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Decembre 2006
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2006, DF 88 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer une convention donnant droit à l’occupation de la Rotonde de Ledoux, propriété domaniale située bassin de la Villette à Paris (19e), afin d’y exploiter un café-restaurant avec activités annexes.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2006


 

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe, présidente. - Nous passons à l?examen du projet de délibération DF 88 concernant une autorisation à M. le Maire de Paris de signer une convention donnant droit à l?occupation de la Rotonde de Ledoux, propriété domaniale située bassin de la Villette à Paris (19e), afin d?y exploiter un café-restaurant avec activités annexes.

Je donne la parole à M. Roger MADEC.

M. Roger MADEC, maire du 19e arrondissement. Madame la Maire, mes chers collègues.

Le bassin de la Villette qui constitue le plus vaste plan d?eau de la Capitale est un lieu magique. Il fait l?objet depuis plusieurs années désormais d?un plan de réaménagement confié par le Maire de Paris à la S.E.M.A.V.I.P. Et c?est un projet de réaménagement ambitieux à la hauteur de ce site unique dans la Capitale.

Alors que les cinémas exploités par la société MK2 sont pleinement opérationnels et attirent un public supérieur aux prévisions initiales, avec des Parisiens de tous les secteurs et de tous les quartiers, et dans l?attente de la livraison prochaine des bâtiments des magasins généraux, tout d?abord celui quai de la Loire, ensuite celui quai de la Seine, c?est aujourd?hui sa partie sud située le long du métro aérien qui mérite toute notre attention.

Voici quelques jours, la place de la Bataille de Stalingrad a été livrée aux piétons après plusieurs mois de travaux. Il faut souligner que ces travaux ont été destinés à améliorer les cheminements, sécuriser les traversées, réfectionner les sols et le mobilier urbain.

De ce fait, la rotonde de Ledoux, vestige des anciens octrois de la Ville, demeure l?un des derniers sites, avec la maison des canaux, non réaménagés sur le pourtour du bassin de la Villette. Je me réjouis donc que l?appel à projet lancé par la Mairie de Paris en février 2004 aboutisse enfin au travers du projet de délibération qui nous est soumis cet après-midi.

Je me permettrais d?ouvrir une parenthèse. Les contraintes financières dues au montant prévisionnel des travaux de remise en état du bâtiment (4,5 millions d?euros hors taxe), l?exiguïté de ce lieu dont la structure est difficilement exploitable, les exigences locales en matière d?animation du site et de valorisation culturelle et - ceci est le point le plus lourd - le fait qu?il s?agit d?un bâtiment classé monument historique pour lequel il faut respecter les choix de l?architecte des bâtiments historiques, sont à l?origine de ces presque 2 années de négociations.

Je ne reviendrai donc pas sur ce travail préalable dont je tiens à souligner qu?il a associé les élus du 19e arrondissement, les élus en charge du dossier à l?Hôtel de Ville (en ce qui concerne l?élaboration du cahier des charge) et la volonté d?aboutir pour donner une vie à ce lieu.

La convention aujourd?hui soumise à notre approbation, et dont je me réjouis qu?elle ait été votée à l?unanimité en Conseil d?arrondissement, répond pleinement à ces exigences. Les conditions financières précisées dans le projet de délibération sont d?autant plus intéressantes pour la Ville qu?elles mettent aussi un terme à des frais de gardiennage très lourds (240.000 euros par an). Avec des aléas, je rappellerai qu?il y a eu un incendie qui, certes, n?a pas fait trop de dégât, la rénovation de ce vestige du passé, de ce seul monument historique du 19e arrondissement se fera dans le respect de l?art et permettra d?avoir un pôle de convivialité.

Quant au projet culturel, celui-ci fait encore l?objet de discussion entre l?opérateur, les élus et la Ville de Paris. Je pense qu?il faut être directif et qu?il y ait un volet culturel parallèlement à l?activité de restauration et de brasserie. Je suis tout à fait confiant et je fais confiance à l?investisseur, Cofitem-Cofimur, qui a su faire preuve de beaucoup d?esprit d?ouverture lors du calage du projet de reconstruction du bâtiment des magasins généraux quais de Seine.

Je pense que c?est un bon projet qui est complémentaire de ce qui existe autour du bassin, qui amènera de la vie sur la place de la Bataille de Stalingrad et notamment en soirée car cette place est difficile à animer. Je dirai, sans être désagréable vis-à-vis de quiconque, que c?est une erreur de conception d?urbanisme. En effet, fermer par des bras une place dans un secteur difficile, ce n?était pas une bonne chose. L?animation de la rotonde, notamment en soirée, permettra d?occuper l?espace et de compléter l?offre culturelle et de convivialité qu?il y a tout autour du bassin. C?est un beau projet qui mérite quelques calages, mais j?ai toute confiance dans l?esprit d?ouverture de l?investisseur.

Je vous remercie.

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe, présidente. - La parole est à Mme BARANDA.

Mme Violette BARANDA. - Merci, Madame la Maire.

M. Roger MADEC vient de défendre la convention donnant droit à l?occupation de la rotonde Claude-Nicolas Ledoux par la société Cofitem-Cofimur avec beaucoup de zèle. Rappelons le, comme vous le disiez, la rotonde Ledoux est l?un des seuls monuments du 19e arrondissement. Ce merveilleux et majestueux pavillon du XVIIIe siècle est le vestige de l?ancienne enceinte des fermiers généraux. Il n?en subsiste que quelques exemples, quatre en tout, dont un à Denfert-Rochereau, un à la Nation et le dernier à Monceau.

Cette année 2006 marque tout à la fois la célébration de la naissance, il y a 270 ans, et le bicentenaire de la mort d?un architecte mal connu, Claude-Nicolas Ledoux et aussi la privatisation de ce lieu public. Si les Parisiens détestèrent en leur temps cette enceinte qui marquait la limite de Paris en 1785 et qui fut d?ailleurs, à plusieurs reprises, incendiée, entre autres pendant la Commune, les habitants du Nord-est parisien sont viscéralement attachés à ce magnifique ouvrage qui marque d?une empreinte forte le bassin de la Villette et la place de Stalingrad.

Art et Build s?était porté effectivement candidat lors de l?appel à projet de février 2004 et avait développé l?idée d?un restaurant à forte teneur culturelle et, surtout, avait repris le concept d?espaces dédiés à des bouquinistes. Les coursives devaient accueillir des associations de quartier. Bien que privé, le projet s?annonçait ouvert sur l?arrondissement, festif et joyeux.

Mieux, Nicolas et Frédéric avaient formulé clairement le souhait de travailler avec les associations du secteur. Certes, ce n?était pas ce qu?avaient souhaité au départ les habitants du secteur qui, rappelons-le, avaient préféré que ce monument soit rendu à une vocation didactique plus collective type musée de l?affiche, lieu dédié au cinéma, etc. Malgré tout, faute de temps, ce projet finit par être ratifié par nos concitoyens, choix qui associa les différents membres de la majorité et qui fut présenté lors d?une réunion publique de concertation.

Le nouveau programme qui nous est proposé et qui est défini par cette convention n?a pas les mêmes approches que celui que nous avions précédemment sélectionné. En effet, il doit requalifier un lieu accueillant un café-restaurant pouvant comporter une activité de réceptions privées : réunions, salons professionnels, événements familial et d?entreprise.

L?occupant s?engage aussi à exercer une activité de bar-restauration destinée plus largement au public et en particulier aux promeneurs du bassin de la Villette, un restaurant ouvert 7 jours sur 7, de 12 heures à minuit. Sa vocation serait d?accueillir au déjeuner la population active travaillant dans le quartier, en lui offrant une prestation de qualité pour un prix raisonnable et un service irréprochable.

Le ticket moyen serait de 17 euros hors taxes pour le déjeuner et de 30 euros hors taxe pour le soir. En d?autres mots, ce ne sera sûrement pas à la portée du plus grand nombre. La proposition est si évidente qu?il paraît ridicule de prendre la peine de le prouver. Cette convention fait apparaître que nous nous apprêtons à livrer notre patrimoine à une société qui n?a que faire de la diversité de la population parisienne et surtout du 19e.

Certes, un joli restaurant sera créé dans un cadre déjà naturellement beau. Nous aurons à Paris un énième lieu pour des événements d?entreprise, genre Chenet du roi à Vincennes qui servira peut-être à des fêtes familiales de type mariage, etc. Un concessionnaire pourra et non pas devra, nous dit-on, organiser des activités ludiques ou culturelles de type expositions artistiques, activités destinées exclusivement à la clientèle dudit établissement.

Par ce choix, la raison économique l?aura emporté sur le bien général. Sur le plan financier, là aussi, il n?y a pas à pavoiser. L?offre de la société Cofitem-Cofimur propose un investissement de 3.700.000 euros pour les travaux à amortir sur 25 ans. Mais il a été négocié, avec ladite société candidate, le principe d?une indemnité à hauteur de la valeur nette comptable des travaux réalisés non amortis en cas de non-renouvellement de la concession à son profit de montant plafonné à 1.200.000 euros. Joli cadeau.

Nous savons très bien qu?après une occupation de 25 ans, si le bien nous est restitué, il faudrait de nouveau refaire une partie des travaux. Mieux encore, il est dit dans la convention que, d?après des projections de chiffre d?affaires fournis par le candidat, la Ville de Paris pourrait escompter obtenir un montant total de redevance sur 25 ans d?un montant de 2.660.000 euros, soit un ratio moyen de valorisation du domaine de 0,42 euros le mètre carré jour.

D?après les chiffres, sur la surface annotée, soit une surface totale au sol d?environ 1.020 mètres carré, je tombe sur un ratio de 0,29 mètres carré jour.

Au cas où ce concessionnaire ne finira pas le chiffre d?affaires escompté, la Ville réclamerait toutefois des redevances forfaitaires, 15.000 euros sur la 1ère année, soit une redevance mensuelle de 1.250 euros, le prix d?un loyer, 22.500 pour la 2e année, la redevance passerait à 1.875 euros mensuel.

C?est toujours à cause de la même règle autodestructive de calcul financier qui régit tous les aspects de l?existence que nous allons détruire de la beauté, et oui de la beauté, et la confisquer au plus grand nombre de Parisiens. Les privilégiés pourront accéder une fois de plus à ce lieu, nous ?bobotéïsons? un peu plus Paris par ce concept pas très nouveau, vieillot, sans imagination.

D?autre part, la société Cofitem-Cofimur dont les principaux actionnaires sont des assurances à 78 % et parmi l?un des actionnaires le groupe A.G.F., grand spécialiste de la vente à la découpe...

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe, présidente. Madame, s?il vous plait, dites-nous ce que vous en pensez plutôt que de relire le document.

Mme Violette BARANDA. - J?ai presque fini. Nous devons, nous Ville de Paris, reloger fréquemment les habitants qui se font expulser des logements vendus par les assurances A.G.F. On va nous donner ce que l?on nous prend de l?autre. Nous sommes loin de l?économie solidaire de ce matin. Vous pensez bien que nous ne voterons pas ce projet.

Je vous remercie.

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe, présidente. Chacun s?efforce de respecter la règle. Je vous demanderai, Madame BARANDA, de bien vouloir l?observer également.

Je donne la parole à M. Christian SAUTTER.

M. Christian SAUTTER, adjoint, au nom de la 1ère Commission. - Merci, Madame la Maire.

C?est un bon projet comme l?a dit Roger MADEC pour deux raisons. La première, pour son contenu culturel. Je partage, avec Mme BARANDA, une certaine admiration pour Claude-Nicolas Ledoux qui va faire l?objet d?un espace muséographique et documentaire dans le lieu. Je signale aussi qu?il y aura des animations culturelles, notamment une collaboration avec l?équipe du Festival d?automne pour développer une programmation musicale et plastique - Christophe GIRARD soutient beaucoup ce projet -, des coopérations avec les conservatoires de musique municipaux et régionaux, des relations avec l?Auberge de jeunesse qui n?est pas loin.

Bref, ce n?est pas un projet exclusivement marchand comme Mme BARANDA a affecté de le croire.

J?avoue que Mme BARANDA semble dresser une liste noire des entreprises parisiennes qu?elle déteste. C?est son droit, mais le groupe COFITEM COFIMUR travaille déjà dans le 19e arrondissement de façon satisfaisante.

L?autre aspect, c?est l?aspect financier qui n?est pas l?aspect dominant, mais qui est un aspect important. Cette rotonde qui est actuellement une friche culturelle, c?est-à-dire qui est vide, qui se dégrade, qui doit être gardée, deviendra, comme le maire du 19e arrondissement l?a fort bien dit, un lieu d?animation, de loisirs et aussi de culture, avec des investissements importants que je ne rappelle pas et un dispositif de redevance qui est parfaitement banal.

Mme BARANDA a le droit de regretter l?autre candidat, mais ce n?est pas la Ville qui a éliminé l?autre candidat, c?est lui-même qui s?est retiré pour des raisons de santé.

Nous avons la possibilité de créer un lieu de vie et, de ce point de vue-là comme de beaucoup d?autres, je fais confiance au maire du 19e arrondissement. Il a parlé d?un vote à l?unanimité dans son arrondissement. Peut-être Mme BARANDA n?était pas là ou peut-être n?a-t-elle pas voté?

Mme Violette BARANDA. - Pas ?Les Verts?.

M. Christian SAUTTER, adjoint, rapporteur. - Monsieur MADEC, il faudra vous arranger avec Mme BARANDA sur les résultats du vote du conseil d?arrondissement.

C?est un bon projet que je vous demande d?approuver.

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe, présidente. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DF 88.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DF 88).