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Decembre 1997
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12- Question d'actualité à M. le Préfet de police de M. Philippe GOUJON, au nom du groupe " Rassemblement pour Paris ", sur les recherches entreprises par les services visant à l'interpellation de l'auteur de plusieurs assassinats commis à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 1997



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons à l'examen des questions d'actualité. Nous avons d'abord une question posée par le groupe Rassemblement pour Paris sur les recherches entreprises par les services visant à l'interpellation de l'auteur de plusieurs assassinats commis à Paris.
Je rappelle que l'énoncé de la question et la réponse doivent tenir dans une durée maximum de cinq minutes.
Monsieur GOUJON, vous avez la parole.
M. Philippe GOUJON, adjoint. - Monsieur le Maire, je vous remercie.
Monsieur le Préfet, les Parisiennes ont peur. Depuis plusieurs mois sinon depuis plusieurs années, un tueur en série a en effet violé, torturé, assassiné au moins cinq d'entre elles, se livrant à des actes d'une atroce barbarie.
Notre ville a déjà été meurtrie par une telle sauvagerie au cours de son histoire et connu bien des tortionnaires tels les Landru, les Peutiot, les Paulin, les Traoré. Ils ne méritaient pas la pitié et finalement ils ont tous dû rendre des comptes à la justice de notre pays. Leurs seuls noms inspireront l'horreur à jamais.
Aujourd'hui, l'Est parisien est durement éprouvé. Tout doit être mis en oeuvre et tout est mis en oeuvre, j'en suis sûr, pour interpeller un tel monstre. La Mairie évidemment dans le domaine de ses compétences prendra toutes les dispositions que vous estimeriez nécessaire, Monsieur le Préfet, là où cela s'avérerait utile.
Les Parisiennes et les Parisiens attendent que l'enquête policière aboutisse avant que d'autres meurtres ne soient commis. Je vous demande, Monsieur le Préfet, de bien vouloir transmettre nos remarques aux enquêteurs chargés de l'élucidation que nous savons particulièrement difficile de ces crimes.
Quelles informations, Monsieur le Préfet, êtes vous d'ores et déjà en mesure de nous communiquer qui permettraient de rassurer nos concitoyens par exemple sur l'importance des moyens mis en oeuvre.
Aux Etats-Unis, qui regroupent 75 % des tueurs en série et depuis peu en Europe, la criminalité ultra-violente est en augmentation constante.
Les tueurs en série sont très souvent intelligents, méthodiques, organisés, ce qui accroît considérablement les difficultés des enquêteurs. Ne devient-il pas indispensable de se doter en urgence des moyens d'investigation les plus performants pour lutter efficacement contre les agissements de tels psychopathes notamment par le recours à un ficher national d'empreintes génétiques, à usage exclusif de l'autorité judiciaire, comme le suggère, Michel BENEZECH, sommité française de la psychiatrie criminelle ?
Au nom des Parisiennes et des Parisiens, je peux vous assurer, Monsieur le Préfet, du soutien unanime du Conseil de Paris dans cette enquête difficile que nous souhaitons voir tous résolue avant que ne surviennent d'autres drames mettant ainsi fin aux agissements odieux d'un tueur fou, évitant que ne se développe davantage une réelle psychose dans plusieurs arrondissements de la Capitale et supprimant enfin cette angoisse qui peu à peu envahit les Parisiennes à la tombée de la nuit.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci.
Monsieur le Préfet, vous avez la parole.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, la Brigade criminelle a été, courant décembre 1994, chargée d'enquêter à la suite du meurtre d'une jeune femme, Agnès Nijkamp âgée de 32 ans, meurtre commis à son domicile 75, rue du Faubourg Saint-Antoine dans le 11e arrondissement.
Le 16 juin 1995, Melle Elisabeth O., 23 ans, était victime d'une tentative d'homicide volontaire. Elle réussissait à échapper à un individu armé d'un couteau qui l'avait bousculée au moment où elle pénétrait dans son appartement, rue des Tournelles dans le 4e arrondissement, à l'intérieur duquel il l'avait un moment retenue. Elle parvenait à s'enfuir, profitant d'un moment d'inattention de son agresseur.
Le 8 juillet 1995, Hélène Frinking, 28 ans, était tuée à son domicile, 213, rue du Faubourg-Saint-Martin dans le 10e. Le mode opératoire, puis les résultats des analyses des prélèvements recueillis sur les lieux, établissaient que ces crimes étaient à mettre à l'actif d'un même individu, celui décrit par Melle O., précisément, laquelle fournissait un signalement suffisamment précis pour l'établissement d'un portrait-robot.
Les vagues investigations entreprises par la Brigade criminelle sous l'autorité des Magistrats instructeurs ne permettaient pas d'identifier ce meurtrier.
Le 23 septembre 1997, le corps sans vie de Magali Sirotti, 19 ans, victime de faits similaires, était découvert à son domicile, 71, rue d'Hautpoul dans le 19e.
Le 14 novembre 1997, Estelle Magd, 25 ans, était mortellement frappée avec une arme blanche dans son appartement, au 12 rue de la Forge-Royale dans le 11e.
Les éléments collectés lors des investigations relatives à ces deux derniers homicides laissent penser qu'ils peuvent être rapprochés des faits précédents.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, la Préfecture de police a mis en oeuvre d'importants moyens afin d'identifier et d'interpeller l'auteur de ces meurtres.
Cinq groupes de la Brigade criminelle, soit trente fonctionnaires, se consacrent entièrement à cette enquête et tous les services centraux et territoriaux de la Direction de la police judiciaire leur apportent leur concours, de même que les effectifs de la Direction de la Sécurité publique ont été alertés dès les premiers meurtres. Les fiches signalétiques ont été distribuées à l'ensemble des services de police et plus particulièrement dans les commissariats d'arrondissement, à la Brigade anti-criminalité de nuit, et au Service de protection et de sécurité du métropolitain.
Le 26 novembre dernier, il a été procédé à un appel à témoin, avec diffusion du portrait-robot par voie de presse.
Ce portrait-robot a été diffusé à l'ensemble des services de police, notamment auprès des fonctionnaires de la sécurité publique, qui sont particulièrement sensibilisés à leur prise de service.
Ce sont donc, vous le voyez, des moyens particulièrement importants qui ont été et qui continuent d'être déployés.
A ce jour, près d'un millier d'appels téléphoniques relatifs à des informations pouvant intéresser l'enquête ont été reçus sur une ligne verte mise en place à cet effet, puis immédiatement exploitées.
Une quarantaine d'hommes susceptibles de correspondre au signalement ont été interpellés. Ils ont été mis hors de cause en raison de leur caractéristiques physiques. Une quinzaine d'autres individus ont été soumis dans le cadre d'une garde à vue à des prélèvements destinés à des comparaisons.
Enfin, 2.500 photographies de suspects ont été présentées à Melle Elisabeth O. depuis son agression. Le service de l'identité judiciaire et la police scientifique interviennent, est-il besoin de le souligner, lors de toute interpellation de suspects d'une manière immédiate, dans le cadre de l'enquête conduite avec une totale détermination par la brigade criminelle.
Voilà les premières informations que je voulais vous donner.
En ce qui concerne maintenant la création d'un fichier national des empreintes génétiques, je pourrai vous dire que le principe de la constitution d'un tel fichier vient d'être examiné par l'Assemblée nationale au cours de la discussion du projet de loi relatif à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu'à la protection des mineurs victimes.
En effet, à l'occasion de l'examen de ce projet de loi, l'Assemblée nationale a adopté un amendement parlementaire, qui a prévu d'insérer dans le code de procédure pénale une disposition permettant la création d'un fichier destiné à centraliser les prélèvements de traces génétiques, ainsi que les traces et empreintes génétiques des personnes condamnées pour crimes ou délits sexuels.
Il a été également prévu que la mise en oeuvre du fichier destiné à faciliter l'identification et la recherche des auteurs d'infractions sexuelles donnerait lieu à un décret en Conseil d'Etat, pris après avis de la Commission Nationale Informatique et Libertés. La création de ce fichier s'inspire ainsi du fichier des empreintes digitales, décidé il y a une quinzaine d'années.
Telles sont, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les conseillers, les dispositions actuellement envisagées par le Parlement en ce domaine, mais il convient toutefois de préciser que l'examen du projet de loi portant sur la délinquance sexuelle n'est pas achevé. En conséquence, ces dispositions, celles que je viens d'énoncer, sont susceptibles d'être encore modifiées ou amendées, dans la suite du débat parlementaire.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Préfet.