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Janvier 1998
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Conseil Municipal
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31- 1998, DLH 48 - Autorisation à M. le Maire de Paris de déposer un permis de démolir visant 2 bâtiments à usage d'habitation et de commerce situés 44-46, rue Proudhon (12e).

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1998



M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DLH 48 portant autorisation à M. le Maire de Paris de déposer un permis de démolir visant 2 bâtiments à usage d'habitation et de commerce situés 44-46 rue Proudhon (12e).
Madame SCHNEITER, vous avez la parole.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, ces jours derniers le second rapport ERPURS présenté par l'Observatoire régional de la Santé, montre à nouveau les impacts importants de la pollution de l'air en termes de mortalité respiratoire, d'hospitalisations, de visites médicales à domicile et d'arrêts de travail.
Ce ne sont pas, comme l'on souhaitait nous le faire entendre, seulement les journées exceptionnelles de pics de pollution qui sont en cause, mais bien la pollution de fond, quotidienne, qui affecte la santé.
Cette demande de permis de démolir vise à permettre l'aménagement du carrefour des rues de Charenton, Proudhon et des Fonds verts présenté à notre Assemblée le 16 décembre 1996. Déjà, le 25 septembre 1996, vous avez voté la démolition du 48 rue Proudhon. Aujourd'hui, ce sont les 44 et 46 rue Proudhon qui sont visés. Ainsi, c'est un pâté de maisons entier que vous allez raser pour permettre à toujours plus de voitures de circuler. Vous préférez démolir des immeubles pour faire place à l'automobile quand les besoins en logements sont si importants et que ces immeubles auraient pu être réhabilités.
Il vous a même fallu faire appel à la Déclaration d'utilité publique, en général réservée à des opérations de taille plus importante, pour procéder à l'expropriation et à l'éviction des personnes.
Paris est pollué et bloqué par les embouteillages. Le mal s'aggrave et vous persistez dans cette voie qui est une impasse.
En décembre 1996, vous disiez que " les difficultés du trafic sont augmentées par le fait que deux lignes de bus empruntent les voies concernées " et même qu'il faudrait " éviter que les transports en commun pénalisent la circulation ". Ce ne sont pas les bus qui gênent les voitures mais bien le contraire ! Plutôt que de mettre la ligne 62 en site propre et d'attendre les effets de l'ouverture de la ligne METEOR, vous avez choisi la poursuite de la priorité à l'automobile.
Compte tenu des informations régulières concernant les effets de la pollution sur la santé, vous avez le devoir d'inverser les priorités. Construisez des couloirs en site propre pour le autobus, créez un " Réseau vert " pour les piétons et les cyclistes. Il est intéressant de noter que dans ses choix de rues pour le 12e arrondissement, l'association " Réseau vert " avait justement retenu la rue Proudhon. Abandonnez ce projet de carrefour, ce serait un signe de votre volonté de lutter contre l'invasion automobile et son cortège de nuisances. Hélas, vous prenez une fois de plus le chemin inverse.
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Merci, Madame.
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - J'ai déjà dénoncé cette opération absurde qui vise à démolir un ensemble d'habitations, de commerces et d'activités pour accroître l'espace accordé aux automobiles, pour élargir un carrefour.
Pour améliorer la circulation sans porter atteinte aux bâtiments et à leurs occupants, je vous ai pourtant proposé une solution alternative qui, sans être idéale, est un compromis intéressant.
Elle consiste à supprimer la file de stationnement de la rue Proudhon et à la reporter sur la rue des Fonds verts. Mise ainsi alors à double sens, la rue Proudhon deviendrait le support de la circulation sud-nord-sud des véhicules et des bus, ce qui supprimerait " l'effet baïonnette ", tandis que la rue des Fonds verts accueillerait la circulation résiduelle des véhicules souhaitant s'engager vers l'est sur la rue de Charenton.
Qu'avez-vous fait de cette proposition Monsieur le Maire ? Qu'en pense Monsieur PLASAIT ? Vous ne semblez guère l'avoir examinée... Rejetez donc vos a priori et faites preuve d'ouverture !
Que faites-vous aussi des habitants de ces immeubles ? Des commerces de proximité et des activités, soit une dizaine d'établissements qui fonctionnent encore ?
Ainsi le bar " le Transit " rue Proudhon ou le lavomatic qui affiche en grosses lettres " nettoyage à sec ", deux noms aux apparences hélas prémonitoires de la politique funeste de la Ville ; mais aussi le fleuriste " La Bouquetière du 12e ", les restaurant " Le petit ruisseau " et " Mini Saigon ", le bar " le petit Bercy ", le tapissier, le service de retouches, le magasin d'électroménager...
Ces services de proximité participent à l'animation du quartier et constituent un micro bassin d'emploi. Or, vous le savez, ces activités refusent l'expulsion. Un départ forcé signifierait leur mort.
Vous affirmez que ces immeubles sont vétustes. C'est faux ! Vos analyses semblent une fois de plus faire preuve de partialité.
Visitez donc le 44 rue Proudhon et vous constaterez que cet immeuble est dans un état tout à fait satisfaisant et qu'il ne nécessite au plus qu'une réhabilitation légère. La structure est bonne, la cage d'escalier est en parfait état, les intérieurs des appartements sont corrects, les parties communes sont propres et nettoyées une fois par semaine, et la façade n'a tout au plus besoin que d'un sobre ravalement. On est bien loin de vos affirmations péremptoires.
Quant aux qualités esthétiques de cet ensemble faubourien, elles sont indéniables, notamment la spécificité urbaine de l'îlot avec une morphologie triangulaire et le caractère remarquable du bâtiment du 46 rue Proudhon faisant proue avec sa belle toiture, à la jonction avec la rue des Fonds verts.
Dans ces bâtiments, vous l'avouez, des gens habitent encore. Pourquoi alors nous demander dès aujourd'hui d'autoriser le permis de démolir ?
Certaines personnes y résident sans bail mais sont loin d'être de simples squatters. Plusieurs d'entre elles sont en effet disposées à payer un loyer et ont contacté la mairie pour cela, en vain. L'un de ces résidents renouvelle sa demande de logement social tous les ans depuis 1987, soit depuis plus de dix ans, en vain. Il n'a eu qu'une seule proposition, en 1988, pour un logement à Mantes-la-Jolie, ce qu'il a refusé puisqu'il travaille à Paris.
Ces personnes doivent être relogées par la Ville au même titre que les autres !
Monsieur le Maire, expulser comme des malpropres des personnes disposées à signer un bail et à payer un loyer, murer et blinder des appartements en bon état, détruire des immeubles en bon état, est-ce vraiment cela votre politique ?
Votre projet sur ce quartier est purement et simplement inadmissible ! C'est un exemple concret qui ruine cruellement tous vos propos sur l'urbanisme de proximité et la lutte contre la pollution.
Vous reconnaissez que l'origine de la croissance du trafic automobile dans ce secteur résulte de la politique de densification que vous avez menée dans les quartiers Sud avec les Z.A.C. " Corbineau-Lachambeaudie ", " Bercy " et actuellement " Paris Rive Gauche ".
Vous avouez ainsi ouvertement la logique de votre politique d'aménagement : démolition des quartiers anciens, densification des espaces libérés, augmentation du trafic automobile et de la pollution, accroissement de l'espace réservé aux véhicules par la démolition du bâti ancien... la boucle est bouclée !
Monsieur le Maire, quand renoncerez-vous à cette politique basée sur la trilogie densification - démolition - priorité à l'automobile ?
Car enfin s'agit-il de résorber les points noirs responsables, chiffres de 1995, de 89 accidents mortels, 913 blessés graves et 10.404 victimes légères ? Nullement. Il s'agit, nous dit-on, de faire sauter un bouchon en rasant tout un pâté de maisons.
Les comptages réalisés indiquent une circulation moyenne de 1.200 véhicules par heure sur l'ensemble des rues Proudhon et des Fonds verts. Dans le contexte parisien, ce chiffre n'a rien d'exceptionnel sur de tels axes.
Doit-on anéantir des pans entiers de nos quartiers sur cette simple logique ?
Vous faudra-t-il un troisième rapport E.R.P.U.R.S. sur les ravages exercés par la pollution automobile sur la santé des Parisiens pour que vous vous décidiez à réviser votre politique ?
Ce projet de destruction est monstrueusement rétro, il est d'un archaïsme stupide, il nous renvoie aux années soixante-dix de sinistre mémoire, où la Ville devait s'adapter à la voiture, où le canal Saint-Martin devait être comblé, où la radiale Vercingétorix et les voies sur berges déchiraient le tissu urbain pour qu'advienne le règle du tout-automobile. Ce pompidolisme mortifère a défiguré Paris. Renoncez-y !
Répudiez cette logique barbare !
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - La parole est à Monsieur BULTÉ pour répondre aux orateurs.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci Monsieur le Maire.
Je rappellerai que cet immeuble qui fait l'objet du projet de délibération se situe à un noeud important du trafic automobile entre d'une part l'axe nord-sud du 12e arrondissement et d'autre part ses quartiers ouest et est ainsi que les prolongements vers la porte de Charenton, le bois de Vincennes et la ville de Charenton-le-Pont. La circulation à cet endroit est très difficile et, croyez-moi mes chers collègues, cause de nombreuses nuisances aux riverains qui s'en plaignent fortement.
Je vous rappelle que c'est pour faciliter ce débouché naturel de la rue de Charenton, sur la zone de la voie ferrée, que votre assemblée a approuvé par vote du 14 avril 1996, le projet de délibération définissant les objectifs d'aménagement du carrefour en question.
Cet aménagement permettra notamment la réalisation d'espaces ouverts plantés d'une vingtaine d'arbres de haute tige, contribuera à résorber un bâti dégradé et à harmoniser la volumétrie urbanistique hétéroclite du secteur.
A ce titre, un des bâtiments voisins situé au 264, rue de Charenton est d'ores et déjà démoli.
Par ailleurs, je précise que l'immeuble proposé à la démolition se caractérise par un état de vétusté avancé comportant d'importantes dégradations de la toiture et de l'escalier de la cave. Les descentes d'eaux usées aux vannes sont également très dégradées et ont dû être changées récemment encore.
Il est donc indispensable de procéder à terme à cette démolition après relogement des locataires d'habitation et éviction des commerçants.
L'espace vert aménagé permettra, puisqu'il y aura l'aménagement d'un espace vert, de créer une respiration au coeur de la rue de Charenton sur une section où le bâti reste dense.
Je rappellerai par ailleurs, mes chers collègues, que ce projet de délibération a obtenu un avis favorable du Conseil du 12e arrondissement.
Merci.
M. Gérard LEBAN, adjoint, président. - Merci, Monsieur BULTÉ.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 48.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, le groupe socialiste et apparentés s'étant abstenu, le groupe du Mouvement des citoyens, Mmes SCHNEITER, SCHERER, SILHOUETTE et M. BLET ayant voté contre. (1998, DLH 48).