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Septembre 1999
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7 - 1999, Communication de M. le Maire de Paris sur les Grands boulevards

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 1999


M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, dès le mois d'avril 1997, lors de la communication consacrée à l'urbanisme que je présentais ici même devant le Conseil de Paris, j'avais fait part de mon souhait d'engager de façon prioritaire un projet ambitieux de remise en valeur des Grands boulevards. Ma volonté était alors de mener une action globale et cohérente sur cette grande promenade, afin d'améliorer la qualité de ses espaces publics, de mieux préserver son patrimoine bâti et de favoriser son dynamisme économique, social et culturel.
Très vite, et dans cet esprit, je vous proposais d'approuver ces objectifs et d'engager la concertation avec l'ensemble des acteurs concernés par le projet. Vous avez alors adopté cette démarche à l'unanimité.
Au terme de deux années nécessaires à une véritable réflexion, la mise en valeur des Grands boulevards entre aujourd'hui dans une phase active, avec l'engagement des travaux de voirie.
A cette occasion, je souhaite vous faire part de l'état d'avancement de ce grand projet, comme je l'ai fait au printemps dernier pour notre autre grand projet parisien de réhabilitation, celui du site de la Seine.
Tout d'abord, je tiens à saluer le travail remarquable effectué par le Comité des Grands boulevards, présidé par mon adjoint Vincent REINA. Rassemblant les élus des 6 arrondissements concernés, les Présidents des associations, la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, la R.A.T.P. et, bien entendu, les services de l'Etat et de la Ville et, de manière efficace, de la Préfecture de police, il s'est réuni à de très nombreuses reprises depuis 1997 et cela dans un souci de concertation et de coopération exemplaire.
Il a ainsi pu examiner l'ensemble des propositions formulées par les services, les compléter et proposer un programme d'action cohérent, permettant d'ouvrir la voie à un véritable projet de réaménagement et de mise en valeur.
Premier temps fort de ce projet : la Maison des Grands boulevards s'est trouvée ouverte au public dès juillet 1997, de sorte que les riverains et l'ensemble des personnes intéressées ont pu suivre l'état d'avancement du programme durant toute la durée des études. Depuis son ouverture, ce sont ainsi près de 7.000 personnes qui ont été accueillies et l'ensemble des observations qu'elles ont formulées ont été transmises au Comité pour éclairer ses choix.
Mes chers collègues, trois objectifs, déterminés ensemble, ont présidé à cette ambitieuse opération de mise en valeur des Grands boulevards.
Le premier de ces objectifs consistait à réduire l'encombrement des trottoirs, harmoniser et remettre en ordre le mobilier urbain et améliorer l'ambiance nocturne.
Le Comité a recherché tout à la fois une amélioration esthétique et fonctionnelle des trottoirs et un meilleur partage de l'espace au profit des piétons. La pose d'un nouveau type de luminaire, d'ores et déjà réalisée de la République à la Madeleine, le réaménagement des trottoirs qui débute en ce moment même et l'installation d'un nouveau modèle de kiosque de type 1900 répondent parfaitement à ce dessein.
Le deuxième objectif fixé par notre Assemblée était de préserver et mettre en valeur la qualité du patrimoine architectural et urbain.
Pour y parvenir, le Comité a travaillé à la création d'une charte de qualité des devantures et des enseignes, à la définition d'un urbanisme plus respectueux de la valeur architecturale des bâtiments et de la qualité du paysage urbain.
Sur ce dernier point, à la suite de l'enquête publique qui s'est déroulée au printemps dernier pour la modification du Plan d'occupation des sols, j'ai le plaisir de vous informer que la Commission d'enquête désignée par le Président du Tribunal administratif vient de m'adresser son avis favorable. Ce projet sera donc soumis à votre approbation dans les prochaines semaines.
Le Comité a toujours eu le souci, dans ses propositions, d'atteindre le troisième objectif défini pour ce projet, qui était de conforter et renforcer le dynamisme économique et culturel des Grands boulevards.
Le Comité a favorisé l'installation de nouveaux commerces. De nombreux projets sont en cours, d'autres sont en voie d'achèvement. De nouvelles réalisations, comme l'îlot Edouard VII, connaissent un véritable succès. Sur cette grande artère enfin, d'importantes et spectaculaires manifestations prennent place, qui rappellent combien les Grands boulevards demeurent assurément un territoire d'innovation et de fête.
Enfin, une dernière question retient toute notre attention : il s'agit, bien entendu, de la remise à double sens des Grands boulevards. L'étude réalisée par les services municipaux, en collaboration étroite avec ceux de la Préfecture de police, nous amène à penser que cette opération est aujourd'hui nécessaire. Ce sont les habitants et les commerçants du quartier qui sont les premiers concernés et la procédure de concertation démontre qu'ils y sont, aujourd'hui, majoritairement favorables.
Sa mise en ?uvre exige de chacun la plus grande attention car elle aura un impact fort sur la circulation, l'activité économique et la qualité de la vie, qu'il convient bien entendu de bien mesurer.
Aussi je souhaite que, sur cette importante question, notre réflexion se poursuive très activement, en concertation avec la Préfecture de police, les membres du Comité et les élus concernés afin de parvenir à un résultat qui aille, bien entendu, dans le sens de l'intérêt général.
Mes chers collègues, je voudrais, pour conclure, rappeler combien cette ambitieuse opération de remise en valeur des Grands boulevards revêt pour notre Ville un très important intérêt et je veux redire ici l'extrême attention que je porte aux remarquables travaux menés par le Comité.
Promenade chargée d'histoire, figures littéraires des grands romanciers du XIXe siècle, les Grands boulevards, qui participent éminemment de l'image et de l'identité de notre Capitale, ont toujours été un lieu de convivialité, de brassage et d'intense vie sociale.
Grâce aux travaux entrepris aujourd'hui, mes chers collègues, et même si ce n'est certes pas l'affaire d'un jour, ils ont commencé, n'en doutons pas, de renaître.
Je vous remercie d'y participer activement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris", "Paris-Libertés" et "U.D.F. et Modérés").
Premier orateur inscrit, pour 10 minutes, M. MARCUS.
M. Claude-Gérard MARCUS, adjoint. - Monsieur le Maire, je tiens à vous apporter le soutien du groupe "Rassemblement pour Paris" à la politique menée dans l'opération des Grands boulevards.
En effet, c'est un modèle d'urbanisme à l'échelle humaine et c'est un modèle de concertation.
J'ai participé comme beaucoup d'autres élus au Comité des Grands boulevards où sont représentés - je le rappelle - les mairies de tous les arrondissements que cet axe traverse, les associations de commerçants, les associations de riverains et des services publics tels que la R.A.T.P. et la Préfecture de police.
Les réunions régulières du Comité ont été une très bonne démonstration de ce que peut être une véritable concertation. Quand on voit les décisions qui ont été prises, quand on voit les réalisations qui commencent, on se rend compte que les suggestions des uns et des autres, quelle que soit leur tonalité politique d'ailleurs, ont été retenues et transformées en réalité.
La transformation la plus visible est bien entendu celle qui concerne l'éclairage sur les Grands boulevards.
Si l'éclairage de la chaussée était correct, sur les trottoirs, il y avait des zones d'ombre, d'où un sentiment d'insécurité qui s'ajoutait au problème local dont j'aurai l'occasion de parler un peu plus tard.
Le dispositif adopté rejoint d'ailleurs la suggestion que j'avais faite. L'éclairage à mi-hauteur des lampadaires permet de bien voir sur les trottoirs et crée une homogénéité entre la place de la République et la Madeleine.
Nous sommes, bien sûr, tous conscients du fait que les Grands boulevards ont traversé une période très difficile, qu'ils unissent des quartiers très dissemblables avec des activités économiques différentes et qu'il n'est pas question de les aligner ni sur le modèle de la place de la République ni sur celui de la Madeleine. Cependant, une évolution commune doit recomposer cette artère importante et lui redonner la vie qu'elle a connue dans le passé.
D'où ce problème que vous avez évoqué, Monsieur le Maire, de la circulation. On a l'impression que la "dégringolade" des Grands boulevards a coïncidé avec la création du sens unique, qui a transformé ces Grands boulevards en voie autoroutière. Peut-être le retour au double sens renversera-t-il ce courant. En tout cas, ce que nous pouvons constater, c'est que le Comité a très bien travaillé et que votre adjoint, Vincent REINA, y a fait un excellent travail.
Je rappelle que l'information des riverains a été assurée par la "Lettre des Grands boulevards" et que la Maison des Grands boulevards a déjà reçu 6.000 visiteurs. On peut y voir à la fois l'évolution du projet, sa géographie et on peut y enregistrer les plaintes ou les propositions des habitants.
Nous avons vu aussi, plus récemment, une autre réalisation concrète : celle de l'unification des kiosques à journaux sur le modèle dit "modèle 1900", en remplacement d'édicules qui étaient très dépassés sur le plan technique et très laid. Comme en matière d'éclairage, ceci crée une certaine unité et rappelle la grande période des Grands boulevards.
Une charte concernant l'aménagement des façades de magasin a été adoptée et s'appliquera progressivement.
Il faut insister sur le fait - et mon groupe s'en réjouit - que cette opération a été lancée il y a deux ans et qu'en ce court laps de temps on a déterminé le sens de l'action, fixé des étapes et déjà obtenu des résultats concrets.
Nous savons très bien qu'une opération aussi ambitieuse n'est pas simplement une question de crédits, mais aussi une question d'évolution des esprits, une question de concertation positive.
Dans tous ces domaines, nous avons les assurances que donnent ce qui a déjà été fait. Nous savons que les chaussées et les trottoirs vont être réaménagés. On va faire un maillage propre aux Grands boulevards ; les passages seront identifiés par un marquage spécial, qui donnera son caractère d'unité à l'ensemble de l'opération.
Tout n'est pas réglé, mais il me semble que les premières réalisations sont probantes.
Cela étant, à côté des éléments positifs il y a des éléments négatifs qu'il ne faut pas passer sous silence.
Je me réjouis que la R.A.T.P. ait très vite donné suite au voeu de changement du nom de la station "Montmartre" en "Grands boulevards". Ce n'est pas qu'une question de vocabulaire, cela évite aux touristes et aux gens de passage de débarquer à la station "Montmartre" en cherchant le Sacré-Coeur. Là au moins, il n'y a pas de confusion possible.
En revanche, je regrette que la R.A.T.P. refuse toujours de rouvrir la station "Saint-Martin", ce qui permettrait d'alléger "Strasbourg Saint-Denis" et de mieux desservir les théâtres. D'ailleurs, ceci correspondrait aux v?ux des commerçants.
En effet, les Grands boulevards, c'est un axe de circulation routière, c'est un lieu de promenade, mais c'est aussi encore et cela doit être accentué, un lieu de culture et de distraction.
Il y a actuellement deux pôles très actifs. D'abord celui des théâtres du côté de la porte Saint-Martin, c'est-à-dire le Théâtre de la porte Saint-Martin, le Théâtre de la Renaissance, pas loin de là, le Théâtre du Gymnase, le Théâtre Antoine, le Théâtre qui s'appelle maintenant le Comedia, qui s'appelait l'Eldorado, le Théâtre des Nouveautés, et plus loin, l'ensemble des théâtres de l'îlot Edouard VII.
C'est donc quelque chose de très important sur le plan culturel.
Il y a du coté de l'Opéra encore un grand pôle cinématographique, mais je souhaite que le Comité ait des contacts avec les grandes compagnies cinématographiques pour essayer de réimplanter un certain nombre de salles de cinéma parce que s'il est vrai qu'au cours des vingt dernières années beaucoup de salles ont fermé et que cette industrie a connu une régression face à la télévision, on constate maintenant au contraire un retour au cinéma. Il faudrait que l'opération puisse bénéficier de cette embellie.
Dans ce cadre-là, je salue l'aide que la Ville de Paris a apportée à l'ouverture d'une salle de la Cinémathèque de France sur les Grands boulevards, salle qui sera conservée même lorsque l'essentiel des activités de la Cinémathèque sera transféré à Bercy.
Voilà donc des éléments de proposition.
Il reste encore un point essentiel qui conditionne le succès de cette réalisation et qui ne dépend pas de la Ville de Paris ; c'est celui de la sécurité.
La police fait un effort que je tiens à saluer, surtout la police du métro, notamment à Strasbourg Saint-Denis.
Il n'en reste pas moins que les résultats ne sont pas à la mesure des efforts entrepris ou, plutôt, que les bons résultats sont trop rapidement remis en cause. On n'obtiendra pas que les Grands boulevards redeviennent un axe de promenade, notamment le soir, s'il y a des zones d'insécurité.
J'attire l'attention de M. le Préfet de police sur cette situation dont le projet lui-même ne dépend pas, mais qui conditionne en partie son succès.
Voilà ce que je souhaitais déclarer au nom du groupe "Rassemblement pour Paris" en redisant combien nous sommes heureux de travailler avec Vincent REINA qui fait un excellent travail dans ce domaine.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris", "Paris-Libertés et "U.D.F. et Modérés).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur MARCUS.
Monsieur SARRE pour cinq minutes, vous avez la parole.
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement des citoyens, maire du 11e arrondissement. - Monsieur le Maire, chers collègues, nous l'avons dit, la requalification des Grands boulevards est un projet intéressant qui redonnera une dynamique commerciale à un secteur historiquement important de la Capitale.
Jean-Yves AUTEXIER était intervenu en ce sens en mars 1997, lorsque vous aviez annoncé, Monsieur le Maire, vos intentions. Il avait apporté toutefois plusieurs critiques qui s'avèrent toujours valables aujourd'hui, et que je voudrais développer.
Tout est présenté comme si le projet avait pour visée première la transformation commerciale des boulevards. Personne naturellement ne se plaindra qu'ils deviennent plus gais, plus attrayants, plus animés, mais il ne faut pas, Monsieur le Maire, que cela soit au prix des embarras de la circulation, de la pollution, du bruit, bref une augmentation considérable des nuisances.
L'essentiel en effet c'est le nouveau plan de circulation. Toute modification de celui-ci doit donc se faire avec pour seul objectif le bien être des riverains, une plus grande fluidité de la circulation et une limitation des nuisances.
Un certain nombre de personnes se sont manifestées pour se faire les propagandistes du retour au double sens sur les boulevards et promouvoir paraît-il un jumelage de ceux-ci avec Broadway. Pourquoi pas... mais je vous ferai remarquer, Monsieur le Maire, que ces personnes ne connaissent pas les effets d'une telle décision. Cela irait contre les théâtres dont parlait excellemment notre collègue MARCUS, contre la venue d'une population qui retrouverait ces Grands boulevards pour se promener, pour se balader, comme le chantait Yves Montand.
Donc j'appelle vraiment votre attention sur le fait que cette question ne doit pas être tranchée dans la direction prise à la légère, car vous auriez, nous aurions ensemble de très mauvaises surprises.
La mise à double sens des Grands boulevards entre République et Richelieu-Drouot aurait dû faire une très large concertation. Or, la presse du week-end a évoqué les résultats d'un sondage effectué par la Ville auprès de 400 riverains des boulevards, une majorité, 50 % est favorable au double sens.
En choisissant cette méthode du sondage, sur un échantillon relativement petit, je crois que la concertation, quoi qu'en dise M. MARCUS, a été escamotée. Vous l'avez d'autant plus passée aux oubliettes que vous avez restreint son périmètre aux arrondissements directement limitrophes des boulevards sans prendre en compte les habitants des boulevards, partant de la place de la République, qui subiront directement les conséquences de la mise en double sens.
Vous avez enfin choisi, et je le déplore, de vous exprimer de mon point de vue prématurément pour expliquer quelle est la solution retenue par la Ville alors que la communication dont nous débattons explique que les études ne sont pas achevées.
Comment peut-on donner une décision alors que les études, vous le dites vous-même, ne sont pas terminées ?
Cela revient à négliger le travail de la direction et à mettre notre Assemblée devant une sorte de fait accompli. Or, il faut bien évaluer les incidences très fortes qu'aura ce choix sur la circulation, les encombrements, la pollution sur la place de la République même et les boulevards qui en partent vers la Bastille, la Nation, le Père-Lachaise.
Ce sera un appel d'air, si j'ose dire, pour les véhicules, les voitures qui seront créés, et ce quelle que soit la solution proposée. Les embarras de la circulation seront énormes, mais j'aimerais que le Préfet de police, Monsieur le Maire, s'exprime sur ce sujet aujourd'hui même, parce qu'il ne faut pas attendre que les surprises soient révélées quand le dispositif sera mis en oeuvre.
Je vous rappelle que la journée sans voiture à Paris, question embarras de la circulation a été un succès !
Je crois qu'il faut voir quand même ce que signifient véritablement les décisions qui sont prises. Le double sens, un couloir bus à contre sens, cela est dangereux pour les piétons - je me souviens d'avoir fait de la sécurité routière- et mal commode pour les livraisons, deux voies plus un couloir bus et retour sur une file, solution apparemment retenue par vous, ce sont, je vous le garantis, des embouteillages assurés.
Et c'est pourquoi, Monsieur le Maire, je vous propose de laisser les techniciens terminer leur travail avant que politiquement la décision soit prise.
Je souhaite également que tout l'aspect revitalisation commerciale, parfaitement nécessaire, y compris pour ce qui concerne l'harmonisation des enseignes, ne débouche pas sur un changement structural du type d'activités existantes. Déjà à partir de la Madeleine jusqu'à l'Opéra, les enseignes de luxe sont majoritaires, rien d'anormal, cela est la vocation du quartier, mais sur le reste du parcours, il faut préserver - en tout cas c'est notre intention, notre souhait - la mixité des commerces et le petit commerce.
Concernées de près par ce projet, je pense que les mairies du 3e et du 11e arrondissement notamment, mais aussi celle du 10e souhaiteraient en savoir plus sur l'exposition retraçant l'histoire des Grands boulevards qui est prévue, sur la nature et l'échéancier de réalisation des travaux de la station de métro République.
Nécessiteront-ils des travaux sur les sorties, le terre-plein central, les passages piétons permettant d'accéder aux bouches de métro ?
En conclusion, Monsieur le Maire, nous vous mettons en garde, il n'y a pas de vote aujourd'hui, de façon à ce qu'après nous ne soyons pas placés dans une situation très difficile pour nombre d'habitants de ces secteurs.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur SARRE.
La parole est à M. GALLAND, pour sept minutes.
M. Yves GALLAND, adjoint. - Monsieur le Maire, en date du 15 septembre vous nous avez communiqué un dossier sur les Grands boulevards, fondé sur des objectifs, vous l'avez rappelé, que vous aviez annoncés en avril 1996, il y a donc trois ans et demi. Ils avaient été votés par le Conseil le 3 mars 1997, il y a deux ans et demi, préparés par un comité qui, nous l'avons rappelé, a très bien travaillé, et dans un esprit de bonne concertation.
C'est dire, Monsieur le Maire, l'anticipation qui a présidé à l'élaboration de ce document et, dans ces conditions, la certitude que ce dossier dont nous avons eu communication il y a 15 jours - je le rappelle - pour préparer ce débat, était exhaustif.
Quelle n'est pas, dès lors, notre stupéfaction et, Monsieur le Maire, le mot n'est pas trop fort, de découvrir dans la presse dominicale un élément novateur fondamental, le retour de la circulation à double sens sur les Grands boulevards. Or, ce sujet avait été à peine esquissé sur deux lignes dans le dossier communiqué aux élus et n'avait pas été abordé une seconde dans votre conférence de presse de vendredi dernier.
Quelle que soit la raison de ce dysfonctionnement, qui justifie une fois encore nos critiques sur les conditions de travail bien peu démocratiques et transparentes de notre Assemblée, elle ne m'inspire que peu de qualificatifs, Monsieur le Maire. C'est un débat tronqué ; cela ne peut donc être qu'un débat médiocre.
Je reviendrai ensuite, comme M. SARRE, sur la circulation à double sens.
Sur le fond, Monsieur le Maire, nous approuvons sans réserve la nécessité de rénover et d'embellir les Grands boulevards. Pour naturellement valoriser ce lieu privilégié du spectacle parisien, avec ses 17 théâtres, ses très nombreux cinémas et cet axe culturel naturel. Pour rendre attractives et conviviales les terrasses possibles de la centaine de restaurants, bars et cafés, en espérant pour ce secteur que les projets en cours s'inspireront de la réussite incontestable des Champs-Elysées et des terrasses, ce qui ne semble pas tout à fait être l'orientation prise. Pour redonner cette vie spécifique aux Grands boulevards, en réanimant les stands qui ont toujours caractérisé l'animation de ces quartiers, stands qui devront naturellement être situés de façon précise et harmonieuse. Mais j'ajoute que j'ai lu dans la presse que notre collègue Bertrand DELANOË a émis une idée consistant à organiser la "Fête de Noël", comme cela se fait à Strasbourg, sur les Grands boulevards. Je tiens à dire que, venant de différents groupes, ce sont des suggestions dont nous devrions nous inspirer ; c'est une excellente idée qui, je tiens à le lui dire sans chercher à récupérer une idée qui ne fut pas nôtre, me paraît tout à fait adaptée à la situation.
Redonner aux Grands boulevards une vie spécifique, en réalisant, comme vous le proposez, Monsieur le Maire, l'aménagement des trottoirs, l'harmonisation du mobilier urbain et des devantures des commerces, du front bâti et hauteurs des immeubles.
Espérons aussi que ces projets et leur avancement permettront de relancer le passage des Princes qui doit retrouver rapidement une vocation commerciale et accueillante dans un lieu aussi rempli de charme.
Reste le plan de circulation des Grands boulevards : 2,7 kilomètres d'un axe majeur, à sens unique depuis maintenant 40 ans.
Monsieur le Maire, c'est peu de dire que nous aurions aimé disposer d'une étude sérieuse - cela fait trois ans et demi que ce dossier est lancé - des services techniques de la Direction de la Voirie sur le retour au double sens de circulation.
C'est peu de dire que nous aurions aimé avoir dans ces études les modifications de circulation qui vont naturellement être opérées sur les voiries connexes. Je pense à la rue du 4 Septembre, à la rue du Temple.
C'est peu de dire que nous aurions aimé avoir connaissance des enquêtes en votre possession, que nous lisons dans la presse, sur ce qui est fait auprès de la population, sur la façon dont elles ont été réalisées, comment les échantillons ont été constitués et quelles questions ont été posées.
Au stade actuel, nous n'avons, quant à nous, aucun a priori négatif sur une telle évolution ; mais je tiens à dire tout de suite qu'elle ne nous apparaît comme viable que si elle permet de réaliser dans chaque sens deux voies de circulation avec une voie d'autobus et des aménagements cyclables.
Puisque nous en sommes au stade des rumeurs, et que les élus ne peuvent que parler au stade des rumeurs, j'ai lu qu'il était question d'envisager un retour au double sens avec deux voies de circulation : une voie d'autobus avec une voie de circulation dans un sens, une voie d'autobus avec deux voies de circulation dans l'autre sens.
Si c'était vrai, cela nous paraîtrait une ineptie et une grave contre-performance. Les voies de circulation doivent être équilibrées. Une voie d'autobus, 2 voies de circulation dans chaque sens.
Naturellement, les aménagements cyclables doivent être réalisés parallèlement. Une demi-mesure avec une circulation déséquilibrée, je le répète, dans l'un des deux sens nous paraîtrait extrêmement dangereuse.
Il est vrai que, pour nous prononcer définitivement, une approche globale est indispensable : la rénovation des trottoirs et leur largeur, les réalisations de la voirie et du plan de circulation forment, pour nous, un tout indissociable.
Alors, nous pourrons vous dire, Monsieur le Maire, et alors seulement, si nous pouvons soutenir vos propositions de valorisation des Grands boulevards pour que, dès 2001, objectif calendaire qui nous paraît une fois de plus envisagé, les Parisiennes et les Parisiens, comme Yves Montand, aiment à nouveau flâner sur les Grands boulevards !
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "U. D.F. et Modérés").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur LHOSTIS, vous avez la parole pour 7 minutes.
M. Alain LHOSTIS. - Monsieur le Maire, votre communication sur les Grands boulevards se situe, dites-vous, dans une démarche de concertation inédite. Sans doute que, pour vous, demander l'avis d'un maire d'arrondissement concernant l'aménagement d'un secteur dont celui-ci représente la population, vous semble le summum de ce que vous pouvez admettre. Les réunions du Comité des Grands boulevards, regroupant différents acteurs, si elles sont nécessaires, restent des rendez-vous de sommet !
Alors, vous soulignez : "Nous avons la Maison des Grands boulevards" qui joue un rôle important dans la méthode participative adoptée. Mais ce n'est qu'un point d'information dans lequel chacun peut déposer ses avis et réclamations. De ce point de vue, c'est la Poste moins le timbre !
Il n'y a aucun échange direct entre la population et les promoteurs du projet, vous et votre majorité. Certes, des arrondissements s'emploient, en dépit de leur absence de moyens, à associer les populations riveraines et les associations locales mais de votre part, la parole n'est que descendante.
Je ne veux illustrer mon propos que par un seul exemple, celui que vous donnez vous-même d'ailleurs : la propreté.
Selon vous, il y a quelques mois, il y avait beaucoup de plaintes à la Maison des Grands boulevards sur la malpropreté des trottoirs. Aujourd'hui, parce que les gens ont pu trouver un lieu de réclamations, une action a été entreprise et il y aurait très peu de plaintes et, comme vous l'écrivez, les observations sur ce thème sont rares et très localisées. C'est ubuesque ! Pour un trottoir propre, sans crottes de chiens, il faut qu'en direct le Maire de Paris en soit informé ! Cela condamne un mode de gestion hyper-centralisé, c'est de la concertation "Canada Dry" !
A quand le grand débat sur les Grands boulevards avec les populations riveraines qui ne porte pas simplement sur l'aménagement des trottoirs, la circulation automobile et l'esthétique de la façade ?
Tout cela est nécessaire et l'approche que vous en proposez de ce point de vue nous convient. Toutefois, concernant la circulation automobile, les études sur le double sens ou le maintien du sens unique, dont on peut regretter qu'elles n'aient pas encore abouti après tant de temps - sens unique avec couloir de bus - nous semblent nécessaires.
Mais le vrai débat se situe, et on le voit bien dans l'intervention qui vient de précéder, autour de la volonté ou non et l'aurez-vous, Monsieur le Maire, d'une reconquête de la voirie en réduisant la part affectée à l'automobile.
Nous attendons, de ce point de vue, un nouveau partage en faveur des piétons, des vélos, des rollers, des transports collectifs mais dans votre texte, où est l'approche de requalification urbaine, celle qui tient compte des besoins de mixité sociale, qui fait jouer à la puissance publique un rôle de régulateur ? quels sont les projets d'équipements collectifs, les projets d'acquisitions d'immeubles pour les transformer en locatif social ? Certes, l'action de la population et d'une certaine municipalité d'arrondissement comme celles des 3e et 10e, a permis que commence à être pris en compte le tissu social très dégradé, au travers de la mise en place de dispositifs issus de la politique de la Ville, tels que la M.O.U.S. ou le projet de création d'une O.P.A.H. autour des Portes Saint-Denis et Saint-Martin. Si certains ont été rénovés et vous rappeliez votre venue avec Mme TRAUTMANN, Ministre de la Culture, à la Porte Saint-Denis - j'y étais - vous n'avez pas franchi ce jour-là avec nous la porte pour aller dans le quartier, ce que nous avons fait ensuite. Vous auriez pu y constater l'état de délabrement du bâti et les conditions indignes dans lesquelles vivent des milliers de personnes, à des prix de loyers exorbitants !
C'est le cas des passages du Prado et Brady, qui n'ont encore fait l'objet d'aucun véritable plan d'action.
Notre question est simplement : quand allez-vous sortir de votre conception archaïque de la cité comme simple lieu de conservation du patrimoine ? Quand allez-vous prendre en compte que la Ville est un lieu de vie, d'échanges entre les personnes et pas seulement l'abri des grands sièges sociaux bancaires ou multinationaux ? Quand allez-vous prendre en compte le besoin de mixité sociale en agissant contre la ségrégation spatiale et sociale ?
La Ville, c'est du patrimoine, de l'activité et de la vie quotidienne. La Ville, c'est avant tout un lieu de vie, d'échanges certes économiques, mais avant tout sociaux et culturels.
Votre approche concernant les Grands boulevards est réductrice. Nous attendons que vous élargissiez cela à la réflexion et à l'action aux thèmes que vous évoquez.
Nous attendons que la concertation ne se résume pas à ce qu'elle est, mais qu'elle s'engage dans une approche de citoyenneté à l'échelle du quartier.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à M. DELANOË pour dix minutes.
M. Bertrand DELANOË. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, la revalorisation des Grands boulevards correspond sans aucun doute à l'un des grands enjeux de l'urbanisme parisien de cette fin de siècle.
Sur ce sujet je retiens d'abord qu'en avril 1997, un Comité des Grands boulevards a été mis en place, regroupant élus, associations locales et institutions.
Il a contribué à ce qu'une concertation régulière et constructive puisse se développer. Le dynamisme et la compétence du monde associatif ont nourri en permanence une telle démarche.
Comment ne pas se dire après coup qu'appliquer à des projets comme la Z.A.C. "Paris-Rive gauche" ou la Z.A.C. "Dupleix" la même procédure aurait peut-être permis d'éviter des dérapages sociaux, financiers ou architecturaux que nous avons connus ?
Sur la méthode je n'exprimerai qu'une nuance mais elle est de taille : la revalorisation des Grands boulevards implique d'abord et avant tout de s'attaquer aux problèmes du trafic automobile.
Pour nombre d'observateurs, le déclin des Grands boulevards remonte à 1959 avec la mise en sens unique du tronçon République-Richelieu-Drouot.
C'est un fait, les Grands boulevards ressemblent aujourd'hui à une sorte de voie express urbaine, polluée, bruyante, saturée à certaines heures, et dont les richesses patrimoniales sont agressées par le temps et les hydrocarbures.
Restaurer les Grands boulevards, c'est donc avant toute autre considération, repenser la présence automobile sur cet axe. Or, Monsieur le Maire, dans votre communication de 19 pages, vous ne consacrez que 20 lignes au sujet pour annoncer une fois encore que l'étude relative à une mise en double sens doit se prolonger. Et pourtant, les audits présentés par le monde associatif confirment le réalisme d'un tel projet, et prennent en compte tous les aspects qui doivent l'être, c'est-à-dire canaliser la situation, fluidifier ces axes, privilégier des couloirs de bus en site propre, et ouvrir cet espace d'abord aux piétons, grâce à l'aménagement des carrefours et grâce à des traversées directes des boulevards, mais aussi ouvrir aux vélos, conformément aux dispositions de la loi sur l'air, ainsi qu'aux rollers.
C'est donc autour de cette priorité globale qu'il aurait fallu penser ce chantier des Grands boulevards, même si aujourd'hui, vous exprimez un accord de principe.
Or, Monsieur le Maire, en commençant par les finitions, si j'ose dire, vous aboutissez à un résultat un peu hybride et en tout cas partiel.
Votre communication constitue, vous le dites vous-même, un simple point d'étape. Il n'y a pas d'éléments inédits, ni de décisions nouvelles.
Quant à la modification du P.O.S., vous évoquez sa discussion et son vote pour les prochaines semaines à tel point d'ailleurs que se pose la question de la finalité même de cette opération.
S'agit-il simplement de rafraîchir un axe historique qui, en a effectivement bien besoin ?
S'agit-il, au-delà, de réaffirmer la vocation structurante des Grands boulevards ? S'agit-il de faire de ce chantier le symbole d'une action urbanistique tournée vers le XXIe siècle ?
C'est une vision d'ensemble qu'il faut privilégier, un dessin plus large dont les contours doivent être définis, et sur ce point, nous trouvons que votre communication n'est pas assez puissante.
J'en prendrai deux exemples.
Tout d'abord, le périmètre considéré.
Je regrette que vous en soyez resté à une définition haussmanienne des Grands boulevards. Une approche plus contemporaine du sujet aurait dû vous conduire à intégrer également l'axe République-Bastille.
Outre ce problème de tracé, je voudrais insister sur l'espace concerné. Ce chantier n'a de sens, selon moi, que s'il intègre un projet pour les quartiers adjacents, et on voit bien, je l'évoquais il y a un instant, que la situation automobile nécessite de raisonner à une telle échelle plutôt que de considérer les Grands boulevards comme une sorte de rivière déconnectée de son environnement.
Nous devrions donc réviser le plan de circulation locale mais aussi l'offre, en terme de stationnement, comme le confirme la situation parfois ubuesque du Marais.
Cela implique aussi de réfléchir à la réhabilitation de certaines rues mitoyennes à travers l'instrument des O.P.A.H. ciblés. Voilà ce que j'entends par "structurant" : un axe dont la revalorisation va contribuer à réanimer les quartiers limitrophes créant ainsi une dynamique pour le commerce, l'artisanat, mais aussi l'habitat, en redonnant à tout ce périmètre un véritable pouvoir d'attraction. Dès lors se pose la question de l'identité du lieu et c'est, selon nous, la deuxième faille de votre communication.
Nous y cherchons en vain un objectif fédérateur. Historiquement, les Grands boulevards ont accueilli les premiers cinémas parisiens. Pour le touriste étranger, ils sont associés au 7e Art, au théâtre, au music-hall. Le parti pris de la création culturelle permettrait, me semble-t-il, d'imposer une griffe à cet axe, sa signature identitaire.
A ce sujet, nous serons très attentifs à l'avenir du cinéma d'art et d'essai qui doit conserver sa place sur les Grands boulevards.
Le déménagement prochain de la Cinémathèque française vers le 12e arrondissement est une très bonne chose mais pour autant, le vide ne doit pas se substituer à la création cinématographique.
Il serait donc souhaitable que la Municipalité se montre vigilante, plus en tout cas qu'elle ne l'a été pour le Palace, situé dans un immeuble de la R.I.V.P. mais qui est maintenant fermé depuis 3 ans.
Et puisque l'idée des associations que j'approuve, d'un jumelage, a été évoquée, souvenons-nous qu'à l'ouest, la portion qui donne sur Sceaux, ce sont des galeries d'art et de peintures qui accueillent le public.
Paris manque cruellement d'ateliers d'artistes et de salles de répétitions. Voilà donc une superbe occasion à saisir notamment pour la partie orientale des Grands boulevards, où le droit de préemption pourrait être utilisé plus fréquemment.
Toujours au chapitre de l'animation et de la vie culturelle locale, comment se contenter du paragraphe un peu vaste que vous nous proposez ?
La renaissance de certaines stations de métro, très bien, mais un dessein culturel pour les Grands boulevards c'est forcément autre chose.
Le monde associatif avait conçu un magnifique projet de grande parade. Cette initiative, qui avait vocation à se renouveler chaque année, n'a pas reçu un soutien financier de la Municipalité jusqu'à nouvel ordre, ordre que j'espère voir évoluer.
L'idée reste donc lettre morte, ce que je regrette profondément, mais d'autres directions peuvent également être envisagées : une braderie d'automne sur les Grands boulevards, fermée à la circulation automobile, ou comme le rappelait tout à l'heure Yves GALLAND, un marché de Noël qui renouerait avec la dimension éminemment populaire de ce lieu.
Autre suggestion : la valorisation du patrimoine par l'éclairage et, en particulier, l'éclairage des façades. Les associations sont demandeuses et je pense qu'il y a là effectivement des potentialités remarquables, très contemporaines et que plusieurs villes de province ont déjà exploité avant nous.
Voilà, Monsieur le Maire, quelques axes de réflexion pour l'avenir des Grands boulevards. En l'occurrence, je me souviens du regard posé par Zola sur ce lieu où il décelait une sensation de perfection dans la vie de la rue. C'est cette atmosphère essentielle, cette quintessence populaire avec lesquelles il faudrait renouer, car c'est bien à l'aune d'une telle ambition urbaine que la force de ce projet sera jugée.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à Mme TAFFIN, dernier orateur, pour 7 minutes maximum.
Mme Benoîte TAFFIN, maire du 2e arrondissement. - Monsieur le Maire, comme tous les autres élus de cette Assemblée, les élus indépendants non inscrits ont approuvé il y a deux ans et demi le choix de remettre en valeur les Grands boulevards entre la place de la Madeleine et la place de la République et ensuite, un an plus tard, les trois objectifs qui nous ont été soumis, à savoir la réduction de l'encombrement des trottoirs, la mise en valeur du patrimoine architectural et le renforcement du dynamisme économique et culturel de ce site.
En outre, en tant que Maire du 2e arrondissement (un des six arrondissements concernés par ce projet et même celui qui est le plus concerné par ce projet eu égard à la longueur des boulevards qui se situent dans mon arrondissement), j'ai eu l'occasion de participer régulièrement et activement aux réunions de concertation qui ont été organisées à six reprises dans le cadre du Comité des Grands boulevards.
A ce jour, le bilan de cette opération est loin d'être négligeable, mais il est loin pour autant d'être à la hauteur des attentes provoquées par l'annonce de ce projet.
Certes, le plan d'éclairage a commencé d'être mis en oeuvre et les premiers aménagements de trottoirs vont être engagés. Mais, après plusieurs années de réflexion, il est regrettable qu'aucune décision n'ait encore été prise concernant la circulation en sens unique ou en double sens sur les Grands boulevards. Bien mieux, les élus directement concernés n'ont été associés à aucune réunion de concertation sur ce sujet, ainsi que sur les parcours retenus par la R.A.T.P. pour les lignes d'autobus. Or, il s'agit, Monsieur le Maire, d'éléments fondamentaux pour ce projet des Grands boulevards, mes collègues l'ont dit, et de décisions préalables à bien d'autres décisions.
L'idée de remettre en valeur les Grands boulevards était excellente à la condition d'y consacrer à la fois une volonté, une énergie, ainsi que des moyens financiers sans aucune mesure avec ce qui a été jusqu'à présent déployé.
Prenons tout d'abord l'aspect financier de cette question. Aucun bilan financier ne figure d'ailleurs dans cette communication.
Toutes dépenses confondues, y compris le fonctionnement de la Maison des Grands boulevards, je crois que l'on peut estimer à une somme comprise entre 40 et 50 millions de francs les dépenses engagées à ce jour au titre de ce projet. On voit tout de suite qu'on est très loin des sommes engagées au titre de l'aménagement des Champs-Elysées ou même de notre quartier Montorgueil-Saint-Denis. Or, il convenait d'y accorder, me semble-t-il, une importance au moins aussi grande.
Nous en revenons, par ce biais, toujours à l'essentiel, Monsieur le Maire : les choix budgétaires de la Municipalité. Vous trouvez normal de dépenser par milliards de francs l'argent des contribuables parisiens pour une politique de logement social qui ne profite pas principalement aux Parisiens, mais quand vous annoncez un grand projet de mise en valeur des Grands boulevards, vous ne pouvez y consacrer que des crédits dérisoires, au risque de créer davantage de déception que de satisfaction. Dans le même temps, par exemple dans le 2e arrondissement, à quelques centaines de mètres des Grands boulevards, vous multipliez les acquisitions foncières, vous faites racheter discrètement par des S.E.M. contrôlées par la Ville des immeubles qui furent réquisitionnés par l'Etat il y a 3 ou 4 ans et vous engagez ainsi les finances de la Ville pour 100 ou 150 millions de francs, chiffrage qui ne prend en compte que les deux opérations dont nous avons eu connaissance presque par hasard, sans avoir été jamais avertis ni par vous, ni par vos services.
Votre projet de mise en valeur des Grands boulevards, Monsieur le Maire, ne peut être crédible aussi longtemps que vous prétendez le mener à bien sans crédits, tout en continuant à accorder la priorité financière, de très loin, à toutes sortes de projets à la fois gourmands en argent public et qui n'ont aucun rapport avec votre priorité affichée de l'aménagement de l'espace public.
La mise en valeur des Grands boulevards, au-delà des réflexions fort utiles qui ont été menées dans le cadre du Comité des Grands boulevards, passe par le rétablissement de la sécurité et par la suppression du stationnement de longue durée sur la chaussée, par la réduction drastique de l'encombrement des trottoirs et par un plan de circulation des voitures et des autobus qui soit susceptible de contribuer au renouveau attendu.
Mais le rétablissement de la sécurité, ce n'est pas vous, c'est "l'autre Maire de Paris", le Préfet de police.
La suppression du stationnement de longue durée sur la chaussée, qui devrait être généralisée à l'ensemble du Centre de Paris, il faudrait avoir le courage de la proposer.
Le désencombrement des trottoirs, il va à l'encontre de toutes sortes de démagogie bénéficiant, en particulier, aux baraques foraines d'un autre âge sous prétexte qu'elles présenteraient un aspect social qui n'a plus cours depuis de nombreuses années. Pour ce qui est des petits marchands, leur installation dans des kiosques améliorerait leur vie journalière et l'esthétique des boulevards. Les services de la Ville ont disposé de 3 ans pour trouver des solutions et aujourd'hui vous nous dites que devrait sans doute passer par des conditions d'attribution plus strictes et peut-être par la définition d'un type de mobilier l'amélioration des choses... Des propos aussi restrictifs démontrent qu'il n'y a véritablement aucune volonté pour résoudre le problème, alors que les avis sont unanimes pour demander la disparition de ces "verrues".
Il en est de même pour le respect des emprises commerciales, terrasses et étalages, pour lequel, malgré la demande d'un contrôle plus sévère des abus journellement constatés, rien n'a été fait. Votre proposition d'un marquage au sol pour faciliter le contrôle des autorisations n'est pas du tout suffisant. Nous avons demandé à maintes reprises une réduction de ces autorisations, une interdiction pure et simple de cumuler à la fois terrasse fermée et terrasse ouverte.
Quant au Plan de circulation des voitures et des autobus, vous ne pouvez que renvoyer la balle à nouveau du côté de "l'autre Maire de Paris", le Préfet de police.
En résumé, l'idée de remettre en valeur les Grands boulevards, Monsieur le Maire, est bonne, mais sa mise en oeuvre très éloignée de ce qu'en attendent aussi bien les acteurs directement concernés que l'opinion publique parisienne dans son ensemble.
Merci de l'attention que vous m'avez prêtée, Monsieur le Maire.
(Applaudissements sur les bancs des élus non inscrits).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.
Je tiens, pour une fois, à remercier les orateurs d'avoir respecté sur tous les bancs leur temps de parole. On peut donc s'exprimer totalement, librement, avec efficacité, tout en respectant les temps de parole.
Est-ce que, Monsieur le Préfet, vous voulez intervenir maintenant ou plus tard ?
Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.
Mesdames et Messieurs les Conseillers, Monsieur le Maire, j'ai écouté avec un grand intérêt vos interventions. Comme vous, je pense que les Grands boulevards qui parcourent la Capitale de la République à la Madeleine méritent incontestablement de s'offrir une deuxième jeunesse. Au fil des temps, cet axe commercial, culturel, touristique majeur de notre Ville avait, en effet, perdu une partie de ce qui faisait son charme avant-guerre.
La Préfecture de police a pris une part active aux réflexions et aux travaux conduits par le Comité des Grands boulevards mis en place, à votre initiative, Monsieur le Maire, il y a un peu plus de 2 ans.
Vous l'avez rappelé, d'importantes mesures ont d'ores et déjà été prises, notamment en ce qui concerne le réaménagement des trottoirs, l'amélioration de l'éclairage ou la qualité des façades.
Les conditions de circulation sur les Grands boulevards constituent un dossier autrement plus complexe, s'agissant d'une artère essentielle de la Capitale.
Si les études conduites dans ce domaine doivent intégrer les légitimes préoccupations des commerçants et des riverains des Grands boulevards, elles doivent également mesurer avec précision les incidences de telle ou telle hypothèse en termes de report de trafic dans un large périmètre en amont et autour de ce site.
Vous conviendrez avec moi qu'il serait pour le moins paradoxal de retenir une solution qui se traduirait par une aggravation des conditions de circulation dans telle ou telle voie parallèle ou perpendiculaire aux Grands boulevards.
A ce stade, les éléments suivants me paraissent devoir être versés au débat, sans que je me prononce bien entendu sur la solution que nous retiendrons ensemble après concertation avec la Ville de Paris.
La création d'un couloir bus à contresens allant de la place de la République vers le boulevard des Italiens n'a pas recueilli l'aval du Comité des Grands boulevards. Ce scénario aurait rendu les livraisons plus délicates du côté impair des boulevards, aurait imposé un déplacement des stations de taxis et aurait réduit de 45 % les capacités de stationnement.
Le Comité a donc souhaité que le rétablissement d'un double sens de la place de la République au carrefour Richelieu-Drouot soit étudié. Il est rapidement apparu qu'une telle mesure entraînerait une réduction sensible de la capacité d'absorption des véhicules dans le sens est-ouest qui s'accompagnerait d'un report de trafic sur un ou plusieurs autres axes.
La mise à double sens de la rue du Temple dans sa partie nord, entre la rue de Turbigo et la rue Réaumur d'une part, et la mise à double sens de la rue Réaumur et de la rue du 4 Septembre d'autre part, permettraient de créer un nouvel axe est-ouest susceptible d'absorber le trafic détourné des Grands boulevards. Il convient toutefois que les conséquences du projet de mise à double sens des Grands boulevards sur les voies incluses entre ceux-ci et les rues Réaumur et du 4 Septembre, ainsi que sur la place de la République, aient été, comme il est normal, évaluées préalablement à toute décision.
Jusqu'à présent, seule une simulation informatique partielle portant sur les carrefours du boulevard de Sébastopol avec la rue Réaumur et le boulevard Saint-Denis a été présentée. L'enjeu du projet est suffisamment important pour justifier une simulation globale portant sur l'ensemble des axes concernés et de leurs carrefours et intégrant tous les flux en cause, y compris les flux de piétons. Cette étude devrait permettre, en concertation avec les associations, la R.A.T.P. et les Maires d'arrondissement concernés, de dégager la solution la mieux à même de répondre aux attentes des riverains des Grands boulevards tout en préservant des conditions de circulation satisfaisantes dans cette partie de la Capitale.
Je puis, Monsieur le Maire, vous assurer que mes services s'attacheront à poursuivre l'examen approfondi de ce dossier, en relation étroite avec la Mairie de Paris.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet.
Maintenant je donne la parole à M. REINA pour répondre aux orateurs.
M. Vincent REINA, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Je voudrais avant tout remercier l'ensemble des intervenants qui se sont exprimés ce matin sur la communication des Grands boulevards.
Je remercie également, bien entendu, M. le Préfet de police.
Vous avez compris, mes chers collègues, qu'il s'agit là d'un projet qui implique non seulement les élus que nous sommes en tant que gestionnaires, responsables de l'espace public parisien, mais également chacune et chacun de ceux qui vivent ou travaillent sur les Grands boulevards, qu'ils soient habitants, commerçants ou flâneurs. Leur adhésion à ce projet est l'une des conditions essentielles à sa réussite.
Je voudrais remercier mon collègue Claude-Gérard MARCUS de son soutien, s'agissant du projet de rénovation des Grands boulevards. Il a rappelé qu'il représentait un modèle de concertation et je l'en remercie. Un certain nombre d'intervenants n'ont peut-être pas pris conscience que ce modèle de concertation intègre à la fois 6 maires d'arrondissement, des adjoints sectoriels, un certain nombre de présidents d'associations de commerçants, de riverains, la Préfecture de police, la R.A.T.P., la Chambre de Commerce, les institutions de l'Etat et les services de la Ville, que je remercie pour leur travail. C'est au total près de 50 personnes qui se sont réunies à 6 reprises au sein du Comité des Grands boulevards et en groupe de travail, chaque fois que nous devions aborder un sujet.
C'est donc pour l'avenir de ce projet, et pour que ce projet soit le projet de tous, que je travaille sans repousser aucune discussion à l'intérieur du Comité des Grands boulevards, mais également au sein de cette Assemblée. J'ai en effet conscience que grâce à ces échanges, le projet s'enrichit, y compris grâce aux réactions que j'ai enregistrées ce matin de la part d'un certain nombre de mes collègues.
Certains donc regrettent que cette démarche pénalise les délais de mise en oeuvre, notamment parce que le nombre des interlocuteurs est important, mais elle reflète à coup sûr la diversité des sensibilités. Force est d'ailleurs de constater qu'elle a de plus toujours permis l'émergence d'un certain consensus, aussi bien sur le réaménagement des trottoirs, le réaménagement des mobiliers urbains, la charte de qualité discutée avec les Présidents d'association de commerçants et présentée aux commerçants des Grands boulevards, que sur le Plan d'occupation des sols, qui comme l'a indiqué M. le Maire, a reçu un avis favorable de la Commission d'enquête.
Au stade actuel, puisque Mme TAFFIN a indiqué qu'il manquait d'éléments financiers dans cette communication - des annonces ont toutefois été faites à plusieurs reprises au sein du Comité des Grands boulevards, et par conséquent un certain nombre de personnes sont parfaitement au courant des engagements financiers - il a été décidé de dégager cette année plus de 12 millions de francs pour réaliser la première tranche de réaménagement des trottoirs, et renforcer l'éclairage des Grands boulevards dans sa totalité. Pour les années 2000 et 2001, ce sont près de 27 millions de francs qui seront consacrés pour le réaménagement des trottoirs des quatre autres tronçons.
Bien évidemment, c'est un début, je ne ferai pas de comparaison avec la rénovation des Champs-Elysées : l'approche n'est pas la même, l'histoire n'est pas la même. Il ne s'agit pas de mettre du marbre sur les Grands boulevards, il s'agit de retrouver l'histoire de cette artère, il s'agit de retrouver une atmosphère de commerce, un esprit culturel qui a disparu au long des années et il s'agit aussi de retrouver sur cette artère une amélioration des conditions de circulation pour moins de nuisance sonore.
M. le Maire l'évoquait tout à l'heure, le renforcement de l'éclairage public est aujourd'hui achevé. A propos des luminaires, Claude-Gérard MARCUS avait raison d'insister qu'ils participaient également à la lutte contre l'insécurité. Concernant la sécurité en elle-même, Monsieur le Préfet de police, nous avons déjà eu l'occasion avec mon collègue Philippe GOUJON, à deux reprises, de nous réunir avec vos services pour discuter des problèmes d'insécurité qui existent sur les Grands boulevards, et qui sont en fin de compte relativement mineurs, sauf aux endroits que vous connaissez, c'est-à-dire la porte Saint-Denis. Nous avons demandé aux services de la Préfecture de police d'essayer de mettre en place un outil qui nous permettrait de connaître l'évolution dans le temps de ces problèmes d'insécurité. En effet, les chiffres qui sont cités ce matin dans ce communiqué sont des chiffres qui proviennent des commissariats d'arrondissements ou des statistiques d'arrondissements. Nous avions souhaité, avec Philippe GOUJON, qu'il y ait une analyse plus fine sur l'artère des Grands boulevards, puisque notre volonté est de redynamiser cette artère historique et prestigieuse.
Alors, Monsieur le Préfet de police, sur ce point, je souhaiterais qu'à l'avenir on puisse continuer à avancer et peut-être se revoir parce qu'il est important de pouvoir mesurer, notamment à la Porte Saint-Denis, l'évolution des problèmes d'insécurité.
M. MARCUS a également indiqué qu'il se félicitait de l'installation et de l'uniformisation des kiosques sur les Grands boulevards.
C'est une action qui a été engagée résolument, avec mon collègue Jean-François LEGARET, dans un délai relativement restreint. Une véritable discussion s'est engagée avec les kiosquiers pour aboutir à un modèle qui corresponde à la fois aux souhaits des personnes qui utilisent ces kiosques mais également des riverains. Un modèle style 1900 a été retenu, qui a l'avantage de permettre aux kiosquiers, le matin, de monter le rideau et d'être opérationnels tout de suite, et d'éviter de perdre une heure d'installation et une heure de décharge, le soir. Il permet également d'éviter les débordements sur le trottoir, ce qui gênait les piétons.
Ce dialogue et cette concertation modèles sur les kiosques nous ont permis d'aller très vite et de nous mettre d'accord sur un prototype qui a été mis en exposition et qui sera progressivement implanté sur les Grands boulevards. Deux kiosques sont d'ores et déjà installés.
Quand je parle de consultation, de concertation et de dialogue, cela ne veut pas dire que, dès le départ, on présente un projet et qu'aucune discussion ne peut être ouverte. En l'occurrence, s'agissant des kiosques, des modifications avaient été demandées, y compris par les concessionnaires, et nous en avons largement tenu compte.
Les premières installations boulevards Montmartre et Poissonnière démontrent que la démarche initiée et voulue par le Maire de Paris était bonne. Le cheminement des piétons se fait avec plus d'aisance et le style choisi pour ce mobilier est aujourd'hui si bien adapté au paysage qu'il donne la sensation d'avoir toujours été là.
La concertation, bien sûr, se poursuivra, notamment sur les aménagements des trottoirs des quatre autres tronçons mais également chaque fois qu'un choix devra intervenir, en particulier sur l'important problème de la circulation automobile pour lequel je compte réunir prochainement le Comité des Grands boulevards.
Qu'il me soit permis de dire un mot à M. SARRE, M. DELANOË et M. LHOSTIS sur ce problème de la circulation automobile.
Peut-on décemment, aujourd'hui, accepter d'avoir sur cette artère historique une autoroute, avec les problèmes touchant la qualité de vie qui y sont rattachés : nuisances sonores, pollution et qui sont actuellement connus par les commerçants et les habitants ?
Peut-on décemment accepter cette situation-là ?
M. Bertrand BRET. - Et les axes rouges, c'est quoi ? Vous parlez des axes rouges ?
M. Vincent REINA, adjoint, rapporteur. - Vous êtes gentil, Monsieur BRET, de me laisser terminer. Vous avez l'habitude, Monsieur BRET, d'être un provocateur et de couper l'intervenant. Notre habitude n'est pas celle-là au sein du Comité des Grands boulevards.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur REINA, juste un mot. Le débat, jusqu'à présent, s'était très bien passé. Personne n'a interpellé un orateur. Je souhaite, Monsieur BRET, que vous respectiez, si cela ne vous gêne pas trop, les autres orateurs, comme les autres élus ont respecté les intervenants, sur tous les bancs.
Je crois que c'est de l'intérêt et de la dignité des débats.
Monsieur REINA, continuez.
M. Vincent REINA, adjoint, rapporteur. - Merci, Monsieur le Maire.
Je disais que le problème de la circulation sur les Grands boulevards a nécessité déjà quelques échanges au sein du Comité. D'ailleurs, M. le Préfet de police a eu raison de le rappeler, et nous avons déjà arbitré au sein du Comité entre deux possibilités, qui étaient le couloir bus à contresens ou le double sens de circulation. Le Comité s'est en effet déjà déclaré unanimement favorable à la seconde solution, au moins sur le principe.
Monsieur DELANOË, excusez-moi, j'essaie de répondre à vos préoccupations, vous auriez l'amabilité de bien vouloir au moins tenir compte de mes remarques parce que, sur le double sens de circulation, j'ai eu le sentiment qu'un certain nombre d'intervenants avaient l'air de dire que c'était une nouveauté. Or, la concertation s'est engagée au sein du Comité des Grands boulevards.
En aucun cas, il n'a été question de proposer une mesure hâtive. En l'occurrence, j'avais demandé aux services de la Direction de la Voirie et des Déplacements un certain nombre d'éléments techniques, qui ont été présentés à plusieurs reprises aux services de la Préfecture de police et qui ont débouché sur des discussions.
Sentant que la décision ou l'approche n'était pas si évidente, parce qu'après tout c'est une décision qu'il convient de peser, j'avais demandé, au début de cette année, que soit réalisée une simulation informatique permettant de mieux juger les flots de circulation, grâce aux comptages effectués par la Préfecture de police ou par les services de la Direction de la Voirie et des Déplacements, permettant ainsi de mieux sensibiliser les partenaires à une décision.
Vous savez qu'il existe maintenant des outils informatiques qui permettent de visualiser les flots de circulation et qui sont des outils d'aide à la décision.
Vous voyez, par conséquent, que ce n'est pas une décision brutale qui tombe comme cela sur nos réflexions.
Aujourd'hui, mes chers collègues, nous sommes obligés de tenir compte de deux éléments.
Le premier élément, c'est que les 7.000 personnes qui se sont rendues à la Maison des Grands boulevards ont fait part de leur étonnement devant le manque de décision sur le problème de la circulation sur les Grands boulevards et quand je dis "étonnement", je dirais plutôt que les remarques faites par les gens étaient : "Qu'attendez-vous pour mettre les Grands boulevards en double sens, comme avant 1959 ?"
Le deuxième élément est un événement nouveau. C'est un sondage qui a été réalisé récemment auprès d'un échantillon de 400 riverains et commerçants des Grands boulevards, qui montre - et je souhaiterais vous donner quelques chiffres - que 54 % des personnes interrogées estiment que l'action prioritaire engagée dans le cadre de la revalorisation des Grands boulevards qui est la réduction de l'encombrement des trottoirs, est une bonne chose.
En ce qui concerne la préservation du patrimoine architectural, 53 % estiment que la modification du Plan d'occupation des sols va dans le bon sens.
Par ailleurs, et pour en arriver au problème de circulation, 51 % des personnes interrogées sont tout à fait favorables à la mise en double sens des Grands boulevards.
Enfin, 66 % des personnes interrogées pensent que, si la plupart des aménagements proposés sont réalisés, le cadre de vie en sera amélioré.
Mes chers collègues, comment pourrions-nous ne pas enregistrer cette double demande qui provient à la fois des personnes qui se rendent à la Maison des Grands boulevards et des résultats de ce sondage ?
Voilà pourquoi aujourd'hui - je répondrai là à mon collègue Yves GALLAND - le double sens de circulation mérite plus que quelques phrases lâchées ici ou là. Il mérite de notre part aujourd'hui une action volontariste. On ne peut pas ne pas tenir compte de cette volonté locale des habitants et des commerçants qui pensent que le double sens de circulation améliorera la qualité de vie, l'environnement, la circulation sur les Grands boulevards.
Alors certes, à l'arrivée, ce sera au Préfet de police de donner son sentiment. Aujourd'hui, notre position est de dire qu'il faut aller de l'avant, accélérer le calendrier de réflexions.
Je m'engage à réunir le Comité des Grands boulevards prochainement pour donner l'ensemble des éléments statistiques et techniques à ses membres et je me tiens également à la disposition de chacun des membres de ce Conseil pour apporter tous les éléments possibles.
On ne peut pas à côté d'un problème essentiel comme celui de la circulation, avoir des préjugés et d'ailleurs des préjugés qui ne sont la plupart du temps pas fondés sur de bons échos.
Vous indiquiez tout à l'heure, Monsieur DELANOË, qu'après tout, pourquoi pas ce double sens de circulation, mais il n'y a pas que cela, disiez-vous, il y a aussi le phénomène culturel, l'animation sur les Grands boulevards.
Je réponds que vous avez raison. D'ailleurs, nous avons commencé à l'engager. Nous avons en effet commencé pendant la Coupe du monde de football en permettant l'installation d'une opération qui s'appelait "Boulevards du monde".
Vous indiquiez tout à l'heure, Monsieur DELANOË, que nous n'avions pas soutenu le projet de Parade.
Il faudrait peut-être revoir vos informations ou vos informateurs ; en fait, la Grande Parade, projet de l'association des Grands boulevards, était une opération que nous étions prêts à aider, mais elle n'a pas abouti. Le projet ne s'est pas matérialisé définitivement et j'en suis tout à fait désolé.
Mais bien évidemment, le côté festif doit être et est présent sur les Grands boulevards. La preuve en est que les Grands boulevards accueilleront au mois d'octobre les "7 d'Or".
De plus, nous ferons en sorte à la fin de cette année, pour passer au 3e millénaire, qu'un événement soit organisé sur ces Grands boulevards. Sera-t-il un marché de Noël ou pas ? C'est aux associations de commerçants de nous en informer, mais il y aura un projet intégrant à la fois les fêtes de fin d'année, les illuminations mais aussi le passage au nouveau millénaire.
Monsieur le Maire, je sais que vous êtes excessivement attaché à ce projet.
Nous savons aujourd'hui que les Parisiens sont attachés à la revalorisation des Grands boulevards.
Alors, mes chers collègues, allons résolument de l'avant. Monsieur le Préfet de police, bousculons un peu le calendrier et faisons en sorte que dans les prochains mois, chacun des membres de cette Assemblée soit bien conscient que la rénovation des Grands boulevards est maintenant entrée dans l'état d'esprit des gens et répond à l'aspiration des Parisiens et des habitants et commerçants de ces quartiers. Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur REINA.
C'est un sujet important ; nous aurons l'occasion d'en débattre à plusieurs reprises.