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Janvier 1998
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Conseil Municipal
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36- 1998, CABRI 1 - Adhésion de la Ville de Paris à l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté.

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1998



M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Nous passons au projet portant adhésion de la Ville de Paris à l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté.
La parole est à M. MANSAT.
M. Pierre MANSAT. - Monsieur le Maire, c'est avec quelque surprise que nous avons lu l'exposé des motifs introduisant ce projet de délibération.
Surprise : le Maire de Paris signe un véritable manifeste, un réquisitoire contre l'évolution du monde et les rapports dominants et je ne peux pas m'empêcher de faire une citation de l'exposé des motifs parce beaucoup de collègues n'ont pas dû en prendre connaissance :
" Alors que la richesse mondiale a été multipliée par 7 en 50 ans, le nombre de personnes condamnées à vivre dans la pauvreté a augmenté de manière vertigineuse atteignant 1,3 milliards, un personne sur dix souffre de malnutrition ou de la faim, une personne sur cinq n'a pas accès à l'eau potable ; au nord et au sud, on compte 120 millions de chômeurs et 700 millions sont sous-employées. Le revenu moyen du milliard de personnes les plus pauvres est aujourd'hui cinq cent fois moins élevé que celui du milliard de personnes les plus riches, contre 30 fois il y a trente ans ".
C'est un manifeste - je dirais plutôt un brûlot - contre le système économique qui a votre faveur, le capitalisme, et les rapports de domination qui sont ceux qui régissent le monde aujourd'hui. On nous propose l'adhésion pour la modeste somme de 5 fois 500 dollars à l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté, mais à part payer l'adhésion, il faut commencer chez soi.
Si, comme l'a dit quelqu'un dont j'ai oublié le nom, personne ne peut prétendre avoir le monopole du coeur, la façon dont vous avez répondu ce matin à notre demande d'une aide d'urgence pour les chômeurs en grande difficulté augure mal d'une approche réelle de la lutte contre la pauvreté...
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Ne mélangez pas trop les dossiers !
M. Pierre MANSAT. - Je mélange la lutte contre la pauvreté et la lutte contre la pauvreté !
Quand on entend répondre à une demande d'aide d'urgence pour des gens en train de se " noyer " qu'il s'agirait d'un " cataplasme ", on a quand même un haut-le-coeur.
Et puis il y a à Paris, en matière de lutte contre la pauvreté - parce que l'adhésion ne contredit pas cela, c'est ici et ailleurs - il y a beaucoup à faire, par exemple, en matière de lutte contre le saturnisme.
Une proposition assez simple : pour concrétiser l'adhésion de la Ville de Paris à l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté parce que c'est au suivi des projets que seront jugés l'efficacité et l'intérêt de cette adhésion, il y aurait par exemple beaucoup à faire pour exporter, comme le dit la délibération, l'expérience du S.A.M.U. social mais il y a d'autres projets aussi concrets, réels, dans lesquels la Ville pourrait s'impliquer, certes, de manière financière mais aussi de manière technique.
Je ne prendrai qu'un exemple : le projet de codéveloppement pour l'irrigation ou pour l'accès à l'eau dans certains pays comme le Mali dont sont originaires de très nombreux habitants de Paris et pour lesquels militent de très nombreuses associations de travailleurs immigrés.
Il y aurait tout à gagner en matière de lutte contre la pauvreté, d'accès à l'eau potable, à l'instruction.
Nous voterons cette adhésion mais c'est à l'aulne de la réalisation de ces projets que nous jugerons de votre volonté de vous engager réellement dans cette lutte contre la pauvreté à l'échelle mondiale.
Et nous n'attendons pas que vous remettiez en cause votre adhésion au système capitaliste qui produit un tel désastre à l'échelle de l'humanité tout entière.
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - La parole est à Mme TAFFIN.
Mme benoîte TAFFIN, maire du 2e arrondissement. - Mon intervention portera également moins sur le projet de délibération proprement dit et la demande qui nous est faite d'autoriser la Ville à souscrire cinq parts de 500 dollars pour adhérer à l'Alliance mondiale contre la pauvreté que sur l'exposé des motifs qui figurent dans le dossier de délibération.
Je lis en effet comme mon précédent collègue dans cet exposé des motifs : " Alors que la richesse mondiale a été multipliée par 7 en 50 ans, le nombre de personnes condamnées à vivre dans la pauvreté a augmenté de manière vertigineuse et continue d'augmenter ", mais je n'en tirerai pas les mêmes conclusions.
Il s'agit là d'une affirmation erronée, même si elle est couramment véhiculée par les médias et par toute sorte d'organisations qui prospèrent sur le mythe de cette paupérisation sur cette période de 50 ans. Non seulement la richesse a été multipliée par 7, ce qui est exact, mais la pauvreté a considérablement reculé, la faim et la malnutrition ont reculé en Chine comme en Inde. Seuls quelques pays ravagés par les conséquences des erreurs des systèmes politiques totalitaires, notamment en Afrique et dans les pays de l'ex-U.R.S.S., ont vu leur situation non pas s'améliorer mais s'aggraver.
Les élus indépendants non inscrits sont très surpris que des contrevérités qui relèvent du bourrage de crâne soient reprises et diffusés par notre délégation aux relations internationales.
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Voilà donc une autre version de l'exposé des motifs !
Madame SILHOUETTE, avez-vous une troisième version de l'exposé des motifs ?
Mlle Cécile SILHOUETTE. - Ce projet de délibération fournit l'appel auquel nous allons souscrire par cette adhésion : " mobiliser contre la pauvreté des ressources humaines plus nombreuses et les moyens financiers nationaux et internationaux supplémentaires assurant la transparence de leur utilisation ".
Je voudrais rappeler à Mme TAFFIN que si la richesse a augmenté, ce qui est vrai, elle n'est pas répartie justement, ce qui implique effectivement un grand nombre de populations, plus nombreuses qu'auparavant, vivant au-dessous du seuil de pauvreté aujourd'hui dans le monde.
Il est vrai aussi que le projet de délibération rappelle dans son exposé des motifs que des plans d'action destinés à combattre la pauvreté, à protéger les enfants, à régénérer notre environnement, permettre l'accès aux soins de santé, à l'eau potable, à l'enseignement et aux services sociaux élémentaires ainsi qu'à garantir un revenu, une vie décente à tous, ont été élaborés par l'ensemble des gouvernements sous l'égide des Nations unies.
C'est ce que demandent les populations aujourd'hui, plus particulièrement les chômeurs privés d'emploi et les personnes aux revenus précaires.
S'il n'est pas seulement question d'une adhésion de forme, comme j'ose l'espérer, nous souhaitons que cet engagement trouve son prolongement dans le budget afin que la Ville de Paris, en coordination avec ses partenaires, puisse mettre en oeuvre les plans d'actions proposés par les Nations unies afin de garantir à tous un revenu et une vie décente.
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - La parole est à M. PICOURT pour une réponse.
M. Patrick-Olivier PICOURT, adjoint, au nom de la 7e Commission. - Merci, Monsieur le Maire. Je dois dire que la reprise du texte de l'O.N.U. dans l'exposé des motifs avait pour objectif de faire réagir. Je crois que l'objectif est atteint, sur un sujet difficile et non seulement parisien.
Je crois qu'il faut recadrer les choses. D'abord, ce n'est pas un brûlot, c'est un texte de l'O.N.U. qui a été signé par l'ensemble des pays. Ce n'est pas un brûlot contre le capitalisme parce que la pauvreté frappe tous les pays et beaucoup de pays communistes, hélas. C'est peut-être là où nous connaissons le plus de victimes.
Alors je vous en prie, je vous en prie, parler d'un brûlot, parler de la pauvreté pour conclure : " Il faut commencer par balayer devant chez soi ", parler d'un seuil de pauvreté à Paris qui est de 3.500 F par mois comparé à des gens qui ont un seuil de pauvreté de 30 F par mois, ce n'est pas comparable. C'est un appel à l'isolationnisme, c'est un appel à l'égoïsme et je ne crois pas que ce soit là quelque chose de bien.
Je voudrais revenir à ce qu'a dit ma collègue TAFFIN. Dans l'exposé des motifs il est dit deux choses :
- La première chose est un motif de satisfaction, c'est que la richesse s'est multipliée par sept. C'est déjà une grande chose.
- Ce qui est vrai aussi, c'est que la notion de pauvreté a évolué dans le temps, elle a évolué dans la forme, elle a évolué selon les régions. Citer un chiffre n'a rien de révolutionnaire, ce n'est pas une mauvaise idée, c'est simplement prendre conscience des disparités.
Je voudrais dire à Mme SILHOUETTE que cette adhésion va permettre d'assister à une réunion de grandes villes sur le sujet.
Je crois qu'après tous ces grands mots il faut recadrer un peu les choses. L'adhésion de la Ville de Paris à l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté, un réseau de villes suscité par le programme des Nations unies pour le développement, va donner l'occasion d'échanger des expériences avec un grand nombre de villes et permettre de valoriser, sur le plan international, des expériences originales dans le domaine de la lutte contre la précarité (S.A.M.U. social, espace solidarité insertion).
L'objectif est de s'inspirer d'autres expériences (c'est toujours à travers le regard des autres que l'on existe) et aider d'autres villes.
La liste des villes membres fait apparaître une très grande diversité politique (dans les villes françaises : Lyon, Marseille, Besançon, Nîmes) et la présence de grandes métropoles européennes : Lisbonne, Rome, Barcelone, Madrid.
Le travail en réseau donne aujourd'hui une dimension supplémentaire à la coopération décentralisée et il est essentiel que Paris s'associe à ce type d'initiative qui se développe de plus en plus.
Une conférence mondiale des villes membres de ce réseau aura lieu à la fin du mois de mars 1998 à Lyon. Cette conférence constituera une occasion intéressante pour faire le point sur les actions menées dans ce domaine par les grandes métropoles, pour organiser des rassemblements par thèmes et demander la participation financière d'organisations nationales ou internationales.
Je voudrais conclure simplement en vous rappelant l'action menée par la Ville de Paris par le biais d'une association, l'A.I.M.F., qui est l'association qui reçoit le montant le plus important de subvention en matière de relations internationales, qui est présidée par le Maire lui-même. Il y a eu une exposition, voici trois ou quatre mois, dans les salons, sur notamment, l'action de l'A.I.M.F. en Afrique.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Paris-Libertés " et " Rassemblement pour Paris ").
M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Merci et bravo, Monsieur PICOURT pour la défense de ce projet de délibération qui mérite effectivement qu'on s'y intéresse non seulement dans la décision qu'on va prendre mais aussi par la suite, dans l'action que vous allez mener.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération CABRI 1.
Qui est pour ?
Contre?
Abstentions?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, MM. DUMAIT, MESMIN et Mme TAFFIN s'étant abstenus, M. REVEAU ayant voté contre. (1998, CABRI 1).