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Octobre 2004
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Conseil Municipal
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64 - 2004, DPA 256 - Approbation du principe de réalisation des travaux d'aménagement de locaux de création artistique dans l'immeuble communal situé 59, rue de Rivoli (1er), et des modalités de passation du marché de maîtrise d'oeuvre correspondant

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2004


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DPA 256 portant approbation du principe de réalisation des travaux d'aménagement de locaux de création artistique dans l'immeuble communal situé 59, rue de Rivoli.
Madame de FRESQUET, vous avez la parole.
Mme Elisabeth de FRESQUET. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, chers collègues, le dossier du 59 Rivoli va enfin connaître son épilogue. Occupé depuis le 1er novembre 1999 par un collectif d'artistes, ce squat est devenu, au fil des années, le troisième centre d'art contemporain le plus visité de Paris.
Ce succès n'a évidemment pas échappé à certains responsables politiques qui, lors de la campagne municipale de 2001, s'étaient engagés aux côtés des artistes. Christophe GIRARD, pour ne citer que lui, prenait l'engagement de tout faire pour empêcher leur expulsion.
C'est aujourd'hui chose faite puisque l'immeuble racheté par la Ville le 22 mai 2002 sera prochainement aménagé afin d'assurer la conformité des locaux et de leur usage aux règles de sécurité en vigueur. Ce principe est désormais acquis.
Toutefois, des questions restent posées qui méritent des réponses précises. Le collectif d'artistes qui s'est constitué en association s'inquiète, à juste titre de son point de vue, de la manière dont l'immeuble sera géré.
D'après les responsables, et je les cite : "le projet que l'on nous présente aujourd'hui n'a rien à voir avec ce que nous avions convenus ensemble. Nous voulions juste une mise aux normes de sécurité de l'immeuble. Il n'était pas question ni de faire des ateliers partagés, ni de fermer les portes au public".
Le projet de délibération va en effet beaucoup plus loin, même si son contenu demeure suffisamment allusif pour prêter à plusieurs interprétations.
Au-delà de la mise aux normes, vous prévoyez un aménagement des rez-de-chaussée et du premier étage en espaces d'accueil pour le public, les autres étages restant uniquement dédiés à la création artistique. Ceci signifie bien que l'occupation de cet immeuble sera soumise à des contraintes de sécurité liées à la présence du public.
Nous sommes là au centre de la contradiction que vos propres promesses ont fait naître. Votre élection vous impose des responsabilités dont l'opposant d'hier ne se sentait pas comptable. Cela vaut pour beaucoup de dossiers. Et cela vaut plus particulièrement lorsqu'il s'agit de la culture, lorsque ses voies d'expression sortent des sentiers battus et des circuits officiels.
On conçoit aisément le désappointement des artistes pour qui ce débat reste profondément étranger, mais qui ont cru, de bonne foi, à une réponse plus compréhensive et non contraignante.
Nous savions tous que les questions de sécurité allaient primer dans ce dossier, mais vous avez feint de les négliger. Pourquoi ? La réponse, nous la connaissons. Elle est entièrement contenue dans la question et je me garderai d'en rajouter sur ce point.
Le collectif reste finalement le seul juge de votre attitude.
Ce projet de délibération pose en tout cas une question de principe sur le devenir des squats d'artistes à Paris. Vous aviez promis de ne pas les expulser durant votre mandat. Or, les procédures d'expulsion se multiplient. Le théâtre de Verre installé dans le 12e arrondissement est sommé de fermer ses portes ; le squat de l'impasse Saint-Claude, à quelques centaines de mètres de l'Hôtel-de-Ville, doit fermer et ce ne sont pas les messages de reconnaissance de M. Christophe GIRARD qui y changeront quelque chose.
Aujourd'hui, avec ce projet de délibération emblématique, nous avons l'occasion d'un vrai débat de fond. Nous sommes là dans un cas de figure exceptionnel puisque c'est la première fois que la Ville de Paris doit gérer un squat d'artistes.
Cela impose de mettre en ?uvre un partenariat fondé sur des principes partagés, assurant tout à la fois le respect par les artistes des contraintes d'une collectivité publique et le respect de la liberté, sans laquelle l'expression artistique ne peut s'exprimer dans toute sa plénitude.
Nous sommes bien loin de la simple gestion des ateliers d'artistes qui suppose des critères sélectifs d'attribution liés à la compétence des candidats, de l'urgence sociale et de l'ancienneté de la demande.
Le 59 Rivoli est bien autre chose. L'implication de la Ville que vous avez voulue exige de votre part la mise en ?uvre de bien plus que le respect de simples règles de bonne gestion.
De ce point de vue, force est de constater que nous n'avons aucune réponse.
Je vous remercie.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
La parole est à M. GIRARD.
M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Ce collectif d'artistes est soutenu, je vous le rappelle, également par le maire du 1er arrondissement, Jean-François LEGARET. Donc il y a sur ce lieu, en effet, un intérêt partagé par tous ceux qui le fréquentent ou le connaissent.
Malgré les efforts entrepris dans ce domaine, la question du lieu de travail, voire du logement, pour les artistes à Paris reste évidemment un très grand problème. La Ville n'a pas la capacité à pousser tous ses murs et à s'agrandir comme nous le souhaiterions. Et puis on a 33 hectares d'espaces verts supplémentaires en cours de création.
Cette population dispose en effet de revenus souvent modestes et, par définition, aléatoires qui rendent difficile la location de surfaces permettant le travail artistique, quelles que soient les disciplines.
L'association "59 rue de Rivoli" est un collectif d'artistes qui, le 1er novembre 1999, a investi un immeuble inoccupé alors propriété du Crédit Lyonnais au 59, rue de Rivoli dans le 1er arrondissement.
Au-delà de la réanimation d'un lieu désert, son objectif est de proposer des surfaces de travail aux artistes ne pouvant assurer des loyers privés ou conventionnés ; de présenter et de promouvoir le travail artistique en train de se faire, au moyen d'une ouverture gratuite au public des ateliers, dans des plages horaires importantes.
Une étude de l'Agence d'études architecturales décrit les travaux à entreprendre dans ces locaux. Il est prévu une réfection complète de la couverture, de l'ensemble des huisseries et du réseau électrique.
En outre, la charge des planchers existants étant faible, une provision a été inscrite pour le renforcement.
L'option proposée est celle d'une ouverture au public des seuls niveaux R et R+1, la mise aux normes ERP de l'ensemble du bâtiment s'étant révélée difficile et coûteuse.
En tout état de cause, les données budgétaires et techniques ne permettent pas d'envisager une ouverture au public des étages supérieurs.
Un bâtiment a été réservé, rue de la Tour-des-Dames, dans le 9e arrondissement, chez Jacques BRAVO, pour accueillir les artistes pendant la durée des travaux, moyennant une réfection estimée à 150.000 euros.
Une convention d'occupation et une convention d'objectifs pour l'utilisation de ce bâtiment seront soumises au Conseil de Paris.
Le coût global prévisionnel du projet ressort à 4,4 millions d'euros T.T.C., les crédits correspondants sont inscrits au P.I.P.P.
L'immeuble rénové, en raison des activités d'intérêt général qu'il accueillera et des aménagements spéciaux dont il aura bénéficié, fera partie du domaine public de la Ville.
Les futurs occupants bénéficieront d'une convention d'occupation domaniale, je dis bien une convention, afin de tenir compte de la contrainte de solvabilité des artistes, une redevance notablement inférieure au taux du marché leur sera consentie. Mais il y aura une redevance à régler à la Ville.
L'association "59 rue de Rivoli" sera associée aux modalités d'attribution des ateliers.
Permettez-moi de dire un dernier mot sur les expulsions. Je vous rappelle que les pouvoirs de police sont à la Préfecture de police et que c'est au cas par cas que la Préfecture de police, selon la nature du propriétaire du lieu, agit. Si cela relève du domaine privé, bien évidemment, la Préfecture n'a pas à demander l'avis de la Ville de Paris ; si cela relève d'un lieu appartenant à la Municipalité, nous négocions ensemble à chaque fois et dans une bonne intelligence et dans le respect des artistes et des ?uvres.
On peut dire que depuis l'exemple de la rue Blanche en avril 2001, au début de notre mandature, le respect a été la priorité de notre comportement. Je remercie d'ailleurs Christophe BAY, Directeur adjoint du cabinet du Préfet de police, Jean-Paul PROUST, de la façon dont nous avons pu travailler au cas par cas, en respectant les artistes et les ?uvres.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DPA 256.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2004, DPA 256).