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Decembre 1997
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Conseil Municipal
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37- 1997, PJEV 36 - Autorisation à M. le Maire de Paris de souscrire un avenant n° 2 à la convention signée avec l'Institut national pour la recherche agronomique relative à une étude en vue de l'amélioration de l'enracinement des arbres en milieu urbain.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 1997



M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération PJEV 36 concernant l'autorisation à M. le Maire de Paris de soutenir un avenant n°2 à la convention signée avec l'Institut national pour la recherche agronomique.
Je donne la parole à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, ce n'est pas la première fois que vous êtes demandeur d'études en vue de l'amélioration de l'enracinement des arbres en milieu urbain, je dirais même de leur développement tout court et de leur conservation. Je ne peux qu'être favorable à votre démarche mais je suis quand même étonnée de voir que, sans multiplier les études et en prenant des mesures bien simples, beaucoup d'arbres à Paris pourraient être en meilleur état qu'ils ne le sont aujourd'hui.
Si le développement de leurs racines est étroitement lié à la nature des sols, il y a bien d'autres causes responsables de leur dépérissement par les racines. L'arbre à Paris, et surtout les arbres d'alignement, sont soumis à la poussière, à la pollution due à la circulation incessante, à une mauvaise perméabilité des sols. Asphyxiés dans de la terre durcie, ils sont souvent privés d'arrosage par les égouts qui dérobent à leur terre les eaux de pluie, par les sols en bitume qui ne laissent pas l'eau s'infiltrer, démunis de tout engrais mais bien servis en produits chimiques ou en sels de déneigement dont l'action néfaste persiste longtemps après l'hiver. Les plus robustes des essences n'y résistent pas. Combien de fois l'a-t-on vérifié pour les arbres sur des marchés situés près des étals de poissonniers où glace et sel entraînent un ruissellement d'eau salée qui les tue.
Beaucoup d'entre eux sont régulièrement mutilés à l'aide de tronçonneuses mal nettoyées, propageant des maladies sur d'autres arbres et laissant des plaies qui les fragilisent et où s'installent des champignons.
Ce n'est pas uniquement en assurant un meilleur " nutriment " à des sols pauvres, il est vrai, en milieu urbain, que vous conserverez mieux les arbres. Il faut avant tout - et la Direction des Parcs et Jardins le recommande - que les arbres à moyen et à grand développement soient plantés en pleine terre et en cas, hélas ! d'aménagement sur dalle, dans une épaisseur d'au moins deux mètres de terre avec parfois un arrosage automatique intégré, ce qui est loin d'être toujours le cas. Pensons à la dalle du Front de Seine, où plantes et arbres végètent et doivent être souvent remplacés depuis vingt ans.
Comme pour les jardins sur dalle, le problème des arbres conservés ou plantés sur des sites souterrains est fréquent. Les solutions sont coûteuses et sans garantie, telle la technique des caissons très délicate à mettre en oeuvre. Combien de fois avons-nous vu mourir des arbres lorsque l'on creuse des parkings sous les squares ? Puisque la place se fait rare à Paris et que malheureusement les constructions souterraines se multiplient, il faudrait, lorsque des arbres sont concernés, évaluer les risques engendrés par les travaux.
Quant aux E.V.I.P., les promoteurs ont le droit de construire en abattant des arbres lorsqu'ils gênent, mais ont le devoir d'en replanter le même nombre, comme l'exige l'article 13 du P.O.S. Avec leur manie de tout densifier, de creuser des parkings, ils sont, la plupart du temps, dans l'impossibilité de replanter des arbres en pleine terre. Voilà comment on retrouve des arbres en bac ou entassés dans des recoins, si serrés les uns contre les autres, que pour que certains se développent, il faut en abattre un sur deux, voire deux sur trois.
Il y a par conséquent, Monsieur le Maire, des mesures simples et de bon sens à prendre qui ne nécessitent pas des études qui devraient être appliquées depuis longtemps :
1°) Pour de nouveaux arbres à planter, il faut préserver des zones en pleine terre suffisantes et faire respecter l'article 13 du P.O.S. pour les dalles, les E.V.I.P. et les opérations immobilières.
2°) Concernant l'arrosage, tout se passe comme si les arbres d'alignement étaient laissés pour compte. Ces dernières années nous avons eu des printemps secs et des été chauds et nous voyons ces arbres souffrir et se dessécher prématurément. Cette année, certains marronniers, après avoir perdu leurs feuilles, ont même refleuri à l'automne. Y a-t-il des tournées du service des Parcs et Jardins pour vérifier les besoins en eau ? L'arrosage coûterait certainement moins cher que le remplacement des arbres de plus en plus fréquent.
Ne pourrait-on pas également utiliser des bitumes enrobés drainants, laissant l'eau de pluie s'infiltrer dans le sol ? Les arbres d'alignement devrait être plantés dans leur quatre ou cinq premières années car un arbre jeune s'adapte mieux. Ainsi les arbres plantés sur les Champs Elysées avaient 8 ans ; le coût de leur plantation était très élevé, avec moins de chances de reprise. L'arbre n'est pas un mobilier urbain interchangeable.
3°) Les racines des arbres souffrent notamment lorsque l'on refait les trottoirs ; s'il faut un sol de qualité, il faudrait surtout éviter de tasser la terre, protéger et bêcher leurs pied chaque année.
4°) Il faudrait diminuer progressivement le volume de la circulation car, même en plantant des végétaux plus résistants, ils survivent mal dans une ville saturée de pollutions. Deux constatations à l'appui : plus on s'éloigne des carrefours et des grands axes, plus les arbres sont beaux ; sur le périphérique, pelouses, buissons et arbres crèvent, dès qu'ils sont exposés à une pollution importante.
5°) La place de l'arbre doit être prise en compte dès les premières études entreprises pour des ouvrages souterrains et non lorsque le dispositif d'équipement est arrêté. Plus généralement, il faudrait intégrer des recommandations précises dans les dossiers de permis de démolir car il n'y a aucune indication concernant les plantations et les arbres sont autant menacés pendant la démolition que pendant la construction.
6°) Enfin, lors des travaux d'aménagement, les lames des machines en touchant les systèmes racinaires d'arbres malades et contagieux, propagent des germes mortels ailleurs lors de travaux ultérieurs. Il faudrait désinfecter systématiquement les lames des machines. Une meilleure connaissance des modes de contagion sur les chantiers aiderait à protéger les arbres.
A l'heure actuelle le platane est menacé d'une maladie, le " chancre coloré ", qui se propage du Midi en remontant vers le Nord...
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Madame SCHNEITER, je vous demande de bien vouloir conclure.
Mme Laure SCHNEITER. - Un jour ou l'autre, si les précautions adéquates ne sont pas mises en oeuvre, il risque de s'attaquer à nos 34.529 platanes parisiens. Si vous n'appliquez pas ces mesures élémentaires, Monsieur le Maire, si vous ne faites pas respecter les règlements du P.O.S., d'autres arbres à Paris continueront à ne pas pouvoir se développer convenablement, mais ils seront voués au dépérissement à plus ou moins long terme.
J'aimerais enfin savoir ce qu'est devenu le Comité d'éthique créé par vos prédécesseurs ?
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci, Madame SCHNEITER.
Madame JUNOT, pour répondre à Mme SCHNEITER, vous avez la parole.
Mme Marie-Thérèse JUNOT, au lieu et place de Mme Françoise de PANAFIEU, adjoint, au nom de la 4e Commission. - Mme SCHNEITER vient de brosser un tableau catastrophique de la situation des arbres à Paris.
La Ville de Paris est citée comme modèle en Europe et dans le monde entier pour le nombre et la qualité de ses espaces verts et de ses arbres d'alignement.
Nous ne pouvons que nous réjouir de la collaboration de la Direction des Parcs et Jardins et Espaces verts de la Ville de Paris avec l'Institut national pour la Recherche Agronomique qui lui a permis de faire de nouvelles découvertes pour l'amélioration et la conservation des plantations d'arbres en milieu urbain, et d'adapter de nouvelles espèces.
Lorsque l'on plante un arbre à Paris, on tient compte des exigences des différentes espèces, en épaisseur et en volume de terre qui varie suivant la capacité portante des dalles.
Les arbres d'alignement sont arrosés pendant les trois premières années de plantation. Au-delà de cette période, ils sont livrés aux aléas de la nature. Arroser 89.000 arbres d'alignement de façon permanente nécessiterait un budget très important (millions de litres d'eau et personnel ad-hoc).
Vous comprendrez l'intérêt de cette collaboration scientifique et d'assistance technique que nous apporte l'I.N.R.A., et je vous demande, Monsieur le Maire, de bien vouloir soumettre ce projet de délibération au vote de nos collègues.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération PJEV 36.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (1997, PJEV 36).