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Novembre 1996
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Conseil Municipal
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39- 1996, D. 1633 - Subvention à l'association "Théâtre du jardin pour l'enfance et la jeunesse" (16e).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 1996



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération D. 1633 accordant une subvention à l'association "Théâtre du jardin pour l'enfance et la jeunesse".
Je donne la parole à M. RIOU.
M. Alain RIOU. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, au sujet du projet de délibération relatif au subventionnement à hauteur de 100.000 F du Théâtre du jardin dirigé par Jacques DOUAI, je voudrais revenir un instant sur le Conseil de Paris du mois dernier.
J'avais abordé cette question durant la Commission "culture" afin d'obtenir des informations sur ce théâtre et le sentiment de la majorité municipale sur le sujet. Il en était résulté une tonalité négative puisque les opinions recueillies tournaient autour de formules du genre : "Spectacles infantilisants pour la jeunesse", "dépassés", et indiquant que le versement d'une subvention ne comblerait pas, compte tenu des dettes du théâtre, "un puit sans fond".
J'apprenais par ailleurs qu'aucune demande de subvention n'était encore intervenue. Il était donc à cette date inutile que le groupe socialiste intervienne en séance publique du Conseil de Paris puisqu'aucun projet de délibération n'était à l'ordre du jour à ce sujet, ni même aucune demande en ce sens.
J'ai immédiatement après ce Conseil joint M. Jacques DOUAI afin d'avoir sa version et j'ai trouvé un responsable convaincu et passionné. Je lui ai suggéré de faire officiellement une demande de subvention pour que l'on puisse discuter sur du concret.
Tour à tour, il a évoqué la situation des enseignements artistiques en France et les idées de M. Marcel LANDOWSKI en la matière, la non-application de la loi sur les enseignements artistiques pourtant voulue par le Président de la République lui-même lorsqu'il était Premier ministre, les rythmes scolaires qui semblent à l'ordre du jour dans les discours du pouvoir actuel, le nombre d'enfants amenés par leurs professeurs, la satisfaction qui en résultait pour les uns et les autres, la provenance enfin de tous les quartiers de Paris, notamment des quartiers populaires, de ces jeunes.
Il m'a précisé qu'idéalement - j'insiste sur idéalement - il serait nécessaire que son Théâtre soit aidé à hauteur de 6 millions de francs pour faire jouer à l'art ce rôle fondamental dans la formation de l'enfant et donc dans sa vie d'adulte.
Ce n'est pourtant pas ce qu'il demande aujourd'hui puisqu'il en reste à la somme importante de 1.950.000 F, somme supérieur à celle de 1.200.000 F qui a été versée par la Ville il y a quelques années, brutalement interrompue par la suite et qui n'a pas été renouvelée quand la question de la présence de ce Théâtre sur ce lieu n'a plus été contestée.
Notre collègue Laure SCHNEITER proposait une subvention de 900.000 F le mois dernier.
Vous nous proposez, Monsieur le Maire, une subvention de 100.000 F aujourd'hui. Cette dernière proposition est incompréhensible parce qu'elle est absurde.
Soit les formules d'"infantilisant", de "dépassé", de "puits sans fond" prononcées par votre majorité lors de l'avant-dernière Commission"culture"sont fondées et le Théâtre du jardin ne mérite rien, soit elles ne le sont pas et dans ce cas, il convient de verser une subvention qui ait un sens.
100.000 F, c'est le quart de la dette U.R.S.S.A.F. du Théâtre. Une fois remboursée, il restera 300.000 F de dette et le Théâtre sera mis immédiatement en liquidation judiciaire. Quel intérêt pour la Ville de perdre 100.000 F sans effet positif pour les enfants, leurs parents et leurs professeurs ?
C'est faire peu de cas de l'argent public dont vous nous dites qu'il se fait rare.
La solution consisterait à verser une subvention moyenne qui permettrait d'apurer la dette et de repartir sur de nouvelles bases en cette fin de 1996.
En 1997, il faudrait consolider ce soutien sans qu'il soit absolument indispensable de maintenir cette subvention au même niveau.
Je propose donc pour aujourd'hui une subvention de 700.00 F - un amendement est présenté en ce sens - seul moyen raisonnable d'éviter la fin de ce théâtre.100.00 F en effet, c'est trop ou trop peu. Si vous n'acceptez pas cette solution, le groupe socialiste répondra par la non-participation au vote face à votre solution dérisoire qui conduit inéluctablement à la mort de ce théâtre.
Pour conclure, j'élargirai le débat en constatant que votre attitude à l'égard du Théâtre du jardin est comparable à celle que vous conduisez depuis plusieurs années à l'égard du théâtre-cinéma "Le Berry-Zèbre" et que vous conduiriez sûrement à l'égard du Théâtre de l'Est parisien si le désengagement de l'Etat s'accélérait.
Votre politique culturelle pêche fondamentalement sur au moins deux points : vous ne prenez pas en compte les besoins sociaux véritables et vous n'avez aucune considération en ce domaine pour les politiques de proximité. Si vous voulez faire un signe dans le bon sens, votez cet amendement ! Vous avez une chance de démontrer que nous sommes trop sévères à votre égard. Saisissez-la !
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - La parole est à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, depuis 1993 avec le soutien de nombreux artistes, je me bats aux côtés de Jacques DOUAI et Ethéry PAGAVA pour que survive le Théâtre du jardin.
C'est donc avec étonnement et plaisir que je vois aujourd'hui un certain nombre d'élus désireux de s'exprimer à son sujet.
Bien seule pour défendre ce dossier, à l'exception d'une intervention de Mme DAVANT il y a un an et demi, je constate que l'obstination a eu raison de l'indifférence et je me réjouis que naisse enfin, au sein de cette Assemblée, de l'intérêt pour ce lieu culturel et artistique.
Monsieur RIOU, M. DOUAI a fait une demande de subvention voilà déjà quelques mois. Nous espérions 2 subventions cette année, une première effectivement de 100.000 F et une autre plus importante. Mais la première subvention ne venait toujours pas.
Lors de notre dernière séance à l'occasion d'une attribution de subvention au Théâtre de la Main-d'Or, je vous ai adressé un appel au secours pour le Théâtre du jardin ce qui, dans la forme et je m'en excuse, n'est sans doute pas bien respectueux de notre règlement mais la situation du Théâtre du jardin était bien proche de celle du Théâtre de la Main-d'Or. Mme MACÉ de LÉPINAY et vous-même, Monsieur le Maire, semblez avoir entendu cet appel.
Je vous rappelle que le théâtre a reçu 900.000 F de subvention de la Ville en 1991 et 26.170 spectateurs ; 1,2 million en 1992 et 27.128 spectateurs ; 450.000 F en 1993, soit un tiers de la subvention prévue, ce qui ne l'a pas empêché d'accueillir 30.357 spectateurs. Malgré l'absence de subvention de la Ville depuis 1993, ce théâtre a, contre vents et marées, continué de fonctionner grâce au dévouement de ses acteurs, de ses animateurs et de ses dirigeants. Pendant les trois années où la Municipalité a cessé son aide financière, le théâtre a assuré ses spectacles, toujours dans la plus grande légalité. J'insiste sur ce point : tant que le contrat du concessionnaire a été prolongé jusqu'au renouvellement officiel du contrat avec la Ville en décembre 95, tous les sous-concessionnaires étaient reconduits d'office avec le concessionnaire. Il n'y a donc jamais eu "occupation illégale des lieux".
Comme vous l'avez si bien relevé, il a réussi le tour de force d'assurer 67 représentations pour la saison 94-95 et 94 pour 95-96. 10.384 spectateurs puis 15.763 ont bénéficié de ses spectacles malgré les graves difficultés financières rencontrées. Cette absence de subvention a néanmoins privé du théâtre environ 50.000 enfants en trois ans. Des spectacles uniques à des prix défiants toute concurrence, destinés aux enfants de tous les arrondissements parisiens qui découvrent là, théâtre, musique, ballet, en spectateurs mais également en acteurs.
C'est ainsi que les enfants ont pu assister au spectacle de l'école Rudra-Béjart pour 20 F.
Je vous rappellerai que tant que la Ville versait et augmentait régulièrement ses subventions, Jacques DOUAI et Ethéry PAGAVA ont assuré la création et la diffusion de spectacles originaux pour la plus grande joie des quelques 30.000 spectateurs présents. La fréquentation du théâtre était alors en constante augmentation avec des prix allant de 10 à 15 F.
Je me réjouis que la Ville rende justice à ce lieu unique d'innovation artistique qui assure une mission éducative, pédagogique, culturelle, totalement réussie. Cette mission entre parfaitement dans le cadre du Protocole d'accord relatif à l'éducation artistique signé par les Ministères de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, de la Culture et de l'Enseignement supérieur.
Ce premier geste marque, je l'espère, Monsieur le Maire, la volonté de la Ville d'apporter à nouveau son fidèle soutien à ce théâtre qui permet aux jeunes parisiens, souvent de milieux modestes, de s'initier à l'art mais aussi à des personnes âgées ou à des familles d'assister certains après-midi ou en soirée à des spectacles de grande qualité avec des prix allant de 30 à 90 F.
Après ce premier geste, dont je vous remercie, Monsieur le Maire, il faudra pour que ce théâtre vive et poursuive son oeuvre, que la Ville l'encourage par un soutien financier constant et important. Je vous rappelle que ce théâtre est connu d'un nombre considérable d'enfants, de parents, d'éducateurs et qu'il contribue certainement à la bonne image de marque de la Ville et de son action culturelle.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à Mme MARCHIONI.
Mme Mireille MARCHIONI. - La subvention qui nous est proposée ce soir pour le Théâtre du jardin est vraiment dérisoire et ne permettra pas d'assurer l'activité de ce théâtre. La conviction et la détermination de ceux qui l'animent, le soutien du public et plus largement de ceux qui apprécient la qualité de leurs prestations en direction d'un public d'enfants de toute origine sociale ont permis que ce théâtre continue d'exister malgré toutes les menaces de fermeture et les diminutions, voire les suppressions de subventions de la part de la Mairie de Paris.
La Direction de ce théâtre demandait une subvention de 1.950.000 F et vous nous proposez de ne lui verser que 100.000 F. Cette somme ne représente vraiment qu'un sursis pour le théâtre et nous pose sérieusement de nouveau la question de son devenir.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à Mme MACÉ de LÉPINAY pour répondre.
Mme Hélène MACÉ de LÉPINAY, adjoint, au nom de la 4e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Les différents orateurs ont parlé des enseignements artistiques et je dois d'abord indiquer que les activités du Théâtre du jardin ne sont pas assimilables en soi à un enseignement artistique. Les enseignements artistiques sont proposés dans nos 17 Conservatoires municipaux et dans les écoles puisque la Ville de Paris est la première commune de France à avoir généralisé la pratique des enseignements artistiques. Je pense que nous devons nous en féliciter.
Par ailleurs, la Ville aide régulièrement des lieux proposant des spectacles pour enfants. C'est le cas des théâtres comme le théâtre Astral, le théâtre Dunois, le Sentier des Halles, le théâtre Mouffetard, le 18 Théâtre, le Théâtre de la marionnette. D'autres lieux dépendant de la Direction de la Jeunesse et des Sports s'adressent aussi aux jeunes. Je pense notamment au théâtre Paris-Plaine dans le 15e.
M. RIOU estime que la subvention que nous accordons aujourd'hui au Théâtre du jardin n'est pas suffisante. Il demande que nous votions une subvention de 700.000 F. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs 700.000 F.
Je vous propose de rejeter cet amendement. Nous donnons 100.000 F au Théâtre du jardin car nous estimons que nous ne sommes pas les seuls à devoir soutenir ce théâtre. Nous faisons un geste en direction du Théâtre du jardin mais ce Théâtre doit pouvoir trouver d'autres partenaires pour l'aider à se sortir de ses difficultés.
Quant à Mme SCHNEITER, je dois lui dire que je préfère le ton qu'elle a employé aujourd'hui à celui de la dernière fois que j'avais peu apprécié parce que s'il y a quelqu'un qui considère que les enfants doivent être sensibilisés aux disciplines artistiques, c'est bien moi.
Mme MARCHIONI peut penser que ce n'est pas assez, mais je propose au Conseil de voter la subvention de 100.000 F et je vous en remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie Mme MACÉ de LÉPINAY.
M. Camille CABANA demande la parole.
M. Camille CABANA, adjoint. - Oui, vous ne vous étonnerez pas, Monsieur le Maire, que s'agissant de l'amendement qui propose de porter de 100.000 à 700.000 F la subvention donnée à cette association, l'Adjoint chargé des Finances se croie obligé de dire un mot.
Alors, la critique qui a été faite consiste à dire : 100.000 F, cela n'a pas de sens. Mais, pardonnez-moi de vous dire que 700.000 F n'en ont pas davantage ! Et tant qu'à n'avoir pas de sens, l'Adjoint chargé des Finances préfère 100.000 F à 700.000 F.
Merci beaucoup.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je mets donc aux voix pour commencer la proposition d'amendement déposée par M. Alain RIOU.
Qui est favorable à cet amendement ?
Mme Laure SCHNEITER. - Je peux donner une explication de vote ?
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Madame, nous avons commencé le vote...
Comment votez-vous ?
Mme Laure SCHNEITER. - Il est évident que, même si je pensais qu'il fallait dans un premier temps accepter cette subvention de 100.000 F, si elle est suivie d'une autre (Mme MACÉ de LÉPINAY ne m'a pas répondu sur ce point, c'est cela qui est important car il faudrait des subventions plus importantes par la suite), je ne peux que voter pour le principe d'une subvention plus importante à Jacques DOUAI.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition d'amendement déposée par M. RIOU et les membres du groupe socialiste.
Qui est favorable à cette proposition d'amendement ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition d'amendement est repoussée à la majorité, les groupes "Rassemblement pour Paris", "Paris-Libertés", Mme TAFFIN et M. DUMAIT ayant voté contre, M. REVEAU s'étant abstenu.
Je mets maintenant aux voix, à main levée, le projet de délibération D. 1633.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, le groupe socialiste et apparentés et M. REVEAU s'étant abstenus, le groupe communiste n'ayant pas pris part au vote. (1996, D. 1633).