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Septembre 2009
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2009, DPVI 169 - Signature d'une convention avec l'association Aurore pour l'attribution d'une subvention en vue de l'acquisition d'un bus dans le cadre du projet d'insertion de personnes en situation de grande exclusion - Projet dénommé " Le carré des biffins " (18 e). Montant : 15. 000 euros.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2009


 

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DPVI 169. Il s?agit de la signature d'une convention avec l'association "Aurore".

Je donne la parole à Mme FOURNIER.

Mme Danielle FOURNIER. - Merci.

Il a été question tout à l'heure des "marchés de la misère" et là il s?agit d?un projet de délibération qui donne peut-être une piste pour trouver des solutions.

Nous avons déjà eu l'occasion dans ce Conseil d?évoquer les "biffins", autrement appelés les chiffonniers, qui exercent aux franges de Paris, mais aussi sur le boulevard de Belleville et dans d'autres endroits, tels que la porte de Montmartre, dont il est question dans ce projet de délibération.

Ils récupèrent sur les trottoirs, dans les poubelles, des objets usagés, des vêtements déjà portés et les retapent, leur donnent une deuxième vie en les proposant à des sommes modiques. Cela leur assure un très modeste revenu et permet aussi aux plus démunis de trouver des objets à bas prix. C'est une forme de recyclage qui a son prix, surtout en temps de crise.

Ces marchands volants, ces biffins, sont de plus en plus nombreux. On vient de le dire. Les plus anciens se sont constitués en association et ont proposé qu?en échange d?une redevance une carte leur soit attribuée leur donnant droit à un espace où exercer leur activité.

C'est ce qui est à l'origine de la création du carré biffin que nous demandions depuis plusieurs années. Nous pensons que la création du carré biffin représente un pas décisif dans la reconnaissance du rôle économique et du travail de collecte et de recyclage qu'ils effectuent.

Le dispositif social d'accompagnement mobile pour le temps de l'expérimentation dont il est question dans le projet de délibération, accueillera ceux qui le souhaiteront, et c'est un volet important de la mise en place de ce projet novateur et très attendu par les biffins et par les habitants, ce dont nous nous réjouissons.

Accompagner les biffins, surtout les jeunes en situation de grande exclusion dans leurs projets d'insertion et de formation, permettra peut-être, enfin nous l'espérons, de dépasser la situation actuelle et de redonner une dignité aux biffins.

Cela dit, le nombre de places allouées (100 places) est inférieur au nombre de biffins intéressés par le dispositif dans le 18e arrondissement et le périmètre du carré est déjà trop petit pour que le dispositif devienne vraiment opérant. Il faudrait qu'il s'élargisse, soit en augmentant le nombre de places, soit en étendant ce dispositif à d'autres quartiers où sont présents les biffins, et pourquoi pas justement à Belleville.

Il est vrai que c'est la seule alternative réaliste à la situation actuelle qui voit se développer rapidement les situations de précarité et donc ce type de vente.

Le destin de cette expérimentation est donc de se multiplier ou de se démultiplier pour que soit prise en compte de manière globale, notamment peut-être dans le cadre du réaménagement urbain des portes de Paris, cette question sociale et écologique. D'un côté, le contenu des poubelles ne cesse d'augmenter, d'un autre, la crise économique, le chômage conduisent des centaines d'habitants d'Ile-de-France à devenir biffins, biffin occasionnel, et à offrir des objets à bas prix à ceux qui en ont besoin.

C?est pourquoi nous sommes très favorables à l'attribution d?une subvention à l'association "Aurore" qui aura en charge de mettre en ?uvre concrètement ce projet.

Je vous remercie.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole maintenant à Mme Myriam EL KHOMRI.

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Je m?associe tout à fait aux propos que vient de tenir Danielle FOURNIER, au nom de Daniel VAILLANT et de nombreux élus du 18e arrondissement, qui ont suivi ce projet, notamment Gérald BRIAND, mais aussi Frédérique PIGEON, Sandrine MEES et Afaf GABELOTAUD. Nous voulions vous dire notre satisfaction qu?il y ait deux projets de délibération aujourd'hui sur la création de ce carré aux biffins : un projet de délibération au Conseil général avec une participation financière de plus de 216.000 euros et ce projet de délibération au titre de la DPVI portant sur 15.000 euros.

C'est une réponse innovante, créative, expérimentale aussi puisque nous ne sommes pas sûrs de réussir même si tout le monde fera tout pour que cela fonctionne. C?est aussi une réponse qui allie le traitement social et un soutien aux habitants d'un quartier populaire qui est en pleine rénovation et qui souffre. Il souffre de la malpropreté du secteur, il souffre aussi de la difficulté d'accès à la crèche pour les enfants. C'est donc vraiment une réponse qui se veut innovante et qui essaye d?allier ces deux préoccupations que nous devons avoir en tant qu?élus d'arrondissement.

Il y a des biffins, des chiffonniers mais aussi beaucoup de vieux migrants qui ont peu ou pas de ressources, que l'on appelle les Chibanis. Au-delà du carré aux biffins, un bus permettra une véritable insertion sociale de ces personnes.

Même si cette situation perdure depuis au moins trois ans, notre première action a été, parce que ces personnes S.D.F. étaient dans des campements, de traiter leurs cas au titre de l?urgence sociale. Cela a demandé également beaucoup de travail pour reloger ces personnes.

Il y a eu ensuite une étude. Il y a ces biffins, ces chiffonniers, mais à côté, il y a des vendeurs à la sauvette également. Il est vrai que la vente à la sauvette est interdite et on ne pouvait pas demander aux services de police de faire le tri entre les chiffonniers et les autres vendeurs à la sauvette. L'intérêt de ce carré aux biffins est aussi de redonner à ces personnes une dignité par l?activité qu?ils mènent. C?est une activité utile, historique dans le plateau des puces.

Puis, la réussite de ce projet se mesurera également au fait que toute vente à la sauvette sera interdite au-delà du carré. Pour cela, j?en profite, au-delà d?Olga TROSTIANSKY bien évidemment et de Gisèle STIEVENARD, pour remercier Georges SARRE parce que nous avons, avec les élus de Saint-Ouen, rencontré la Préfecture de police pour demander la présence à proximité à partir du 17 octobre d'une sorte de dispositif de sécurité, de policiers, analogue à celui déployé sur le Champ de Mars, afin de permettre que ce carré aux biffins puisse marcher. J?ai entendu ce que disait Danielle FOURNIER sur le nombre d?emplacements. Il y a cent emplacements sur le carré, mais c?est trois cents personnes qui en bénéficieront. L'intérêt est aussi de limiter les choses pour leur donner une vraie chance de réussir.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Pour répondre, je donne la parole à Gisèle STIEVENARD et Olga TROSTIANSKY.

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe, au nom de la 5e Commission. - Je remercie Danielle FOURNIER et Myriam EL KHOMRI qui ont tenu des propos dont je me sens tout à fait proche.

En effet, il y a deux projets de délibération qui se font écho, l?un dont nous avons débattu précédemment au Conseil général sur un projet d'insertion des personnes en situation de grande exclusion, et puis la mise en place de ce bus pour lequel la DPVI intervient à hauteur de 15.000 euros. Cela va permettre à l'association "Aurore", bien connue, d'être présente le samedi, le dimanche, les jours fériés, de 6 heures du matin à 16 heures pour justement être l'interlocuteur des personnes qui sont là.

Comme l?a indiqué Myriam EL KHOMRI, on est dans la créativité, on tente des initiatives nouvelles. La mairie du 18e arrondissement a été très volontaire sur le sujet. La Ville de Paris, bien sûr, l?accompagne car il y avait une situation invivable, il faut bien le dire, autour du quartier de la porte Montmartre et nous cherchons des solutions.

Je pense que le choix d'une centaine d'emplacements n'a pas été le fait du hasard. Au-delà d'une certaine taille, il y a un effet qui n?est pas maîtrisable. Il faut que les solutions recherchées restent à taille humaine, que les choses soient bien mesurées. On verra ensuite si c?est transposable mais avant cela il faut d'abord en faire un bilan ; c?est prévu car il s'agit d'un projet expérimental. D'ici un an, nous serons en mesure de dire vraiment si cela fonctionne bien.

Je voudrais faire écho à l'initiative qui a été prise dès cet été. La "Compagnie Résonances" avec l'équipe de développement local de la porte Montmartre a mis en place des activités culturelles pour réinvestir Le Mail Binet, ce qui est aussi une façon de faire revivre cet espace et de faire tomber les tensions, les conflits qui existent entre les occupants divers et variés de ce lieu et les habitants. C'est un moyen de faire se rencontrer à la fois les associations, les biffins, les habitants, les enfants, etc. C?est la volonté de recréer du lien social et cela me parait tout à fait essentiel.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole à Olga TROSTIANSKY.

Mme Olga TROSTIANSKY, adjointe. - Je voulais rajouter à l?ensemble des propos que nous sommes, avec la mairie du 18e arrondissement, très préoccupés par la situation des biffins de la porte Montmartre, et ce, depuis quelques années.

Les diverses études menées sur le sujet ont fait apparaître un besoin d'accompagnement social, avec un problème d'accès au droit. Avec les différents acteurs concernés, dont l'association "sauve qui peut", nous avons travaillé à mettre en place une action expérimentale innovante et financée par le Plan départemental d?insertion. Comme on l?a rappelé tout à l'heure, cette mission a été confiée à l'association "Aurore", qui est une association spécialisée dans l'hébergement, la santé et l'insertion.

Cette association est chargée de gérer le "carré des biffins", qui va permettre à 300 personnes d'exercer leur activité de revente de marchandises et de récupération, et de bénéficier d'un accompagnement social personnalisé. Il est en effet important de rappeler que toute activité de vente hors de ce carré sera considérée comme illégale.

L'activité démarrera le 17 octobre et sera précédée, c'est important, par une campagne d'information en direction des vendeurs à la sauvette et des habitants.

Pour conclure, Monsieur le Maire, je voudrais rappeler que ce dispositif est adapté à la situation très particulière des biffins du 18e arrondissement, a pour but l'insertion sociale, et qu'il ne s'agit en aucun cas de légaliser les marchés de misère à Paris.

Son caractère totalement innovant nous amène à l'envisager sur une période expérimentale d?un an, période à l'issue de laquelle je vous propose, Madame FOURNIER, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, de tirer un bilan.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DPVI 169.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2009, DPVI 169).