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Novembre 2004
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Vœu déposé par Mmes Claire de CLERMONT-TONNERRE,Hélène MACÉ de LÉPINAY, M. Jean-François LEGARET et les membres du groupe U.M.P. relatif à la préservation de la halle Sernam-Freyssinet, dans le secteur d’aménagement Tolbiac-Chevaleret.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2004


 

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l?examen du v?u n° 58 déposé par le groupe U.M.P. concernant la préservation de la halle Sernam-Freyssinet.

Madame CLERMONT-TONNERRE, vous avez la parole.

Mme Claire de CLERMONT-TONNERRE. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, nous vous soumettons ce v?u alors que plusieurs articles de presse viennent de nous alarmer sur le devenir de cet élément remarquable de notre patrimoine parisien que représente la halle Freyssinet également appelée ?halle Sernam?. Il a ainsi été rapporté que le projet lauréat du concours d?architecture pour la reconversion de cette halle prévoyait la destruction complète d?une des 3 nefs de la halle.

Sur la forme, nous ne pouvons que regretter que l?opposition n?ait pas été associée à ce jury d?architecture. Sur le fond, le bât blesse sur plusieurs points.

 

Tout d?abord, le projet lauréat respecte certes la délibération du Conseil de Paris mais a minima. En détruisant l?intégralité d?une des 3 nefs de l?édifice, il le dénature profondément. Ce parti pris aura donc pour effet d?altérer de manière irrémédiable le sens, l?unité, l?équilibre et la pleine dimension historique et patrimoniale de l?édifice pour n?en faire qu?un alibi à ce qui serait en fait une construction nouvelle bâtie sur les décombres d?un passé volontairement effacé.

En second lieu, alors que nos concitoyens manifestent un intérêt de plus en plus marqué pour le patrimoine et notamment pour le patrimoine industriel, comme en atteste le succès des récentes journées 2004 qui portaient d?ailleurs cette année sur ce thème, nous ne pouvons rester insensibles à l?appel des associations et des habitants du 13e arrondissement de Paris qui réclament la préservation maximale de la halle. Il suffit de parcourir leurs interviews et leur contribution, notamment dans le journal ?Paris-Rive gauche magazine?, pour le comprendre et mesurer la nécessité de préserver ce patrimoine qui relie un quartier à son passé et donnera un supplément d?âme à ce nouveau secteur de la Z.A.C. ?Rive gauche?.

Enfin, une telle décision fait totalement abstraction de l?avis des experts. Une telle décision contrevient de manière flagrante au v?u émis par la Commission du Vieux Paris qui vient de se prononcer en faveur du maintien des 3 nefs accolées. Une telle décision fait abstraction de l?avis de Nicolas NOGUE, cet expert et historien qui a été sollicité par la S.E.M.A.P.A. et a mis en lumière de manière remarquable à la fois l?intérêt architectural, historique et patrimonial de la halle mais aussi les risques techniques encourus en cas de destruction d?une des nefs.

Pour reprendre le propos de François LOYER, Secrétaire général de la Commission du Vieux Paris : ?Il ne suffit pas de consulter les historiens, encore faut-il les écouter?.

Devant une telle absence de consensus sur le devenir de la ?halle Sernam?, nous vous demandons, Monsieur le Maire, de prendre du recul et le temps de la réflexion avant de commettre l?irréparable. Car comment justifierons-nous auprès de nos descendants d?avoir sacrifié cet élément majeur du patrimoine industriel parisien alors que nous avons la possibilité de le conserver ? Il semblerait d?ailleurs que 5 des 8 projets élaborés dans le cadre du concours prévoyaient la préservation intégrale de la halle.

Notre v?u n?a pas pour objectif de déclencher une polémique ou d?entraver un projet municipal. J?observe d?ailleurs que notre position n?est pas très éloignée de celle de votre adjoint à la culture qui qualifiait récemment d?erreur dramatique le parti pris retenu par le jury.

Nous souhaitons simplement prendre en compte la préservation de la halle Freyssinet qui représente un patrimoine architectural exemplaire connu des architectes du monde entier.

Nous vous demandons, Monsieur le Maire, qu?aucune nef de la halle Freyssinet ne soit intégralement détruite et qu?un concours d?idées soit lancé pour une reconversion mettant en valeur ses proportions et son intérêt historique, architectural et technologique.

Pour conclure, nous souhaitons, au-delà des termes de notre v?u, et afin de lever toute ambiguïté, que vous demandiez l?inscription du dossier de la halle Freyssinet à l?ordre du jour de la prochaine C.R.P.S. L?avis qui en ressortira sera alors de nature à apporter un éclairage dépassionné et utile à la poursuite des termes du projet quel qu?il soit.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur CAFFET, vous avez la parole.

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Si c?est dépassionné, franchement? Si c?était passionné, quel serait le ton de Mme de CLERMONT-TONNERRE ?

Je vais mettre les pieds dans le plat sur la halle Freyssinet et indiquer pourquoi je suis défavorable à ce v?u. Je suis défavorable à ce v?u non pas pour des considérations architecturales, patrimoniales, mais, pour le moment, dans ces circonstances, je suis défavorable parce que nous risquons d?obérer un projet extrêmement important qui est celui du T.G.I. à Paris.

M. GOASGUEN s?exprimera sur ce sujet.

Nous avons débattu au sein du Conseil de Paris, sur la future implantation du T.G.I. Si j?ai bonne mémoire, le site de l?Hôtel Dieu a été repoussé à l?unanimité et celui de Saint-Vincent-de-Paul à la majorité de ce Conseil.

Il y a donc une position de la Ville, du Conseil de Paris et de ses élus, défavorable à son implantation sur l?Hôtel-Dieu et sur Saint-Vincent-de-Paul.

C?est dans ces circonstances que l?établissement public duPalais de Justice de Paris, l?E.P.P.J.P., dont M. CLÉRET est le Directeur général, a cherché un certain nombre d?autres sites. Au cours des réunions du Conseil d?administration, un autre site possible retenu a été celui de ?Paris-Rive gauche? et, à l?intérieur de ?Paris-Rive gauche?, celui de Tolbiac sud.

Par conséquent, l?établissement public, je dis bien l?établissement public et non pas la Ville de Paris, a demandé différentes études et notamment une étude de faisabilité pour l?implantation du T.G.I. sur Tolbiac sud. Il se trouve que cette étude de faisabilité conduit à la possibilité d?implanter le Tribunal de grande instance en réutilisant une bonne partie de la halle. Je dis bien une bonne partie de la halle, c?est-à-dire pas son intégralité. Voilà où nous en sommes.

L?Etat sera conduit à choisir dans les jours ou les semaines qui viennent entre deux sites : l?Hôtel-Dieu et Saint-Vincent-de-Paul ou Tolbiac sud avec la réutilisation d?une grande partie (environ les deux tiers) de la halle Freyssinet.

Je ne ferai pas plus de commentaires, mais j?indiquerai que, personnellement, je ne jouerais pas avec le feu dans ce dossier et je ne voudrais pas faire en sorte qu?un prétexte puisse être retiré de manière à ce que ce soit la Ville qui soit mise en porte-à-faux et qu?on lui fasse porter la responsabilité du choix futur de l?Hôtel-Dieu et de Saint-Vincent-de-Paul.

Une fois que j?ai dit cela, que chacun prenne ses responsabilités dans ce Conseil.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à M. GOASGUEN.

M. Alain LHOSTIS, adjoint. - Très bien.

M. Claude GOASGUEN. - Je vais mettre les pieds dans le plat, mais pas le même plat que M. CAFFET. Je vais dire quel est le véritable problème qui se pose sur le sujet que vous avez évoqué, la halle Freyssinet.

Lorsqu?on veut obtenir des constructions qui sont importantes de la part de l?Etat, et celle-là l?est, nous ne revenons pas sur notre décision prise à l?unanimité?

 

Auparavant, la Ville avait tendance à faire des efforts financiers dans ces cas-là. Je vous rappelle que pour la Grande Bibliothèque, les terrains ont été donnés par la Ville. Je vous rappelle que pour l?université, on a donné des terrains à des tarifs défiant toute concurrence. Vraiment !

Je considère que la Ville devrait faire de ce point de vue le même geste que par le passé en ce qui concerne le T.G.I. Que se passe-t-il en ce moment ? L?Etat est en pourparlers avec la Ville sur des prix qui sont prohibitifs. La seule manière de régler cette affaire dans les sites qui ont été choisis par la Ville, c?est de proposer un tarif très avantageux pour la construction à venir d?une institution judiciaire qui sera prestigieuse pour Paris.

Il ne s?agit pas de nous dire, prétexte pour prétexte, que c?est le problème de la halle Freyssinet qui va bloquer le transfert car ce n?est pas du tout le cas, si du moins il doit être bloqué. En fait, la Ville refuse d?abaisser les tarifs de vente des terrains pour cette institution d?Etat dont nous avons besoin et qui est importante.

C?est le véritable plat, ce n?est pas le plat de M. CAFFET.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole à M. CAFFET.

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Il se trouve que j?ai justement les pieds dans le même plat que celui de M. GOASGUEN. S?il y a un problème financier? Monsieur GOASGUEN, nous allons touiller un peu dans le plat.

J?ai demandé, il y a environ un mois, à l?Etat, en la personne du Directeur de cabinet de M. PERBEN et en la personne du Préfet LANDRIEU, de me donner l?évaluation financière du ?gap? qu?il y a entre les deux solutions, celle de l?Hôtel Dieu et de Saint-Vincent-de-Paul et celle de Tolbiac sud.

J?ai également tenu une réunion sur ce dossier à la demande du Directeur général de l?E.P.P.J.P. pas plus tard que vendredi dernier. M. CLÉRET m?a dit explicitement, et je vais l?écrire au Préfet, qu?il n?était pas mandaté pour me donner ce ?gap? financier.

Pourquoi avais-je demandé ce ?gap? financier ? Pour mesurer quelle était justement la possibilité de l?effort financier de la Ville.

Je suis désolé.

M. Claude GOASGUEN. - Il faut le faire gratuit.

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Gratuit ?

M. Claude GOASGUEN. - C?est ce que l?on a fait pour la Grande Bibliothèque.

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Je me contente de demander des évaluations financières à l?Etat et je reçois comme réponse que M. le Directeur général de l?établissement public n?est pas mandaté pour me les donner.

Qu?on mette les choses sur la table, dans le plat justement, qu?on m?indique, qu?on indique aux élus quelle peut être la sortie financière acceptable par tout le monde. A ce moment-là, les choses seront claires et transparentes.

Mais je n?accepte pas qu?à une demande, on m?oppose une fin de non-recevoir et qu?après on dise que c?est la Ville. Je vois bien ce qui va se passer. Certains vont dire, dans trois semaines peut-être, car je ne sais pas si la prochaine réunion du Conseil d?administration de l?E.P.P.J.P., prévue le 3 décembre, sera conclusive et décisive, qu?une réunion a été tenue avec la Ville et qu?il n?en est rien sorti.

Je dis ici publiquement que je réitère ma demande de connaître l?évaluation financière, à la fois en termes fonciers pour le rachat à l?A.P.-H.P. de l?hypothèse des deux parcelles Saint-Vincent-de-Paul et l?Hôtel-Dieu et en termes de construction, pour que nous puissions les comparer avec ce qui ressort des études sur Tolbiac sud et afin que la Ville puisse être en mesure d?évaluer la différence financière, puis voir comment elle peut y contribuer.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et ?Les Verts?).

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur VUILLERMOZ, vous avez la parole, très rapidement.

M. Jean VUILLERMOZ. - Je partage totalement ce que vient de dire Jean-Pierre CAFFET.

Je serais tenté de dire à M. GOASGUEN que s?il veut que l?on cède gratuitement ces terrains à l?Etat pour la construction du T.G.I., il faut qu?il réclame à l?Etat aussi qu?il nous cède gratuitement tous les terrains qu?il veut vendre sur Paris pour construire du logement social.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Très bien.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u n° 58 déposée par le groupe U.M.P., assortie d?un avis défavorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u n° 58 est repoussée.

Je vous remercie.