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Decembre 2005
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Conseil Général
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2005, DASES 398 G - Attribution d’une participation de 15.000 euros à l’association “Interloque ITLQ” pour son action d’aide à l’insertion, de redynamisation et d’accompagnement professionnel de personnes en situation de précarité et/ou d’exclusion, au titre de l’année 2005.

Débat/ Conseil général/ Décembre 2005


 

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous examinons le projet de délibération DASES 398 G relatif à l?attribution d?une participation de 15.000 euros à l?association ?Interloque ITLQ? pour son action d?aide à l?insertion, de redynamisation et d?accompagnement professionnel de personnes en situation de précarité et/ou d?exclusion, au titre de l?année 2005.

Je donne la parole à Mme Véronique DUBARRY.

Mme Véronique DUBARRY. - Merci, Madame la Présidente.

C?est avec beaucoup d?enthousiasme que nous nous apprêtons à donner notre approbation à ce projet de délibération. Il arrive parfois que la présentation des projets de délibération nous permette de découvrir des actions particulièrement innovantes. C?est exactement le cas de l?action de l?association ?Interloque ITLQ? qui nous est présentée aujourd?hui.

J?avoue? Comme tout à l?heure, j?avais l?air surprise de découvrir un programme dans le 10e arrondissement, mais c?est dû à une mauvaise communication dans le 10e arrondissement je n?en doute pas. Là, j?avoue qu?en tant que présidente de C.L.I., cette action ne m?a pas été présentée, je n?en avais jamais entendu parler, je regrette un peu qu?il faille attendre une présentation devant le Conseil de Paris pour la découvrir. Cela démontre d?ailleurs qu?il est absolument nécessaire, malgré le travail important effectué par le bureau de la DASES qui suit ces questions, de diffuser les actions innovantes afin que chacun puisse y piocher les bonnes idées.

Dans le cadre du projet de délibération, la présentation de l?action est assez formelle afin, je l?imagine bien, de pouvoir rentrer dans les cases balisées des demandes de subvention. Mais il s?agit bien là d?une petite révolution à laquelle nous invite ?Interloque?, car en lisant entre les lignes on se rend bien compte que le projet a un sens politique et social très fort.

Il prend acte de la tendance à la pénalisation et à la criminalisation de la misère ainsi que du mal-être qu?elle provoque. Il tente de nous faire réagir sur l?image péjorative de ceux-là même que notre système a exclus.

L?association permet, par la transformation artistique d?objets de consommation courante en les recyclant et en les commercialisant, aux plus exclus d?entre nous, ceux que l?on n?écoute plus, ceux qui ne rentrent plus dans aucune case, de retrouver confiance en eux, de reprendre droit à l?existence. Il ne s?agit pas, et c?est encore plus louable, de charité mais de la création d?une activité ayant une réelle utilité sociale et environnementale qui s?inscrit dans les logiques de l?économie sociale et solidaire. Depuis 2002, c?est un véritable réseau de recyclage qui s?est mis en place dans le quartier en partenariat avec les commerçants? - Excusez-moi, Mesdames - ?avec à la clef un nouveau lien social, des créations utiles et esthétiques, et l?émergence d?un nouveau style, le ?propre art?.

Le projet de l?association est à la fois local, social et durable mais aussi global. Il s?agit véritablement d?une démarche complètement écologique.

L?association fait le pari que la misère et la peur sont recyclables et que ce que l?on pense inutile, jetable socialement peut produire des richesses inouïes. Elle a fait le pari que l?insertion passe avant tout par redonner le pouvoir aux gens, leur permettre de se situer par rapport à cette société qui les a pourtant exclus.

Ne l?oublions pas d?ailleurs, les gens ne sont pas eux-mêmes responsables de leur exclusion. L?injonction d?insertion n?est qu?un leurre si nous ne nous interrogeons pas sur ce qui produit l?exclusion.

Insérer comment, où et pourquoi ? Telles sont les questions que nous devrions nous poser systématiquement. C?est une question que je me pose souvent en tant que présidente de la C.L.I. du 10e arrondissement : est-ce que la C.L.I. est une instance de légitimation du système en place ou pouvons-nous, d?où nous sommes, le transformer, proposer d?autres choses, essayer de changer les perspectives et les regards sur ceux que l?on appelle ?les bénéficiaires du R.M.I.? comme si leur identité ne se limitait désormais plus qu?à cela ? C?est pourquoi dans le cadre de la mise en place du Programme local d?insertion, le 10e arrondissement va tenter de mettre en place des actions qui n?ont pas pour seule vocation l?insertion professionnelle. Après concertation des référents R.M.I. par le biais d?un questionnaire relatif aux besoins des allocataires du R.M.I., il s?est avéré, justement, qu?il était nécessaire de développer les actions visant à la revalorisation de l?estime de soi.

C?est dans cette perspective que nous avons retenu deux actions innovantes à inscrire dans le programme local d?insertion : la participation au ?grand ramassage des peurs? - décidément, il est beaucoup question de ramassage - proposée par ?Eredejeu? et la mise en place d?ateliers de revalorisation de soi, proposée par l?association ?Quadra formation?.

Ces deux axes de travail me paraissent extrêmement importants et répondent à l?interrogation que je formulais, à savoir : est-ce que l?insertion, c?est uniquement l?insertion professionnelle ?

J?ose affirmer ici que l?insertion professionnelle n?est pas l?unique insertion possible et que je préfère parler, en ce qui me concerne, d?insertion sociale, de relégitimation de soi et d?ouverture vers l?autre, vers les autres. C?est, à mon sens, ce que veut dire l?insertion professionnelle, si elle ne tend qu?à remettre les gens dans des petits emplois précaires qui ne sont au final qu?une source d?exclusion supplémentaire. Le retour à l?emploi n?est donc pas, à mon avis, l?objectif prioritaire des programmes locaux d?insertion. Ils doivent, ces plans locaux d?insertion, laisser la place?

Je regrette que M. SAUTTER ne m?écoute pas !

? laisser la place à l?innovation, à la création et au plaisir. Comme aime à le rappeler la Compagnie dont je parlais tout à l?heure, qui organise le ?grand ramassage des peurs? : une peur bien recyclée, c?est du bonheur toute l?année.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs du groupe ?Les Verts?).

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente, au nom de la 6e Commission. - Merci pour cette conclusion poétique !

Je fais écho à ce que disait M. DOMINATI tout à l?heure. S?il voulait bien analyser ce type d?action, il verrait que les associations sont créatives, dans leur méthode, dans leur contenu. Ceci est tout à fait positif pour redynamiser des personnes très éloignées de l?emploi qui, souvent, ont perdu le moral et ont besoin de retrouver confiance en elles.

En effet, tout ce qui restaure l?estime de soi participe, de mon point de vue, d?une insertion sociale et professionnelle, car cette insertion a un double visage. Dans cette société, économiquement, il vaut mieux avoir un emploi si on veut pouvoir assurer son autonomie. C?est ce qui est recherché par les personnes que nous soutenons et que nous accompagnons en ce sens. Avoir un emploi ne signifie pas s?y ennuyer, mais représente indéniablement une reconnaissance sociale et un épanouissement qui me paraît bien nécessaire à l?époque où nous vivons et où, hélas, trop de gens sont écartés du marché de l?emploi.

Monsieur SAUTTER, vous voulez ajouter un mot. Je vous en prie.

M. Christian SAUTTER, vice-président. - Oui, Madame la Présidente. Puisque Mme DUBARRY m?a interpellé, j?aurais plaisir à lui répondre.

Tout ce qui touche à l?insertion par l?économique, c?est-à-dire à la fourniture d?emploi pour des personnes en grande difficulté qui ont besoin de revenir dans la société et de revenir dans l?emploi - et comme Mme STIEVENARD l?a dit, lorsqu?on n?a pas d?emploi, on est en marge de la société -, tout ce secteur est qualitativement différent des entreprises capitalistes, pour dire le mot vrai, dont la finalité est de faire du profit en tirant de leur main-d??uvre, si possible, le maximum de production avec le minimum de salaire.

La logique de ces entreprises et de ces associations d?insertion est fondamentalement une logique humaine. Alors, il peut y avoir, cela peut arriver? il y a des exceptions, il y a même des entreprises capitalistes qui sont éthiques, voire solidaires. Il peut y avoir dans les entreprises d?insertion des cas ponctuels d?abus, mais je crois, fondamentalement - d?ailleurs, Mme GUIROUS-MORIN, en soutenant fortement l?économie sociale et solidaire qui ne se résume pas à l?insertion par l?économie, comme elle l?a fort bien dit, le pense aussi -, je pense que tout ce que nous faisons en appuyant des associations, des entreprises où se trouvent des salariés et des bénévoles de grande qualité, mérite plus d?encouragements que de critiques.

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Merci, mais j?ai senti de l?encouragement chez Mme DUBARRY sur ce projet.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 398 G.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2005, DASES 398 G).