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Mars 2000
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28 - 2000, DAUC 32 - Secteur du Parc de Passy (16e). - Aménagements de voirie avenues René-Boylesve, Marcel-Proust et voie E/16. - Avis favorable au projet d'aménagement de voirie. - Avis favorable à la mise en oeuvre de la procédure préalable à la Déclaration d'utilité publique de l'opération en vue de l'acquisition de demi-sols de voies privées avenues Marcel-Proust, René-Boylesve et voie E/16

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2000


M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Nous passons maintenant au projet de délibération DAUC 32 concernant les aménagements de voirie avenues René-Boylesve, Marcel-Proust et voie E/16.
La parole est à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, je ne reviendrai pas sur les péripéties juridiques de l'affaire du parc de Passy qui, dans son principe et dans les faits, est l'un des projets d'urbanisme les plus scandaleux parmi de nombreuses opérations d'urbanisme menées à Paris : une réserve en espaces verts de 21.000 mètres carrés transformée en projet immobilier !
Je m'abstiendrai sur ce projet d'aménagement de voirie avec l'acquisition de voies privées pour les rendre publiques, en notant que le prix envisagé (1 F symbolique) tient plus de la spoliation que de l'expropriation !
La présentation de ce document ne peut être dissociée de l'ensemble de l'aménagement. Les concessions accordées aux riverains pour limiter les nuisances visuelles des nouveaux immeubles, ne peuvent faire oublier qu'il s'agit d'une opération inacceptable depuis son origine et dont la presse, depuis 13 ans, a mis en évidence tous les aspects troublants.
N'oublions quand même pas que les habitants du quartier ont déposé 11 recours juridiques contre le projet. Pour la seule année 1989, le Tribunal administratif condamnera trois fois la Ville de Paris et annulera toutes les délibérations autorisant ce lourd programme immobilier. La Ville, sur l'injonction du tribunal, sera forcée, alors, de rétablir la totalité de la réserve pour les espaces verts qu'elle avait supprimée.
Pas pour longtemps, puisque le 26 avril 1990, le Conseil de Paris votait une nouvelle modification du P.O.S., autorisant à nouveau les projets de construction.
Le projet actuel ne prévoit plus qu'un jardin de 14.000 mètres carrés au lieu des 21.000 mètres carrés prévus initialement. Il prévoit surtout, en revanche, plus de 40.000 mètres carrés de logements de luxe !
Le rapport du béton à la verdure est de 3 pour 1 ! Le jardin ne sera que le fond d'un puits entouré de murailles de béton et, pour la majorité de sa surface, il ne s'agira que d'une couche de terre sur une dalle de parking ! Un jardin public entouré d'immeubles - depuis quelques années, c'est la dernière mode lancée par la Ville de Paris - qui amène des problèmes d'accessibilité et de sécurité liés aux jets d'objets des fenêtres.
Pour pallier cet inconvénient et sans doute aussi parce que les appartements concernés se vendront plus cher, la Ville a laissé les promoteurs créer des jardins privatifs sur une largeur de 3 mètres tout du long des immeubles, ce qui fera 1.550 mètres carrés de moins pour le jardin public. Le malheureux jardin sera passé en 13 ans de 21.000 mètres carrés à 14.000 mètres carrés, et maintenant à 12.450 mètres carrés !
De plus, la frénésie de construire et de bétonner a provoqué en 1993 le glissement de terrain de la rue Raynouard qui a failli faire effondrer 5 ou 6 immeubles. Cet acharnement à vouloir spéculer, à construire, coûte que coûte, sur un terrain inapproprié, obligera alors les promoteurs à effectuer des remblais considérables de 100.000 mètres cubes de terre pour boucher le trou du parking et à dépenser des dizaines de millions pour consolider les immeubles touchés. La Ville de Paris s'est toujours défaussée de sa responsabilité. Il eût été plus courageux de revenir au plan initial et de créer un vrai grand parc sur l'ensemble en oubliant ce projet monstrueux.
Aujourd'hui, les travaux reprennent à un rythme d'enfer. Le quartier entier est traumatisé par les camions qui déchargent en pleine nuit, ainsi que par les bulldozers et les engins de chantier qui, par dizaines, démarrent dès l'aube pour ne s'arrêter que bien tard dans la soirée. Les riverains sont excédés de ces nuisances et, de plus, n'ont aucune garantie que cela ne va pas conduire à un nouveau glissement de terrain, plus catastrophique encore.
Il suffit de se rendre sur le chantier pour constater que la nature, même traumatisée, tente de résister. Les sources refont surface et l'on sait que là où l'argile a glissé, elle glissera à nouveau. Cela est inquiétant, très inquiétant.
Lorsque le P.O.S. a été modifié en 1998, le commissaire-enquêteur avait émis un avis favorable sous deux réserves, dont une exigeant "une étude du sous-sol et des dispositions constructives garantissant la stabilité des immeubles avoisinants et à construire". Pouvez-vous me dire, Monsieur le Maire, quelle étude - si parfaite soit-elle - peut garantir les immeubles des désordres totalement incontrôlables dans ce type de terrain ? Au niveau des 23-25, rue Raynouard, pourtant, des experts ont confirmé que le déplacement de 1 centimètre des fondations consolidées par des micro-pieux, pourrait provoquer un effondrement des constructions. Mais cela n'inquiète ni la Ville de Paris, ni les promoteurs ! Le chantier a repris comme si rien ne s'était jamais passé !
Un dernier point enfin, en présentant leur programme, les élus du quartier avaient indiqué qu'un escalier mécanique (ou peut-être un ascenseur) serait réalisé à l'occasion de ces travaux pour faciliter aux personnes âgées et aux personnes handicapées la remontée depuis le niveau du quai jusqu'au niveau de la rue Raynouard et des commerces de la rue de Passy. Ces escaliers sont particulièrement raides et pénibles pour les nombreux riverains qui utilisent ce trajet.
Ce projet semble avoir totalement disparu. C'était pourtant une petite consolation face aux 40.000 mètres carrés de planchers !
Je constate que la Ville de Paris n'a pas eu le courage politique d'améliorer réellement cette opération, ce qui est bien regrettable. Je m'abstiendrai sur ce sujet.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci.
La parole est à M. PLASAIT pour vous répondre.
M. Bernard PLASAIT, adjoint, au nom de la 3e Commission. - Madame SCHNEITER, je trouve que vous avez un certain talent pour rendre négatives des choses qui, pourtant, sont largement positives.
Je voudrais vous répondre en quatre points.
D'abord, s'il y a eu des difficultés géotechniques sur le chantier du parc de Passy il y a quelques années, ce n'est certainement pas la faute de la Ville. La Ville a au contraire contribué à améliorer le projet pour tenir compte de l'avis des experts qui ont travaillé sur ce sujet.
Ensuite, le jardin sera bien de 14.000 mètres carrés et non de 12.450 mètres carrés. Près d'un hectare et demi de jardin public en plein 16e, au bord de la Seine, je crois que cela fera un beau jardin public. N'oubliez pas que dans les logements il y aura plusieurs équipements publics intégrés en rez-de-chaussée.
Je ne reviendrai pas sur l'évolution des règles d'urbanisme. Je rappelle que le débat a eu lieu dans le cadre de la procédure de modification du P.O.S., qu'une exposition a été présentée en mairie du 16e en 1998, qu'une enquête publique a été ensuite organisée par la Ville pour permettre à chacun de s'exprimer et que le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable au dossier.
Le Conseil de Paris a approuvé la modification du P.O.S. en décembre 1998. Il n'y a donc pas lieu de revenir aujourd'hui sur le contenu du P.O.S. qui a été modifié pour sortir ce dossier de l'ornière et permettre enfin l'aménagement de ce terrain et la création du jardin public.
Enfin, s'agissant de l'idée d'un escalier mécanique ou d'un ascenseur incliné qui relierait la rue Rainouart à la rue Marcel-Proust, elle n'est pas abandonnée mais c'est un projet qui présente des difficultés à la fois juridiques, techniques et financières. Il faut donc l'analyser en détail sous tous ses aspects avant de prendre une décision éclairée.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci, cher collègue.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 32.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DAUC 32).