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Decembre 2006
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2006, Voeu déposé par Mme Véronique DUBARRY et les membres du groupe “Les Verts” relatif à l’attribution d’un prix “Césaire de la musique” au chanteur Admiral T. Voeu déposé par l’Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2006


 

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l?examen du v?u référencé n° 184 dans le fascicule, qui a trait à l?attribution d?un prix ?Césaire de la musique? au chanteur Admiral T., déposé par le groupe ?Les Verts? et à celui déposé par l?Exécutif.

Madame DUBARRY, vous avez la parole.

Mme Véronique DUBARRY. - ?On est venu pour brûler les pédés qui restent près de l?Hôtel de Ville ; ils vont souffrir, souffrir ; ils vont prendre du gaz, du gaz ; au lieu de tirer au fusil sur ton frère, tire sur eux ; ils vont cuire comme de l?eau dans un chauffe-eau ; les pédés c?est des cigarettes, brûlez-les comme des mégots.?

Même sur un air de reggae, chacun d?entre nous en conviendra, cela ne rendra pas ces paroles ni plus intelligentes ni plus tolérables. C?est sinistre, et par ailleurs, c?est passible d?un an de prison ou de 45.000 euros d?amende, en vertu de la loi du 30 décembre 2004 qui punit les auteurs de provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination en raison de l?orientation sexuelle.

L?auteur de ces paroles est un jeune chanteur qui s?appelle Admiral T qui a reçu le 23 octobre dernier un prix, le prix du meilleur espoir de la révélation de l?année dans le cadre des ?Césaires de la musique?. Il ne s?agit pas, pour moi, pour nous, de jeter l?opprobre sur l?intégralité de cet événement qui, au contraire, nous paraît être non seulement intéressant mais souhaitable. Cette cérémonie a pour objectif de promouvoir des artistes, musique et personnalité, de la diaspora noire francophone, afin que ceux-ci soient des exemples de réussite pour nos jeunes à l?image du poète et homme d?Etat martiniquais Aimé Césaire.

Chacun d?entre nous se ralliera et conviendra que ces buts et cet objectif sont tout à fait honorables. Il n?en reste pas moins que cette manifestation a d?ailleurs reçu d?une façon extrêmement minimaliste le soutien de la Ville de Paris puisque nous avons voté, il y a 2 ou 3 mois, une subvention de 3.000 euros.

Tout cela est très bien, mais je trouverais normal que la Ville de Paris, par la voix de son Maire, fasse savoir qu?en termes de révélation c?est surtout révélateur d?un état d?esprit extrêmement homophobe et que la Ville de Paris ne peut pas accepter qu?un prix de cette nature dont je viens de souligner l?intérêt soit remis à ce jeune homme. Je trouve cela particulièrement inadmissible.

Admiral T a procédé à un revirement. Il est bien juste que seuls les imbéciles ne changent pas d?avis, puisqu?il distille maintenant à chaque début de concert ou à chacune de ces interviews un message de paix et d?amour. Je trouve cela extrêmement honorable, sauf qu?il n?a certainement pas renié les paroles de cette chanson. Par ailleurs, il se permet de rajouter que les militants de la cause L.G.B.T. qui condamnent ces propos n?ont pas vraiment le sens de l?humour et qu?ils n?apprécient pas à leurs justes valeurs ces paroles qui, en fin de compte, ne sont que drôles.

Non, cela n?est pas drôle et cela n?est pas acceptable. Je souhaite que le Maire de Paris demande, il n?est pas question de retirer la subvention ni quoi que ce soit d?autre, que le prix soit retiré à ce personnage sinistre.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Madame DUBARRY.

La parole est à M. GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Nous étions très mobilisés, je l?étais particulièrement avec un certain nombre de personnes dont Philippe LASNIER, le conseiller du Maire, sur les questions L.G.B.T. au cabinet, Georges PAU-LANGEVIN puisque les prix ?Césaire? entrent dans le cadre de sa délégation, mais avec un certain nombre de responsables dont Louis-Georges TIN qui est un sociologue, professeur, cofondateur du C.R.A.N. avec lequel nous avons travaillé, rédigé un certain nombre de textes et d?interventions.

Je voudrais juste vous dire les paroles de la chanson incriminée : ?On est venu pour brûler les pédés qui restent près de l?Hôtel de Ville ; ils vont souffrir, souffrir ; ils vont prendre du gaz, du gaz ; au lieu de tirer au fusil sur ton frère, tire sur eux ; ils vont cuire comme de l?eau dans un chauffe-eau ; les pédés c?est des cigarettes, brûlez-les comme des mégots.?

Bien évidemment, cela est d?une extrême violence. Permettez-moi après ce sujet de faire un lien avec le débat de ce matin avec le P.S.G. et les hooligans. J?ai eu un certain nombre d?échanges avec Pascal NÈGRE en particulier qui est le président d?Universal musique et nous avons obtenu de la part d?Admiral T une déclaration écrite, un communiqué dans lequel il s?est engagé à ne plus jamais utiliser de paroles homophobes et à condamner l?homophobie.

Cependant, tout comme Véronique DUBARRY, je regrette qu?il n?ait pas explicitement condamné les paroles de sa chanson. En effet, il s?engage, il faut en prendre acte, à considérer l?homophobie comme un fléau très grave et qu?il faut combattre puisqu?il est face à un public de jeunes qui sont influençables. Il a pris cet engagement et il a fait retirer du catalogue de la S.A.C.E.M. cette chanson. Dorénavant, elle ne sera ni diffusée, ni chantée, ni publiée.

Prenons acte des pas en avant, mais tout comme Véronique DUBARRY et l?ensemble, je pense, des conseillers et des conseillères de Paris, je propose que nous prenions acte de la déclaration du chanteur Admiral T condamnant l?homophobie et nous émettons le v?u que le chanteur Admiral T rejette sans ambiguïté la chanson incriminée, à savoir? ?Batty Boy Dead Now?, ce qui signifie ?Mort aux pédés? en créole jamaïquain. Voilà.

Sur le lien que je voulais faire avec le P.S.G., je suis évidemment fier d?être membre d?un exécutif et adjoint d?un Maire qui place les valeurs républicaines au-dessus de tout.

J?étais très bouleversé ce matin d?entendre en effet les interventions des orateurs mais je dois avouer que j?ai eu une déception comme citoyen. Et je n?ai entendu, de mémoire, donc je m?en excuse auprès de ceux qui auraient également cité le mot, mais je ne le crois pas parce que j?ai bien écouté, seulement un orateur a prononcé le mot ?homophobie? parmi les insultes : Pascal CHERKI.

Je voudrais dire que les insultes homophobes ne sont pas, me semble-t-il, moins graves et odieuses que les insultes racistes de toutes sortes et que le commissaire Michel LEPOIX, en charge des publics du Parc des Princes, que je connais bien, me disait, pas plus tard qu?hier soir, que la violence des propos homophobes était beaucoup plus importante que par le passé mais qu?elle s?était d?une certaine façon banalisée.

J?aurais donc souhaité ce matin, je ne vous le cache pas, j?ai même eu un peu d?émotion et de regret que chaque intervenant, chaque orateur de chaque groupe quel qu?il soit, puisqu?il y avait une grande unanimité, ait inscrit dans la liste des insultes, racistes et antisémites, les insultes homophobes.

Je pense que l?on aurait été plus large et je remercie donc Pascal CHERKI de l?avoir fait.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Monsieur GIRARD.

Madame DUBARRY, compte tenu de la réponse de M. GIRARD, souhaitez-vous maintenir votre v?u ?

Mme Véronique DUBARRY. - D?abord, je voudrais dire que je suis à moitié d?accord avec Christophe GIRARD. C?est-àdire que je suis d?accord sur la deuxième partie. Je regrette également et j?ai fait le même constat que vous que ?l?homophobie? n?ait pas été souvent citée dans les reproches qui sont faits aux hooligans du P.S.G. parce qu?à mon sens il n?y a pas de notion de gravité entre les uns et les autres. Tous ces fléaux sont à mettre au même niveau.

Là où je ne suis pas d?accord avec M. GIRARD, c?est que j?estime que le voeu 184 bis, qui nous est proposé en réponse au v?u que j?ai déposé pour mon groupe, est au mieux anecdotique, au pire risible.

Je suis désolée mais justement en fonction de ce que vous venez de dire, Monsieur GIRARD, sur la gravité de ces propos, j?ai rappelé que ces propos étaient punissables par la loi, qu?ils ne l?ont pas été. Vous venez de dire qu?il y avait eu un engagement de la part du chanteur Admiral T. J?ai dit dans mon intervention à quel point il traitait ce soi-disant engagement pardessus la jambe puisqu?il considère que c?est en gros - je vais être vulgaire - du ?foutage de gueule?.

Donc non, je suis désolée, je voterai votre v?u mais je maintiens le mien parce que j?estime que la Ville de Paris, et contrairement à ce qui a pu m?être dit, est un partenaire important puisque cité systématiquement par l?organisateur dans les interviews qu?il donne.

J?ai sous les yeux la première page du site des Césaires de la Musique. Le premier partenaire qui est mis en avant, c?est la Mairie de Paris. J?estime que la Mairie de Paris doit demander que ce prix soit retiré à Admiral T. Cela n?est pas un exemple pour la jeunesse et ces propos sont inadmissibles.

Je vous remercie.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Bien. Merci.

Monsieur GIRARD, votre avis sur le v?u ? Favorable ? Défavorable ?

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Favorable au voeu présenté par Mme DUBARRY à condition que l?on puisse ajouter la phrase que je propose au nom de l?Exécutif qui est que ?le chanteur Admiral T rejette sans ambiguïté? parce que j?aime bien le caractère personnel qu?on y ajoute.

Mme Véronique DUBARRY. - Ce n?est pas publiquement...

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Oui, c?est mon point de vue.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Il y a un avis favorable au voeu que vous présentez et il y a le voeu de l?Exécutif n° 184 bis que je mettrai au vote aussi. Donc voilà, on votera les deux.

Explication de vote. Madame CAPELLE, vous avez la parole.

Mme Liliane CAPELLE. - Je serai très brève puisque avant que Christophe GIRARD ne s?exprime, j?étais en train de dire que pour le groupe M.R.C. naturellement nous voterions les deux v?ux parce qu?ils sont, si je puis dire, complémentaires.

Mais je voudrais revenir quand même sur quelque chose. Je suis très étonnée, très étonnée que la loi soit bafouée à ce point-là, que quand des propos qui sont tenus comme ceux-là peuvent être récompensés, alors c?est encore pire, mais que la loi ne s?applique pas?

Nous n?aurions même pas dû avoir à voter ces voeux parce que la loi aurait dû passer. Encore une fois, là, je trouve qu?il est un peu dommage que nous soyons, nous, obligés de courir après ce que la législation permet de faire. Je le regrette personnellement, et au nom de mon groupe beaucoup.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci.

Une explication de vote de M. BLOCHE, pour le groupe socialiste.

M. Patrick BLOCHE. - Oui. Christophe GIRARD a fait le lien avec le débat de ce matin sur le PSG. Je pense que tout le monde ici fera le même lien puisqu?il s?agit finalement dans le cadre de manifestations publiques, que ce soit dans le domaine sportif ou dans le domaine culturel, de propos, d?actes ou d?agissements discriminatoires fondés sur la race ou sur les orientations sexuelles.

En fait, il s?agit de la même chose. Et en l?occurrence, je me réjouis qu?il y ait ce v?u 184 car je ne voudrais pas qu?en cette matinée il y ait deux poids et deux mesures. C?est-à-dire que nous ayons condamné collectivement les associations de supporters du PSG qui ont des attitudes honteuses et inacceptables, et que d?un autre côté on s?offre la facilité de laisser passer cet événement.

Surtout que je voudrais qu?en ce domaine nous ayons à l?esprit que nous nageons tout de même dans une parfaite hypocrisie. Donc je voudrais surtout à travers ce voeu, puisque le mal est fait, que nous levions cette hypocrisie et cette complicité dans cette hypocrisie parce qu?il y a derrière évidemment quelques enjeux financiers qui sont ceux de l?industrie musicale.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Monsieur BLOCHE.

La parole est à M. LEGARET pour une explication de vote, au nom du groupe U.M.P.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je veux réagir aux propos de Christophe GIRARD sur deux points.

D?abord ce qu?il a dit sur le P.S.G., moi je partage ce qu?il a dit mais je regrette fort qu?il ne se soit pas exprimé tout à l?heure dans le débat sur le P.S.G.

Tout le monde sait que ce débat a été précédé de contacts pris avec les groupes. Nous avons tous retravaillé, nous avons apporté notre contribution sur un projet du Maire. Donc je trouve que ses arguments sont excellents mais c?est dommage d?en parler une fois que le voeu est adopté. Je pense qu?il aurait été préférable de le dire avant.

Sur le v?u n° 184, moi, je voterai le v?u n° 184 qui me paraît être tout à fait fondé, bien articulé, bien rédigé et en tout cas incontestable sur - je dirais- la réaction qui doit être celle de tous les élus parisiens. Je considère que le n° 184 bis affaiblit considérablement la position. Et demander à ce monsieur de retirer et de rejeter sans ambiguïté une chanson dont il est l?auteur, cela me paraît être complètement inapproprié.

Je souhaiterais vraiment que l?Exécutif retire le v?u n° 184 bis et que l?on nous fasse délibérer sur le v?u n° 184, parce que la riposte consistant à retirer le prix à un auteur qui a propagé des propos ignobles me paraît être simplement une réponse digne et honorable pour le Conseil de Paris. Voilà ce que je pense. Ce sont effectivement des propos qui sont frappés d?illégalité, qui sont insupportables et nous avons à les condamner fermement.

On n?a pas à demander à l?auteur d?ignominies de se condamner lui-même. C?est nous qui condamnons.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Bien. Monsieur LEGARET, Merci.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Ce n?est pas lui que nous laissons juge de cette condamnation. Je souhaite donc que l?Exécutif retire le n° 184 bis et que nous votions sur le n° 184.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci. Bien.

Je mets aux voix les 2 textes.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe ?Les Verts?, assortie d?un avis favorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée. (2006, V. 423).

Je mets aux voix, à main levée, le projet de v?u déposé par l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de v?u est adopté. (2006, V. 424).