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Octobre 2006
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Conseil Municipal
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V - Question d’actualité de Mme Elisabeth de FRESQUET et des membres du groupe Union pour la démocratie française à M. le Maire de Paris relative à l’assassinat d’Anna Politkovskaïa.

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2006


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme de FRESQUET pour la question d?actualité du groupe U.D.F.

Mme Elisabeth de FRESQUET. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

L?assassinat d?Anna Politkovskaïa est un assassinat politique qui s?inscrit dans une longue série de pressions et de crimes perpétrés en Russie contre les journalistes.

Il est difficile d?en établir un compte exact, mais il n?est pas douteux que de tels faits questionnent la nature du régime politique russe et, en conséquence, la nature des relations que les démocraties entretiennent avec le pouvoir en place à Moscou.

Nous le savons toutes et tous, ici, Mme Politkovskaïa s?est particulièrement penchée sur la réalité de la guerre en Tchétchénie, mais son travail couvrait plus largement l?ensemble de la politique russe. Elle défendait des thèses d?opposition à M. Vladimir POUTINE et son meurtre est perçu par tous les démocrates comme une manifestation de l?autoritarisme du Kremlin.

C?est pourquoi nous ne pouvons nous résoudre à un simple exercice compassionnel. S?il est légitime que notre Ville participe à l?effort de reconstruction du Sud Liban, s?il est légitime que notre Ville contribue à la lutte contre le Sida en Afrique, s?il est légitime qu?elle finance le Fonds pour l?eau, alors, il l?est tout autant, et Paris revêt même une dimension symbolique à ce sujet, qu?elle mobilise les outils qui sont les siens pour défendre et promouvoir les droits de la personne humaine lorsque ces derniers sont mis à mal.

Car, bien sûr, il ne nous revient pas de régler tous les problèmes. Nous ne pouvons prétendre résorber la pandémie de Sida à travers le monde ; nous ne pouvons prétendre reconstruire à nous seuls le Liban ; et nous ne pouvons prétendre garantir l?accès de tous à l?eau potable.

Nous fournissons un effort à notre échelle et nous jugeons à raison que cet effort est légitime.

Il doit en aller de même pour les droits. Nous n?en sommes pas les seuls garants, mais notre mobilisation à ce sujet reste, elle aussi, légitime. Elle est même, je crois, nécessaire.

Monsieur le Maire, pourquoi ne pas mobiliser l?Association Internationale des Maires Francophones, dont nous sommes un important contributeur, pour qu?une délégation de cette association rencontre à ce sujet le maire de Moscou, forcément concerné ?

Cela permettrait de manifester l?émotion, et surtout l?inquiétude, du monde francophone à propos des droits de la personne humaine en Russie.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Pierre SCHAPIRA.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - Merci, Madame de FRESQUET, pour cette question.

Evidemment, l?assassinat d?Anna Politkovskaïa a choqué les Parisiens et les Parisiennes et tous ceux qui sont les défenseurs des Droits de l?Homme et de la liberté d?expression.

Vous avez raison, la Ville de Paris a une action volontaire en matière d?aide au développement. Vous avez cité tous les points, mais il est vrai que nous avons aussi une exigence en matière de Droits de l?Homme et nous l?avons démontré plusieurs fois. Que ce soit par des lettres envoyées aux autorités algériennes, tunisiennes, chinoises, biélorusses, iraniennes, turques, birmanes ou colombiennes, le Maire de Paris et le Conseil de Paris ont toujours été au premier rang dans la défense des Droits de l?Homme.

S?agissant de l?assassinat d?Anna Politkovskaïa, le Maire a immédiatement exprimé sa très vive émotion dans un message de condoléances adressé au rédacteur en chef de ?Novaya Gazieta? au sein duquel travaillait la journaliste.

Il a qualifié d?ignoble cet assassinat et il a souligné le courage et la détermination de la victime et formé le v?u que justice soit faite. Les véritables commanditaires de ce crime doivent en effet être dénoncés et punis.

Mais, vous avez raison, le Conseil ne peut pas rester silencieux. Vous préconisez une expression publique claire et une démarche d?une délégation de l?A.I.M.F. auprès du Maire de Moscou.

L?idée d?une sensibilisation des élus locaux russes est louable, certes, mêmes si c?est avant tout à l?Etat russe qu?il appartient de faire rapidement toute la lumière sur ce crime, comme l?a rappelé, ce week-end, le Président de la Commission européenne, José Manuel BARROSO.

La Ville de Moscou n?est toutefois pas membre de l?A.I.M.F. qui ne regroupe, je vous le rappelle, que des villes francophones.

Mais, le Maire de Paris copréside ?Cités et Gouvernements locaux unis? qui se réunit à la fin de ce mois et il pourrait en effet en parler à l?occasion de ce Conseil mondial, mais, en tout cas, avec le Maire de Kasan qui est le Président de la section Eurasie de ?Cités et Gouvernements locaux unis?.

J?ajoute simplement qu?il existe à Paris une Maison des Journalistes qui héberge des journalistes étrangers réfugiés en France et le Maire de Paris proposera à nos partenaires, parce que nous ne sommes pas seuls, le Fonds européen des Réfugiés et les médias français qui sont en association, que cette Maison des Journalistes que nous avons aidé à créer porte le nom d?Anna Politkovskaïa.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je voulais que Pierre SCHAPIRA annonce mon souhait qu?il vient d?exprimer à l?instant.

Deuxièmement, je souhaitais vous dire qu?avec le Maire de Moscou, que je connais bien, j?ai eu déjà nombre de négociations sur les Droits de l?Homme. J?ai même était amené à faire une conférence de presse avec lui, avec le Maire de Londres, avec le Maire de Berlin, à Berlin, sur des questions traitant des Droits de l?Homme. Nous avons dû assumer nos différences de point de vue sur un certain nombre de sujets, mais les Maires de Londres et de Berlin étant plutôt d?accord avec moi, c?était plutôt agréable.

Vous gardez aussi en mémoire que lorsque le Président POUTINE était à Paris, en réponse à l?invitation du Président de la République, j?avais exprimé nos convictions à propos de Bashar AL-ASSAD. Je les avais exprimées sur l?antisémitisme et le terrorisme.

Avec Vladimir POUTINE, je l?ai fait, bien sûr toujours dans la courtoisie, sur la Tchétchénie, ce qui avait entraîné d?ailleurs ensuite une conversation particulière entre le Président POUTINE et moi.

Au-delà de la proposition que je souhaite faire pour la Maison des Journalistes, c?est plutôt au Président POUTINE que je dois dire un certain nombre de choses. Je peux plus facilement les dire en tant que coprésident de l?association des pouvoirs locaux du monde que Président des maires francophones qui n?est pas une dimension tellement prise en compte en Russie.

En tant que coprésident de C.G.L.U., je souhaite écrire au Président POUTINE sur ce sujet.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Les Tchétchènes vont pouvoir respirer.