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Janvier 1998
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Conseil Municipal
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43- QOC 98-7 Question de M. Didier BARIANI à M. le Préfet de police au sujet des statistiques de la délinquance dans le 20e arrondissement.

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1998



M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - La question suivante de M. Didier BARIANI à M. le Préfet de police est au sujet des statistiques de la délinquance dans le 20e arrondissement.
En voici les termes :
" Le service des archives et du traitement de l'information (S.A.T.I.) vient de présenter des données relatives à la délinquance pour la période de janvier à octobre 1997.
Au cours de ces seuls 10 mois de référence, la délinquance aurait augmenté de 2,4 % dans le 20e arrondissement. Il a le malheureux privilège de présenter le deuxième taux d'augmentation des 20 arrondissements parisiens.
Si de manière générale les atteintes aux biens diminuent, en raison notamment de la sophistication des systèmes de protection et d'alarme, il apparaît que les infractions touchant à la sécurité des personnes augmentent gravement.
Ce constat chiffré vient malheureusement confirmer ce dont les habitants du 20e arrondissement se plaignent : la dangerosité de certaines bandes composées d'adolescents de plus en plus jeunes et violents.
Il ne s'agit pas d'un climat d'insécurité relevant plus ou moins de la peur collective. Il ne s'agit plus d'incivisme.
Il s'agit de personnes menacées, de jeunes gens poignardés, tel cet étudiant qui a fait l'objet d'une tentative d'homicide volontaire le 8 décembre dernier dans le quartier " Saint-Blaise ", de ces meurtres entre bandes rivales.
Il s'agit de délinquants le plus souvent accompagnés d'animaux dangereux, qui font régner la terreur dans leur quartier de résidence.
L'éradication de cette violence quotidienne ne relève évidemment pas des seules forces de l'ordre.
Il faudrait le concours d'une politique pénale réaliste. Mais la police a la mission de protéger et de maintenir la sécurité publique.
Compte tenu de cette augmentation alarmante, il faut des moyens supplémentaires à la hauteur de l'enjeu.
Aussi, M. Didier BARIANI souhaiterait-il connaître les effectifs, en forces mobiles par exemple, que M. le Préfet de police entend affecter à cette perspective dans le 20e arrondissement.
Monsieur le Représentant du Préfet de police, vous avez la parole.
M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire. En 1997, le nombre de crimes et délits constatés dans le 20e arrondissement est en hausse de 4,88 % par rapport à l'année précédente. En revanche, la délinquance de voie publique a baissé de 2,87 %.
Sur une période de cinq ans, l'ensemble des faits constatés sur cet arrondissement affiche un recul de 10,22 %.
Il n'en demeure pas moins qu'un climat d'insécurité y est tenace, entretenu principalement par la présence de jeunes désoeuvrés qui perturbent la tranquillité du voisinage.
Ces jeunes se réunissent dans les espaces publics et les parties communes des nombreux grands ensembles que compte l'arrondissement et font preuve d'un comportement agressif envers les riverains.
Certains d'entre eux s'adonnent à des actes de vandalisme ou de délinquance, notamment le trafic de stupéfiants.
Face à cette situation préoccupante, à laquelle le Préfet de police est personnellement très attentif, l'ensemble des services de police se sont mobilisés.
L'action des fonctionnaires locaux est renforcée en permanence par les unités centrales de la Préfecture de police : brigades anti-criminalité, compagnies d'intervention, service de protection et de sécurité du métropolitain pour la direction de la sécurité publique, brigade criminelle, brigade de répression du banditisme, brigade des stupéfiants et brigade des mineurs pour la direction de la police judiciaire.
Par ailleurs, des forces mobiles complètent aussi souvent que cela est possible les moyens déployés sur le terrain.
C'est ainsi qu'en 1997, 239 opérations de sécurisation ont été menées dans le 20e arrondissement, qui ont engagé 3.400 hommes.
Au cours de l'année écoulée, l'activité des services de police s'est concrétisée dans l'arrondissement par l'interpellation de 3.770 personnes, dont 1.491 ont été placées en garde à vue. Parmi celles-ci, 658 ont été mises à la disposition de la justice.
Au nombre des affaires les plus récentes, je citerai l'interpellation, le 25 décembre 1997, de deux mineurs auteurs de jets de projectiles sur un bus de la R.A.T.P. ou encore l'interpellation, le 10 janvier 1998, par les effectifs de la sécurité publique de trois ressortissants maliens au moment où ils se livraient à des dégradations à coups de masse sur la porte murée d'un appartement dans lequel ils désiraient s'installer.
Je signalerai enfin celle, le 12 janvier, de deux individus pour violences volontaires, vol et menaces avec armes.
Les efforts consentis seront poursuivis et amplifiés, dans le cadre du renforcement de la police de proximité qui constitue la première priorité de la Préfecture de police pour les mois à venir.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Préfet.
Monsieur BARIANI, vous avez la parole.
M. Didier BARIANI, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
Ecoutez, Monsieur le Préfet de police, je suis un peu stupéfait parce que les chiffres même qu'avec franchise vous évoquez sur le nombre d'interpellations et de mise à disposition de la justice entament quelque peu la crédibilité des statistiques. Ecoutez, ne vous y trompez pas, certains quartiers de Paris et particulièrement à l'est ont le malheureux privilège de présenter maintenant tous les ingrédients du phénomène que l'on appelle celui de la violence des banlieues et il ne s'en faut que de l'ampleur des actions de prévention menées par la Ville de paris, et sans doute de la pugnacité des fonctionnaires de police pour que nous ne connaissions pas encore dans sa globalité le phénomène de violence des banlieues. Alors tant mieux, ce n'est pas le cas de l'ensemble de la Capitale, mais il n'en demeure pas moins que ces quartiers de l'est parisien méritent d'être intégrés - et c'est là le problème - à la réflexion générale sur les violences urbaines.
Alors pardonnez-moi, je n'ai pas les mêmes statistiques que vous, et l'ennui c'est qu'elles proviennent de chez vous, c'est là notre point de divergence. Ainsi par exemple, le service des archives et du traitement de l'informatique, S.A.T.I., vient de présenter des données relatives à la délinquance pour la période de janvier à octobre 1997 et à ce titre, au cours des dix mois de référence, les atteintes aux personnes auraient augmenté de 42,4 % dans le 20e, vérifiez, ce sont vos sources, et cet arrondissement présente le deuxième rang d'augmentation des vingt arrondissements parisiens.
Alors, pour aller vite - cela mériterait que l'on y consacre plus de temps, mais enfin de manière synthétique - si les atteintes aux biens diminuent, c'est vrai, en raison notamment de la sophistication des systèmes de protection, des systèmes d'alarme, il apparaît que les infractions touchant à la sécurité des personnes augmentent gravement. Vous en avez cité quelques-unes, j'aurais certainement d'autres exemples à votre disposition qui ne sont pas seulement des atteintes à des biens.
Et ce constat chiffré vient malheureusement confirmer ce dont les habitants du 20e se plaignent, et se plaignent à mon avis à juste titre : il n'y a pas un fantasme collectif de 200.000 personnes, ni un prurit sécuritaire sur un aussi grand nombre d'habitants, cela n'existe pas. De quoi se plaignent-ils ? de la dangerosité de certaines bandes qui sont composées d'adolescents, hélas de plus en plus jeunes, on ne peut plus parler d'adolescents, de plus en plus violents, phénomène que je constate tous les jours mais je ne suis pas le seul d'ailleurs ; il ne s'agit pas d'un climat d'insécurité relevant plus ou moins de la peur collective, je vous l'ai dit, ni d'incivisme. Non, mais bien d'une réalité de personnes menacées, de jeunes gens poignardés, rappelez-vous cet étudiant qui a fait l'objet d'une tentative d'homicide volontaire le 18 décembre dernier dans le quartier Saint-Blaise, et de ces meurtres entre des bandes rivales, il s'agit de délinquance le plus souvent de personnes qui sont armées, si l'on peut dire, d'animaux dangereux, qui font régner la terreur dans certains quartiers de résidences.
L'éradication de cette violence quotidienne ne relève pas, c'est évident, uniquement des forces de l'ordre, car il lui faut le concours d'une politique pénale réaliste, le concours d'actions de prévention efficaces et mesurables. Alors la police a mission de protéger et de maintenir la sécurité publique, sans doute, il faut qu'elle soit entourée elle-même du concours des autres administrations. A Paris, elle l'est en tous cas ; je sais - mon collègue Philippe GOUJON est à mes côtés - la volonté manifeste de la Ville de mettre en oeuvre dans le cadre de ses prérogatives, l'ensemble des moyens dont elle dispose et ma foi elle peut beaucoup, sur un registre différent, aider la police à accomplir sa mission.
Mais c'est une augmentation alarmante et il faut des moyens supplémentaires à la hauteur de l'enjeu et je répète bien, pour conclure, ce n'est pas la peine d'incriminer les forces de l'ordre pour dire qu'elles sont à l'origine de tous les maux en matière de délinquance, il y a le problème, nous ne le traiterons pas ici, c'est sûr, de la politique pénale, il y a le problème d'actions de prévention qui soient efficaces et mesurables, les actions de prévention sous forme de saupoudrage, on sait ce que c'est. A Paris, nous avons fait des ciblages et nous avons des choses qui sont, sous l'égide de Philippe GOUJON, relativement réalistes et mises en oeuvre de bonne manière.
Mais, Monsieur le Préfet de police, vous m'avez répondu sur des effectifs. Je ne doute pas du dévouement de l'ensemble des fonctionnaires de la Préfecture de police, je dis simplement, je le dis pour la première fois, et je serai amené à le redire ailleurs : attention, le phénomène de la violence urbaine n'est pas un phénomène qui par la grâce de Dieu, pour ceux qui y croient, par d'autres grâces pour ceux qui n'y croient pas, épargnerait Paris sous prétexte qu'il y aurait un mur invisible autour du périphérique. Cela n'existe plus, il y a des quartiers touchés maintenant de même manière que certaines banlieues. Attention que Paris, qui au demeurant reçoit chaque jour des dizaines et des centaines de milliers de personnes qui la traversent sans y habiter en plus, et qui sont attirées, ne connaisse pas à la fin exactement avec la même similitude et le même rythme ce que connaissent d'autres départements qui ont le malheur de vivre dans la quotidienneté de la violence.
Voilà ce que je voulais vous dire ce soir, Monsieur le Préfet de police.
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci, Monsieur BARIANI.