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Novembre 2000
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7 - Hommage à la mémoire de M. Jacques CHABAN-DELMAS (Suite)

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2000


M. LE MAIRE DE PARIS. - M. KASPEREIT veut intervenir.
Vous avez la parole, si vous le souhaitez, sans aucun problème.
M. Gabriel KASPEREIT, maire du 9e arrondissement. - Monsieur le Maire, j'ai été particulièrement ému en vous entendant prononcer quelques paroles en mémoire de CHABAN-DELMAS.
CHABAN-DELMAS, pour moi, c'était CHABAN tout court. C'était non pas une relation, non pas un copain, c'était un ami, un ami au sens le plus profond du terme. Nous avions une confiance mutuelle l'un dans l'autre et on avait ceci de particulier c'est qu'on arrivait à ne pas finir les phrases que nous prononcions, parce que nous sentions immédiatement tout ce que l'autre voulait dire.
Il avait prononcé une fois une phrase que je n'ai pas oubliée, quand il a dit "je n'oublie rien mais j'ai choisi de ne rien dire".
Il n'avait certainement pas oublié son entrée dans Paris dans la jeep du Général Leclerc, ni sa présentation au Général de Gaulle. Ces deux êtres ne se connaissaient point, le Général de Gaulle un peu ahuri par la jeunesse de CHABAN lui a quand même fait une confiance immédiate.
Il n'a pas oublié non plus le discours sur la nouvelle société prononcé le 16 mai 1969 et qui n'a pas eu l'impact qu'il aurait dû avoir. On le regrette maintenant. On en reparle et on a raison, car c'était un discours absolument prémonitoire. Il a souffert de son échec aux élections présidentielles, des trahisons qui se sont produites à ce moment-là. Il en a souffert... si cela vous déplaît, je vous le dis quand même... Il en a souffert considérablement et moi qui ne l'ai pas quitté à ce moment-là j'ai pu mesurer dans quel état d'esprit il se trouvait.
Monsieur le Maire, CHABAN était caractérisé par une amitié et une fidélité sans limite. Et cela, je crois que personne ne peut l'oublier, cette fidélité et cette amitié reposaient sur un concept : l'amour de la France. Pour lui, l'amour de son pays c'était plus que toute autre chose et c'est pourquoi je le redis : je suis très ému, j'ai été très ému par l'annonce de sa mort, j'ai été m'incliner sur son corps et je suis encore terriblement ému.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci de ce témoignage.
Monsieur DELANOË, vous avez la parole.
M. Bertrand DELANOË. - très brièvement. Je n'ai croisé M. CHABAN-DELMAS que lorsque j'étais parlementaire au début des années 80. Je voudrais simplement, au moment où un grand homme d'Etat de la Ve République nous quitte, dire qu'au-delà de nosdifférences politiques, il faut savoir se rassembler sur la mémoire.
Pour moi, Jacques CHABAN-DELMAS c'est un homme associé à des valeurs, qui, dans les années 40, ont permis aux meilleurs de la Nation française de se rassembler pour l'essentiel.
A ce titre, j'approuve, Monsieur le Maire, ce qui doit être unanime dans ces rangs, la décision qu'un lieu de Paris porte son nom sans attendre bien sûr le délai de 5 ans.
La vie politique, la démocratie, impliquent les contradictions et lesdifférences.
Jacques CHABAN-DELMAS avait fait d'autres choix que les miens. Je voudrais dire que dans cette partie du débat démocratique contradictoire, je n'oublie pas ce que Jacques CHABAN-DELMAS a fait en termes de formation, je n'oublie pas qu'il a été le premier homme politique de la Ve République à croire qu'il pouvait y avoir de la Liberté dans l'audiovisuel public et ce qui m'a beaucoup touché de tous ceux qui l'ont connu et qui lui ont rendu hommage, ces dernières semaines, c'est le mot d'élégance, car effectivement je crois qu'il mérite ce qualificatif et, au-delà de nosdifférences, de la dureté parfois de la vie politique, l'élégance est une qualité majeure en politique.
Je crois aussi que Jacques CHABAN-DELMAS avait une vertu, c'est d'être fidèle à ses amis, quelles que soient leurs opinions politiques. Je ne citerai pas de noms mais vous savez auxquels, au pluriel, je pense, et pour cela, sans amalgame politicien je veux m'associer à l'hommage que nous lui rendons car je crois que dans cette vie politique, il a été aussi, avec nosdifférences, un exemple.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
Monsieur MALBERG, vous avez la parole.
M. Henri MALBERG. - Mesdames, Messieurs, Monsieur le Maire, nous avions souhaité cet hommage à Jacques CHABAN-DELMAS et j'associe le groupe communiste à ce qui vient d'être dit par M. le Maire de Paris et par Bertrand DELANOË.
Je le fais d'un double point de vue. D'abord comment ne pas rappeler que cet homme jeune s'est engagé aux côtés du Général de Gaulle durant la Résistance. Au moment de l'insurrection de Paris, dirigée par Rol-Tanguy et des grandes grèves de travailleurs à l'appel du Comité parisien de libération et des syndicats animés par André Tollet. Jacques CHABAN-DELMAS a assumé la liaison entre le Général Koenig à Londres et à Paris Alexandre Parodi et les forces françaises de l'Intérieur.
En août, il pénétre dans Paris aux côtés du Général Leclerc. Avec Rol-Tanguy, avec Tollet, avec CHABAN, chacun à leur façon et dans la clarté de leurs options politiques, ces hommes - et ces femmes nombreuses, elles aussi, dans la Résistance - sont de quelque façon l'image de la France.
Et puisque la France est diverse, j'y ajoute Manouchian.
Et puis M. CHABAN-DELMAS était un homme politique, président de l'Assemblée nationale, Ministre, Maire, militant engagé d'un parti politique. Il a joué un rôle important avec souvent une recherche d'idées originales dans la vie de notre pays.
Or, le débat politique, la politique, les affrontements sont une chose sûrieuse, très sûrieuse. Avec ses défauts, la politique c'est encore la seule façon pour une Nation d'échapper au pouvoir d'un seul. La démocratie a beaucoup de défauts, c'est connu, mais c'est encore la moins mauvaise façon de vivre ensemble. Or, sans vie politique, sans parti politique, pas de démocratie. Donc c'est à une personnalité qui a fait partie d'une génération courageuse qui a contribué à libérer la France et à un homme qui assumait une vraie fonction politique dans le pays que le groupe communiste du Conseil de Paris a voulu dédier ces quelques mots.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
M. SARRE a la parole, puis M. DOMINATI.
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement des citoyens, maire du 11e arrondissement. - Monsieur le Maire, chers collègues, les élus du Mouvement des citoyens approuvent votre décision, Monsieur le Maire de Paris, de donner le nom de Jacques CHABAN-DELMAS, récemment disparu, à un endroit de notre Capitale.
Nous souhaitons d'ailleurs que, dans les limites de ce qui est possible, la place ou la voie qui sera choisie soit à la hauteur de la carrière exemplaire de ce grand résistant, de ce grand républicain qui fut l'un des plus jeunes généraux de France, le Maire de Bordeaux, le Président de l'Assemblée nationale, puis le Premier Ministre du pays. Jacques CHABAN-DELMAS a été d'abord un grand serviteur de l'Etat animé par le sens du service public et de l'intérêt général. Il fut parmi les grands organisateurs de la Résistance intérieure puis de la Libération, nommé Général, à titre exceptionnel, à l'âge de 29 ans. Je tiens à saluer aussi en lui un élu local de grande envergure, un Président de l'Assemblée nationale ouvert à tous ceux qui partageaient son exigence républicaine, au Premier Ministre qui sut anticiper dans bien des domaines. Il était l'un des derniers grands résistants de la fresque héroïque de la Résistance et de la Libération de Paris.
C'est pourquoi nous nous associons pleinement à tous les hommages qui viennent de lui être rendus.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint. - Monsieur le Maire, le groupe "Paris-Libertés" s'associe à l'hommage rendu à Jacques CHABAN-DELMAS. Pour notre part, nous voudrions retenir l'action de ce jeune Général de 29 ans qui, avec Rol-Tanguy, ?uvra pour la Libération de Paris.
M. Yves GALLAND. - Monsieur le Maire, le groupe "U.D.F. et Modérés" s'associe comme les autres pleinement à l'hommage de notre Conseil rendu à Jacques CHABAN-DELMAS. La presse titrait ces jours-ci : "CHABAN, une vie au pas de course ; CHABAN, le parti du Mouvement". En tout cas, pour nous tous, Jacques CHABAN-DELMAS est un homme qui a honoré dans tous les sens du terme et très profondément son engagement politique et sa vie. Ce n'est pas un hasard si, aussi sincèrement, une unanimité se fait sur l'homme, et sur sa vie publique. De la Résistance dont-il est l'une des références, à son action à Matignon pour notre pays, avec cette volonté novatrice de la nouvelle société, de la Libération de Paris à son engagement total pour Bordeaux, il a toujours privilégié la France et l'intérêt de tous en sachant garder une dignité constante dans tous les affrontements publics.
Nous saluons, Monsieur le Maire, sa vie et sa mémoire et, naturellement, partageons votre v?u de donner maintenant le nom de Jacques CHABAN-DELMAS à une place ou une voie majeure de notre Capitale.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci. La parole est à M. RIOU.
M. Alain RIOU. - Je voudrais intervenir au nom des "Verts" pour dire que les premiers mots que M. BENHAMIAS, Secrétaire national des "Verts", a prononcés au congrés de Toulouse qui a été ouvert il y a maintenant quelques semaines, c'était pour rendre hommage à Jacques CHABAN-DELMAS. Je voulais confirmer notre approbation au fait de donner à une artère de la Ville le nom de Jacques CHABAN-DELMAS. Simplement, nous voulons insister sur le fait que cet homme, par son courage moral et physique et aux moments importants dans l'histoire de France, a joué un rôle particulier pour la lutte contre le racisme, l'antisémitisme, le nazisme et c'est ce que nous voulons principalement retenir.
A ce titre, je voudrais faire une observation.
Jacques CHABAN-DELMAS, en tant qu'homme politique, mais aussi en tant que résistant - la résistance allant plus haut et plus loin que la simple politique -, mérite que son nom soit donné à une artère de notre ville. Simplement, dans notre ville aujourd'hui, certains noms déshonorent ces artères. Il y a aujourd'hui des noms de gens qui sont antisémites, racistes et qui continuent effectivement à donner des noms à nos artères.
Je voudrais dire un dernier mot : un grand homme est mort aussi il y a peu de temps ; Théodore Monod. Il serait bon que nous réfléchissions tous ensemble sur le fait qu'il n'y a pas que les militaires, les hommes politiques ou des gens totalement inconnus qui, aujourd'hui, donnent leurs noms aux artères de la Ville de Paris. Il faudrait parfois tenir compte du fait que certains ont joué dans l'histoire de ce siècle un rôle. Certes Théodore Monod était un naturaliste, un écologiste, un homme de culture, mais je crois qu'en fait nous devrions réfléchir plus largement à cette question.
Je vous remercie de votre attention.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mon cher collègue, si vous arpentez les rues de Paris, vous constaterez que les hommages ont été rendus non seulement à des hommes politiques, mais à des personnalités diverses de toutes origines. Ce n'est pas un fait nouveau. Il y a des hommes politiques, mais il y en a d'autres comme des écrivains, des artistes, des résistants qui n'ont pas été des hommes politiques. C'est très varié. Théodore Monod, sans aucun doute, méritera un jour d'avoir une reconnaissance pour l'action qu'il a menée. Sans aucun doute mais ce n'est pas du tout exclusif. Nous avons terminé.
Merci de votre intervention.