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Mai 2000
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7 - 2000, SG 3 - Communication de M. le Maire de Paris relative à l'aménagement des canaux

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2000


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons maintenant à l'autre sujet à l'ordre du jour : communication sur les canaux.
Mes chers collègues, l'eau peut être à Paris, si nous savons l'utiliser, un extraordinaire élément d'urbanisme. Cette réalité a longtemps été ignorée et il est une époque pas si lointaine, où l'on voulait couvrir le canal Saint-Martin pour en faire une autoroute urbaine.
Aujourd'hui, nous avons commencé, comme vous le savez, la réhabilitation des berges de la Seine, nous travaillons au renouveau de la Bièvre et surtout, vous en avez eu connaissance, un ambitieux programme de réhabilitation de l'ensemble formé par le canal Saint-Denis, le canal de l'Ourcq et le canal Saint-Martin vient d'être lancé.
J'ai tenu à une réflexion d'ensemble, liant ces trois ouvrages d'art datant des années où la fameuse "fièvre des canaux", qui saisit toute la France entre l'Empire et la Monarchie de juillet, touchait aussi la Capitale.
Réflexion globale, pour penser ensemble aujourd'hui les trois canaux pour en faire, de la Seine à la Seine, un vrai "canal de Paris", pour lui redonner un sens, et ne pas le borner à n'être qu'un témoin archéologique figé, une morne succession de bassins sans âme.
J'ai souhaité au contraire rendre au canal sa fonction essentielle de voie de communication, mais de communication au sens actuel de ce mot, en harmonie avec les nouvelles aspirations des habitants des lieux qu'il traverse.
Le canal, vous le savez, c'est d'abord une histoire, une "atmosphère", liée aux souvenirs d'Arletty dans "Hôtel du Nord", mais ce peut être aussi, et nous nous en donnerons les moyens, un espace vivant au coeur de nos quartiers de l'est, que les Parisiens veulent apprendre à réutiliser.
Nous devons leur permettre, dans les années qui viennent, de se réapproprier leur grand canal. C'est le sens de ce projet.
Pour mettre en oeuvre cette restructuration, il fallait sur ce dossier comme sur les autres, lancer une vaste concertation avec les communes traversées par le canal, avec les associations de quartiers, il fallait créer une dynamique qui, autour de quelques idées fortes, permette aux services de la Ville concernés, d'agir ensemble.
Il a fallu, pour aboutir au projet dont vous avez eu connaissance, plusieurs mois de travail de la Direction de la Voirie, de l'Atelier parisien d'urbanisme, de la Direction de l'Aménagement urbain et de la Construction, de la Direction des Parcs, Jardins et Espaces verts, de la Direction de la Jeunesse et des Sports, de la Direction des Affaires scolaires, de la Direction du Développement de l'activité économique et de l'Emploi, de la Direction du Logement et de l'Habitat, sous la coordination de la Délégation générale aux grands projets.
Si j'ai tenu à énumérer toutes ces Directions et organismes, c'est pour les remercier tous très vivement de ce projet séduisant et fort, mais c'est aussi pour insister devant vous sur cette méthode que je crois excellente, unissant toutes les forces vives de la Ville autour d'un axe commun.
Aucun effet d'annonce, aucune promesse vide de sens et sans lendemain dans l'opération qui va être menée sur le canal : vous avez vu que ce programme est réaliste, qu'il fait l'objet d'une estimation financière et d'un calendrier de réalisation très raisonnables.
Je voudrais en quelques mots, mes chers collègues, vous dire l'essentiel de ce grand projet qui est plus qu'une réhabilitation : la résurrection, la redécouverte d'une espace dynamique dans la ville, qui fera vivre différemment cinq arrondissements de Paris et de nombreuses communes limitrophes, parmi lesquelles Saint-Denis et Aubervilliers.
J'ai deux idées essentielles en lançant cet ambitieux projet : pour restaurer l'ensemble, il faut le restructurer, réinventer les abords et le fonctionnement de l'ouvrage. Puis il faut embellir, redonner toute sa magie à cet espace un peu en déshérence qui dans les années 1970, avait bel et bien failli disparaître, convaincre les Parisiens de se le réapproprier.
L'entretien des canaux est, à lui seul, une tâche considérable. Les risques d'effondrement sont réels, cela s'est produit l'an dernier au bassin dit du Combat et nous avons immédiatement restauré la structure des deux bassins voisins qui datent eux aussi du XIXe siècle. Il faut sauvegarder ce complexe monumental, assurer l'état de marche des neuf écluses du canal Saint-Martin. Le premier objectif, c'est en effet de restituer au canal sa pleine valeur d'usage : l'alimentation de Paris en eau non potable, l'acheminement de manière non polluante d'un million de tonnes de fret chaque année, et le développement des activités économiques reliées au bassin et au tourisme.
Mais pour redonner aux Parisiens l'envie de redécouvrir leurs canaux, il faut aussi embellir, les transformer en axes de promenade, de flânerie et de découverte. L'équipement des berges, l'extension des pistes cyclables, liant entre elles divers "quartiers tranquilles", la mise en place de navettes, l'agrément d'un mobilier urbain de qualité, la rénovation des fontaines, l'éclairage des ponts, des ponts tournants et des écluses ainsi que l'encouragement à la rénovation des façades d'immeubles, dans le respect d'une charte commune, tout cela va être entrepris.
Les points clefs de l'itinéraire seront ainsi particulièrement repensés : la place Mazas, inaccessible aujourd'hui pour les piétons et les cyclistes, le boulevard Richard-Lenoir, où un accès sera ménagé pour une visite en bateau de la partie souterraine illuminée jusqu'aux soubassement de la colonne de Juillet, promenade onirique sous le pavé de notre ville, l'articulation sur le site de la place de la bataille de Stalingrad entre le canal Saint-Martin et le bassin de La Villette.
Le canal ainsi revivifié, animé d'activités nouvelles sur le bassin de l'Arsenal, le bassin Louis-Blanc, celui de La Villette, dont la nouvelle vocation nautique et festive s'affirme, irriguera vraiment nos quartiers. De nouveaux projets viendront s'y greffer naturellement : dans la nouvelle maison des canaux, dans les kiosques d'information où il sera possible aussi de louer des vélos, sur le site des magasins généraux et, souhaitons-le ensemble, en 2008, dans le secteur de la porte d'Aubervilliers, en liaison avec le stade de France, les équipements du Paris Olympique, capitale mondiale des sports.
Notre canal sera ainsi l'axe d'un paysage nouveau, entre le vieux centre historique et les nouveaux équipements de l'est, site original, très parisien, mais que les Parisiens avaient oublié.
Le canal s'était endormi, ses eaux stagnaient, nous travaillons à lui redonner un sens. Je suis prêt à parier que les rives du canal, ainsi métamorphosées, seront, dans la décennie qui vient, un des hauts lieux de la visite et de la flânerie dans Paris.
Ce nouveau grand projet est lancé : je souhaite qu'il puisse rapidement s'affirmer en liaison étroite avec les élus locaux, les associations et les représentants des activités économiques et touristiques sans lesquels rien ne pourra être fait.
Ce projet "Grand Canal" est celui de tous les Parisiens et de nos amis des communes riverains. C'est en étant l'oeuvre de tous qu'il permettra de redonner au canal toute sa dimension régionale mais aussi internationale.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Monsieur LHOSTIS, vous avez la parole.
M. Alain LHOSTIS. - Monsieur le Maire, Mes chers collègues, je veux tout d'abord dire : enfin ! Enfin, vous vous décidez à nous présenter une approche d'ensemble des canaux parisiens.
Certes, des évolutions se sont produites et les mises en valeur de telle ou telle partie des canaux, comme la promenade du boulevard Richard-Lenoir, ou l'aménagement du Bassin de l'Arsenal, démontrent qu'il est possible de faire des réalisations de qualité autour de ce site exceptionnel que représentent nos canaux.
Je dis ce site, même si je pense, comme vous l'évoquez à votre façon dans votre communication, qu'en réalité, ces canaux représentent des séquences successives, en relation avec la diversité des quartiers traversés. Ce site, car les canaux sont une véritable nervure urbaine à partir de laquelle on peut permettre aux quartiers de l'Est parisien de communiquer de façon écologique entre eux et offrir à chacun un espace de détente, de repos, de convivialité.
Les canaux de l'Ourcq, Saint-Martin et Saint-Denis ont eu un rôle important dans la structuration du Paris moderne. L'approvisionnement en eau de Paris s'ajoutant à leur rôle économique et industriel a contribué fortement à la construction de nouveaux quartiers dans l'Est parisien. Une partie de ce patrimoine a failli disparaître lorsque la majorité à laquelle vous apparteniez déjà, avait décidé de réaliser une autoroute à la place du canal Saint-Martin. Heureusement, ce projet fut abandonné devant la bataille des riverains, dont j'étais, en 1972.
Ces canaux, vous le soulignez, Monsieur le Maire, sont fragiles. Ces oeuvres d'art presque bicentenaires appellent un entretien régulier et vous le reconnaissez, cet entretien n'a pas retenu toute l'attention nécessaire dans les dernières années.
Ces canaux, pourtant, sont des éléments majeurs de la vie des quartiers de l'Est de Paris. La réussite des plus récents aménagements le prouvent. L'arrivée d'un cinéma dans laquelle mon amie Martine DURLACH a joué un rôle essentiel, accompagné par des lieux de restauration sur le bassin de la Villette recueille un large succès.
La volonté de se réapproprier ces canaux est forte chez les Parisiens. Depuis déjà plusieurs années, un grand nombre d'initiatives populaires se tiennent au bord du canal Saint-Martin, à l'initiative des associations de quartier. Le mois dernier, les deux dernières initiatives d'une association réunissaient plus de 3.000 personnes au bord du Canal Saint-Martin, et ceci, malgré l'absence de soutien de la Ville de Paris, pourtant sollicitée. Les exemples ne manquent pas non plus dans les 11e et 19e arrondissements.
Ces canaux magnifiés par le cinéma sont avant tout le cadre de la vie quotidienne de dizaines de milliers de Parisiens vivant dans les quartiers alentours. Ces quartiers, longtemps délaissés, densifiés, ont besoin d'espace. Le canal est la fenêtre ouverte sur des perspectives où l'horizon ne s'arrête plus à quelques dizaines de mètres. De plus, la vie des quartiers riverains du canal, manque de structures d'accueil, de lieux de réunion pour les associations, de lieux de détente, bref d'équipements.
Un aménagement répondant à cette demande serait riche de perspectives pour les populations vivant aux bords des canaux, une chance inespérée de se doter de lieux de vie. Dans le 10e, le 4e ou le 12e arrondissements, ou le 11e, les canaux sont aujourd'hui des espaces de détente, de promenade privilégiés pour la population. Malgré des initiatives fortes, l'ensemble formé par les canaux reste très en deçà en regard des possibilités qu'offrent de tels lieux.
Votre communication ne répond pas du point de vue des élus communistes à la grande ambition qu'il faut avoir à partir de l'existence des canaux. Vous nous exposez que l'on va installer de jolis candélabres, des bancs confortables, des jeux de lumières. Bien. Vous annoncez la requalification des quais avec la mise en place de milliers d'arbres. Vous allez inciter les propriétaires des immeubles riverains à ravaler leur façade. Et même une fois par an, nous ferons la fête ! Très bien.
La rénovation des canaux, des écluses est une nécessité que personne ne saurait remettre en cause. C'est même une phase normale de la préservation d'un patrimoine bicentenaire. Le dernier incident en date, dû à la vétusté, n'a entraîné rien de moins que l'inondation des sous-sols des bâtiments environnant le bassin du Combat. Aujourd'hui d'ailleurs, des centaines de copropriétaires n'ont toujours pas perçu le moindre dédommagement pour les dégâts causés. Les travaux considérables de consolidation annoncés doivent faire l'objet d'un programme d'urgence. La sécurité des riverains, celle des milliers de promeneurs dominicaux l'exigent.
La mise en valeur des berges n'est pas une bonne idée, mais le simple bon sens. Je dirais que tout cela, c'est du courant, il aurait fallu le faire et souvent plus tôt.
Vous présentez aussi comme des nouveautés des décisions déjà prises après de longues batailles de la population. Il en est ainsi du jardin Villemin que nous avons dû arracher mètre carré par mètre carré au bétonnage auquel vos projets immobiliers successifs le promettaient depuis 1975.
L'aménagement de ces quartiers doit répondre en premier lieu aux attentes des populations avoisinantes. ce doit être une priorité, le point de départ de la réflexion. Paris possède une vitrine exceptionnelle avec les Champs-Elysées, c'est très bien ! Mais refaire ceux-ci version liquide à l'Est, comme le souhaitait votre prédécesseur, merci, nous n'en voulons pas. L'atmosphère dont parle Jouvet à Arletty dans Hôtel du Nord est celle du peuple de Paris, fait à l'époque des mariniers, des postiers et des cheminots. Aujourd'hui, ce peuple de Paris, c'est aussi les jeunes des start-up qui s'installent dans ces quartiers à cause de leur authenticité. Cette atmosphère est encore faite de diversité, de mixité, de métissage. C'est d'abord cela qu'il faut préserver.
Votre notion du patrimoine, Monsieur le Maire, est trop celle d'un paysage-décor pour les pellicules des touristes. Cela peut faire de ces canaux une vitrine sans âme. Il faut des axes forts unifiants et des réaménagements avec des projets phares.
Le premier axe doit être celui du choix de privilégier le piéton. Un canal élément liquide plat, immobile, est le lieu rêvé de la promenade à pied. La découverte de chaque séquence, de leur beauté cachée, n'est optimale qu'à pied. Cela implique un impératif : établir un lien piéton le plus continu possible du bassin de l'Arsenal au bassin de la Villette.
Dans cette approche, les traversées des carrefours, notamment celles de la place de la Bastille et de la place Jaurès, doivent être pensées pour permettre cette continuité. Il faut aussi supprimer tous les obstacles qui amènent le promeneur à quitter le bord de l'eau.
L'interdiction des voitures le dimanche de 14 heures à 18 heures entre le rue Louis-Blanc et la rue de Lancry, sur les quais de Valmy et de Jemmapes a validé, s'il en était besoin, à la fois la faisabilité et l'attente des riverains d'espaces piétons à cet endroit. il faut étendre ce dispositif jusqu'au Faubourg-du-Temple et cela, tout la journée du dimanche et les jours fériés. Cela doit être fait sans attendre. Ce peut être le signal d'un aménagement plus fort où la réduction de la circulation, la piétonnisation seraient permanentes.
Dans ce cadre, je m'insurge contre le projet que vous envisagez de réaliser : un parking de 300 places sous le bassin Louis-Blanc. Nous n'en voulons pas. Nous nous y opposerons par tous les moyens comme nous l'avons fait pour défendre le jardin Villemin.
Pourquoi ne pas réfléchir à relier cette zone piétonne aux parkings des portes de Paris grâce à des bus électriques ?
Deuxième axe, les pistes cyclables.
Là où il faudrait un effort conséquent pour donner pleine place à ce moyen de locomotion, vos propositions sont un peu timides, notamment en matière de site propre pour les vélos. A ce sujet, nous revenons une fois de plus sur les pistes réalisées le long du canal Saint-Martin, quai de Jemmapes et de Valmy. Elles le sont du coté des immeubles. Il faut les transférer du côté canal pour des questions de sécurité et de plaisir de la promenade.
Mais, au-delà de parcours de promenade, ce sont les lieux de vie qui font défaut, des lieux où la population peut se retrouver dans sa diversité. Il faut viser à réunir les différentes populations autour de centres d'expression culturelle, d'activités sportives par exemple. Les associations doivent trouver des locaux pour les accueillir, des moyens pour les soutenir dans leur travail d'animation des quartiers. La jeunesse de ces quartiers a besoin de lieux partagés avec les autres générations.
En ce sens, le bassin Louis-Blanc et ses rives basses constituent un espace exceptionnel à aménager. Le Maire du 10e m'a demandé de conduire une réflexion sur ce site. Quand vous parlez de concertation, nous, nous la faisons. Elus, représentants d'associations, personnalités intéressées par le lieu, étudiants en architecture, réunis dans un groupe de pilotage ont planché, ont imaginé. Aujourd'hui, la municipalité du 10e a adopté les grandes lignes d'un projet pour le bassin Louis-Blanc et a commencé la consultation de la population.
Le bâtiment communal, bientôt libéré par l'entreprise de construction qui l'occupe 188, quai de Valmy, avec près de 5.000 mètres carrés, nous avons imaginé de l'aménager autour d'un projet dont le maître mot est "mixité". Activité commerciale de restauration ou culturelle, mais aussi équipements pour le quartier, les associations, lieux pour la jeunesse, salles d'exposition, espaces culturels, studios de répétition, bars à spectacles, etc...
Les bâtiments sous le quai de Jemmapes pourraient être réservés à des artistes, artisans, exerçant dans les métiers traditionnels du 10ème, la cristallerie, l'imprimerie, les cuirs et peaux.
Le plan d'eau du Bassin Louis-Blanc, quant à lui, pourrait privilégier l'animation autour des péniches-spectacles... De même, dans le 19e, l'aménagement prévu pour le bassin de la Villette ne prend pas en compte les besoins associatifs environnant.
Faire de ce lieu un salon nautique permanent mérite une large consultation des riverains. La présence de deux lieux culturels importants est un acquis, une image à capitaliser et à développer pour le bassin de la Villette. Après dix ans de friches abandonnées, vous nous proposez l'implantation d'un lycée du verre. Pourquoi pas. Mais vous pratiquez là encore la politique du fait accompli.
L'aménagement des canaux, dans la zone périphérique et en banlieue, doit se faire en étroite concertation avec les villes de banlieue concernées, sans hégémonie, sans politique du fait accompli. Vous dites vouloir aller dans ce sens. Le passé ne plaidant pas en votre faveur de ce point de vue, nous serons très vigilants à cet égard.
Enfin, Monsieur le Maire, vous nous dites vouloir faire une place à la mémoire en rappelant tout au long des canaux les événements marquants de l'histoire de Paris auxquels ils sont liés.
Il faudra alors que vous ne réécriviez pas l'histoire. Ainsi, vous assimilez la couverture du canal Saint-Martin à une simple opération d'urbanisme. En réalité, voilà ce qu'en dit Haussmann lui-même dans ses mémoires :
"C'est après bien des insomnies que me vint à l'esprit cette combinaison. Dès que Belgrand l'eût reconnu praticable, je me hâtais d'en porter la nouvelle à l'Empereur Napoléon III qui monta de suite à cheval pour s'en rendre compte (...) j'ai rarement vu mon Auguste Souverain enthousiasmé. Cette fois, il fut sans réserve (...) je proposais de faire disparaître l'obstacle permanent dont le plan d'eau, trop élevé, du bief du canal menaçait, "à plein voyant", d'un bout à l'autre, de la ligne magistrale d'où l'on pourrait, au besoin, prendre à revers tout le faubourg Saint-Antoine (...). Le boulevard que je projetais au-dessus du canal couvert devait substituer au moyen de défense des émeutiers, une nouvelle voie d'accès au centre habituel de leurs manifestations.".
Ma conclusion, je l'emprunterai à un jeune étudiant en architecture, Loïc LEFEVRE, qui m'a demandé d'être dans son jury de mémoire de fin d'études qu'il a consacré aux canaux de Paris :
"Le canal et ses abords forment un espace propice aux manifestations culturelles, aux fêtes de quartier et aux activités de loisirs (...). C'est le maintien de sa fonction de voie de communication et d'échange (...) qui peut garantir son rôle de colonne vertébrale entre Paris et la banlieue, entre les différents morceaux de territoire. Le cas contraire condamnerait le canal à devenir une simple succession de "flaques d'eau urbaines".
"Et c'est sans tenter d'homogénéiser la diversité séquentielle existante, liée en partie à la morphologie du canal - bief et écluse - que le paysage gardera toute sa richesse.
"Le canal est encore l'un de ces lieux avec une âme, un de ces lieux collectifs de la ville propice à de multiples projets de société, qu'ils soient sociaux, culturels ou urbains".
Fin de citation.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur LHOSTIS.
Madame BERTINOTTI, vous avez la parole.
Mme Dominique BERTINOTTI. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, la communication sur l'aménagement des canaux que vous nous présentez aujourd'hui appelle plusieurs remarques de notre part.
Les unes porteront sur les objectifs visés par cet aménagement et les autres sur la méthode que vous avez décidée d'utiliser et d'emprunter.
Quelques remarques d'abord sur les objectifs visés par cet aménagement.
Nous pourrions qualifier ce projet de relativement peu novateur et aux objectifs bien limités. En effet, votre communication laisse à penser que ce plan d'aménagement des canaux est nouveau. Or, il est quand même bon de rappeler qu'il s'inscrit dans celui que votre propre majorité avait voté dès 1988, soit il y a plus de 12 ans, et force est de constater que la réalisation de ce premier plan n'est pas encore achevée.
Aujourd'hui, ce qui nous est proposé, c'est une mise en valeur du site sur le plan paysager, ce sont des travaux d'aménagement urbain, des restaurations à faire, voire des reconstructions, qui n'appellent pas en soi de véritables commentaires.
Par contre, l'objectif prioritaire que vous assignez à ces aménagements, à savoir développer la vocation touristique de toute cette zone, ne peut nous satisfaire.
Le paysage que vous nous tracez relève plus de la nostalgie, de la poursuite de la muséïfication de Paris.
Ainsi n'est-il pas étonnant d'y lire à chaque page les termes de "détente", de "promenade", avec sa variante "promenade nautique", de "rêve", de "repos", de "flânerie", de "pêche".
Ces quartiers, à l'identique de ce que vous proposez pour les berges de la Seine, sont en train de dessiner le paysage d'une ville faite pour être uniquement consommée, une ville ludique, une ville passive.
Pour notre part, nous estimons que la Ville doit produire.
Pour mémoire, lorsque les canaux de l'Ourcq et Saint-Martin ont été construits, ils l'ont été dans une perspective de développement industriel, de croissance économique, de développement de la Ville de Paris. La voie d'eau était alors l'élément de liaison entre le transport des matières premières et l'approvisionnement des filatures, des industries chimiques ou mécaniques qui se sont installées sur les rives des canaux. C'était l'heure des usines, c'était l'heure des cités industrielles, c'était l'heure des passages voués à la petite industrie. Ces constructions ont créé un nord-est de Paris industriel et de plus en plus urbanisé.
Aujourd'hui, sur quel projet économique, dynamique et novateur fondez-vous le réaménagement de ces canaux ? Quid de l'implantation de nouvelles industries technologiques ? En quoi ce secteur rénové va-t-il devenir un lieu de nouveaux emplois ? Pourquoi ne pas avoir instauré un dialogue, impulsé une étude avec la Chambre de commerce qui permette de dresser dans un premier temps une analyse sur l'évolution des commerces existants et sur leur devenir et, dans un second temps, sur l'implantation de nouvelles activités ?
Au travers de vos propositions, vous êtes amené à souligner vous-même les contradictions émanant de ce choix du "tout tourisme" ou du "tout loisir", en mentionnant qu'il faudra trouver un point d'équilibre entre animation et tranquillité des riverains.
Peut-on résumer la notion d'animation d'un quartier à l'organisation de brocantes, de vide greniers, de musée de l'eau ou de fête du canal ?
Ce que vous nous proposez, c'est un urbanisme-spectacle dont on peut douter qu'il soit porteur pour les quartiers environnants et leurs habitants, de nouveauté et de mieux-vivre.
Autre contradiction, vous souhaitez consacrer plus de place au vélo et aux piétons. Très bien. Mais pourquoi alors construire dans le même temps un parking de 300 places sous le canal ?
Autrement dit, nous vous disons : halte à un Paris carte postale, où l'embellissement sert de viatique pour définir une apparence de vie de quartier. Vous ne cessez de faire référence à un urbanisme à visage humain, mais ce qui crée la Ville, ce sont les hommes et les femmes qui y habitent, ce n'est pas l'urbanisme. Un bon projet de ville, c'est celui qui vient des gens. Or, en lisant cette communication, on ne peut qu'être surpris d'attendre la dernière page pour y voir apparaître la nécessaire concertation ! Trop peu de lignes consacrées au dialogue avec la Région, alors que plusieurs communes riveraines de Paris sont directement impliquées par le réaménagement des canaux. Trop peu d'écho aux attentes des riverains, des commerçants, voire des touristes. Or, insérer les activités de tourisme et de loisir dans le fonctionnement quotidien de la Ville, impliquer l'ensemble des forces, des partenaires locaux, de ceux de la société économique, sont autant de défis à relever pour une ville qui veut faire entre autres de son attractivité touristique un des leviers de son développement économique.
D'une façon générale, pourquoi ne pas avoir institué un comité rassemblant des responsables d'associations, les élus, les administrations, à l'instar de ce qui a été fait pour l'aménagement des Grands Boulevards, comité dont le travail aurait été de définir les objectifs d'un tel projet ? Ce processus de concertation en amont et non pas en aval permettrait alors d'assurer les Parisiens que leur argent est dépensé à bon escient. Cela aurait, en outre, le mérite d'éviter ce qui se passe à propos de la place de Stalingrad : reconçue en 1989, ayant suscité des dépenses déjà très conséquentes, 10 ans plus tard le constat est là, tout est à refaire !
Le chiffrage budgétaire absent de votre communication mais avancé lors de votre conférence de presse est suffisamment substantiel pour que ce projet ne soit pas, comme vous le faites, un projet imposé. Nous aurions souhaité qu'il soit un projet partagé, mais pour qu'il soit partagé encore eût-il fallu rompre avec cette politique tape à l'oeil qui vous sert aujourd'hui de viatique et contre laquelle nous ne pouvons que nous élever.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.
M. FINEL répondra sur le détail, mais simplement un mot : vous n'avez peut-être pas lu tout le texte, parce que vous auriez vu que la concertation avec les habitants, les élus parisiens et non parisiens, et les associations, avant toute décision, sera un élément déterminant. Donc, je ne comprends pas très bien... Bien sûr, rien ne sera décidé sans concertation, c'est écrit, Madame, je me permets d'insister sur ce point.
M. BOULENGER de HAUTECLOCQUE a la parole.
M. Jean-Marc BOULENGER de HAUTECLOCQUE. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, effectivement je vais essayer de mettre une note d'optimisme après ce bilan catastrophiste et plutôt déprimant que nous venons d'entendre.
La reconversion et la mise en valeur de ses canaux est un projet majeur pour Paris. Patrimoine écologique, architectural, culturel, le canal reste dans l'imaginaire parisien le symbole d'un art de vivre propre à l'Est de notre Capitale et qui, par exemple, ne se souvient - on aura envie de la citer, mais ce ne serait pas très sérieux devant les bancs de cette Assemblée - Arletty et "sa gueule d'atmosphère" devant l'Hôtel du Nord.
C'est pourquoi on ne peut que se féliciter de voir présenter un document aussi fouillé, riche de propositions concrètes, dont la lecture attentive révèle la complexité. Il ne faut pas minimiser la difficulté de mise en oeuvre d'un tel projet global d'espaces publics et je tiens, au nom de mon groupe, à exprimer nos félicitations à tous ceux, dans les nombreuses directions concernées, notamment à l'Agence parisienne d'urbanisme, qui ont oeuvré à son élaboration. Un tel travail illustre avec éloquence la très grande qualité de l'Administration parisienne.
C'est aussi bien sûr l'illustration d'une continuité dans l'action menée depuis plus de 20 ans par la majorité municipale au service des Parisiens dont elle ne peut que s'enorgueillir. Nous nous rappelons que dans les années 70, la question du devenir même du canal fut posée. L'on fut alors tenté de supprimer une voie d'eau qui semblait inutile et c'est cette Assemblée qui, à l'époque, a pris la décision de surseoir à ces projets.
Dès 1973, d'ailleurs, l'A.P.U.R. avait entrepris une vaste étude pour la réhabilitation de ce patrimoine exceptionnel. Il fallut attendre l'élection d'un maire pour que, dans le cadre du plan de réhabilitation de l'Est parisien - belle oeuvre accomplie pendant ses mandatures, pendant lesquelles 65 % des investissements étaient consacrés à l'Est parisien - pour que soient lancés les premiers travaux.
Ce fut le réaménagement du port de l'Arsenal, pour les bateaux de plaisance, la remise en état des canaux, la promenade plantée du boulevard Richard-Lenoir, le remaniement de la place Stalingrad avec le magnifique projet de Bernard HUET qui a permis de faire ce bassin de la Villette, un des hauts lieux de l'Est parisien.
Vous souhaitez aujourd'hui, Monsieur le Maire, passer à la vitesse supérieure. On ne peut qu'approuver cette ambition. On remarque que le projet présenté s'inscrit dans une vision globale du rapport des Parisiennes et des Parisiens à l'eau. La prise en compte de cette préoccupation a commencé par un programme considérable de travaux avec de très lourds investissements pour améliorer la qualité des eaux de la Seine. On constate aujourd'hui que plus de 25 espèces de poissons y vivent, contre moins de 5 voilà 20 ans. Ce sont des résultats concrets d'une gestion concrète.
Elle s'est prolongée par la remise en valeur des berges du fleuve par la nouvelle politique des fontaines et, bientôt, par la renaissance de la Bièvre. Le plan de reconnaissance de canaux s'inscrit dans cet ensemble cohérent.
Ce programme implique de lourds investissements mais il est évidemment impossible de laisser en déshérence un tel patrimoine et l'on notera que les postes les plus importants sont par exemple ceux des travaux de reconstruction des bassins Louis-Blanc et des Récollets, respectivement évalués à 57 et 72 millions de francs qui, sauf à laisser tomber en ruines le réseau, devraient de toute façon être réalisés.
Il faut, par ailleurs, garder à l'esprit que le canal de l'Ourcq alimente, à raison de 200.000 mètres cubes, le réseau d'eau non potable de Paris, extrêmement utile à la collectivité et que le trafic de marchandises représente plus de 1 million de tonnes de matériaux équivalent à quelque 200 camions par jour.
Il ne saurait être question de se priver de tels atouts. On voit mal laisser rouler tant de poids lourds dans Paris. Vous souhaitez que la Ville s'appuie sur des actions générales en faveur de la vie locale, pour rendre à nos canaux leur attrait. C'est vrai qu'il faudra mieux répondre aux demandes formulées par les Parisiens en faveur d'une vie de quartier plus agréable, plus paisible et plus sûre. Pour cela, il est indispensable qu'ils soient associés à travers les associations de quartier à l'élaboration du programme d'activité envisagé, qui comprend d'ailleurs de nombreuses réalisations d'intérêt économique et non pas uniquement du loisir, comme on l'a entendu sur ces bancs. Mais il importe aussi de prendre garde à ne pas susciter de nuisances nouvelles, que ce soit en termes de bruit - qui fait partie des soucis majeurs des Parisiens - ou d'insécurité qui n'est pas moins une préoccupation importante.
Il existe des sites exceptionnels inexploités actuellement dont le potentiel est considérable. Je pense au bassin Louis-Blanc avec la réutilisation d'un beau bâtiment qui abrite un commerce de matériaux de construction. On ne peut que se féliciter du projet d'installation du lycée des Arts du Verre, Lucas-de-Nehou dans le bâtiment subsistant des anciens magasins généraux. On pourrait multiplier le nombre d'exemples éloquents à cette communication ; mais cela allongerait de façon excessive nos débats.
Sur le plan touristique, la création d'un nouveau produit associant le bassin de l'Arsenal, la partie souterraine du canal à une navigation en Seine est particulièrement intéressante. Elle permettrait une découverte d'un Paris en pleine mutation, du centre touristique au quartier de la République. Il est heureux de constater qu'on prend en considération l'entière dimension du site, avec une série d'orientations autour du projet du Parc du Millénaire ou l'évolution de la Plaine Saint-Denis. Il ne faut pas sous-estimer les difficultés ; peut-être faudra-t-il envisager d'autres formes de coopérations avec les villes et le département concernés : Saint-Denis, Aubervilliers, le Département de la Seine-Saint-Denis.
Enfin, il me semble qu'il pourrait être intéressant de réfléchir à améliorer la connexion du réseau des canaux parisiens avec celui du nord de l'Europe. Si les touristes pouvaient facilement se rendre dans les grandes villes du Nord : Bruges, Amsterdam, cela pourrait être un atout supplémentaire.
En résumé, le réseau des canaux parisiens est une des richesses écologiques du Paris intra-muros. Favoriser sa réappropriation par les habitants de notre ville ne peut être qu'approuvé. C'est un grand chantier qui demandera de gros efforts, tant en termes financiers que de volonté. C'est donc sans réserve que le groupe R.P.R. en approuvera le principe et enfin en guise de conclusion, je voudrais remercier, au nom du même groupe, le service des canaux qui a su rendre le canal de l'Ourcq à la navigation dans les meilleurs délais, après les dégâts considérables occasionnés par la tempête de décembre, et notamment la chute de centaines d'arbres sur le canal.
Merci, Monsieur le Maire.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
(M. Jean-François LEGARET, adjoint, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie M. BOULENGER de HAUTECLOCQUE.
La parole est à M. FERRAND.
M. Eric FERRAND. - Merci, Monsieur le Maire.
Le plan que vous annoncez pour la remise en valeur des canaux de la Capitale est un projet ambitieux qui mobilise des moyens financiers importants, très importants même pour une fin de mandature, puisqu'il est question de 645 millions de francs sur 5 ans.
Je regrette que cette décision vienne en fin de mandature ; mieux vaut tard que jamais, même s'il aurait été souhaitable de manifester plus tôt votre volonté de remettre en valeur la Seine et les canaux, comme nous vous l'avions dit voici 4 ans, au nom des élus du Mouvement des citoyens en présentant un ensemble de propositions destinées à favoriser le transport de passagers et la remise en valeur du fleuve.
L'objectif de réaménager les abords des canaux, de reconstruire certains bassins, de créer une promenade continue à partir de la Seine et d'étendre les horaires de la fréquentation piétonne dominicale est louable, tout comme celui d'aménager le point P, ce qui évitera d'y voir s'installer des bureaux.
Sur le contenu précis du programme qui nous est présenté, la valorisation des canaux pour le tourisme, les déplacements et les transports ne peut que recueillir notre assentiment. Elle permettra d'ailleurs de revitaliser le quartier République et les abords de la rue du Faubourg-du-Temple, dans laquelle nous sommes en outre, avec vos services, en train d'imaginer une intervention de rénovation commerciale avec des fonds F.I.S.A.C., en plus du recalibrage et de la requalification de la rue déjà décidés. A cet égard, le projet d'un produit touristique permettant de relier le centre historique de la Ville au quartier République sera, si sa faisabilité technique est retenue, le bienvenu, de même que le réaménagement du square Frédéric-Lemaître.
Il ne prendra à mon avis tout son sens que s'il est connecté à un service de navettes qui permettrait aux touristes et aussi aux Parisiens qui travaillent, comme je l'ai proposé, d'utiliser le fleuve comme moyen alternatif de transport.
Je me réjouis également de ce qu'un autre abord de canal qui fait l'objet d'une ancienne et forte mobilisation des associations de quartier, le square Villemin, soit réaménagé, un espace vert de près de 19.000 mètres carrés étant plus que le bienvenu dans cet environnement.
Vous évoquez ensuite, dans votre projet de délibération, Monsieur le Maire, la nécessité évidente de "prendre la bonne dimension du site", lequel déborde les limites administratives de la Capitale. Très tardivement donc, vous vous résolvez à une certaine forme de coopération intercommunale : c'est une bonne chose. On ne peut être contre le projet de Parc du Millénaire et celui qui concerne le site des Jeux Olympiques de 2008, pour lesquels Paris est candidat, a également le mérite de donner un souffle nouveau à un quartier, autour du boulevard Macdonald, actuellement laissé en déshérence.
Toutefois sur cette question du village olympique et des installations connexes, attention ! L'essentiel, c'est ce qui se passera après les Jeux, la reconversion des sites. C'est pourquoi une certaine appréhension peut se manifester à la lecture de votre projet de voir un "espace d'habitations et d'activités" succéder au village. Il ne faut pas que le tout-bureau et la promotion haut de gamme s'emparent de cette partie du Nord-Est parisien...
Je terminerai en évoquant certains aspects plus centrés sur le 11e arrondissement du projet que vous nous présentez. En ce qui concerne le terre-plein central du boulevard Richard-Lenoir, déjà bien remis en valeur, la nécessité d'aménager le passage des rollers se fait effectivement sentir. C'est une question de sécurité pour leurs utilisateurs comme pour les piétons. Mais que faire ? Si un espace aménagé spécifique pour les rollers est votre choix, où sera-t-il implanté ?
La mise en valeur des façades riveraines des canaux concerne largement mon arrondissement, de même que la rénovation des devantures commerciales avec l'appui du F.I.S.A.C. Sur ces deux questions, la Municipalité du 11e, qui y est favorable, aimerait être associée aux travaux et connaître le périmètre d'intervention. J'insiste enfin sur la nécessité de préciser au plus vite votre projet de développement des animations commerciales du week-end sur le site du marché Popincourt.
(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, socialiste et communiste).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à Mme BRAQUY.
Mme Arlette BRAQUY. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, la loi du 29 Floréal An X avait, à l'initiative de Bonaparte, Premier Consul, entériné la création des canaux parisiens.
Le projet qui nous est présenté aujourd'hui de réhabilitation, d'aménagement, de mise en valeur et de conservation de ces ouvrages nous semble à la fois attrayant et ambitieux.
Bien évidemment l'utilité même des canaux, remise en cause dans les années 1960, nous paraît aujourd'hui incontournable et s'inscrit dans un développement ludique, économique et liée à la protection de l'environnement de Paris.
Le réseau fluvial a véritablement dessiné le paysage urbain et nous devons le maintenir et le mettre en valeur.
Pourtant, la fonction même des canaux parisiens a évolué au fil des temps. De nos jours, ils maintiennent une activité économique qu'il conviendrait encore de développer car, s'ils transportent l'équivalent de 200 camions par jour, il reste dans ce domaine encore beaucoup à faire, notamment en matière d'amélioration de la pollution à Paris.
N'oublions pas, mes chers collègues, que dans un récent sondage, les Parisiens en ont fait leur priorité.
De plus, si le réseau fluvial permet l'alimentation en eau non potable à Paris, il constitue un élément ludique et touristique indéniable.
C'est la raison pour laquelle j'insisterai sur l'aménagement et l'embellissement des rives des différents canaux et la mise en valeur du patrimoine immobilier et monumental des berges.
Le site est souvent exceptionnel, il ne faut pas le brader au nom d'une misérable et hideuse modernité. Beaucoup de projets doivent être étudiés le long du canal Saint-Martin l'édification de pistes cyclables, pistes de rollers, promenades piétonnières, mobilier urbain adapté, éclairage intégré au site, réfection des rives, plantations d'alignements spécifiques des paysages aquatiques.
Quant au canal de l'Ourcq, il faut maintenir son environnement naturel encore préservé. Savez-vous, mes chers collègues, qu'au c?ur de la banlieue toute proche, les rives du canal abritent une flore et une faune, semblables à celles que put connaître, lors de ces nombreux voyages, Jean-Jacques Rousseau ?
Je vous engage d'ailleurs à effectuer la promenade de Paris à la Ferté-Milon - prévoyez quand même 24 heures - je l'ai faite, c'est un véritable enchantement.
C'est dire l'importance de ce projet pour toute la Région, c'est dire l'intérêt que les élus U.D.F. y portent au plan de l'environnement, de l'histoire et du paysage parisiens.
Cependant, le projet qui nous est présenté n'envisage pas, à l'exception de trois opérations d'entretien - la réhabilitation des bassins Louis-Blanc et des Récollets, l'entretien du canal Saint-Martin - le coût des réalisations ni le mode de financement entre les différents partenaires Etat-Région-Ville.
De même, il serait nécessaire de mieux cerner le calendrier de mise en ?uvre des réalisations prévues afin de permettre une étude pluriannuelle de la dépense.
A défaut d'un chiffrage prévisionnel et d'un calendrier précis, le groupe U.D.F., favorable dans son principe à tout ce qui peut améliorer la qualité de vie à Paris, ne peut être que réservé sur cette communication.
Il suggère que de nouveaux documents comprenant des éléments chiffrés réels soient adressés aux élus le plus rapidement possible. N'oublions pas que ce sont les contribuables qui, par leurs impôts, devront faire face à ces réalisations. Car ne nous y trompons pas, la valorisation des canaux parisiens de la Seine à la Seine est un projet ambitieux, nécessaire, important pour le rayonnement de la Capitale, mais aussi pour la sauvegarde de l'environnement.
Ces ouvrages constituent à l'évidence une respiration remarquable dans la ville, un espace naturel indispensable qu'il convient de préserver.
Nous devons transmettre à nos enfants un paysage urbain de qualité et non pas ces monumentales et hideuses réalisations qui s'effritent au fil des ans telles que l'Opéra-Bastille et j'ajouterai aussi la Grande Bibliothèque.
Enfin, je voudrais insister sur la réhabilitation du quai de Seine et de ce quartier qui fut trop longtemps délaissé. Il est temps de développer un vaste site d'animations culturelles au droit des rives du Bassin de la Villette et de prévoir la réalisation d'ateliers d'artistes dans le secteur des Magasins généraux.
Les activités de loisirs et de détente liées à la présence de l'eau, manifestations nautiques et festives, doivent encore être largement développées comme l'introduction et le maintien d'une faune aquatique : canards, cygnes, poissons, etc.
N'oublions pas les stationnements de proximité pratiques utiles pour les péniches, bateaux, etc.
La valorisation des canaux : voilà un grand projet pour Paris. Encore faut-il s'en donner les moyens car ce qui préoccupe avant tout les élus "U.D.F. et Modérés", c'est la qualité de la vie des Parisiens.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "U.D.F. et Modérés", "Paris-Libertés" et "Rassemblement pour Paris").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie Mme BRAQUY.
Je donne la parole à M. Richard KUBICZ.
M. Richard KUBICZ. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, à la fin de l'année 1997, vous aviez présenté une communication au Conseil de Paris sur la mise en valeur du site de la Seine avec pour ambition de réconcilier enfin la Ville avec son fleuve.
Le 22 mars 1999, la présentation de l'état d'avancement des projets engagés sur la Seine confirmait cette progression et, aujourd'hui, l'essentiel des travaux visibles ont été réalisés suivant le calendrier initialement communiqué.
La Seine irrigue Paris et les canaux irriguent nos quartiers. Le projet Seine et le projet relatif à l'aménagement des canaux de Paris sont ainsi fondamentalement indissociables.
Après l'aménagement de la Seine, une des plus grandes avenues du monde, transformons ces canaux en autant de rues plus belles les unes que les autres.
Nous avons voulu une Seine pour tous, destinée aux Parisiens et à leurs familles pour qu'ils puissent s'y promener en toute quiétude.
L'opposition n'avait pas manqué à l'époque d'expliquer que le projet Seine n'était qu'une bulle médiatique, un effet de manche de la majorité mais aujourd'hui, en nous promenant sur les berges de Seine, nous pouvons constater que les quais sont rénovés ou restaurés, les ports embellis, les murs nettoyés. L'entreprise est magnifique et si bulle il y a, c'est une bulle d'oxygène que la Seine a apportée dans le paysage urbain parisien.
La Seine est redevenue un théâtre, un espace où la magie du lieu associée à l'ampleur des travaux qui y ont été consacrés, fait que ce fleuve, artère principale de Paris, est redevenu son artère vitale.
L'aménagement des canaux est inspiré de la même conception de la voie d'eau. Ainsi, ce sont 130 kilomètres de canaux, 200 hectares de plan d'eau et 460 hectares de berges qui vont être revivifiés et redynamisés. C'est un véritable outil à valoriser pour le tourisme, le sport (puisque nous avons parlé du sport, les canaux sont aussi une occasion de pratiquer du sport), les déplacements et les transports.
D'ailleurs, on peut d'ores et déjà considérer que les canaux auront une personnalité propre en plus d'une utilité déjà prouvée puisque la mise en valeur de ceux-ci respectera le caractère spécifique de chaque partie des canaux et de chaque quartier attenant.
L'histoire des canaux rejoint l'histoire économique. Souvent de simples cours d'eau ont été aménagés par curage du lit de la voie d'eau, renforcement des berges ou tout simplement par suppression des seuils naturels. On a voulu ainsi protéger les rives de l'érosion inscrite avec le temps. Nous avons construit quelques digues, quelques réservoirs, on a drainé les terres et parfois tout simplement alimenté les villes. Ainsi s'est faite l'histoire des canaux.
De barrages mobiles en pont-canaux en passant par les écluses, le canal a pris toute sa place dans l'histoire de France et plus particulièrement dans son histoire industrielle.
Les canaux parisiens sont destinés aux petits gabarits mais ils s'inscrivent dans un schéma directeur qui va permettre, mes chers collègues, de requalifier la voie d'eau et ses abords.
Les canaux parisiens vont ainsi se transformer en une référence européenne et internationale. Paris ne sera bien sûr jamais Amsterdam et pourtant, il s'agit de passer d'une activité purement industrielle sur les canaux à une activité de tourisme et loisirs.
Ce schéma de développement est le fruit d'une analyse de l'existant et de ce qui a été fait dans d'autres grandes capitales.
Le projet est ambitieux. Il s'est fait dans la concertation, cette même concertation qui permet aux associations, aux riverains de donner leur avis mais surtout de participer à l'établissement du projet lui-même.
Le groupe "Paris-Libertés" est très attaché au principe de concertation et celle-ci, à notre avis, doit s'étendre aux grandes associations de développement des canaux, je pense ainsi à celles spécifiques à Rhin-Rhône ou bien encore celles concernées par les canaux franco-belges.
Paris ne vit pas en vase clos et le développement urbain doit nous permettre de favoriser, à cette occasion, le principe de l'intercommunalité en associant tous les riverains.
Dans un avenir proche, il faudrait que les fêtes de la Seine deviennent très vite les fêtes de la Seine et des canaux de Paris, permettant ainsi à nos concitoyens qui les ignorent encore de se promener le long de voies d'eau où les friches industrielles disparaissent peu à peu au profit de résidences et d'espaces verts. Les communes riveraines du canal de l'Ourcq se tournent désormais vers la voie d'eau, qui devient ainsi pour chacune d'elles un nouveau coeur de ville.
Il existe déjà un certain nombre de bateaux de passagers qui officient sur nos canaux, il faut développer l'aspect touristique et l'aspect voie de communication pour les passagers, car les canaux parisiens ne sont pas encore saturés, et nous pouvons rapidement encourager l'industrie touristique fluviale de Paris pour augmenter son trafic.
La continuité entre les différents plans d'eau successifs permettra ainsi aux touristes et à tous les curieux de découvrir que Paris est une ville qui possède des monuments historiques inestimables, des activités culturelles impressionnantes mais aussi une voie d'eau tout simplement rayonnante.
Chaque week-end, les familles parisiennes s'approprient les bords de Seine pour y admirer leur fleuve, demain, grâce à ce projet, les familles parisiennes découvriront tous les charmes de nos canaux.
Enfin, j'aimerais attirer votre attention sur le bassin de l'Arsenal, véritable port de plaisance au coeur de Paris qui, par l'animation de ses rives, en fait un ensemble urbain d'exception et une destination touristique à développer.
Que vous ayez exprimé votre volonté d'accroître l'activité de ce bassin nous réjouit. Ce projet est un projet ambitieux, étudié dans sa globalité et dans la concertation. Il arrive à temps et je suis sûr que l'ensemble des équipes de la Ville qui oeuvrent dans toutes les circonstances pour faire vivre ces canaux, se réjouira de ce projet.
Je rejoins mon ami Jean-Marc BOULENGER de HAUTECLOCQUE et j'en profite pour saluer le courage physique de ces équipes, leur esprit d'initiative et leur solidarité lors de la tempête. Les centaines d'arbres abattus en travers des voies d'eau ont été l'occasion pour ce corps de montrer qu'il avait aussi une âme et une belle âme. Merci.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie M. KUBICZ.
Je donne la parole à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, je me réjouis de vous voir enfin vous intéresser au réseau de canaux de Paris, d'une grande importance du point de vue tant de son utilité que de la qualité des paysages, mais je n'oublie pas, non plus, que ce réseau a subi de nombreuses agressions, comme le projet fou de couverture du tronçon nord pour créer une autoroute urbaine, abandonné en 1971, grâce aux protestations des Parisiens.
Dans les années 70, malgré les actions de "S.O.S. Paris", l'opération "Grand canal" a permis de manière scandaleuse, au mépris des règlements d'urbanisme de l'époque, de construire le long du Quai de Jemmapes des immeubles de plus de 50 mètres de haut, qui défigurent encore aujourd'hui le canal Saint-Martin !
D'autres opérations d'urbanisme, tout au long du canal, du bassin de l'Arsenal à celui de la Villette, ont permis la construction d'immeubles exagérément hauts, qui défigurent des sites d'une exceptionnelle qualité urbanistique.
Le réseau de canaux de la Ville de Paris forme une infrastructure de transport d'importance régionale. Il s'inscrit dans le Schéma de développement et d'harmonisation des canaux aux plans national et européen et dans le Plan de déplacements urbains de la région Ile-de-France.
On ne peut se contenter de maintenir le trafic actuel de marchandises. Le million de tonnes de matériaux acheminées au coeur de Paris permet d'économiser l'équivalent de 200 camions par jour ; c'est dire l'importance de l'enjeu. Il faut avoir l'ambition de doubler le fret par voie d'eau dans l'agglomération. Si l'on veut limiter le nombre de camions sur nos routes, il faut favoriser la voie ferrée et la voie d'eau, mais aussi limiter les besoins de transports, ce qui implique de préserver la vocation industrielle de certains sites dans Paris et l'agglomération.
Comme la Seine, les canaux servent aux transports des touristes qui visitent Paris et la région. Je regrette que la voie d'eau ne soit pas plus utilisée pour le transport des personnes.
Bravo d'avoir promu le bato-bus, mais il faudrait que ces bato-bus soient gratuits aux possesseurs de la carte orange. Ce serait un moyen de transports, certes peu rapide, mais bien agréable, comme le Vaporetto à Venise !
Le canal Saint Martin, inscrit à l'Inventaire des Monuments historiques, a des structures fragiles, qui vont faire l'objet d'importants travaux de consolidation. J'espère que ces travaux seront respectueux des matériaux, de l'architecture, du site et que la rédaction d'une charte pour l'aménagement des canaux permettra de garder une cohérence dans les aménagements (ouvrages, sols, mobilier, plantations, signalisations).
Je me réjouis de votre volonté affichée d'améliorer les déplacements pour les piétons, les rollers ou les cyclistes. Je me permets d'insister fortement pour que les équipements, jardins et berges, soient accessibles aux personnes handicapées.
Le réseau de canaux a vocation à voir se développer des activités de loisirs respectueuses de l'environnement et favoriser la découverte du patrimoine et de la nature.
Je suis très inquiète concernant vos projets de mise en lumière. Je crains beaucoup les propositions qui nous sont faites de "peinture phosphorescente avec lumière noire", de "voûtes virtuelles de lumière", de "projecteurs immergés formant des taches lumineuses semblables à des nénuphars", d'"hologramme sur les poutres de rives des ponts tournants" et autres projections sur les voûtes. Vous allez transformer un site qui garde encore beaucoup de charme en parc d'attraction de très mauvais goût.
Compte tenu du nombre important de sites que vous abordez dans votre exposé, je ne pourrai pas tous les évoquer. Votre suggestion d'ouvrir la station de métro "quai de la Râpée" sur la Seine et le pont de l'Arsenal, comme l'a été la station "Bastille", est une excellente idée.
Vous proposez que le stationnement sur le quai bas, au sud du port de l'Arsenal, soit mieux contrôlé, mais enfin, Monsieur le Maire, pourquoi ne pas l'interdire tout au long du canal, de la Seine à la Villette ?
Je note une avancée timide pour la limitation de la circulation aux abords des marchés ou des animations temporaires, comme l'extension de 10 heures à 19 heures de la fermeture des quais de Jemappes et de Valmy, le dimanche.
Je suis déjà intervenue au sujet de l'immeuble muré et dégradé, situé à l'angle de la rue de Lyon et du boulevard de la Bastille, qui donne une bien mauvaise image de son propriétaire, c'est-à-dire le Ministère de la Culture.
Vous parlez de "la large ouverture du jardin Villemin sur le canal Saint-Martin". Il est vrai que nous sommes loin du projet initial qui prévoyait, à cet endroit, une barre d'immeubles et un accès au jardin sous porche. C'est grâce au combat des habitants, de leurs associations et des écologistes que vous pouvez vous réjouir aujourd'hui de la qualité du site à cet endroit. Quand vous nous écoutez, c'est toujours la réussite.
Parmi les nombreux bâtiments qui méritent d'être sauvegardés et réhabilités, il y a celui du bassin Louis-Blanc, caractéristique de l'architecture industrielle de l'entre deux guerres. Vous avez, là, l'occasion de créer un pôle de loisirs et de culture, mais surtout sans parking ! J'espère que vous ne vous limiterez pas à l'installation de restaurants et autres boutiques, mais que vous aurez l'ambition d'y installer un équipement culturel de qualité.
Le 10 février 1990, un incendie détruisait l'un des deux bâtiments des Magasins généraux qui se dressaient au bout du bassin de La Villette à l'entrée du Canal de l'Ourcq. Depuis, les projets se sont succédés sans que rien ne soit fait, malgré les promesses de M. CHIRAC, alors Maire de Paris, de le reconstruire à l'identique. Le projet d'une école des Beaux Arts fut abandonné. En 1998, l'Ecole nationale de la Meunerie devait s'installer dans les deux bâtiments, celui qui reste debout, l'autre devant toujours être reconstruit à l'identique.
Aujourd'hui, Monsieur le Maire, vous parlez d'accueillir le lycée Lucas-de-Nehou, mais vous ne parlez plus de la reconstruction à l'identique du bâtiment disparu. Qu'en est-il, après cette succession de promesses non tenues ?
Enfin, j'approuve votre proposition de modification des Plans d'occupation des sols pour les quais du Lot et de l'Allier, afin de permettre des activités et animations de loisirs, en plus des activités portuaires, sans pour autant entrer dans vos réflexions sur la perspective illusoire des Jeux olympiques de 2008.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci, Madame SCHNEITER.
Je rappelle que les élus non inscrits, Mme SCHNEITER, M. BLET et Melle SCHERER, ont dix minutes de temps de parole.
Vous venez, Madame, de parler six minutes et demi, cela laisse donc peu de temps pour vos collègues.
Je donne la parole à M. OTTAWAY.
M. Michel OTTAWAY. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, vous nous présentez un vaste projet, assez ambitieux, dont l'intérêt est marqué essentiellement par la prise en compte de la continuité du tracé des canaux qui vont du coeur de Paris jusqu'aux communes voisines concernées.
Il s'agit effectivement d'une fresque intéressante, mais parfois bigarrée.
Surtout, vous annoncez une concertation, tout en entrant dans le détail d'aménagements, qui serait mieux justifiée s'il y avait eu l'amorce d'une consultation avec les arrondissements riverains.
Il s'agit donc d'un projet qui concerne l'aménagement et l'environnement d'une voie fluviale, mais dans son élaboration, on constate que l'usage de la concertation coule à rebours et curieusement, d'aval en amont.
Par l'annonce de ce projet, Monsieur le Maire, vous réalisez une magnifique passerelle comme celle du canal Saint-Martin, mais la vôtre, au lieu de relier les quais de Valmy et de Jemmapes dans les derniers mois de notre mandature, s'inscrit dans les premières années de la prochaine.
Cela donne tout de même un caractère virtuel à votre projet.
Cependant, en gardant à l'esprit le fonctionnement du canal Saint-Martin, nous voudrions que sans attendre le passage de l'écluse de l'an 2001, vous vous consacriez au bassin de concertation et de réalisation bordé par l'écluse de la fin de l'an 2000.
Sur ce point, j'interviendrai tout d'abord en ce qui concerne la prise en compte tout à fait légitime des abords du canal qui sont une véritable vallée dont il faut veiller à l'activité et à l'animation.
Vous prenez en compte le jardin Villemin, quitte à répéter ce qui a été dit avant moi, je tiens, puisqu'on est allé jusqu'à Bonaparte dans l'histoire, à revenir aux années 1990, où tout de même, l'extension et le débouché dont vous vous félicitez, de ce jardin, ont été imposés à votre prédécesseur par le combat opiniâtre de quelques élus et associations du quartier. Sur l'aménagement de ce jardin Villemin qui borde magnifiquement ce canal, vous nous en direz peut-être plus, mais il est en l'état actuel un paysage de terril.
De même, concernant les aspects qui ne sont pas les seuls, comme l'a dit ma collègue BERTINOTTI, l'aspect ludique, l'aspect d'ouverture à la promenade des berges du canal Saint-Martin, du quai de Valmy et du quai de Jemmapes, c'est quand même dès 1995 quelques semaines avant les dernières élections municipales que nous avons pu réaliser cette promenade, c'est-à-dire l'éviction de la circulation automobile quelques heures.
Alors, Monsieur le Maire, puisque j'en reste à l'écluse de l'an 2000, sur le canal, je voudrais vous rappeler ce que je vous ai dit à la présentation de votre projet à la presse, à savoir que dès demain, sans attendre les années 2001, 2003 et 2005, la Municipalité du 10e relayant en cela les voeux des habitants, demande que cette extension de la promenade aux piétons et à toutes les circulations non autorisées se réalise non seulement le dimanche, mais les samedis ou jours fériés jusqu'à 20 heures en période estivale et sans attendre, Monsieur le Maire, puisque nous avons, nous réussi, à mener quelques concertations avec vos services, comme avec la Préfecture de police. Il s'agit dans les mois qui viennent d'installer des barrières fixes conçues intelligemment par vos services et qu'ensuite effectivement ce ne soit pas la police d'Etat qui soit réduit au rôle de garde-barrière et que peut-être là, comme à la porte des écoles, un personnel municipal adapté serait mieux à même de faire en sorte que la circulation soit réservée aux riverains.
Enfin, concernant le très beau bâtiment que de nombreuses personnes comparent à un véritable paquebot amarré en haut du bassin Louis-Blanc et actuellement occupé par le "Point P", nous faisons quant à la concertation oeuvre d'une joyeuse émulation ; il faudrait que nous nous rencontrions car nous avons déjà commencé à ébaucher un projet en concertation avec des associations et les habitants.
Nous souhaitons cette concertation dès cette année 2000 puisque la concession de l'entreprise qui occupe ce bâtiment expire.
Concertons-nous pour l'aménagement et la réactualisation de ce bâtiment et évitons l'implantation de bureaux. Envisageons même des utilisations provisoires dans les deux années qui viennent.
Là, encore sur ce canal Saint-Martin, comme sur toute la continuité de ce canal, Monsieur le Maire, consultez les élus des arrondissements voire des communes voisines, comme les élus sont à l'écoute des habitants et des associations.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci.
Il ne reste que trois minutes et demi pour M. BLET et Mme SCHERER, en application des décisions de la Conférence d'organisation.
Je propose au Conseil de Paris de donner un temps de parole de cinq minutes à chacun des deux orateurs ; cela vous paraît-il convenable ? Il n'y a pas d'opposition ?
La parole est à M. BLET, pour cinq minutes.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, le canal Saint-Martin, le bassin de la Villette, le canal de l'Ourcq , c'est "paysage après la bataille". Une kyrielle d'atrocités architecturales auront tout du long du canal participé au saccage général et contribué à dégrader le paysage et l'environnement d'un site furieusement malmené ces trente dernières années. Les exemple abondent : la résidence Grand Canal, la hideuse surélévation coiffant l'Hôtel du Nord, la Z.A.C. forteresse de la Grange-aux-Belles.
L'environnement du canal dans sa partie 19e ayant lui servi pendant des années de terrain de jeu et d'expérimentation urbaine des plus diverses, porte aujourd'hui les profonds stigmates de ce tout BTP.
Que de témoignages architecturaux du passé détruits, que de médiocrités en remplacement ! Jusqu'à la magnifique passerelle Eiffel dans le prolongement de la rue de la Moselle, massacrée du temps de Malraux. L'ouvrage qui a pris sa place est d'une telle laideur qu'il semble avoir été posé là en guise de bienvenue à l'autoroute prévue un temps en couverture du canal.
Malgré cela, le canal sur toute sa longueur a conservé un charme indéniable. Les Parisiens ne s'y trompent pas, depuis quelques années, ils redécouvrent ce site avec enchantement. Il devient même leur lieu de promenade et de déambulation préféré.
On perçoit dans votre projet, Monsieur le Maire, une certaine ambition. Vous avez su répudier les inepties de l'A.P.U.R., souhaitant par la construction d'immeubles sur le jardin Villemin souligner la courbe du canal et vous avez su, Monsieur le Maire, agrandir le jardin Villemin jusqu'au canal, comme les riverains et l'association "Vivre" vous le demandaient.
Un regret et un constat : il serait souhaitable que le traitement des berges dans le 19e soit plus soigné. Les quais de la Marne et de l'Oise sont aujourd'hui les parents pauvres du canal, ni le paysage urbain ni l'état des quais n'y incitent à une quelconque flânerie.
Faites en sorte que le parc de la Villette déborde de ses murs et trouve dans cette partie du canal un nouveau terrain d'expression. Ces deux quais seront-ils reboisés au même titre que le reste du canal ? Sur ce point, la communication est floue, nous aimerions être rassurés.
Autre déception : le choix des activités proposées autour du bassin de la Villette. Une mission avait été proposée par la S.E.M.A.V.I.P. à trois agences d'ingénierie culturelle sur la revitalisation du bassin. Trois rapports ont été remis en octobre 1996 par ABCF, Faits et Ville et Regards Internationals. Ces trois rapports, qui fourmillent d'idées, et notamment l'étude remarquable d'ABCD intitulée : "Etude pour l'animation culturelle et commerciale du bassin de la Villette et de ses abords" ont fait l'objet d'une présentation au pavillon de l'Arsenal en présence de Mme COUDERC, de M. BULTÉ et de moi-même, des directeurs de la Ville et de la S.E.M.A.V.I.P. Depuis lors, plus rien. Ce magnifique projet global et cohérent est tombé aux fins fonds des oubliettes. Pourquoi ? Nous aimerions le savoir.
Le projet relatif aux Magasins généraux est intéressant ; il y en a d'autres qui le seraient davantage, mais nous aimerions avoir l'assurance que la petite maison, située quai de la Loire et aujourd'hui murée, sera ouverte à des activités en rapport avec l'animation du canal et des quartiers environnants. Marin Karmitz vous a soumis un projet d'extension de ces activités de l'autre côté du bassin, vous n'en pipez mot. Allez-vous torpiller ce projet qui a fait plus que ses preuves. C'est une réussite exemplaire pour l'animation de ce secteur.
Autre grand oublié, le terrain du 11, quai de l'Oise. La préemption, le murage et enfin la démolition scandaleuse en totale illégalité, selon une procédure plus qu'expéditive, des adorables petits bâtiments faubouriens, regroupés autour d'une cour s'ouvrant sur le canal, est une monstruosité. Ce n'est hélas qu'un épisode de plus dans la longue liste du vandalisme perpétré par la Ville de Paris. Nous vous demandons la reconstruction à l'identique des bâtiments démolis et l'ouverture d'un lieu d'animation "Lascart" ou guinguette pour les promeneurs, espace de respiration pour la cité H.L.M. qui le jouxte.
J'aborderai enfin deux points plus précisément, chacun d'entre eux ayant fait l'objet d'un v?u que je soumets au vote de l'Assemblée.
Le premier sera le bâtiment dit du Point P, 188, quai de Valmy.
La reconnaissance de ses qualités en tant que témoignage de l'architecture industrielle, sa réhabilitation et sa reconversion en un lieu d'animation doit être saluée. Un tel site, un tel lieu demande de sortir des sentiers battus.
Monsieur le Maire, faisons de ce bâtiment de 5.000 mètres carrés un pôle d'économie solidaire.
Tout en conservant votre projet à dominante ludique, mariez-le audacieusement au social en confiant ces activités d'animation à des associations d'insertion plutôt qu'à des entreprises privées. Donnez un signal fort en y implantant également la première boutique d'économie solidaire de Paris ; 200 ou 300 mètres carrés y pourvoiront aisément pour cette petite structure autofinancée. Les quelque 250 entreprises et structures parisiennes relevant du domaine de l'économie solidaire y trouveront là une aide précieuse qui manque aujourd'hui à Paris.
Tel est le v?u que je soumets à notre Assemblée. Faisons le choix de l'innovation, de l'audace et de la solidarité.
Deuxième point : le traitement des voies sur berge et des flux de circulation.
L'approche, dans ce domaine, reste infiniment trop timide : un agrandissement de trottoir par-ci, un cheminement piétonnier par là. Vous butez une fois encore sur ce satané bitume qui stoppe net vos ambitions réformatrices.
Hélas, triple hélas, comme pour la Seine où vous aviez refusé de porter le fer sur cette béance pompidolienne que sont les voies sur berge, vous ne touchez à la voirie qu'avec une extrême circonscription.
Alors qu'il faut libérer toute la partie du canal située dans le 10e arrondissement, indéniablement la plus belle, de la présence de l'automobile. C'est l'objet de notre deuxième v?u. Osez tester sur ce site ce qui n'a pas été entrepris pour la Seine et offrez aux Parisiens un espace magnifique préserve de la circulation.
Ne passez pas, Monsieur le Maire, à côté de cette opportunité unique. En vous engageant dans cette voie, vous montreriez aux Parisiens que votre projet sur les canaux ne vise pas uniquement à leur redonner un lustre émoussé. Une occasion unique vous est offerte sur ce site : celle de marier un travail de qualité sur l'espace public prenant véritablement en compte les usages avec un projet de réduction de l'emprise de la voiture. On ne saurait rêver site plus approprié !
Enfin, pour ce qui est de grande fête annuelle du canal Saint-Martin, rassurez-vous, organisée par l'association "VIVRE" qui se bat depuis dix ans avec succès pour la reconquête du jardin Villemin qui est acquise et du Couvent des Récollets qui ne l'est pas encore, elle aura lieu dimanche 25 juin et vous y êtes tous cordialement conviés.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - M. BLET a parlé 5,20 minutes ; Madame SCHERER, vous avez la parole pour cinq minutes.
Melle Sylvie SCHERER. - Je tâcherai de respecter le temps que vous m'accordez.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, tout d'abord et pour commencer, une première remarque, nous ne pouvons que regretter le document austère que vous nous avez remis alors que dans le même temps, les journalistes ont eu droit à des documents illustrés, détaillés et même chiffrés. Il nous apparaît regrettable et même dommageable que nous n'ayons pas bénéficié d'une information aussi complète.
Pour autant, vous nous exposez un projet ambitieux de rénovation des canaux de la Ville de Paris. Ce projet appelle plusieurs remarques de notre part.
Vous nous dites qu'il est prévu, dans l'élaboration du projet, une concertation avec les élus, les associations du quartier, les riverains, ainsi qu'avec les commerçants.
Mais de quelle concertation parlez-vous ? Comment peut-on parler de concertation lorsque tout semble d'ores et déjà acté ? Quel espace de décision et d'innovation reste-t-il dans votre projet pour les différents acteurs de ces quartiers ?
Vous avez déjà acté les différents travaux de réparation puisqu'ils sont budgétés ; les réaménagements des jardins et espaces de promenades ont été pensés et la destination des lieux publics est déjà entérinée.
Par exemple, vous nous précisez ce qui est actuellement le Point P comme un futur espace de restauration commerciale et de loisirs sportifs. Or ce bâtiment est l'un des rares bâtiments publics d'une telle surface appartenant à la Ville de Paris et ce quartier, comme beaucoup d'autres, manque d'espaces publics non commerciaux, de maison des associations, d'espaces culturels ouverts à tous. Enfin, ce quartier manque d'équipements collectifs.
C'est suite à une demande émanant de la mairie du 10e arrondissement que la Ville s'est à nouveau préoccupée de l'affectation de ce bâtiment que le P.O.S. vouait à la démolition et dont la Ville ne semblait pas vouloir se soucier.
Un groupe de travail ouvert existe autour de l'équipe municipale du 10e. Alain LHOSTIS en a parlé il y a quelques instants, il réfléchit, depuis maintenant plus d'un an, en concertation avec les habitants et les associations aux devenirs souhaitables de ce bâtiment. Ce groupe de travail est connu de vos services puisqu'une visite des locaux a eu lieu, en présence de votre chargé de mission aux grands projets et d'une responsable des services des canaux. Un premier document a ainsi été présenté lors d'une réunion publique il y a plus d'un mois, c'est ce travail qui devrait servir de point de départ sur ce site.
Par ailleurs, en ce qui concerne la fermeture à la circulation automobile le long du canal, ne pensez-vous pas, étant donné le succès de cette opération et les demandes répétées des riverains, qu'une tranche horaire plus large serait judicieuse, ainsi qu'un nombre de jours plus important, par exemple tout le week-end et les jours fériés ? Ne serait-il pas intéressant, à terme, d'envisager la complète piétonnisation d'une partie des voies qui bordent le canal ? La création d'un parking souterrain sous le canal est loin de le permettre. Ce parking sera-t-il accessible les jours de fermeture des voies bordant le canal ? En l'état, nous ne pouvons que nous opposer à cette installation.
Quoiqu'il en soit, il serait déjà judicieux de réfléchir à un système empêchant réellement le passage des véhicules : installation de barrières fixes ou équipes de police dédiées et assurant vraiment un rôle dissuasif. Nous avons pu tous constater la faible efficacité des dispositifs actuels.
Par contre, sur le seul point qui pose réellement problème en terme d'aménagement, c'est-à-dire l'aménagement d'un passage sur la place de la Bataille de Stalingrad, permettant une continuité de la promenade entre les deux parties du canal, rien n'est véritablement proposé.
Cette opération, comme toutes les grandes opérations d'aménagement, doit être obligatoirement précédée d'une véritable concertation avec le public, telle que définie par l'article L 300-2 du code de l'Urbanisme qui précise que cette concertation doit associer pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées.
Il faut donc commencer tout de suite, notamment pour éviter de reproduire les erreurs du passé, pour éviter, par exemple, que ne se reproduise l'erreur des pistes cyclables.
Nous les voulions le long du canal, à gauche de la chaussée, ce qui avait des avantages tant du point de vue du plaisir des cyclistes, que de leur sécurité. Cela aurait permis de réduire très fortement le nombre de croisements qui sont toujours des passages dangereux.
Vous ne nous avez pas entendu et on se retrouve dans une situation absurde où, alors que le canal est couvert, les pistes sont à gauche, et où lorsqu'il devient découvert, à droite, avec une zone très dangereuse, au croisement de la rue du Faubourg-du-Temple, les vélos doivent traverser l'ensemble de la chaussée pour pouvoir continuer à utiliser la piste cyclable.
Nous sommes bien loin de la continuité que vous évoquez tout au long de votre projet.
Pour finir, je vais évoquer rapidement deux questions.
Vous abordez en quelques phrases le réaménagement du jardin Villemin qui s'est fait en pleine collaboration entre vos services, la mairie d'arrondissement et les habitants. Mais vous omettez la parcelle sur laquelle vous avez arrêté, il y a plusieurs semaines, la construction de logements pour les personnels de l'A.P.-H.P. Son aménagement bénéficiera-t-il de la même concertation que le reste du jardin ?
Vous souhaitez organiser une grande fête des canaux. Vous indiquez que de nombreuses animations existent déjà et que votre souhait est de les fédérer. Si la création d'une telle animation ne peut que contribuer à faire vivre les canaux, il n'est pas forcément souhaitable d'homogénéiser les différentes animations au profit d'une seule, car c'est dans cette diversité que la vie du canal se fait. Les canaux doivent être rénovés, c'est un travail de longue haleine, nous espérons qu'il pourra être mené à son terme quels que soient les aléas de la vie municipale.
Je vous remercie.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie tous les orateurs et je donne la parole à M. Lucien FINEL pour répondre à l'ensemble des interventions.
Mon cher collègue, vous avez la parole.
M. Lucien FINEL, adjoint, au nom de la 7e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, avant de répondre aux différents intervenants, je voudrais rendre hommage à M. le Maire de Paris pour l'intérêt qu'il porte à cette question et son soutien à ce projet particulièrement ambitieux de mise en valeur des canaux de Paris.
Au cours de ces quinze dernières années, un programme continu d'amélioration et de modernisation a été mis en place, afin d'affirmer la vocation de ce lieu de promenade, d'animation et de loisirs urbain, de cet ensemble de bassins et de canaux.
Je voudrais rappeler à tous mes collègues, que chaque année, je me suis évertué à obtenir auprès du Maire de Paris un budget complémentaire pour tel ou tel ouvrage à réaliser, à remplacer ou à moderniser sur le cheminement des canaux de Paris.
Je voudrais saluer le personnel de la Section des canaux pour sa capacité d'innovation, son dévouement et sa compétence.
L'objectif principal du projet qui nous est présenté aujourd'hui est de renforcer les liens de Paris avec ses canaux et d'offrir une meilleure qualité de vie aux riverains des quartiers traversés par cette voie d'eau.
Je remercie MM. BOULENGER de HAUTECLOCQUE, KUBICZ et Mme BRAQUY pour leurs interventions et le soutien qu'ils témoignent à ce schéma de mise en valeur qui, comme vous le savez, me tient particulièrement à coeur depuis que j'ai en charge cette délégation, et dont la mise au point fera l'objet, je vous le rappelle, d'une très large concertation.
Je prends note de l'observation de M. BOULENGER de HAUTECLOCQUE sur les possibilités de connexion du réseau des canaux parisiens, avec celui du nord de l'Europe. Nous verrons ce qu'il est possible de faire sur ce point mais cela se fera sans doute comme aujourd'hui : par la Seine.
Je lui confirme également que les associations de quartier seront largement associées au projet, le Maire de Paris s'est clairement engagé sur ce point.
Mme BRAQUY et M. LHOSTIS, Mme BERTINOTTI et M. BOULENGER de HAUTECLOCQUE rappellent à juste titre que ce programme suppose de mettre en place des investissements importants. L'estimation réalisée sur la base des objectifs préconisés est à ce jour de 647 millions de francs ; la part la plus importante de ces investissements, 317 millions de francs, est destinée à entretenir et à restaurer le patrimoine que constituent les canaux. Je ne reviendrai pas sur les travaux qui ont été réalisés d'urgence, l'an passé, suite à l'effondrement du bassin du Combat. Il est donc essentiel de reconstruire dans les meilleurs délais les bassins Louis-Blanc et des Récollets.
La construction du Lycée du Verre, qui a été évoquée à plusieurs reprises sur l'emplacement des Magasins généraux, a pu être estimée à environ 90 millions de francs mais n'oublions pas que la profession du verre a, depuis longtemps, proposé sa participation à cette construction. Enfin, les aménagements des quais et des berges sont chiffrés à environ 200 millions de francs. Mais, mes chers collègues, toutes ces opérations pourront être développées sur 6 à 8 ans, et le calendrier des réalisations résultera, bien entendu, de la très large concertation qui va être engagée avec les maires d'arrondissement, les associations, les commerçants et les usagers des canaux.
Pour répondre à Mme SCHNEITER, je suis tout à fait d'accord avec les propos qu'elle a tenus. Il n'est pas question, aujourd'hui, de voir se construire des immeubles de grande hauteur en rive du canal ; le P.O.S. de Paris est très vigilant à cet égard puisque les hauteurs sont limitées, en général, à 25 mètres. De même, nous sommes tout à fait favorables au développement du fret par voie d'eau, là où c'est possible, bien entendu. C'est ce que nous avons souligné très récemment auprès de nos voisins de Saint-Denis et d'Aubervilliers : le canal Saint-Denis représente un potentiel remarquable qu'il nous appartient de valoriser. Nous sommes d'accord aussi sur l'accessibilité des berges aux personnes handicapées, c'est d'ailleurs évoqué dans la communication du Maire de Paris. Nous avons souligné très largement ce point.
Je me réjouis, par ailleurs, que vous approuviez ce que nous proposons pour la restriction du stationnement, la préservation du magasin du bassin Louis-Blanc et la modification du P.O.S. que nous proposons également. Enfin, en ce qui concerne les magasins généraux du bassin de la Villette, nous veillerons particulièrement à l'architecture du bâtiment disparu qui accueillera le lycée Lucas-de-Nehou. Nous verrons s'il faut procéder à une reconstitution strictement à l'identique ou à un dispositif plus ouvert. Une consultation, en tout cas, sera organisée et vous serez informés de son cahier des charges.
Je note que M. LHOSTIS partage aussi notre enthousiasme pour ce projet.
Il est vrai que les canaux peuvent ouvrir de nouveaux lieux de vie pour les riverains, comme il l'a indiqué et je le suis sur ce point. Mais je ne comprends pas comment il trouve notre intervention insuffisante compte tenu du nombre de propositions que nous avons formulées et qu'il a reprises.
Il ne s'agit pas, comme M. LHOSTIS le déclare, d'aménager un décor. C'est tout le contraire et il le sait bien. Je n'agirai pas autrement.
C'est le sens de nos propositions sur l'aménagement des berges, et sur l'ouverture des nouveaux lieux d'animation.
En ce qui concerne le parking du bassin Louis-Blanc, cet équipement nous a paru nécessaire pour assurer un accueil convenable aux commerces et équipements situés sur les rives du canal. Il n'y a là rien de particulier ni d'extraordinaire, mais nous pourrons naturellement préciser ses dimensions.
En ce qui concerne la position des pistes cyclables, vous savez que les opinions sont multiples sur ce point mais nous pourrons en reparler dans le cadre d'une très large concertation que le Maire a annoncée sur ce projet.
Je répondrai à Mme BERTINOTTI, qui regrette que notre projet soit trop modeste, que nous avons voulu être ambitieux, pragmatique et concret. Que n'aurions-nous pas entendu si nous avions proposé des projets peu réalistes, voire utopiques !
Vous nous reprochez de ne pas être assez engagés notamment en matière d'activités riveraines. Je vous rappelle que nous avons prévu de consulter tous les commerçants et les entreprises riveraines pour les faire participer à ce projet. Vous déclarez également que ce projet est un projet "carte postale" qui ne fait pas de place aux habitants.
Vous avez sûrement mal lu la communication et vous avez mal suivi la méthode mise en place par le Maire depuis plusieurs années en matière de concertation. Il est évident, et la communication l'indique, que nous mettrons en place tous les outils nécessaires à une véritable concertation, comme nous nous y sommes engagés, et nous le ferons également avec les communes riveraines. Ce projet sera mis au point dans le dialogue le plus large et dans le souci de l'équilibre entre les préoccupations d'animation et de qualité de vie locale. Il ne correspond donc en rien au schéma, le dois le dire, déformé ou caricatural que vous nous présentez.
Je remercie M. FERRAND d'approuver les principales dispositions de notre projet, notamment en matière de promenade touristique, d'aide aux commerces, de création de squares et espaces verts et de développement économique.
En ce qui concerne le village olympique, j'ai bien noté vos inquiétudes mais nous veillerons à l'avenir de ce site.
Pour les rollers, je voudrais rappeler qu'un groupe de travail interministériel auquel la Ville participe réfléchit à leur statut ; il doit prochainement rendre ses propositions ; elles aboutiront probablement à des modifications réglementaires, dont naturellement nous tiendrons compte.
Monsieur KUBICZ, je vous remercie de reconnaître que le projet de mise en valeur de la Seine n'était pas de la poudre aux yeux ; comme vous le dites si bien, toutes les opérations sont soit terminées, soit en voie d'achèvement. Le schéma directeur des canaux sera mené de la même façon, je le souhaite et je m'y emploierai, croyez-le bien.
Comme vous le signalez, la mise en valeur du bassin de l'Arsenal et l'amélioration de sa liaison avec la Seine sont des points essentiels de ce schéma directeur. Les études sont engagées et nous vous les présenterons dès que possible.
M. OTTAWAY a souligné, en le regrettant d'ailleurs, le côté "bigarré" de notre projet. Pour ma part, je m'en réjouis au contraire, ce sera le gage d'une meilleure diversité et d'un meilleur attrait pour les Parisiens.
M. OTTAWAY a critiqué le caractère de "terril" du jardin Villemin. Cette remarque me paraît un peu facile pour un jardin en cours de réalisation. Nous verrons à la fin de l'année ce qu'il en est précisément.
Pour l'extension des fermetures des voies durant les périodes d'été, nous sommes tout à fait favorables à cette idée. Soutenez-nous donc, Monsieur OTTAWAY, auprès de la Préfecture de police !
Pour la concertation, je vous rappelle que le Maire de Paris n'attendra pas ; il a fixé la date de la première réunion de la Commission des canaux au 6 juillet prochain.
MM. LHOSTIS, BLET, FERRAND et Mme SCHERER s'inquiètent du devenir du bassin Louis-Blanc et du bâtiment qui abrite la société "Point P".
Je voudrais rappeler que ce vaste bâtiment, dont j'ai suivi la fin de bail personnellement, était voué à la destruction et qu'il était, à mon sens, essentiel de le conserver et de le maintenir.
Il en sera fait ainsi.
Il importe de développer les activités de détente et d'animation. Mais les projets que vous évoquez devront être étudiés avec la plus grande attention et dans la plus large concertation. Nous en sommes tous d'accord. Mais il faut d'abord que le P.O.S. soit modifié. Nous nous y employons.
Monsieur BLET, votre projet de boutique d'économie solidaire sera bien entendu examiné au même titre que tous les autres projets qui seront proposés.
Mais pour les magasins du bassin Louis-Blanc, je vous rappelle que nous sommes tenus par les règles d'occupation des berges des canaux en faveur de l'animation et des loisirs liés à la voie d'eau. Il me paraît donc difficile a priori de vous suivre sur votre premier voeu.
Monsieur BLET, vous avez bien voulu aussi reconnaître que notre projet ne manquait pas d'ambition et je vous en remercie. Nous sommes d'accord sur le fait qu'il faut améliorer constamment les quais et les berges, mais il s'agit d'un projet en devenir, vous le savez, et non d'un projet flou. Les aménagements précis seront mis en place progressivement.
Vous avez souhaité que nous préservions les bâtiments des canaux et je vous promets que nous le ferons.
S'agissant de votre deuxième voeu, vous savez l'intérêt que nous portons à la fermeture des voies lorsque c'est possible. M. OTTAWAY a repris cette idée mais je crois que nous devons garder une possibilité minimale de circulation pour assurer la desserte des habitants, des commerces mais aussi de toutes les activités de la voie d'eau.
On ne peut supprimer toute circulation dans un quartier mixte. Cela dit, je le répète, la Ville est favorable au développement des mesures de circulation dans le prolongement de ce qui a été déjà engagé.
Pour répondre à Mme SCHERRER, je dirai que la modification du P.O.S. engagée sur le canal est une initiative du Maire de Paris et je me réjouis que les élus locaux approuvent ce dispositif, notamment dans le 10e arrondissement.
En ce qui concerne la concertation, la piste cyclable et l'évolution du jardin Villemin, je ne redirai pas ce que j'ai déjà répondu aux précédents orateurs. Toutefois, je rappelle que la position actuelle des pistes cyclables résulte d'une concertation très large et que certains élus ont vivement souhaité le dispositif qui a été retenu. Mais la Ville est prête, naturellement, si cela paraît nécessaire, et je m'y engage également, à réexaminer cette question.
Je vous remercie, Monsieur le Maire.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie M. Lucien FINEL.
Je vais mettre aux voix les deux voeux déposés par M. BLET.
Monsieur FINEL, vous avez donné un avis sur ce premier voeu ?
M. Lucien FINEL, adjoint, rapporteur. - J'ai déjà, Monsieur le Maire, émis un avis sur ce premier voeu. Je ne pense pas qu'il soit utile en l'état actuel du projet de le voter.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Donc, avis défavorable. Et sur le deuxième ?
M. Lucien FINEL, adjoint, rapporteur. - Même réponse.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous votons sur le premier voeu concernant l'immeuble du 188, quai de Valmy.
Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u n° 1 déposée par M. BLET relative à la conservation du bâtiment situé 188, quai de Valmy.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition de voeu est repoussée.
Nous passons au vote du deuxième voeu.
Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u n° 2 déposée par M. BLET relative à l'aménagement des canaux.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition de voeu est repoussée.