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Avril 2003
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Conseil Municipal
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191 - 2003, SG 8 - Autorisation à M. le Maire de Paris d'adhérer, au nom de la Ville de Paris à l'Association pour l'organisation d'un événement cinématographique

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2003


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous allons passer maintenant en l'examen du projet de délibération SG 8 concernant une autorisation à M. le Maire de Paris d'adhérer, au nom de la Ville de Paris à l'Association pour l'organisation d'un événement cinématographique.
La parole est à M. DOMINATI.
M. Laurent DOMINATI. - Merci, Monsieur le Maire.
M. GIRARD nous donne lui une leçon de politique...
M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Tiens !
M. Laurent DOMINATI. - Oui, oui car vous êtes tout à fait dans la voie traditionnelle de ce que j'appellerai une action de connivence.
M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - Oh là !
M. Laurent DOMINATI. - Quand vous dites à un Conseiller de Paris de l'opposition : "Je regrette de vous avoir mis dans le comité de pilotage". Pourquoi ?... Parce que cela voudrait dire, si je comprends bien, qu'en mettant des Conseillers de Paris d'opposition dans des organismes consultatifs et non pas décisionnels, c'est pour vous le moyen d'avoir la paix... à ce moment là, ils doivent se taire, ne plus rien dire...
C'est très important, ce que je dis.
Vous dites que vous, vous n'agissez pas de façon sectaire mais vous faites de la prose comme M. Jourdain, vous le faites sans le savoir. C'est quand même extraordinaire ! M. BOHBOT veut intervenir, vous dites : "Vous êtes dans le comité de pilotage", c'est un peu culotté, Monsieur GIRARD ! Sous prétexte qu'on est consulté, on ne devrait plus pouvoir râler ? C'est quand même extraordinaire !
En plus, vous vous vantez de protéger contre les interventions politiciennes la Direction des Affaires culturelles ! Ne vous inquiétez pas, elle sait quel travail elle doit faire.
Nous tombons sur cette délibération et je vais me livrer à un exercice assez difficile, c'est-à-dire celui de critiquer un certain nombre de mes amis, qui sont dans votre comité, pour exactement la même raison : ce que j'appelle, en matière politique, une pratique de connivence. "On est entre nous, je te mets dans le comité ou dans l'association ou je te file la subvention et on est bons amis". Et on dit qu'on fait des choses au-dessus de tout le monde.
Cela, Monsieur GIRARD, c'est une pratique que vous découvrez peut-être, en tout cas que vous avez l'air de pratiquer très bien, mais qui est très ancienne, qu'on a pratiquée à gauche, à droite, ce n'est pas un problème, tout le monde sait très bien faire cela et l'exemple de cette délibération est typique.
Il y a un Festival du cinéma à Paris. Vous arrivez et vous dites : "Il n'est pas assez beau", "tout cela n'est pas assez bon pour nous, il nous faut quelque chose de plus important". Vous coupez la subvention et vous dites : "Comme Paris est la capitale du cinéma - c'est vrai et souffrez qu'elle le soit depuis longtemps, peut-être d'ailleurs est-elle aussi la capitale des arts numériques et que ce n'est pas forcément Montbéliard mais enfin c'est un autre débat -, donc, comme Paris est la capitale du cinéma, on va faire un grand festival et on supprime le précédent". Clac ! On supprime la subvention.
Là, vous voyez un certain nombre de personnalités, que vous connaissez, et vous leur dites : "Vous allez créer un groupe de réflexion pour nous dire ce qu'on pourrait bien faire pour faire un grand événement cinématographique". Surprise ! Ce groupe de réflexion vous répond : "Ah tiens ! On va fonder une association". Belle surprise ! Quelle inventivité ! Beaucoup d'imagination !
Et puis, mieux que cela, ils vous disent : "Cette association, on va vous laisser tranquille, Monsieur GIRARD, on va la faire nous-mêmes. La seule chose qu'on vous demande, c'est une subvention". C'est ce qui se passe. L'association a donc été créée par les membres du groupe de travail. Ils vous demandent une subvention. Mais comme ils agissent exactement comme vous, ils vous disent : "Oh ! Ne vous inquiétez pas, on va vous donner un siège, à vous, la Ville de Paris mais nous, nous sommes membres fondateurs - écoutez-moi bien - à vie, sans payer de cotisation, indéboulonnables".
En gros, le Festival de Paris sera le Festival Costa Gavras et il nous dit : "Vous, vous avez droit à un siège en échange de la subvention". C'est tout à fait en ligne de son film "Amen" : amène la subvention, amen le système. Il y a quelque chose d'un peu étonnant à voir que les membres fondateurs sont des membres à vie. Oui, à vie ! Le cinéma, c'est la vie, me direz-vous, c'est très bien, mais comment peut-on considérer que c'est transparent, juste, équilibré parce qu'on a M. COSTA GAVRAS, Pascal ROGARD, etc.
Oui, très bien. Si c'est la seule remarque que vous avez à faire sur ce que je viens de vous dire, cela va très bien ! Vous pouvez très bien me répondre, cela se fait. Cela se fait assez souvent.
Moi, je trouve que, puisque vous vous considérez comme novateur, il faut le prouver. Faites différemment. Au lieu de prendre quelques amis, les happy few, de faire quelque chose avec eux en leur donnant le Festival de Paris à vie... Je vous fais remarquer qu'ils sont membres fondateurs à vie, cela veut dire que si cet événement réussit comme les César, ils en seront quasiment propriétaires et vous, vous aurez la chance de pouvoir siéger, il y aura l'un d'entre vous à la table du Conseil d'administration...
Eh bien non ! Cela ne devrait pas se passer comme cela. Les membres ne devraient pas être à vie. La Ville de Paris ne doit pas être au sein du Conseil d'administration. Le festival peut se créer avec une association à part, indépendante, pourquoi pas, même si c'est les Parisiens qui payent, mais à ce moment-là, provoquez dans les statuts un véritable renouvellement et laissez la Ville de Paris en dehors du Conseil d'administration, ce qui vous permettra d'être libre de juger sur pièce, sur les réalisations... et de faire comme vous avez fait quand vous avez supprimé la subvention au précédent festival.
Voilà ce qui serait bien pour la création d'un grand événement cinématographique, ce qui serait rompre avec une habitude de connivence. Oui, de connivence, je dis bien, de connivence. On sait très bien comment cela se passe, les mondanités, j'y participe, moins que vous mais vous êtes adjoint à la Culture, pas moi, c'est donc tout à fait normal. C'est très bien, on se connaît tous, depuis des années, on se fréquente et on se dit : "Si on faisait ceci ou cela ?"
Pourquoi eux ? Peut-on m'expliquer pourquoi telle personne plutôt que telle autre ? Si l'on veut fonder un événement, on regarde les propositions et on les adopte ou pas.
La façon dont vous procédez, c'est l'happy few, le petit cercle, la connivence. Rompez avec cela et vous deviendrez, à ce moment-là, effectivement novateur. Ou bien ne rompez pas et vous ferez ce que je décris, c'est-à-dire une culture, en quelque sorte, d'achat, de complicité, ce que vous faites aujourd'hui.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
Monsieur GIRARD, vous avez la parole.
M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - Quand Mme RENSON applaudit, je suis rassuré.
D'abord, je trouve que M. BOHBOT est assez grand et qu'il pouvait se défendre tout seul. M. DOMINATI l'a défendu, je ne sais pas pourquoi.
M. Jack-Yves BOHBOT. - Ce n'est pas lui.
M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - M. LEGARET aurait pu défendre aussi M. BOHBOT.
Ce que je regrette, c'est que le moindre mot, vous le manipulez, vous le transformez et vous en faites une joute oratoire, comme vous savez très bien le faire.
Moi, je n'ai que deux ans d'expérience mais j'espère qu'après les années d'expérience que j'aurai, comme vous, je tiendrai encore sur mes positions et que je ne tomberai pas dans cette caricature que vous venez de nous faire.
En plus, vous avez fait un jeu de mot un peu difficile, je trouve, à entendre sur le film "Amen". Constantin COSTA GAVRAS, et non COSTA GRAVAS comme vous disiez, est un grand cinéaste européen, absolument incontestable, dont le travail est apprécié, je crois, de tout le monde, dans le monde entier. Je ne vois pas en quoi c'est un copain, je ne le connaissais pas. Vous dites "copain" mais je ne vois pas en quoi, je ne le connaissais pas. Vous voyez des copains partout.
Il a été choisi justement parce qu'il est un cinéaste indépendant, au-dessous de toute amitié personnelle qu'il pourrait y avoir avec les uns et les autres.
M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. - Maintenant, vous le connaissez.
M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - Heureusement ! Quand on est adjoint à la Culture, on ne va pas juste serrer les mains, on travaille, on rencontre les gens, on les écoute, figurez-vous ! On a écouté ce que les uns et les autres, les professionnels, quelle que soit leur couleur politique, disaient du Festival du film de Paris, généreusement soutenu pendant des années par la Ville de Paris.
D'ailleurs, dans vos propres rangs, quand je suis arrivé, un certain nombre d'élus de l'opposition ont attiré mon attention sur cette manifestation en disant qu'il serait bien qu'on y regarde de près. C'est ce qu'on a fait. On a regardé de près.
Encore une fois, comme on a souhaité faire les choses calmement, sans sectarisme, la polémique a été enterrée et la Déléguée générale a même fait une déclaration pour dire : "C'est très bien qu'il y ait deux manifestations à Paris, c'est bon pour le cinéma".
Maintenant, parmi les gens qui siègent au Conseil d'administration de "Paris Cinéma", il y a des professionnels de la diffusion, de la production, des syndicats de réalisateurs, enfin il y a toute la profession qui est représentée. Je n'ai pas la moindre idée de la couleur politique de ces personnes. Et que la Ville de Paris, par un modeste siège au milieu d'une dizaine de personnalités, puisse quand même entendre le débat qu'il y aura entre les membres du Conseil d'administration et puisse éventuellement donner un avis, qui serait celui de la Déléguée au cinéma, cela ne me choque pas. C'est, au contraire, une façon de s'assurer que l'association vit et jouit pleinement de son indépendance.
Ce festival qui n'est pas un festival, mais une manifestation ouverte et de rayonnement, pour laquelle on attend beaucoup parce qu'elle permettra aux Parisiens non pas d'aller seulement sur les Champs-Elysées mais de se rendre dans tous les arrondissements et surtout de contribuer à ce que les salles d'Art et d'Essai, ici et là, dans chaque arrondissement, soient impliquées et que, pendant les 15 jours du mois de juillet où l'activité cinématographique à Paris est en général fragilisée, elle soit renforcée et soutenue.
Cela va de Marin KARMITZ à Pascal ROGARD en passant par feu Daniel Toscan du Plantier qui trouvait qu'en effet, Paris avait besoin d'une manifestation de cette ampleur. Chaque arrondissement sera mis à contribution : le 12e, le 13e, le 15e, le 16e, le 7e, le 6e, etc. et le 5e plus particulièrement car c'est un arrondissement dans lequel se trouvent beaucoup de cinémas d'Art et d'Essai.
Loin de nous l'idée de favoriser le cinéma dans seulement tel et tel arrondissement.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux, à main levée, le projet de délibération SG 8.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2003, SG 8).