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Mai 2000
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24 - 2000, DVD 85 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer un marché sur appel d'offres pour la réalisation d'enquêtes d'opinion et de comportement sur les conditions de déplacements et de stationnement sur les voies publiques de la Ville de Paris

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2000


M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DVD 85 concernant un marché sur appel d'offres pour la réalisation d'enquêtes d'opinion et de comportement sur les conditions de déplacements et de stationnement sur les voies publiques de la Ville de Paris.
La parole est à Mme CAPELLE, en lieu et place de M. FERRAND.
Mme Liliane CAPELLE. - Merci, Monsieur le Maire.
Ce projet de délibération, dont le contenu pourrait paraître anodin, est finalement tout à fait révélateur de la méthode de la Municipalité parisienne pour élaborer ses politiques en matière de déplacement et de transport, si tant est que l'on puisse parler de "politiques".
Vous semblez en effet considérer que l'évaluation du comportement des Parisiens et de leur opinion permettront d'affiner votre politique et d'en mesurer l'impact qualitatif.
Je ne remets nullement en question l'apport d'informations que ces enquêtes peuvent vous offrir. Ceci étant dit, ce type d'enquêtes ne manque pas, initiées par bon nombre de médias, d'autres collectivités ou même des acteurs opérationnels dans le domaine des transports.
Je pense par exemple aux récents questionnaires diffusés par le Conseil régional d'Ile-de-France ou à ceux proposés par l'Etat dans le cadre de l'élaboration du Plan de déplacements urbains. J'y reviendrai.
Je pense aussi aux Etats généraux de la qualité de la vie à Paris que vous avez récemment organisés et qui ont, à la lecture du cahier de doléances, très clairement permis d'identifier que la place de l'automobile dans notre Capitale était une des préoccupations majeures des Parisiennes et des Parisiens.
En d'autres termes, à quelques mois du prochain scrutin municipal, permettez-moi d'interpréter cette démarche comme la mise en ?uvre d'un "baromètre" dont les données vous permettront d'ajuster votre programme. Mais est-ce vraiment une bonne démarche ?
N'oublions pas que l'enquête publique sur le Plan de déplacements urbains en Ile-de-France, qui sera lancée dans quelques jours, sera un outil privilégié d'analyse des besoins parisiens !
Enfin, d'autres outils plus opérationnels pour mettre en ?uvre de nouvelles politiques dans ce domaine existent : je pense notamment à un référendum local, que vous refusez d'organiser.
En d'autres termes, la collectivité parisienne s'apprête à dépenser pratiquement 500.000 F pour des sondages d'opinion. Et paradoxalement elle est incapable de fournir aux mairies d'arrondissement, qui accueilleront l'enquête publique sur le Plan de déplacements urbains en Ile-de-France, des moyens conséquents d'information du public sur cette enquête.
Certes l'élaboration du P.D.U. en Ile-de-France est à l'initiative de l'Etat, mais les collectivités locales restent cependant des acteurs à part entière de cette dernière et elles ont notamment la responsabilité de l'affichage légal.
La Ville de Paris se contente aujourd'hui du "minimum syndical" si vous me pardonnez l'expression, mais c'est le cas.
La Direction régionale de l'Equipement a ainsi été dans l'obligation, pour Paris, de louer des emplacements privés d'affichage ! Mais au bout du compte, faute d'initiatives de la Ville de Paris, les emplacements d'information resteront largement insuffisants.
Un seul exemple : il y en aura trois dans le 11e arrondissement, soit un site pour 50.000 habitants.
J'ai cru comprendre que malgré le caractère non obligatoire de mesures de publicité complémentaire, la Municipalité parisienne demandait paradoxalement aux mairies d'arrondissement de bien vouloir veiller à une publicité très large des informations.
N'est-ce pas se moquer du monde lorsque l'on sait que ces dernières ne disposent d'aucun budget, ni d'aucun moyen logistique pour répondre à cette demande et à cet objectif ?
Les enjeux portés par le Plan de déplacements urbains et l'enquête publique qui y a trait méritaient un autre traitement, Monsieur le Maire. Craignez-vous les résultats de cette consultation des Parisiennes et des Parisiens, au point de limiter leur accès, par manque d'information, à l'enquête ?
Pour toutes les raisons que j'ai évoquées, dans de telles conditions, Monsieur le Maire, nous nous abstiendrons sur ce projet.
Je vous remercie.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - La parole est à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, c'est quand même un petit peu fort ! M. PLASAIT, tout à l'heure, me demandait pourquoi j'ai parlé du contrat HEAVEN ? Je lui disais qu'il ne suffisait pas de prévoir la pollution et les pics, mais qu'il fallait peut-être commencer par la diminuer ! Cela semble le pur bon sens et je ne vois pas comment je pourrais être hors sujet là-dessus.
Il y a une question à laquelle M. PLASAIT ne répond jamais. Vous invoquez toujours les études, Monsieur PLASAIT. Vous voulez d'ailleurs en engager une autre.
Quand je vous dis que M. THORAVAL, à la suite de nombreuses études, a simplement informé les gens en disant que d'ici à 2015, les déplacements augmenteraient de 55 % à Paris et en banlieue et que les 2/3 de ces déplacements se feraient en voiture, j'aimerais bien avoir une réaction de votre part là-dessus.
Croyez-moi, je ne prends aucun plaisir à évoquer ce genre de sujet. J'en suis désolée, parfois exaspérée et il y a beaucoup de Parisiens, comme moi, qui sont exaspérés.
Pour en revenir à ce projet de délibération, effectivement depuis vingt ans, des centaines, voire des milliers d'études, sondages, enquêtes ont consigné l'opinion des parisiens sur les modes de déplacement et de stationnement. A quelques variantes près, leurs réponses sont immuables :
Développer fortement les transports en commun. Est-ce qu'il faudra le redire une fois de plus, Monsieur PLASAIT ? Alors qu'à l'heure actuelle vous installez à peu près 7,7 kilomètres de couloirs d'autobus en site propre par an, vous trouvez que c'est "développer fortement les transports en commun" ?
Pour leur vitesse, que je sache, nous sommes toujours à 10 kilomètres à l'heure pour les autobus, non seulement depuis le début de cette mandature, mais depuis bien avant.
Leur fréquence ? Toujours pas d'autobus le soir, même si cela s'est un tout petit peu amélioré, et extrêmement peu d'autobus le week-end. Alors, je voudrais bien savoir où est le changement dans tout cela.
Réduire l'espace réservé à la circulation automobile au profit des transports collectifs, des rues piétonnes. Où sont les rues piétonnes, Monsieur PLASAIT ? Quelles rues piétonnes avez-vous faites depuis cinq ans ?
Interdire totalement la circulation dans le Centre de Paris. Cela fait vingt trois ans que cette Municipalité en parle sans rien faire ! Alors effectivement, depuis deux ans, on commence à s'occuper de tous petits secteurs, je vous en ai d'ailleurs félicité parce que c'est mieux que rien mais enfin, ne me dites pas que vous prenez le taureau par les cornes !
Réprimer sévèrement le stationnement sauvage. La Préfecture elle-même reconnaît qu'elle ne réprime pas suffisamment le stationnement sauvage. 40.000 amendes pour stationnement illicite par an alors qu'il y a 100.000 voitures, tous les jours, en stationnement illicite. Vous trouvez que c'est brillant comme résultat ?
Respecter les espaces de livraison. Est-ce que c'est brillant comme résultat ? D'ailleurs, lors de votre journée sur la qualité de la vie, le 7 décembre dernier, c'était une des doléances qui revenait le plus souvent chez les Parisiens.
Empêcher les poids lourds de bloquer les rues, Monsieur PLASAIT ! Il y a des centaines et des centaines de poids lourds qui, tous les jours, à Paris, bloquent les rues, en plein milieu. Est-ce que cela a changé ?
Monsieur PLASAIT, j'aimerais bien que vous m'écoutiez.
M. Bernard PLASAIT, adjoint. - Je vous écoute, Madame.
Mme Laure SCHNEITER. - J'espère que vous pourrez me donner une réponse, notamment en ce qui concerne le stationnement sauvage des camions en plein milieu des rues, alors que tous, ils peuvent se mettre à l'angle des rues et qu'ils pourraient simplement, avec un caddy en une minute de plus effectuer leurs livraisons, sans empoisonner la vie des gens.
M. Bernard PLASAIT, adjoint. - Madame SCHNEITER, ce n'est pas à moi que vous posez cette question, je pense ?
Mme Laure SCHNEITER. - Si, parce que vous dites que je m'étonne que les choses n'avancent pas.
M. Bernard PLASAIT, adjoint. - Madame SCHNEITER, vous vous trompez d'interlocuteur. Ce n'est pas à moi que vous allez poser cette question sur les problèmes de "circulation et de stationnement sur voirie publique des poids lourds à Paris".
Mme Laure SCHNEITER. - Tant que le Préfet était de vos amis, à l'époque, vous étiez beaucoup plus indulgent.
M. Bernard PLASAIT, adjoint. - Madame, vous m'avez sans nul doute écouté ! Peut-être lu ! Vous savez alors ce qu'il en est.
Mme Laure SCHNEITER. - C'est comme pour le tramway. Depuis que cela ne gêne plus, au Conseil régional, les amis de M. TIBERI, il n'a jamais été aussi fervent partisan du tramway. C'est comme pour les seuils et pics de pollution que je proposais de réduire en 1995. Tant que cela dérangeait ses amis au Gouvernement, il était contre ce changement. Dès que la Gauche est passée au Gouvernement, alors là, M. TIBERI a dit que l'on avait le droit de changer les seuils.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, du Mouvement des citoyens et communiste).
Pour en revenir aux Parisiens, si les réponses, à peu de choses près, à toutes ces questions sont les mêmes, ce qui a changé depuis quelques années, ce sont les pourcentages des sondés qui font parfois maintenant presque l'unanimité, avec plus de 90 % de Parisiens qui vous réclament ces décisions que je vous propose à longueur d'année.
En dehors du lancement du plan vélo, qui, même imparfait, est positif, vous ne nous avez proposé que quelques mesures là où, dès 1995, il aurait fallu lancer un plan ambitieux.
Face à l'inacceptable pollution (bruit, pollution, embouteillages), je le répéterai le temps qu'il faudra, il ne suffit pas de lancer quelques projets acceptables par tous et ne dérangeant presque personne.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Est-ce que vous pouvez conclure, Madame SCHNEITER ? Vous avez dépassé le temps.
Mme Laure SCHNEITER. - Vous n'avez toujours pas accepté l'idée, Monsieur le Maire, que la voiture n'est pas prioritaire. Elle doit donc se contenter de ce qu'il restera, une fois satisfaits les besoins prioritaires : les transports en commun, les espaces libres cyclables et piétonniers.
Pour l'instant, la voiture occupe toujours 94 % de la voirie, alors qu'elle n'assure environ qu'un tiers des déplacements. Ce n'est pas une enquête de plus qui changera quoique ce soit à ce problème fondamental. Voilà pourquoi je voterai contre ce projet.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci, chère collègue.
La parole est à M. PLASAIT pour répondre aux intervenants.
M. Bernard PLASAIT, adjoint, au nom de la 3e Commission. - Je ne suis pas déçu de cette réponse de la bergère au berger. Après avoir un peu, je le reconnais, "provoqué" Mme SCHNEITER, nous avons droit à un échange, vigoureux et intéressant.
Madame SCHNEITER, vous avez posé des questions multiples dont j'observerai que beaucoup d'entre elles s'adressent au Président de la R.A.T.P. ou au Préfet de police. Mais me faire le procès de ne pas avoir dit que le Maire de Paris devrait disposer des moyens pour lutter contre un certain nombre de nuisances qui viennent de la circulation et du stationnement, c'est faire semblant de ne pas voir ou de ne pas entendre.
Lorsque vous citez l'augmentation de 50 % de la mobilité ou des déplacements, à l'horizon 2015 évoquée par M. THORAVAL, je voudrais faire remarquer qu'il s'agit d'une augmentation prévisible et globale des déplacements ; déplacements qui ne se feront pas forcément en automobile, qui pourront se faire par d'autres moyens. C'est précisément tout l'intérêt du P.D.U. C'est tout le sens du P.D.U. que de donner le fil rouge qui permettra aux politiques multiples d'aller dans le sens de la diminution de la part de la voiture automobile, alors même que les déplacements vont augmenter.
On ne peut pas se plaindre du fait que les déplacements augmentent. Mais on peut regretter qu'ils augmentent avec des effets de pollution. On ne peut pas déplorer "en soi" l'augmentation de la mobilité puisqu'elle est l'expression même du dynamisme et de la vie.
Ce qu'il faut faire, c'est faire en sorte que l'augmentation de la mobilité se fasse, non pas avec augmentation, mais avec diminution de la pollution. Encore une fois, c'est tout l'objet du P.D.U.
Et puis, pour répondre à l'une de vos interrogations : oui, il y a déjà des effets sensibles des mesures prises.
Par exemple, vous citez la vitesse commerciale des autobus : celle-ci a augmenté ! Elle est augmentée de 15 % sur la ligne P.C. grâce aux aménagements effectués ces six derniers mois. Voilà un exemple qui montre que la politique que nous menons, en concertation avec tous, est une politique qui commence réellement à porter ses fruits.
Mme CAPELLE voudra bien m'excuser d'avoir répondu en premier lieu à Mme SCHNEITER. Je voulais lui indiquer que la concertation, dont tout le monde parle beaucoup, que vous réclamez, dont vous trouvez qu'elle n'est jamais suffisante, c'est prioritairement consulter les usagers, la population, les Parisiens.
Je ne nie pas qu'il s'agisse, pour reprendre votre expression, "d'un baromètre". Oui, c'est un baromètre et je crois qu'il est utile ! Il s'agit d'un outil qui nous permet de mieux fonder nos projets ; en connaissant mieux la perception que peuvent avoir riverains et usagers, cet outil nous permet de mieux éclairer la décision finale, en l'occurrence le vote des Conseillers de Paris.
Ce baromètre, cet outil qui permet de mieux ajuster nos politiques, existe depuis longtemps. Il n'est pas une nouveauté. Il s'agit simplement de le réactualiser en permanence.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci, Monsieur PLASAIT.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DVD 85.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DVD 85).