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Mars 2000
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5 - 2000, DAC 98 - Communication de M. le Maire de Paris relative au cinéma et au théâtre à Paris

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2000


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la communication sur le cinéma et le théâtre.
Depuis le début de la mandature, avec mon adjoint Hélène MACÉ de LÉPINAY, j'ai voulu sans cesse que Paris soit pour les Parisiens, pour leurs millions de visiteurs et pour les artistes, un des hauts lieux de l'innovation et de la découverte culturelles.
Il s'agit d'abord pour moi de multiplier pour tous les moyens d'accès à la culture. Cela, nous l'avons fait en ouvrant de nouvelles bibliothèques, notamment à Montparnasse et la Goutte d'Or, et en augmentant leurs crédits d'acquisition.
Nous l'avons fait en multipliant les opérations d'invitation du public, et notamment des jeunes, qu'il s'agisse du théâtre, du cinéma ou encore des musées qui, depuis ce mois, sont gratuits chaque dimanche matin.
Il s'agit ensuite de favoriser constamment la présentation de nouvelles formes, de nouvelles expressions, de nouveaux champs de la culture. Cela, nous l'avons fait, d'une manière qui a été unanimement saluée, à travers des manifestations comme "les champs de la sculpture", ou comme l'exposition "Ousmane Sow". Je citerai aussi le succès immense rencontré par les expositions du musée d'Art Moderne, qu'il s'agisse de "Rothko" ou du "Fauvisme". Je citerai aussi, bien sûr, les chefs-d'?uvre musicaux donnés par le Châtelet depuis sa réouverture.
Naturellement, dans cette mission, la Ville s'appuie sur sa Direction des Affaires culturelles et sur toutes les institutions qu'elle s'est donnée, qu'il s'agisse du Châtelet, du Théâtre de la Ville, du Forum des images, de la Maison européenne de la photographie, et de tous ses théâtres, toutes ses bibliothèques, tous ses musées, qui forment un réseau culturel présent dans chaque quartier de Paris.
Cependant, toute cette vie culturelle repose en même temps, pour une part essentielle, sur les entreprises culturelles privées présentes à Paris. A mes yeux, il est du devoir de la Ville d'aider ces entreprises, en inventant sans cesse avec elles de nouvelles formes de partenariat.
C'est ce que nous avons fait récemment avec les librairies de nos quartiers. Elles sont nos partenaires pour l'opération "Paris vous invite à la lecture", grâce à laquelle 30.000 élèves de CE1 ont reçu et vont recevoir chaque année 100 F de "chèques-lire".
Près de 200 libraires ont également été nos partenaires pour l'opération "Paris et ses libraires vous invitent au salon du Livre", opération qui leur a permis d'offrir à leurs clients une invitation au Salon du Livre pour tout achat de livre.
Inventer, innover, c'est ce que nous allons faire aussi avec les théâtres privés et avec les cinémas d'art et d'essai grâce aux mesures nouvelles qui vous sont présentées aujourd'hui.
Paris accompagne et soutient depuis fort longtemps l'activité du théâtre privé. Notre ville agit aussi en faveur du cinéma d'art et d'essai, conformément aux possibilités que lui laisse la loi.
Ce soutien se traduit financièrement par une enveloppe de 200 millions de francs environ votée par votre Assemblée, sans y inclure les aides indirecte et notamment les aides fiscales.
C'est ainsi qu'en exonérant totalement de la taxe professionnelle ces entreprises de spectacle, nous avons adopté à Paris une fiscalité locale qui leur est particulièrement favorable.
Dans le même temps, je ne peux que le regretter, le Gouvernement les soumettait à de nouveaux impôts, sans que certains y trouvent à redire, et ce silence ne qualifie personne pour, une fois de plus, dénigrer l'effort de la Ville.
A travers la nouvelle opération "100.000 jeunes au théâtre" actuellement en cours, en partenariat avec l'Association de soutien aux théâtres privés, la Ville a également porté sa contribution au Fonds de soutien aux théâtres privés - contribution qui atteint désormais 22,5 millions de francs - à parité avec celle de l'Etat.
J'ai souhaité aller plus loin dans deux directions principales. Il s'agit d'abord d'aider nos salles privées à s'adapter aux nouvelles normes de sécurité et améliorer l'accueil du public.
A cette fin, dès le budget modificatif, sera garantie une enveloppe de subvention aux travaux qui pourra atteindre - en année pleine - 3 millions de francs, et qui sera distribuée sur des critères précis. Dans cette enveloppe, 500.000 F seront réservés aux petites salles qui ne bénéficient d'aucune subvention.
Il s'agit ensuite d'approfondir l'aide de la Ville à la création, particulièrement en direction des très jeunes compagnies souhaitant créer à Paris le spectacle d'un auteur vivant. Une enveloppe de 500.000 F y sera consacrée dès cette année.
En ce qui concerne le cinéma, j'ai souhaité, cette année encore, maintenir le soutien de la Ville au Festival du Film de Paris, qui commence ce soir, ainsi qu'à l'opération "18 heures - 18 francs" qui aura lieu cette année du 19 au 25 avril. Mais j'ai tenu en même temps à renforcer et diversifier notre action, en la recentrant sur les cinémas d'art et d'essai et de proximité.
Nos salles d'art et d'essai, nos salles de quartier sont une richesse culturelle unique.
Le sauvetage du Champollion nous montre bien à quel point l'action de la Ville est dans ce domaine légitime, nécessaire et efficace.
De même, nous nous sommes pleinement impliqués dans le dossier du cinéma La Pagode et nous ferons tout pour que ce dernier cinéma du 7e arrondissement puisse rouvrir.
Les mesures que je souhaite vous présenter s'inscrivent dans cette inflexion nouvelle. En premier lieu, dès cette année, sera garantie une enveloppe d'un million et demi de francs pour l'aide aux salles.
En second lieu, j'ai souhaité mettre en place, entre la Ville et les salles d'art et d'essai, un nouveau partenariat pour stimuler la fréquentation du public. C'est ainsi que l'opération "Août au ciné" sera étendue et commencera dès le 15 juillet.
Les exploitants enrichiront cette manifestation en organisant des animations culturelles avec le soutien de la Ville.
En outre, dès le mois d'octobre, une opération inédite sera lancée par la Ville et l'Association française des cinémas d'art et d'essai. Il s'agira d'une grande semaine du cinéma d'art et d'essai avec une recherche particulière dans la programmation, avec des débats, des rencontres, des conférences, pour un tarif unique ramené à 20 F, pour toutes les séances et tous les publics. Dès cette année 4 millions de francs seront consacrés à ces opérations nouvelles en direction du public.
Naturellement, ces efforts nouveaux de la Ville doivent venir s'ajouter aux aides publiques qui existent déjà. Ils ne doivent se traduire par aucun désengagement, bien au contraire. Cela doit être clair pour tout le monde et particulièrement pour l'Etat.
C'est pourquoi j'ai pris soin de proposer au Centre national de la Cinématographie de passer avec la Ville une convention visant à toujours mieux coordonner l'action de l'Etat et de la Municipalité en faveur du cinéma. Dans le même esprit, je souhaite très ardemment pouvoir soumettre très prochainement à notre Conseil une délibération renouvelant la concession à l'Etat du Théâtre du Rond-Point, où doit s'installer Francis HUSTER. J'ai accepté, pour favoriser ce renouvellement, que la Ville renonce à toute redevance du ministère de la Culture et de la Communication.
Je suis sûr que vous apprécieriez ce point, Monsieur DELANOË. Et j'attends naturellement avec empressement la réponse du ministre, à qui j'ai écrit comme à Francis HUSTER.
Oui, Mesdames, Messieurs, mes chers collègues, Paris aime la culture, Paris aide ceux qui créent et cela mérite d'être reconnu. Et nous le faisons parce qu'à nos yeux, au-delà des rendez-vous mondains, au-delà du bruit et des effets de mode, la culture est une dimension essentielle et quotidienne de la vie des Parisiens et des Parisiennes. Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
La parole est à M. POZZO DI BORGO.
M. Yves POZZO DI BORGO. - Monsieur le Maire, les décisions que vous annoncez concernant la fiscalité et le catalogue des mesures qui l'accompagnent montrent l'attention de l'équipe municipale pour le cinéma et pour le théâtre.
Dans votre communication, Monsieur le Maire, vous auriez pu aussi rappeler le rôle de nos conservatoires municipaux dans l'enseignement du métier d'acteur, l'action de nos centres d'animation culturelle, les activités de la maison du geste et de l'image, les ateliers d'aides à l'action théâtrale et j'en oublie certainement...
Tout cela pour montrer que l'effort de la Municipalité de Paris est tout à fait exceptionnel en ce qui concerne les entreprises de spectacle et notamment celles du théâtre.
Cette politique est un paramètre important du rôle de la capitale culturelle européenne que nous souhaitons faire jouer à notre ville.
Cette politique est d'autant plus nécessaire que la fréquentation théâtrale a subi de plein fouet la concurrence du cinéma et de la télévision.
Elle essuie actuellement celle de l'Internet et chez les plus jeunes, celle des jeux vidéo.
Comme la création théâtrale est un élément essentiel de notre patrimoine culturel, elle ne peut donc disparaître.
C'est à juste titre que la Ville de Paris fait beaucoup pour elle.
Mais le faisons-nous bien ?
Lorsque des personnalités du monde de la scène sont consultées, certaines d'entre elles estiment que Paris qui se veut capitale européenne en ce domaine est en état de provincialisation.
Il n'y aurait pas, d'après eux, de soutien aux troupes manquantes. Il existent, bien sûr, disent-elles un catalogue important de mesures mais il semble que cette distribution de crédits soit trop souvent réactive.
D'autres se plaignent du manque de transparence et ont l'impression d'un éparpillement des subventions et d'un saupoudrage qui peut sembler inefficace.
D'aucuns affirment que la politique de la Ville est insuffisamment novatrice parce qu'elle ne soutient pas l'ensemble des projets qui font la vie théâtrale à Paris et insuffisamment conservatrice parce qu'elle n'aide pas assez le théâtre privé.
Je ne partage pas entièrement cet avis.
Mais il est vrai, la plupart ne voient pas derrière cette distribution de crédits importants l'expression d'une politique. Ils ne distinguent pas de ligne esthétique théâtrale ou pour parler plus sérieusement, ils ne sentent pas de politique dans les répertoires proposés et soutenus.
Ces critiques des professionnels du théâtre, peut-être injustes et excessives, rejoignent en partie celles de mes collègues du groupe U.D.F. qui sont souvent intervenus pour critiquer le manque de lignes directrices dans l'attribution des subventions aux activités théâtrales. Ils se sont plaints du saupoudrage qui prévalait à leurs yeux.
La création étant un sujet délicat et l'expression d'une réalité très complexe. Elle porte en germe des ferments de polémiques forts. Je vais essayer d'en parler avec humilité.
Un fait tout d'abord, le théâtre national est d'abord parisien ; 75 % des théâtres de notre pays sont dans notre ville. Sur les 47 théâtres privés que comptent la France, 46 sont à Paris.
Cette constatation entraîne une évidence : la défense et le développement du théâtre français ne peut être que la conséquence d'un travail conjoint de la Ville et de l'Etat, quelles que soient leurs couleurs politiques respectives.
Il ne peut y avoir une action parallèle qui s'ignore entre ces deux intervenants. Il faut une synergie, ce qui ne semble pas être le cas actuellement, en dehors de l'action en commun que nous avons au sein de "l'association de soutien au théâtre privé".
La concertation existe de façon informelle par le biais des fonctionnaires, mais aucune structure de dialogue et de réflexion n'existe.
Il est donc plus que nécessaire et urgent qu'une commission de concertation, d'évaluation et d'attribution de subventions soit formalisée et mise en place.
Elle pourrait être composée de représentants de l'Etat par le biais de la DRAC, de représentants de la Ville, élus et fonctionnaires, de propriétaires de salles privées et de directeurs de salles publiques, de metteurs en scène, de critiques théâtraux et des personnalités extérieures et pourquoi pas des usagers.
Cette diversité serait le gage d'une confrontation d'opinions. Elle permettrait à cette commission de s'interroger sur la définition de lignes esthétiques théâtrale et sur l'opportunité de subventions à accorder aux différents établissements dont les établissements municipaux.
Elle pourrait évaluer les prises de risques nécessaires qu'impose toute création contemporaine.
Avec la participation des représentants de l'Etat, cette action s'inscrirait dans une politique plus générale du développement du théâtre français, qui serait ainsi d'autant plus fort pour affirmer son image européenne.
La commission pourrait aussi prendre en compte les petits théâtres que l'on appelle les petits lieux. Je vous rappelle qu'ils représentent 50 % des théâtres parisiens.
C'est eux l'avenir de notre création théâtrale. Ces petits lieux comme l'Aktéon théâtre, le Lavoir moderne parisien, l'Alambic studio théâtre ; l'association Confluences et d'autres ne font pas partie du fonds de solidarité des théâtres. Il est donc nécessaire qu'on les aide et c'est dans leur cas que le saupoudrage si fortement critiqué pourrait intervenir de façon intelligente.
Les dix aides de 50.000 F chacune que vous débloquez pour les jeunes créateurs ne doivent être que les prémices d'une politique plus ambitieuse.
Cette commission pourrait être également à la base d'une action à l'égard des plus jeunes.
Il y a, bien sûr, l'excellente opération "100.000 Places Jeunes", pour faire connaître et apprécier cette forme d'expression artistique aux jeunes qui n'y sont pas familiarisés -à ce propos, les mairies d'arrondissement ne seraient-elles pas le lieu idoine pour distribuer les passes pour les différentes offres culturelles (18 heures - 18 F, Août au Ciné, Prenez une place, venez à deux). Ce serait un bon moyen de développer la démocratie locale.
Mais la commission pourrait déployer son action à l'égard des jeunes en liant chaque subvention qu'elle proposerait d'attribuer à une mission pédagogique en milieu scolaire et universitaire.
Un label pourrait même être accordé à certaines compagnies qui s'impliqueraient fortement dans ces missions.
Et évidemment chacune de ces décisions devrait être soumise au Conseil de Paris. Et comme une subvention implique une vérification, pourquoi ne pas charger notre Inspection générale des services de contrôler l'utilisation de ces crédits. Les élus pourraient pour une fois voir ce qu'elle produit !
La création de cette commission serait le signe, Monsieur le Maire, que vous souhaitez que votre action en faveur du théâtre soit plus lisible.
Cette commission pourrait d'ailleurs voir ses attributions étendues. Elle pourrait, par exemple, pousser à réhabiliter les séances de théâtre à 18 heures.
Elle pourrait aussi avoir un rôle de veille et ainsi attirer l'attention de la Municipalité sur la nécessité de sauver le 21, rue Blanche, siège légendaire de l'ancienne Ecole nationale Supérieur des Arts et Techniques du Théâtre (l'ENSATT) maintenant à Lyon.
La création de cette commission ainsi composée serait le signe que vous souhaitez une concertation plus forte avec l'Etat pour que le théâtre français soit digne de sa réputation.
Le renouvellement de la concession du Théâtre du Rond-Point qui arrive à échéance sera le signe de cette politique plus conséquente. Ce lieu est un des plus beaux théâtres de la Ville. La décision que vous avez prise va dans le bon sens.
La réponse à cette question est un test pour notre majorité municipale.
Voilà, Monsieur le Maire, j'aurais aimé parler du cinéma mais le temps accordé ne le permet pas. Et pour ce qui concerne le théâtre je dirai qu'avec pas grand chose, la mise en place d'une commission, nous pouvons transformer une politique de bonne volonté en une grande politique du théâtre plus lisible pour les amateurs de cet art si fascinant.
M. LE MAIRE DE PARIS. - On ne peut pas dire que c'est une petite politique, nous disons que pour le théâtre c'est une grande politique. On peut bien entendu toujours considérer que c'est insuffisant, nous mettons des crédits importants, nous avons remonté la subvention à ce que souhaitaient les responsables du théâtre à 22,5 millions c'est-à-dire la part de l'Etat.
Je l'ai imposée. On peut toujours améliorer, je ne peux que me réjouir des mesures en matière de taxation que nous avons prises sur le théâtre et le cinéma indépendant, le cinéma d'art et d'essai.
Il y a aussi ce que nous faisons pour les jeunes : dans les mesures récentes qui ont été prises notamment pour les jeunes qui peuvent les lundi, mardi, mercredi et jeudi, aller au théâtre à 70 F. Tout cela va dans le bon sens. On ne peut que se réjouir de ce qui peut être amélioré.
Pour le théâtre du Rond-Point, nous voulons le maintien de sa finalité, cela va de soi. J'ai d'ailleurs dit tout à l'heure que la Ville était prête à renoncer à demander à l'Etat - c'est un geste que l'on peut d'ailleurs discuter - certaines choses.
Toutes les mesures doivent aller dans le sens du maintien. C'est d'ailleurs ce que j'ai écrit à Mme TRAUTMANN et à M. HUSTER.
Madame MOREAU, vous avez la parole.
Mme Gisèle MOREAU. - Votre communication, Monsieur le Maire, salue la diversité et la richesse de la vie culturelle de notre Capitale. Elle souligne aussi les limites auxquelles se heurtent tant les professionnels que le public.
Face aux défis auxquels la vie culturelle de la Capitale est confrontée, je dirai que l'aide consentie pour le cinéma, le théâtre, est tout de même modeste : 200 millions de francs sur un budget global de 30 milliards de francs.
Une bonne vingtaine de mesures sont envisagés, cela fait peu pour chacune. Il y a, c'est évident, de bonnes idées mais je dirai, comme souvent, qu'elles sont mises en oeuvre à doses homéopathiques.
A propos de défis, j'en ai relevé trois dont deux sont d'ailleurs soulignés dans votre communication pour lesquels les moyens de faire une action de bien plus grande ampleur seraient nécessaires.
Premier défi : parvenir à enrayer les difficultés qui ont déjà fait renoncer tant de professionnels du cinéma ou du théâtre et qui risquent de faire plonger ceux qui, contre vents et marées, se battent pour subsister.
Deuxième défi : favoriser la participation d'un public aux ressources modestes qui ne peut, faute de moyens, aller autant au spectacle qu'il le voudrait.
Troisième défi : aider à conquérir de nouveaux publics pour le théâtre ou le cinéma alors que tant de parisiens, jeunes ou moins jeunes, se trouvent, et pas seulement pour des raisons financières, pratiquement exclus de la prodigieuse vie culturelle parisienne.
S'agissant du théâtre, dix mesures sont envisagées. Il est assez difficile de s'y retrouver pour les sommes effectivement débloquées. Des subventions de 1998, de 1999, voire même de 1991 sont évoquées et les chiffres pour l'an 2000 ne figurent pas toujours.
Les opérations "100.000 places jeunes" et "prenez une place, venez à deux" sont appréciées et montrent combien le prix des places est un obstacle. Elles sont cependant limitées dans le temps : trois jours dans l'année pour "deux places pour une". C'est quand même restreint.
Ne peut-on envisager une plus grande extension de ces deux mesures qui rencontrent un vif succès ?
Il en est de même pour celles qui concernent le cinéma, "Août au ciné" et "18 heures-18 francs".
Par ailleurs, je voudrais noter la faiblesse de l'aide en faveur des jeunes compagnies : 50.000 F maximum pour chaque projet, pour un total de 50 millions. Faiblesse aussi de l'aide pour les travaux, en dehors du "Théâtre 14" et du "Théâtre du Chaudron". 3 millions de francs pour les autres théâtres, c'est assez peu.
Concernant le cinéma et particulièrement les cinémas indépendants d'art et d'essai, là nous sommes dans une situation qui a dépassé la côte d'alerte. Des dizaines et des dizaines de salles ont disparu au cours des dernières décennies. Nous sommes passés des cinémas de quartiers aux quartiers de cinémas, avec 4 secteurs qui réalisent les 3/4 des entrées avec les quartiers de l'Est, (sauf le 13e), et du nord de Paris, largement dépourvus de salles de cinéma alors qu'il s'agit des arrondissements parmi les plus peuplés et encore, les plus populaires.
GAUMONT et UGC assurent près de 90 % de la diffusion des films, avec les conséquences qui en résultent pour la diversité de l'offre cinéma, française et européenne.
Les cinémas indépendants et particulièrement ceux qui ne comptent qu'un seul écran se débattent dans d'énormes difficultés. Les gestionnaires parviennent tout juste à se tenir la tête hors de l'eau. Le moindre imprévu et cela peut être la catastrophe. L'exonération de la taxe professionnelle pour les salles réalisant moins de 2.000 entrées hebdomadaires et l'aide à la rénovation des salles de la part de la Ville sont précieuses mais ne représentent dans le premier cas que 4,5 millions et 1,5 million dans le second cas.
Est-ce que cela peut suffire à préserver les quelques salles indépendantes qui restent ?
Je propose que la Ville se donne le mot d'ordre : plus une seule salle de cinéma indépendant ne doit fermer à Paris.
Une attention vigilante doit être mise en oeuvre pour pouvoir secourir toute salle en danger.
Des mesures spécifiques pourraient peut-être aussi être envisagées, soit d'aides supplémentaires, soit de promotion. Par exemple, pourquoi pas une semaine parisienne du cinéma indépendant, avec des places à prix réduit, au-delà de l'opération "août au ciné" pour les jeunes ?
S'agissant du Champollion, nous pensons que le classement demandé et le rachat par la Ville devraient se concrétiser rapidement.
Concernant la Pagode, l'annonce d'une contribution financière de la Ville aux travaux de restauration est un point positif mais à quel niveau s'effectuera-t-elle ?
Enfin, la Municipalité n'a-t-elle pas un rôle plus actif à jouer pour que soit surmonté le différend entre la propriétaire et le gestionnaire de la salle, qui a conduit à la fermeture durant des années de cette seule salle de cinéma du 7e arrondissement et qui risque d'aboutir à sa disparition ?
Je terminerai sur une question concernant le moratoire de 3 ans pour les multiplex, décidé en 1998. Celui-ci doit donc logement prendre fin en 2001. La Municipalité va-t-elle prolonger au moins jusqu'au mois de mars 2001 ce moratoire ? Je suppose que les candidats à la Mairie de Paris s'engageront dans son prolongement au-delà de ce délai ? J'aimerais connaître votre position sur ce point, Monsieur le Maire.
Pour conclure, j'évoquerai très rapidement ce troisième défi qu'est l'aide à la conquête de nouveaux publics pour le théâtre et le cinéma, notamment le cinéma d'art et essai.
L'A.S.T.P. existait pour le théâtre avec toute une grande partie de ses moyens consacrés à la garantie des déficits. L'opération "août au ciné" est intéressante mais n'y a-t-il pas d'autres initiatives plus permanentes à envisager en liaison avec les écoles, les centres de loisirs, les associations ?
Est-il concevable de continuer à laisser des dizaines de milliers de Parisiens, et de jeunes en particulier, passer complètement à côté de la richesse culturelle parisienne ? Une réflexion et une concertation devraient être engagées dans ce sens.
Un dernier mot, non pour exprimer un regret car ceci est toujours vain mais pour formuler un souhait, celui de voire notre Conseil débattre et décider de mesures notamment en faveur des arts plastiques, avec le problème des lieux d'accueil et d'expression des créateurs et pour le public, et en faveur de l'activité musicale de la Ville avec, en particulier, la situation préoccupante dans laquelle se trouve l'Orchestre de Paris qui, si rien n'est fait, se retrouvera à la rue en 2002.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. KUBICZ.
M. Richard KUBICZ. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, s'il est un critère qui sépare les métropoles prestigieuses des simples grandes villes, c'est bien l'offre culturelle et en particulier le théâtre.
Broadway à New York, Londres et Berlin ont maintenu contre vents et marées une création abondante et qui leur confère un prestige constant.
Paris tient plutôt bien son rang. Moins brillante en matière de création mais très généreuse quant à l'offre de spectacles.
Dans une économie de services, les spectacles ont une importance considérable par leur pouvoir d'attraction touristique bien sûr, mais aussi de la périphérie vers le centre, contribuant ainsi à animer des quartiers excentrés ou déserts le soir lorsque les bureaux l'emportent sur les logements.
Une industrie de la création comme celle du théâtre est par essence fragile. Les grands succès populaires côtoient le théâtre d'essai, les grandes salles cohabitent avec les mouchoirs de poche et quelquefois, les premières sont vides et les secondes refusent du monde.
C'est pourquoi le rôle de la Ville en tant qu'élément pondérateur est fondamental. Par son aide à la création, par l'exonération totale de la taxe professionnelle, par les subventions d'équipement qu'elle accorde aux établissements privés ou aidés, la Ville soutient une offre de spectacles extrêmement riche et qui l'honore.
Nous sommes beaucoup à penser que les 4.323.000 F dépensés pour inviter les Parisiens au théâtre, dans le cadre du programme "prenez une place, venez à deux" sont de l'argent intelligemment dépensé.
Les Oscars ont récompensé, cette nuit, "American Beauty", le premier film d'un auteur de théâtre britannique. Dans cette récompense, c'est à l'école anglaise du scénario qu'on rend hommage.
Déjà dans les années 30, les grands auteurs du théâtre anglais étaient invités à Hollywood. La création théâtrale est, par essence, essentielle à la vitalité de l'industrie du théâtre et du cinéma. C'est pourquoi l'action de la Ville qui accueille les trois quarts des théâtres français doit mettre l'accent sur le développement de jeunes talents, sur la création contemporaine, sur l'aide à la première pièce, bref sur tout ce qui permet d'alimenter un flux constant de projets irriguant éventuellement le cinéma français.
A cet égard, l'action de la Ville et de votre adjointe Hélène MACÉ de LÉPINAY nous apparaît chargée d'engagement et de projets prometteurs. Les actions et projets décrits dans le document que vous nous avez communiqué nous apparaissent également adaptés au défi que vous nous avez décrit.
Paris n'a sans doute pas à rougir face à la diversité de l'offre londonienne ou berlinoise, c'est beaucoup et nous vous remercions pour cette vigilance.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Paris-Libertés" et "Rassemblement pour Paris").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur KUBICZ.
La parole est à M. BISE.
M. Alain BISE. - A titre préliminaire, je voudrais tout d'abord vous remercier, Monsieur le Maire, au nom du groupe "Rassemblement pour Paris", de la communication que vous venez de faire à notre Assemblée, relative aux actions conduites par la Municipalité en faveur du cinéma et en faveur du théâtre, domaines importants s'il en est des interventions culturelles de la Ville.
Dans un avis adopté par le Conseil économique et social sur le problème du développement des activités théâtrales, Pierre DUX, à l'époque rapporteur de la session du cadre de vie, écrivait que "de tous les arts, le théâtre est celui dont l'influence est la plus assurée parce qu'il est directement perceptible et qu'il est collectif".
Paris, capitale de la France, se devait donc d'avoir une ambition culturelle, notamment dans le domaine des arts vivants. C'est ce qui a été mis en ?uvre depuis une vingtaine d'années au cours des mandatures qui se sont succédées, avec la remarquable particularité, je voudrais le signaler avec force, de favoriser et de développer tout à la fois une politique culturelle de prestige et de haut niveau mais également des actions de proximité et d'accessibilité au plus grand nombre.
Aujourd'hui, l'exposé de votre communication, Monsieur le Maire, confirme votre volonté d'avoir poursuivi et amplifié, depuis le début de cette mandature, cette même politique en faveur du théâtre et en faveur du cinéma.
Ce constat s'impose et ne saurait sérieusement être dénié. Je pense d'ailleurs que les précédents orateurs que nous avons entendus ont fait des observations dans ce même sens, c'est un constat qui s'impose.
Les interventions de la Ville en faveur du théâtre sont multiples et diversifiées tant dans le secteur municipal que dans le secteur privé.
Je rappellerai que le secteur municipal comprend des établissements institutionnels de prestige pour lesquels les moyens, tant en équipement qu'en fonctionnement, ont été développés au cours des différentes années, mais également des théâtres dits d'arrondissement, répartis principalement dans les arrondissements périphériques, lesquels participent de plus en plus à l'activité théâtrale parisienne.
Egalement dans le secteur privé, les interventions de la Ville se manifestent de façon significative par des actions directes mais également par des actions indirectes.
C'est, en premier lieu, la participation de la Ville au fonds de soutien aux théâtres privés, cela a déjà été évoqué tout à l'heure, fonds sans lequel les quelque 51 salles de théâtres privés à Paris ne seraient plus aujourd'hui.
L'effort significatif de la Ville pour parvenir à la parité de financement avec l'Etat est tout à fait remarquable, vous l'avez rappelé, Monsieur le Maire. Mais c'est également l'aide à la création et l'aide aux compagnies théâtrales qui montent des spectacles à Paris, aide qui contribue bien évidemment à la richesse et à la diversité des manifestations théâtrales dans notre Capitale.
Mais, au-delà de ces actions directes, il faut tenir compte d'autres mesures importantes qui sont bien souvent innovantes.
C'est l'action en faveur du public : créée en 1990, l'opération "la Mairie de Paris vous invite au théâtre" permet d'enregistrer une forte fréquentation du public et mobilise chaque année l'ensemble des théâtres de la Capitale.
C'est l'opération "100.000 places dans les théâtres privés parisiens", lancée à votre initiative, Monsieur le Maire, et destinée à favoriser l'accès des jeunes aux spectacles présentés par les théâtres privés, opération qui connaît un véritable succès auprès des jeunes Parisiens de moins de 26 ans.
Mais ce sont aussi les aides à l'équipement des théâtres parisiens, idée innovatrice depuis quelques années qui a permis l'attribution de subventions d'équipements pour la préservation des théâtres privés, lesquels constituent des éléments importants du patrimoine architectural parisien.
C'est ainsi qu'entre 1995 et 1999, des subventions importantes d'équipement ont été allouées et il en sera de même dans le courant de la présente année.
Enfin, Monsieur le Maire, votre décision d'appliquer aux entreprises de spectacles le taux maximum d'exonération de la taxe professionnelle prévu par la loi de finances pour 1999. Cette décision d'exonération à 100 % de la taxe professionnelle constitue, de la part de notre Municipalité, une véritable avancée, une avancée majeure et importante dans le soutien au secteur culturel et nul ne saurait sérieusement aujourd'hui vouloir le contester.
En faveur du cinéma, puisque votre communication porte également sur les actions de la Ville en faveur du cinéma, les interventions de la Ville sont plus récentes mais elles existent et elles se sont développées. Il s'agit d'un secteur traditionnellement important à Paris, secteur qui a connu dans les années passées une importante baisse de fréquentation et malheureusement la fermeture d'un grand nombre de salles.
C'est ainsi que dès 1989 a été initiée par la Ville la première opération "18 heures - 18 F" destinée pendant une semaine à favoriser l'accès du public dans les salles de cinéma parisiennes. Le principe de cette opération s'est renouvelé chaque année et a été renforcé et élargi.
Mais c'est également l'opération "Août au cinéma à Paris", lancée à l'initiative de notre Municipalité en 1994 et réitérée chaque année.
En créant cette manifestation, la Ville a permis de proposer principalement aux jeunes d'accéder au cinéma à des conditions tarifaires exceptionnelles et en les incitant à découvrir des films d'art et d'essai.
C'est aussi, depuis 1991, l'action en faveur des exploitations indépendantes par des aides à l'équipement pour le cinéma, destinées à soutenir les salles qui, par leur localisation ou leurs programmes - de qualité d'ailleurs - permettent à Paris de rester encore aujourd'hui la Capitale du cinéma.
Ces aides se sont développées et sont prévues également au budget 2000, je n'entrerai pas dans le détail. Vous avez notamment cité, Monsieur le Maire, la protection du Champollion, et l'intervention qui pourrait être envisagée de la part de la Ville pour sauver la salle "La Pagode".
Enfin, toujours pour le cinéma, je voudrais citer, pour ce qui concerne une véritable action directe de la Ville, le Forum des images qui, il faut le rappeler, est unique au monde et dont les locaux ont été étendus en 1998, qui constitue une véritable institution du cinéma à Paris. Je crois qu'il fallait le souligner.
C'est dire, mes chers collègues, que les secteurs du théâtre et du cinéma à Paris offrent une véritable richesse culturelle, au concours de laquelle notre municipalité participe activement et remplit ainsi une double mission : mission de service public et mission de soutien au secteur privé que nous avons toujours voulu doser savamment et tenté d'équilibrer au maximum.
Avant de conclure cependant, je voudrais rappeler l'extrême fragilité de l'équilibre budgétaire de toute entreprise à caractère culturel ; par conséquent le souci permanent qui doit être le nôtre dans nos choix budgétaires en ce domaine.
En un mot, toujours veiller au juste arbitrage entre économie et dépenses. Je fais explicitement allusion à la décision budgétaire de décembre dernier qui, dans un souci d'économie, a diminué de 2 % l'ensemble des subventions attribuées aux associations.
Certaines de ces associations, comme vous le savez, gèrent des équipements culturels financés principalement par la Ville, dans le cadre de la politique culturelle de prestige qui est la nôtre, mais également politique de proximité mise en oeuvre par la Municipalité depuis de nombreuses années.
Je veux parler des institutions comme le Théâtre du Châtelet ou le Théâtre de la Ville, mais également des théâtres d'arrondissement qui contribuent à une richesse théâtrale dans Paris, lesquelles institutions prennent, Monsieur le Maire, des engagements artistiques sur plusieurs années, vous le savez, et ont dû également faire face, cette année, à la mise en oeuvre de la législation sur les 35 heures et vont devoir faire face à la modification des règles fiscales applicables aux associations.
Je veux dire par là qu'une revalorisation du montant de certaines subventions sera donc probablement nécessaire à l'occasion du vote du budget modificatif qui interviendra dans quelques mois et je souhaite véritablement qu'un consensus au sein de la majorité puisse intervenir et permette certaines revalorisations qui ne manqueront pas, vous le savez, d'être nécessaires.
Aujourd'hui, plus qu'hier, toute politique culturelle doit avoir une importance particulière. Telle est, je le sais, votre détermination, Monsieur le Maire, et le groupe "Rassemblement pour Paris" y adhère pleinement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BISE de votre bonne intervention.
La parole est à Mme Soizik MOREAU.
Mme Soizik MOREAU. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, vous venez de nous livrer un catalogue de mesures qui, mises bout à bout, ne font pas une politique ni un programme suffisants.
Impossible de ne pas trouver sympathiques, prises isolément, la plupart de vos décisions pour garantir diversité et richesse de l'offre culturelle à Paris. Cependant, il faut remettre à chaque fois les points en perspective.
Prenons le cinéma.
Mes collègues ont évoqué certaines carences, je n'y reviendrai pas, mais pour ma part je dirai que si sauver le Champollion et la Pagode, deux cinémas chers au c?ur des Parisiens de toutes les générations, c'est très bien (et le Mouvement des citoyens ne peut qu'approuver), dans le même temps comment méconnaître la tendance profonde du moment ? Depuis le milieu des années 90, la France, et Paris en particulier, voient proliférer des complexes cinématographiques de taille géante. Les multiplexes ont fait leur apparition à Bercy, dans le quartier des Halles, place d'Italie, etc.
Les conséquences du phénomène sont simples, souvent redoutables : mainmise de quelques multinationales de l'industrie des loisirs et situation des cinémas de quartier devenue la lutte du pot de terre contre le pot de fer.
Cette tendance n'est d'ailleurs qu'un aspect de la politique d'urbanisme spéculatif qui remonte aux mandatures précédentes et dont la vôtre est évidemment l'héritière.
Depuis 1975, Paris a perdu 180.000 habitants, le tissu culturel des quartiers en général en souffre évidemment.
Par ailleurs, vous ne nous dites rien de la création, pourtant nécessaire, d'un fonds de soutien municipal à la création audiovisuelle.
En ce qui concerne le théâtre, je distinguerai les questions des lieux, de la création, du public.
La rénovation des théâtres 14, Jean-Marie Serrault et Sylvia Monfort, ne saurait faire oublier d'autres aspects de la politique de la Ville, comme le traitement de cette fameuse salle de la Gaîté lyrique par exemple : 20 ans de déshérence et un projet avorté à la fin des années 80. N'est-il pas temps que les élus parisiens disposent des études de faisabilité concernant la rénovation de cette salle ? Je propose que son avenir fasse l'objet d'un débat démocratique, au lieu d'être livré à une sorte d'opacité bien difficile à percer.
Ce que vous appelez l'aménagement culturel de proximité, souvent intéressant, reste cependant en deçà des objectifs annoncés pour garantir l'accès à la culture pour tous.
A côté des théâtres municipaux aux programmes ambitieux (d'aucuns diront élitistes, mais certainement pas moi, je ne conteste en aucun cas la légitimité de tels programmes), il est nécessaire de pallier la carence en équipements de quartiers.
Des petites salles, qui ont fait la preuve de leur qualité par des programmations intéressantes, souvent innovantes, ne reçoivent aucune aide. Elles font pourtant beaucoup pour la diffusion de la culture. Vous annoncez que vous allez désormais les soutenir. Nous verrons si vous aidez ces petits théâtres qui, en même temps, favorisent nombre d'artistes, favorisent leur emploi, qu'il s'agisse des musiciens, des gens de théâtre, des chanteurs, des techniciens du spectacle.
Maintenant, en ce qui concerne l'aide à la création en faveur des compagnies de théâtre, comment ne pas relever l'inadéquation des critères d'attribution de l'aide aux projets ? Je crois que maintenant tout le Conseil de Paris sait que c'est mon dada...
L'exploitation pendant un minimum de 25 représentations crée un ticket d'entrée trop élevé pour une petite compagnie. Il exclut de la même façon toute forme de spectacle itinérant.
Enfin, les opérations tarifaires mentionnées dans votre communication, pour sympathiques qu'elles soient, ne sauraient remplacer une politique d'ensemble visant à démocratiser davantage l'accès aux oeuvres de l'esprit. Les baisses de prix consenties sous certaines conditions d'âge ou de calendrier ont le plus souvent un caractère temporaire, souvent insuffisant pour amener au théâtre de façon durable des publics qui ne sont pas familiers de cette forme d'expression.
Voilà les quelques remarques que j'avais à faire.
Je vous remercie, Monsieur le Maire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.
Monsieur RIOU, vous avez la parole.
M. Alain RIOU. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, sur votre communication relative au cinéma et au théâtre, vous tentez de vous racheter dans le domaine culturel, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il n'apparaît pas comme une de vos priorités politiques.
Votre présentation de l'enveloppe globale de 200 millions de francs est notoirement insuffisante...
M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est vous qui le dites ! C'est une affirmation.
M. Alain RIOU. - C'est vrai, je dis les choses, effectivement.
Votre présentation de l'enveloppe globale de 200 millions de francs est notoirement insuffisante pour une Ville comme Paris.
Le budget culturel est très marginal par rapport au budget global de la Ville ; c'est d'ailleurs sans doute le budget le plus faible en pourcentage de toutes les grandes villes françaises. Les moyens financiers consacrés au cinéma et au théâtre sont marginaux au regard du budget culturel global. Votre communication porte donc, malheureusement, sur le marginal du marginal !
Le rôle de la Ville dans le domaine du cinéma et du théâtre mérite beaucoup plus et beaucoup mieux.
Sur le détail, je voudrais faire quelques observations.
Sur la Scala tout d'abord, le Syndicat des réalisateurs, s'il avait été aidé par la Mairie de Paris, se proposait d'acheter ce lieu. Vous n'avez pas bougé. C'est une secte qui s'y est installée. Mais rien n'est fini. Si votre volonté est de ne pas autoriser les permis de démolir et de construire sur ce lieu, il est possible qu'un rachat intervienne et, dans ce cas, le problème de la réutilisation culturelle avec notre aide publique se reposera.
Sur le Berry-Zèbre, à Belleville, vous n'avez rien fait durant des années alors que la Ville aurait pu racheter ce lieu et le faire animer. Dans ce quartier populaire de Paris, à l'intersection de quatre arrondissements, vous avez marqué votre mépris pour les attentes des habitants. Vous vous manifestez toujours par l'absence d'intervention ou par des demi-mesures. Vous préférez laisser se déployer les multiplexes que de vous pencher sur le tissu délicat et fragile de certains arrondissements.
Des petits théâtres risquent de disparaître à Paris cette année, par exemple le Théâtre des Songes dans le 20e arrondissement. S'il n'est pas aidé, notamment par la Ville, dès le premier semestre 2000, il est menacé de ne pas passer l'été, et il y en a d'autres qui sont dans ce cas.
Face au rôle essentiel de l'Etat à Paris en matière de théâtre (mais l'Etat ne peut pas tout faire), vous êtes en deçà de votre simple devoir.
Cette même observation peut être faite concernant l'aide aux cinémas d'art et d'essai. Ce qu'on leur propose est dérisoire, on ne peut même pas appeler cela une politique. Le Paris qui crée et qui bouge ne vous intéresse manifestement pas.
Je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est votre affirmation, bien sûr, l'effort que nous faisons pour le cinéma d'art et d'essais a été reconnu comme tel par ses représentants. Vous voyez que votre intervention est quand même sujette à caution.
En ce qui concerne l'Etat, je me permets de vous renvoyer à Pleyel, là on voit bien ce que fait l'Etat en matière culturelle. Nous aurons l'occasion d'en reparler.
Madame CHABAUD, vous avez la parole.
Mme Jeanne CHABAUD. - Monsieur le Maire, je vous remercie de bien vouloir me donner la parole.
Je vous prie de m'excuser d'intervenir dans ce débat sur un projet ponctuel, il s'agit d'un problème d'urgence concernant des cinémas de quartier, du 15e arrondissement.
Je veux parler tout d'abord de l'U.G.C. qui se situe rue de la Convention, où un permis de construire a déjà été déposé pour la construction d'un immeuble de 5 à 6 étages de logements et en rez-de-chaussée 1.100 mètres carrés de grande surface. M. René GALY-DEJEAN, Maire du 15e, a émis un avis réservé sur ce programme. D'autre part la société Gaumont projette de déposer un permis de construire qui se situe presque en face de l'U.G.C., dans la rue Alain Chartier, place de la Convention.
Les salles sont neuves, elles ont été rénovées il y a deux ou trois ans et de plus, lors de la construction du multiplex d'Aqua Boulevard, auxquels les élus du 15e arrondissement n'étaient pas favorables, les responsables de la société Gaumont s'étaient engagés à ne pas fermer les salles du 15e arrondissement et M. René GALY-DEJEAN normalement s'opposera à ce permis de construire.
Je voulais vous le signaler ainsi qu'à l'adjoint, mon collègue Jean CHÉRIOUX, et nos élus du 15e ici présents, sont tout à fait contre le départ de ces cinémas.
M. CHÉRIOUX. - Absolument !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci bien. Tout le monde s'est exprimé, je donne donc la parole... ah ! Monsieur BLOCHE.
M. Patrick BLOCHE. - Merci, Monsieur le Maire. Je suis désolé de mon léger retard qui m'amène effectivement à avoir comme on dit passé mon tour.
Monsieur le Maire, le groupe socialiste et apparentés a pris connaissance de votre communication sur le cinéma et le théâtre. Malgré le travail souvent très productif que je suis amené au nom du groupe et avec beaucoup de mes collègues à concrétiser avec votre adjointe à la Culture, Mme MACÉ de LÉPINAY, et la Direction des Affaires culturelles, dont je tiens à saluer à la fois le travail et la compétence, j'ai quelques difficultés à ne pas avoir une vision critique sur cette communication.
En effet, aucune ligne directrice de la politique municipale en matière de théâtre et de cinéma, aucune politique globale, ne se dégage véritablement. Vous insistez surtout sur un soutien financier qui se révèle d'ailleurs, j'y reviendrai, notoirement insuffisant. Il s'agit visiblement plutôt pour vous d'annoncer un catalogue de mesures limitées, constituées principalement d'un saupoudrage budgétaire extrêmement modeste et de quelques initiatives municipales aux vertus, je le crains, éphémères.
Je commencerai par les théâtres municipaux d'arrondissement. Votre prédécesseur avait promis un théâtre par arrondissement. Dix ans après nous n'en sommes toujours qu'à 6 sur 20. Aucune politique cohérente sur Paris ne leur est véritablement proposée. La plupart du temps ils sont livrés à eux-mêmes, c'est-à-dire aux lois de l'offre et de la demande.
Il n'existe pas non plus de réflexion commune sur la programmation, les publics à toucher, l'aide à la création pour les compagnies parisiennes et les jeunes compagnies, ou encore les liens avec les quartiers et les parisiens.
En raison du manque de moyens - 3 millions de francs par an en moyenne par théâtre - pour assurer la gestion quotidienne des charges et la production, ils sont souvent obligés de travailler avec des bouts de ficelle. Certains sont même obligés de réduire leur programmation à la moitié de la saison avec des saisons qui commencent parfois en décembre ou janvier et qui se terminent en mai. On assiste de fait au développement d'une logique pas satisfaisante, telle que la location des salles de théâtre, des lieux de spectacle à Paris, pour permettre aux directions de ces théâtres de tenter d'équilibrer les charges.
On peut s'étonner que, dans cette communication, il n'y ait aucune indication, aucune ligne, sur le Théâtre de la Ville et des Abbesses où pourtant se jouent beaucoup de pièces de théâtre, ou encore sur le Théâtre du Châtelet, même si effectivement sa programmation est principalement musicale. Faut-il qu'à la prochaine séance du Conseil de Paris nous ayons une communication sur la danse et sur la musique ? Cela nous permettrait de voir les conséquences, pour ces deux grandes institutions culturelles de la Capitale, des mesures budgétaires qui ont été malheureusement prises en fin d'année dernière. De même, il n'a pas un mot sur la Gaîté Lyrique qui pourrait pourtant être restituée au théâtre puisqu'une salle symphonique n'y rentrera pas.
En matière de théâtre privé, vous vous honorez d'avoir aidé à hauteur de 5 millions de francs les crédits d'équipement de 22 théâtres privés sur cinq ans. Peut-on vraiment s'enorgueillir d'avoir aidé à l'équipement de 22 salles à hauteur de 45.000 F par an ? Si l'on rapporte cette aide aux 140 salles parisiennes cela représente une moyenne de 7.000 F chacune.
Pour l'avenir, vous vous engagez, à un an de la fin de la mandature, à accorder 3 millions de francs par an pour l'équipement des 140 salles parisiennes, soit 21.000 F par salle. Il faut préciser qu'avec un budget culture d'un peu plus de 700 millions de francs par an, si l'on s'en tient strictement au budget de la Direction des Affaires culturelles, soit un peu plus de 2 % du budget global, les moyens d'action restent forcément extrêmement limités.
J'ai noté que vous engagez des travaux au Théâtre du Chaudron pour un montant de 1.750.000 F pour la fin de l'année. Je me réjouis au passage que les Ateliers du Chaudron, qui n'ont pas de rapport direct aujourd'hui avec le Théâtre du Chaudron, sinon une proximité géographique et une occupation commune d'un lieu il y a peu, soient aujourd'hui relogés dans le 11e arrondissement. L'inauguration a d'ailleurs eu lieu lundi dernier.
Je note également qu'une aide exceptionnelle de 10 millions de francs à répartir sur 2000 et 2001 (dans le cadre de la convention U3M passée avec l'Etat) est accordée au théâtre de la Cité universitaire, dont je salue l'excellent travail et la grande qualité de la programmation. Je tenais à saluer ce double effort.
En ce qui concerne les aides fiscales, il faudrait peut-être rappeler que les aides et mesures fiscales accordées sont à mettre au crédit du Gouvernement JOSPIN, j'évoque ici l'exonération de la taxe professionnelle sur les spectacles par la loi de finance 1999 et 2000. Vous savez que les élus socialistes et apparentés de la Capitale ont été très mobilisés dès juillet 1999 sur cette question.
En matière de politique des publics, il s'agit là encore de saupoudrage sans véritable réflexion sur la manière dont doit être conduite une politique culturelle vers "les publics". Certes, des subventions sont accordées à des théâtres tournés vers les jeunes publics, certes il y a une opération "100.000 places jeunes" avec tout de même des places à 70 F, certes il y a les opérations "prenez une place venez à deux" ou "18 heures - 18 F", mais cette addition de mesures ne constitue pas véritablement une politique.
Rappelons aussi que les opérations "invitations" pour le théâtre, le cinéma ou la musique se sont jusqu'à l'année dernière déroulées à travers l'association para-municipale "Les Invitations de Paris". Il a fallu l'intervention ferme et répétée des élus socialistes et apparentés pour que la situation soit régularisée par une reprise de ces opérations en gestion directe par la Ville.
Je souhaiterais rappeler ce que j'ai déjà dit à cette tribune : une politique tarifaire ne fait pas une politique culturelle et nous aurions tort de considérer les Parisiens uniquement comme des consommateurs culturels.
Par ailleurs, les aides aux projets de la Ville de Paris sont faibles par rapport à celles d'autres grandes villes ou d'autres départements. La dotation de 500.000 F pour "la mise en ?uvre d'une politique dynamique de soutien aux jeunes créateurs" annoncée apparaît extrêmement modeste au regard des besoins sur Paris.
Cependant, les besoins des compagnies de théâtre ne sont pas uniquement financiers. Le milieu du spectacle vivant, dans toute sa diversité, réclame principalement sur Paris des espaces pour jouer et des lieux pour répéter. Sur ce plan, l'offre municipale est quasi nulle.
C'est une demande que nous vous faisons déjà depuis plusieurs années. Il est à regretter qu'à Paris la notion de résidence pour les compagnies théâtrales ou pour les compagnies chorégraphiques n'ait pas de réalité.
Surtout, comme pour toutes les attributions de subventions, c'est l'obscurité qui règne sur les critères de sélection des projets et d'attribution des subventions.
Le groupe socialiste souhaite donc répéter son exigence de transparence en ce domaine : sur la totalité des demandes de subventions faites auprès de la Mairie de Paris, sur les choix de sélection, et enfin sur l'instance habilitée à choisir (comités ou commissions composées d'élus de la majorité et de l'opposition, de personnes qualifiées de la profession, de l'administration municipale en association pour assurer une cohérence générale, et de la D.R.A.C.)
En matière de cinéma, je me permettrai de commencer en évoquant le développement des multiplexes.
En effet, la principale aide que la Mairie de Paris a apportée en matière de cinéma ces dernières années a été de favoriser l'implantation de multiplexes dans la capitale. Qu'il s'agisse des U.G.C. Ciné-Cité aux Halles et à Bercy ou du multiplexe Gaumont à l'Aquaboulevard, la Ville de Paris a activement, voire directement, participé à leur implantation.
La manière dont ont été choisies les implantations, la manière dont s'est assuré ce développement mettent en péril des zones cinématographiques très précises. Avant mon intervention, il a déjà été évoqué les conséquences du multiplexe de l'Aquaboulevard sur les cinémas du 15e et notamment celui de Beaugrenelle.
Je souhaiterais rappeler que toutes les demandes de création de multiplexes à Paris depuis 1993 ont fait l'objet de votre part, ou celle de votre représentant, d'une autorisation d'implantation en commission départementale d'équipement cinématographique systématiquement et sans états d'âme, je le regrette.
Les élus socialistes et apparentés ont toujours considéré que les multiplexes pouvaient représenter une menace pour les salles indépendantes ou d'arts et d'essais parisiennes. Les chiffres publiés ces deux dernières années nous donnent hélas raison. Car si les multiplexes amènent une plus grande fréquentation des salles de cinéma, elles se font, hélas, uniquement en faveur du cinéma américain.
Dans un souci de cohérence, nous avons demandé, en juin 1997, à Mme la Ministre de la Culture qu'un recours soit formé auprès de la Commission nationale afin qu'une régulation se fasse sur Paris. Suite à cette intervention, la Commission nationale a commencé à établir une jurisprudence à laquelle le Maire ne peut désormais que se référer.
Les 1,5 million de francs que vous promettez pour le cinéma indépendant risque de n'être qu'une goutte d'eau par rapport aux besoins des petits salles obligées de se mettre au niveau de confort et de sécurité exigé aujourd'hui, et donc nécessaire à leur survie.
Je me félicite néanmoins que le Champo soit en voie d'être sauvé grâce à la réponse favorable de l'Etat pour engager la procédure de classement. Je me félicite que vous vous soyez engagé sur ce cinéma qui se situe dans votre arrondissement. On aimerait autant d'énergie municipale mobilisée sur d'autres lieux culturels menacés dans d'autres arrondissements, parfois dans des immeubles municipaux comme les Trois Baudets.
Sur la Pagode, il est heureux que vous vous intéressiez à ce lieu. Rappelons que mes collègues Bertrand DELANOË et Alain MORELL vous avaient sollicité sur ce sujet l'été dernier. Ils n'ont jamais reçu de réponse à leur courrier. Ils indiquaient entre autres que dans un double souci de maintien des salles de cinéma de proximité sur Paris et de préservation d'un élément extrêmement original du patrimoine parisien, ils souhaitaient que la Municipalité se saisisse de ce dossier. La Ville de Paris n'est jamais intervenue sur ce dossier jusqu'à présent alors qu'elle en a la possibilité grâce aux aides qu'elle peut accorder à la modernisation des salles. La Municipalité doit avec les autres partenaires (Gaumont, SCI Foch-Dauphine, Ministère de la Culture, Conseil régional Ile-de-France) trouver les voies du dialogue et les moyens financiers qui permettront de sauver cette salle.
Je terminerai sur le Forum des Images. C'est incontestablement une réussite. Je voudrais finir mon intervention sur une note positive. Il faut à cet égard féliciter Michel REILHAC et toute son équipe du travail formidable qu'ils réalisent pour cette structure à la pointe de l'innovation, par une programmation et une production de films à la fois originale, libre et indépendante. On peut tout de même regretter l'insuffisance des moyens de production. On pourrait sans conteste doubler le budget de co-production qui ne s'élève aujourd'hui qu'à 1 million de francs.
La proposition d'une avenue du cinéma dans cette partie des Halles n'est pas une mauvaise idée. Néanmoins, la Mairie de Paris ne peut se permettre de faire l'économie d'une réflexion urbanistique sur l'ensemble du quartier des Halles.
Voilà, Monsieur le Maire, les principales observations que nous voulions faire à la lecture de votre communication. Nous souhaiterions avoir à l'avenir une communication plus globale sur la culture. J'ai déjà évoqué le fait que votre communication ne traite pas de la musique et la danse, de la globalité du spectacle.
Il reste néanmoins deux questions qui n'apparaissent pas dans votre communication et qui sont les deux questions fondamentales à mon avis visant toute politique culturelle menée dans la Capitale :
Paris est-elle aujourd'hui la capitale culturelle qu'elle a été hier ? Elle est actuellement fortement concurrencée par de grandes métropoles : Londres, Berlin, Milan et Barcelone pour évoquer une ville du sud de l'Europe. Je crains que nous nous soyons endormis sur nos lauriers, que nous ayons privilégié avant tout la diffusion culturelle au détriment de la création et, de ce fait je me permettrai de vous poser une deuxième et dernière question : quelle est aujourd'hui la place de l'artiste dans une ville comme Paris ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - Ma communication se limitait aux théâtres et au cinéma pour les mesures nouvelles annoncées en faisant le point général, mais je ne vois que des avantages à ce qu'il y ait une communication et un débat sur la politique culturelle de la Ville qui montrera que, pour nous, c'est une priorité et que Paris reste une grande capitale culturelle. Nous la mettons au point.
Madame MACÉ de LÉPINAY, vous avez la parole.
Mme Hélène MACÉ de LÉPINAY, adjoint, au nom de la 4e Commission. - Merci Monsieur le Maire.
Je veux rebondir sur la dernière phrase de M. BLOCHE parce qu'il est de bon ton à Paris singulièrement, et en France en général, de dénigrer ce qui est fait et de dire que nous ne sommes plus ce que nous aurions été, etc...
Il suffit de voyager pour voir que Paris reste un phare culturel quoi qu'on en dise ici, et il me semble que ce n'est pas le moment de se lamenter, mais de continuer à faire bien ce que nous faisons.
Je vais répondre aux intervenants les uns après les autres en essayant de ne pas faire trop de redites, mais la richesse des interventions est très grande, et je tiens à répondre à chacun d'entre vous, mes chers collègues.
Je veux d'abord remercier M. POZZO DI BORGO qui a souligné la qualité de la politique culturelle de la Ville dans les secteurs que nous abordons aujourd'hui auxquels il a rappelé que nous consacrons 200 millions de francs.
Cependant, il déplore une certaine provincialisation. Je rappelle que nous avons des institutions tels que Théâtre de la Ville ou le Forum des images qui ne semblent pas tout à fait provinciales, et d'ailleurs ce n'est peut-être pas une insulte que de parler de "provincial".
Les aides aux lieux et à la création vous semblent opaques. Des critères précis réglementent l'octroi de subventions comme je le rappellerai à d'autres collègues qui ont eu la même réflexion.
Je vous rappelle que les demandes de subvention qui arrivent à l'adjoint chargé des Affaires culturelles font l'objet d'une instruction approfondie par la Direction des Affaires culturelles, qu'elles me sont soumises, puis soumises à l'adjoint chargé des Finances puis examinées en 4e Commission et enfin au Conseil de Paris. Tout cela ne me semble pas être tout à fait opaque !
Vous souhaiteriez une politique plus novatrice. Ce n'est pas en diminuant chaque année, comme vous semblez le souhaiter souvent, les crédits alloués aux subventions qu'il est possible d'augmenter sans cesse le nombre des projets soutenus. La baisse de 2 % de cette année est, par ailleurs, assez catastrophique pour un certain nombre de nos institutions et j'y reviendrai aussi tout à l'heure.
Vous proposez de créer une commission de consultation d'attribution des subventions. Il me semble que cette commission serait assez inadaptée et difficile à mettre en place.
Par ailleurs, il ne me paraît pas souhaitable d'intégrer l'Etat ou les représentants du théâtre privé.
Concernant l'Etat, la Ville, comme toutes les autres communes de France, a, de par la constitution, la faculté de s'administrer librement et je ne vois pas pourquoi nous devrions soumettre nos choix à des représentants de l'Etat.
Quant au fait de se prononcer sur les lignes esthétiques théâtrales, je ne peux qu'être contre. Cela me paraît très dangereux. Des précédents en France ou à l'étranger en ont été des preuves affligeantes. Je suis étonnée qu'un libéral comme vous se fasse le chantre de ce genre de critères. Pour ma part, je suis une tenante de la diversité de l'offre.
Vous évoquez des passes pour les opérations culturelles qui pourraient être distribués par les mairies d'arrondissement. C'est, en effet, une bonne idée que nous avons déjà mise en place pour "Août au Ciné" parce que les jeunes peuvent retirer la carte "Août au Ciné" dans les mairies d'arrondissement.
Enfin, vous appréciez la création d'une ligne de crédit pour les jeunes compagnies et vous souhaitez que l'octroi des subventions soit lié à une action pédagogique spécifique. Je ne peux partager ce point parce que si nous donnons une subvention, c'est pour aider les jeunes compagnies à créer. On ne peut pas en plus leur demander de faire des actions qui grèveraient la subvention d'une charge supplémentaire.
Vous soulignez la nécessité de sauver le 21 rue Blanche. Je peux vous dire que je pense que la Ville est en train d'aboutir dans ses négociations avec le Rectorat et qu'une solution devrait être prochainement annoncée.
Quant au théâtre du Rond-Point, il n'est pas repris par la Ville, mais le Maire a insisté là-dessus, il va être concédé à l'Etat sans redevance, comme il vient de vous le dire, et non subventionné.
Il va être confié à Francis HUSTER. Il restera, bien sûr, un haut lieu du théâtre parisien.
Monsieur POZZO DI BORGO, j'ai beaucoup apprécié les idées que vous avez développées, mais j'avoue que je les ai trouvées un peu dirigistes et je compte sur le groupe U.D.F. pour voter toutes les subventions que je rapporterai à l'avenir.
Je tiens à remercier Mme MOREAU des propos qu'elle a tenus, qui sont très encourageants. Elle considère que les sommes que nous consacrons au théâtre et au cinéma sont modestes, elle sont quand même importantes.
Elle souligne que nous avons de bonnes idées ; je l'en remercie.
Elle parle de la politique en faveur des jeunes en soulignant que "100.000 places pour les jeunes" dans le théâtre privé est une bonne chose, ainsi que "Prenez une place, venez à deux".
Ces opérations se font en lien avec le théâtre privé et nous ne pouvons pas non plus déséquilibrer l'économie de ces théâtres, mais je rappelle que nos théâtres d'arrondissement ont des politiques tarifaires en faveur des jeunes tout à fait exceptionnelles.
Je rappelle aussi que cette année, "Août au Ciné" sera prolongée de 15 jours. Cela me semble être une bonne opération en faveur des jeunes.
Concernant la faiblesse des crédits pour les jeunes compagnies ou pour l'équipement des théâtres, je peux vous dire que ce sont des mesures que nous mettons en place et qu'il est bien évident que nous verrons comment cela se passera.
Mme MOREAU qui est très attachée au cinéma rappelle l'exonération de la taxe professionnelle en soulignant que c'est une bonne mesure. Elle aide à la rénovation des salles, qu'elle approuve.
Elle souhaite que plus une salle de cinéma ne disparaisse dans Paris ; je partage son point de vue et je vous rappelle qu'à la demande du Maire de Paris, la commission régionale du patrimoine et de sites vient de donner un avis favorable à l'inscription du Champollion sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. C'est une bonne mesure.
Mais pour ce qui concerne la Pagode, Madame MOREAU, la Ville est très présente dans les négociations qui se déroulent entre la propriétaire et l'exploitant. Malheureusement, et j'y reviendrai aussi, nous n'avons pas tous les outils nécessaires pour faire face à ces difficultés. Paris s'enorgueillit d'avoir une très grande richesse de programmation dans un très grand nombre de salles et nous pouvons dire que Paris est toujours la capitale du cinéma.
Il est vrai que nous rencontrons des difficultés liées tout simplement à l'évolution des modes de vie, au prix du foncier.
Enfin, il y a beaucoup de choses qui entrent en ligne de compte, mais vous savez que le Maire est très attaché à ce que Paris reste cette ville formidable du cinéma.
Concernant la nouvelle opération avec les indépendants, Mme MOREAU, vous avez souhaité qu'elle se fasse. Le Maire l'a dit, votre voeu est exaucé puisqu'à l'automne, nous mènerons une grande opération avec les cinémas indépendants. M. Le Maire donnera la teneur de cette opération assez rapidement.
Concernant le moratoire sur les multiplexes, vous souhaitez qu'il soit prolongé. Je m'associe à votre voeu et la chose va être examinée.
En soulignant les opérations que nous menons en direction des jeunes, Madame MOREAU, vous avez souhaité que nous en fassions plus et vous avez regretté qu'elles ne soient pas assez abondantes.
Je veux seulement vous rappeler que la Direction des Affaires culturelles n'est pas la seule Direction à mener des opérations culturelles en direction des jeunes. La Direction des Affaires scolaires, vous le savez, est un très grand opérateur en matière culturelle ainsi que la Direction de la Jeunesse et des Sports.
L'une comme l'autre consacrent beaucoup de moyens à la diffusion de la culture auprès des jeunes publics.
Richard KUBICZ a souligné la générosité de l'offre de spectacles de notre Ville. Il a souligné aussi les incitations à la fréquentation que nous faisions.
Je ne peux que le remercier des qualificatifs élogieux qu'il a employés. Effectivement les opérations d'incitation à la fréquentation remportent dans Paris un grand succès.
Il a souhaité que nous puissions aider des jeunes créateurs à monter leur première pièce. C'est exactement le sens de la mesure que le Maire a annoncée aujourd'hui, cette enveloppe de 500.000 F destinée à de jeunes compagnies. C'est bien dans ce sens que nous souhaitons aller, et vous avez parlé, Monsieur KUBICZ, de la vitalité du théâtre anglais et du théâtre londonien en particulier.
Je peux vous dire que la Ville de Paris le reconnaît tout à fait puisque se déroule actuellement notre saison anglaise où nous mettons en avant principalement la vitalité de ce théâtre extrêmement créatif.
J'espère que grâce à ces aides à la jeune création, la Ville de Paris pourra rivaliser avec Londres très bientôt.
En tout cas, Richard KUBICZ, je vous remercie beaucoup du soutien que vous m'avez apporté.
Alain BISE a souligné l'effort de la Ville pour répartir l'offre culturelle sur l'ensemble du territoire en particulier avec les créations des théâtres d'arrondissement, et il a aussi souligné l'importance de notre contribution au fonds de soutien au théâtre privé, dont le Maire a tenu à ce qu'elle soit à parité avec celle de l'Etat.
Il a souligné l'effort en direction du jeune public, des crédits destinés à la rénovation des salles et il a souligné l'importance de l'exonération à 100 % de la taxe professionnelle.
Je le remercie d'avoir mis en exergue ces mesures si importantes.
Pour le cinéma, il a rappelé les opérations d'incitation à la fréquentation du public et le rôle formidable que joue, à Paris, le Forum des images.
Je tiens à le remercier du soutien constant qu'il m'apporte, en particulier dans le domaine du théâtre qu'il connaît très bien. Je tiens à dire que pour lui, il est facile d'en parler parce que c'est un grand connaisseur, et qu'il fréquente énormément de salles de spectacles. Par conséquent, il sait de quoi il parle.
Je le remercie enfin d'avoir souligné la difficulté dans laquelle plusieurs de nos institutions se trouvent à la suite de la baisse de 2 % du montant des subventions au budget 2000. Je compte sur son appui pour convaincre nos collègues qui ne le seraient pas encore d'appuyer, au budget modificatif, l'abondement des subventions que nous pourrons proposer.
Mme MOREAU considère que votre communication, Monsieur le Maire, ne constitue pas une politique. C'est d'ailleurs le cas de M. BLOCHE aussi. Toute communication de ce genre ne peut avoir l'air effectivement que d'un catalogue tant il est difficile d'exposer une politique en quelques minutes.
Pour le cinéma, Madame MOREAU, la Ville va jusqu'au bout de ce que lui permet la loi. Je rappelle que le Maire avait adopté un moratoire sur l'installation des multiplexes et que nous ne pouvons aider les salles que dans le cadre de la loi "SUEUR".
Nous ne pouvons pas faire autre chose que ce que la loi nous permet, malheureusement.
Pour le théâtre, vous l'avez souligné, le seuil de 25 représentations pour l'obtention d'une subvention était trop strict et c'est pourquoi le Maire a annoncé cette aide pour les jeunes compagnies. Le critère des 25 représentations ne sera pas appliqué dans le cas des jeunes compagnies.
Je remercie Mme MOREAU, par ailleurs, des compliments qu'elle nous a faits.
M. RIOU considère que nous n'avons pas de politique, que la Ville devrait racheter toutes les salles qui sont en difficulté. De toute façon, il n'est pas là pour écouter la réponse. Ses affirmations étaient si négatives sur notre politique que je crois que nous pouvons ne pas nous attarder plus longtemps sur son intervention.
Je rappelle simplement que la Ville soutient, autant qu'elle le peut, le repreneur du Berry-Zèbre dans la mise en place de ce qu'il souhaite faire dans ce lieu.
Mme CHABAUD est intervenue pour nous parler des salles de cinéma du 15e arrondissement qui la préoccupent. En tant que responsable de la culture et en tant qu'élue du 15e, je suis, comme vous, tout à fait émue de l'éventuelle disparition des salles du carrefour de la Convention.
Pour les salles U.G.C., il est exact qu'un permis de démolir a été déposé le 4 février, et qu'un permis de construire a aussi été déposé le 4 février, qui prévoit des habitations, un magasin et un parking. Il n'est plus question de salles de cinéma.
La C.D.U.C. a été saisie et je compte, nous comptons tous effectivement sur la détermination de M. GALY-DEJEAN, le Maire du 15e, pour se battre autant que possible contre ce projet qui ferait disparaître des salles auxquelles les habitants du 15e sont extrêmement attachés.
On nous dit qu'il y a une menace sur les salles Gaumont. Il est exact que les dirigeants de Gaumont s'étaient engagés, au moment de la création des salles de l'Aquaboulevard, à maintenir les salles de la Convention.
Malheureusement, on ne peut pas faire crédit apparemment, mais pour l'instant, les choses ne sont pas faites. En tout cas, je veux dire que ces problèmes de disparition de salles de cinéma ne sont pas seulement du ressort de la Ville. Je pense qu'il serait important que l'Etat réfléchisse à des mesures de protection des salles de cinéma ressemblant à celles de l'Ordonnance de 1945 qui protège les salles de concert et de théâtre.
Pour ma part, c'est un souhait que je forme, tant il est vrai qu'il est triste de voir disparaître ces salles de cinéma auxquelles les quartiers sont attachés.
M. BLOCHE souligne qu'il n'y a pas de politique cohérente. Je lui fais la même remarque qu'à Mme MOREAU. Cependant, à l'entendre, les critiques ne sont pas si lourdes.
Pour ce qui concerne le théâtre, il est certain qu'après avoir équipé certains des arrondissements périphériques, nous avons eu aussi le souci de maintenir l'équilibre entre théâtres publics et théâtres privés. On ne peut pas indéfiniment, Monsieur BLOCHE, multiplier les salles de théâtre à Paris.
Je pense que M. BLOCHE pour ce qui concerne l'attribution des subventions, et les liens que nous avons avec le milieu culturel, ne connaît pas assez finement le travail quotidien des membres de la Direction des Affaires culturelles à qui je tiens à rendre hommage.
Tous les bureaux, et singulièrement celui du théâtre, du cinéma et de la danse sont en rapport quotidien avec les acteurs parisiens du théâtre, à leur écoute et à leur disposition.
Je tiens encore une fois à remercier les fonctionnaires de tout ce qu'ils font.
Je veux rappeler à M. BLOCHE que si la Ville a décidé d'appliquer au maximum l'exonération de la taxe professionnelle comme le lui permet la loi de finances, c'est vraiment par une volonté du Maire. Il n'y était pas contraint et il a choisi expressément pour favoriser les entreprises culturelles de les exonérer de la taxe professionnelle.
Monsieur BLOCHE, vos critiques sur la politique tarifaire, je les reçois mais on sait qu'une politique tarifaire est une politique incitative et que c'est quand même un moyen de créer le public de demain. Je pense que c'est un des soucis de tous les acteurs de la politique culturelle, qu'ils soient du spectacle vivant ou des salles d'art et d'essai pour le cinéma.
Je tiens à dire qu'on ne peut pas, d'un revers de main, balayer cette politique tarifaire.
Vous avez souligné qu'il manquait de lieux de répétition et de création à Paris. Nous le savons, c'est un de nos soucis et c'est d'ailleurs pourquoi la Direction des Affaires culturelles, en liaison avec l'A.P.U.R., étudie de façon extrêmement précise la création de lieux d'expression, de répétition et de création dans l'ancien immeuble des Pompes funèbres, 104, rue d'Aubervilliers.
Je pense que nous avons là l'opportunité de créer, dans quelques années, un formidable lieu de culture et, pour ma part, j'appuie de toutes mes forces ce projet que je suis de façon très précise.
M. BLOCHE a parlé de l'opacité des critères de sélection. Je les rappelle à chaque Commission et à chaque Conseil. Ils sont disponibles pour tous, mes chers collègues, et je suis étonnée qu'on s'en étonne encore.
M. BLOCHE a parlé aussi des multiplexes. Je les ai évoqués longuement.
Quant à l'équipement des petites salles, vous avez dit qu'on ne faisait pas assez. Je voulais vous dire que nous examinons toutes les demandes qui nous sont transmises. On peut toujours penser qu'il n'y a pas assez mais, pour l'instant, le budget prévu nous permet de répondre aux demandes administrativement recevables.
Pour ce qui concerne la Pagode, et contrairement à ce que vous dites, la Ville, je l'ai déjà dit tout à l'heure, est toujours extrêmement présente.
Enfin je veux vous remercier, Monsieur BLOCHE, pour les félicitations que vous avez adressées au Forum des images. C'est effectivement un haut lieu de la culture parisienne qui, de plus, fait des jaloux dans le monde entier puisque, vous le savez, l'équipe du Forum des images est appelée en consultation dans beaucoup de pays.
Mes chers collègues, je suis heureuse que tout le monde, sur tous les bancs, accorde une importance primordiale à la politique culturelle. J'espère donc que chacun d'entre vous aura à c?ur de voter les mesures qu'avec l'adjoint aux Finances, je présenterai au budget modificatif et au budget primitif de 2001.
Et pour rassurer M. BLOCHE, comme le Maire l'a dit, je tiens à préciser qu'une communication sur la politique culturelle en général sera proposée au Conseil de Paris assez prochainement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris", "Paris-Libertés" et "U.D.F. et Modérés").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame MACÉ de LÉPINAY, de cet exposé clair et complet.
La communication est terminée.