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Mai 2000
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46 - 2000, DLH 90 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer un marché sur appel d'offres en vue de la conduite d'une Opération programmée d'amélioration de l'habitat (O.P.A.H.) dans le quartier "Roquette-Charonne" (11e)

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2000


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DLH 90 concernant un marché sur appel d'offres en vue de la conduite d'une Opération programmée d'amélioration de l'habitat (O.P.A.H.) dans le quartier "Roquette-Charonne".
Je donne la parole à M. RIOU.
M. Alain RIOU. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, l'O.P.A.H. "Roquette-Charonne" n'en étant qu'au stade de la sélection de l'opérateur, ne serait-il pas, pour une fois, possible d'engager une réflexion préalable?
Si cette O.P.A.H. est menée comme ont pu l'être les précédentes sur Paris, on a tout à craindre que l'approche ne se cantonne au seul bâti et qu'elle ne sorte pas d'un rôle dans lequel on se plaît à les confiner : distribuer des subventions.
Or, les O.P.A.H. n'ont jamais eu vocation à se limiter à distribuer des subventions. Elles doivent intervenir non pas en état d'apesanteur comme un outil autonome mais en parallèle avec d'autres actions sur la ville. Selon les directives du Ministère, je cite "en préalable à toute O.P.A.H., la collectivité devrait être en mesure d'afficher un projet global d'aménagement et de développement comprenant des actions d'aménagement urbain, d'équipements publics, ainsi que des dispositifs de confortement et de développement de l'artisanat et du commerce, sans oublier une politique globale d'habitat - diversification des populations, locatif public et privé, locatif social, accession à la propriété, etc.".
Prenant le contre-pied de ces judicieux conseils, la Ville enchaîne O.P.A.H. sur O.P.A.H., en faisant l'impasse presque systématiquement sur toutes les actions d'accompagnement pourtant nécessaires.
Il s'agirait plus particulièrement pour ce quartier et cette O.P.A.H. de mener une réflexion sur les espaces publics. La dissociation des O.P.A.H. d'une stratégie urbaine d'ensemble limite leurs effets et constitue la voie de la facilité.
Le constat est en l'occurrence vite établi ; Paris compte en moyenne 200 habitants à l'hectare, or nous atteignons dans ce quartier un peu plus de 500 habitants à l'hectare.
Les rares espaces de respiration, y compris désormais les cours intérieures, se sont, ces dernières années, comblés à la va-vite sous l'action des efforts conjugués de la Ville et des promoteurs privés. L'absence totale de réflexion sur les besoins en espaces verts et sur les besoins d'équipements conduit aujourd'hui ce quartier au bord de l'asphyxie. Si l'on se limite au seul périmètre de l'O.P.A.H., seuls deux terrains sont accessibles au public. Il s'agit du T.E.P. de la rue Emile-Lepeu, et du petit espace vert entre la rue de la Folie-Régnault et le passage Courtois.
Faute d'avoir retenu la proposition faite depuis des années par l'association "Onze de Pique", de créer 11 petits jardins disséminés dans l'arrondissement, les opportunités n'existent pour ainsi dire plus.
Faudra-t-il alors en venir à préconiser la démolition d'immeubles existants pour créer de nouveaux espaces verts et pour aérer un tissu très dense suivant ainsi la voie de Barcelone dont l'urbanisme est exemplaire ? Mais existe-t-il dans le périmètre de l'O.P.A.H. des immeubles permettant la création de tels espaces.
Cette question mérite d'être posée, elle ne pourra être tranchée que si une réflexion plus globale est menée en amont. C'est cette absence de réflexion que nous déplorons aujourd'hui.
Sans peut-être en venir à ces extrémités, une première solution pourrait être explorée en tirant profit des erreurs urbaines des années 60 et 70. Il s'agirait de verdir les espaces créés sur les trottoirs par les retraits, parfois très importants, des immeubles construits. Cela permettrait en outre de traiter le contraste violent ainsi créé. Quelques exemples particulièrement édifiants dans ce secteur doivent faire l'objet d'un tel traitement.
Mais, Monsieur le Maire, dans ce secteur, une évidence s'impose à tous. La piste la plus prometteuse vous est offerte par l'opération pilotée par la Ville et mise en oeuvre par l'O.P.A.C. sur le terrain à l'angle de la rue de la Roquette et du passage Charles-Dallery. Plutôt que de vouloir à tout prix continuer à construire, élargissez votre champ de vision et levez le nez de cette malheureuse parcelle de 1.700 mètres carrés ! Raisonnez donc à l'échelle du quartier et rendez-vous aux arguments développés depuis des années par l'association "Onze de Pique" et les 2.000 personnes qui ont signé une pétition en faveur de l'aménagement d'un jardin.
"La maison, ce n'est pas le mur, ce n'est pas le sol, ce n'est pas la toiture, la maison c'est le vide dans lequel je suis", nous dit Lao-Tseu. Par extension, la définition de la Ville pourrait être celle-ci : "La Ville, ce n'est pas les immeubles, ce n'est pas les pleins, c'est le vide dans lequel nous sommes".
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Vous avez épuisé votre temps de parole, mon cher collègue.
M. Alain RIOU. - Je conclus.
Or, les vides dans ce quartier ont une furieuse tendance à se transformer en pleins. Il est du devoir de la collectivité d'aller à l'encontre de cette lente et inquiétante évolution. Suite à la requête de l'association "Onze de Pique", le permis déposé par l'O.P.A.C. sur le fond de la parcelle de la rue de la Roquette vient d'être annulé par le Tribunal administratif au motif que le retrait du bâtiment projeté ne se justifiait pas. Profitez de ce revirement de jurisprudence récent pour abandonner définitivement tout projet de construction sur cette parcelle et pour méditer cette citation d'un maire d'une grande capitale commentant l'arrêt d'un programme de logements au profit de l'extension d'un jardin : "Le social, c'est aussi l'environnement".
C'était aux petites aurores, le vendredi 11 février, au jardin Villemin. Le Maire s'appelait Jean TIBERI.
Je vous remercie.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Monsieur BULTÉ, vous avez la parole pour répondre à M. RIOU.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Je rappellerai à M. RIOU que pour qu'une O.P.A.H. soit mise en oeuvre, il faut que la Ville de Paris signe avant tout avec l'Etat et l'Agence nationale d'amélioration de l'habitat, l'A.N.A.H., une convention qui définit les objectifs et les moyens de l'O.P.A.H. Il faut également choisir un opérateur chargé du suivi et de l'animation de l'opération.
La sélection de l'organisme chargé de la réalisation de cette O.P.A.H. se fera (puisqu'elle n'a pas été faite) selon une procédure d'appel d'offres ouvert. Le projet de délibération DLH 90 permettant de recruter cet opérateur vous est soumis avant, bien entendu, que ne commencent les négociations avec les partenaires de la Ville de Paris pour la conclusion de la convention d'O.P.A.H. Cette anticipation de l'approbation par le Conseil de Paris permettra d'accélérer la procédure. En effet, une fois la convention d'O.P.A.H. négociée avec les partenaires et délibérée avec le Conseil de Paris, elle pourra être renvoyée pour signature à l'Etat et à l'A.N.A.H. sans qu'il soit ajouté le délai de la procédure d'appel d'offres qui désignera l'opérateur.
Le coût de cette opération est quand même conséquent, estimé à 1,7 million de francs par an pendant quatre ans, soit 6,8 millions de francs de fonds.
Voilà ce que je voulais dire en ce qui concerne le projet de délibération.
Je reviendrai très rapidement sur les propos de M. RIOU qui se fait un grand défenseur de l'association "Onze de Pique" dans le 11e arrondissement. Je dirai à M. RIOU : attention ! Cette association, qui a fait un recours notamment contre la Ville de Paris et contre les aménagements que nous avons prévus dans le cadre du P.O.S. Saint-Antoine, a réussi à faire tomber le P.O.S. Saint-Antoine ! Aujourd'hui, par l'intermédiaire de cette association dont vous présentez l'action comme exemplaire, l'ensemble du secteur est livré au grand capital et aux promoteurs de manière incontrôlée. Je trouve cela absolument scandaleux !
Donc, que cette association essaye de défendre véritablement l'environnement - et c'est vrai qu'il n'y a pas que le social, il y a aussi l'environnement - mais que cette association prenne conscience que la défense de l'environnement ne passe pas par un combat systématique d'opposition à la Mairie de Paris !
Merci.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 90.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DLH 90).