorance un peu hautaine des politiques deux ans après la fin de la guerre, incitant au silence et au haussement d?épaule, Bernard Lafaille n?en parlera plus jamais.

 

Pour la mémoire de Bernard Lafaille, pour ses enfants, ses petits-enfants et aussi pour l?honneur de ceux qu?il y a plus de 60 ans décidèrent que la liberté de ceux qui suivraient, c?est-à-dire nous, et de ceux qui nous suivrons, c?est-à-dire nos enfants valait qu?ils prennent le risque de la souffrance et de la mort.

Je lis le texte ?Ici au printemps 1944, le bureau permanent du Conseil national de la résistance, mis en place après l?assassinat de Jean Moulin a tenu deux de ses réunions clandestines, alors que plusieurs responsables de la résistance venaient d?être arrêtés par la gestapo?.

Je vous demande donc, mes chers collègues, de voter à l?unanimité cette délibération, c?est un peu la mémoire d?hommes et de femmes dont nous sommes fiers et pourtant nous ne les avons pas connus.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et ?Les Verts?).

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur LE GARREC.

Je donne la parole à M. LEGARET, maire du 1er arrondissement.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Il est heureux de trouver au sein de notre Assemblée des sujets d?unanimité et des moments dans lesquels nous nous retrouvons dans cet exercice d?hommage et de mémoire. Il s?est passé beaucoup de choses à Paris, tout particulièrement dans le 1er arrondissement, mais il est vrai que ce fait était trop souvent ignoré, à proximité immédiate du siège de la ?Kommandatur?, à l?hôtel Meurice, se sont tenues en 1944, deux réunions secrètes du Bureau permanent du Conseil national de la Résistance, présidé par Georges Bidault après l?assassinat de Jean Moulin.

Je crois que c?est un fait qui doit être rappelé et je suis très heureux qu?au Conseil du 1er arrondissement, après quelques mises au point, nous ayons pu nous retrouver unanimement pour donner un avis favorable sur ce projet de délibération que nous allons bien entendu, je l?espère, tous voter ensemble maintenant.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur LEGARET.

Je mets aux voix cette délibération DAC?

La réponse de l?Exécutif, j?imagine est favorable, mais, Madame CHRISTIENNE, excusez-moi de ne pas vous avoir donné la parole.

Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe, au nom de la 9e Commission. - Merci de me la donner maintenant. Je dois dire que pour une fois il est très satisfaisant de pouvoir dire que j?adhère totalement aux exposés des trois intervenants. J?apprécie particulièrement bien sûr l?historique de M. LE GARREC. Je dis aussi que M. Jean VUILLERMOZ a exposé et mis en valeur les deux aspects : à la fois le renforcement de l?efficacité de la Résistance par le C.N.R. et, d?autre part, mis en évidence, les programmes dont le volet économique et social était fondamental pour l?avenir et toujours d?actualité, dirons-nous, puisqu?il y a des références en ce moment au contenu de ces programmes assez mis à mal.

Je rappellerai que les mouvements de résistance souhaitaient le C.N.R. pour renforcer leur efficacité, et le chef de la France libre le voulait pour conforter sa légitimité face aux Alliés, il ne faut pas oublier cela, et notamment face aux Américains très réservés à l?égard d?un général inconnu, souvent perçu comme un apprenti dictateur.

Après tout ce que vous avez évoqué, Monsieur LE GARREC, je dirai l?ensemble des mouvements de résistance qui y ont participé : le MUR pour la zone sud, l??Organisation civile et militaire?, ?Libération-Nord?, ?Ceux de la Libération?, ?Ceux de la Résistance et, pour la zone Nord?, le ?Front national?, mais aussi les principaux courants politiques et syndicaux : le parti communiste, le parti socialiste, le parti radical-socialiste, les démocrates-populaires, l?Alliance démocratique, la Fédération républicaine, la C.G.T. et la C.F.T.C.

Le programme comportait à la fois une action immédiate contre l?oppresseur et des mesures destinées à instaurer dès la libération du territoire un ordre social plus juste.

Comme vous l?avez dit, ce programme du C.N.R. prévoyait notamment la sécurité de l?emploi, l?amélioration des conditions de travail, la sécurité sociale, le droit au travail et au repos, l?égal accès à tous à l?instruction et à la culture et l?indépendance de la presse par rapport à l?Etat ou aux puissances de l?argent.

Nous appelons donc bien entendu à voter favorablement.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - A l?unanimité. Merci, Madame CHRISTIENNE.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 475.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2004, DAC 475).