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Novembre 2005
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Evocation de la crise urbaine sur le territoire national.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2005


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, nous sommes convenus, si vous voulez bien vous asseoir dans la sérénité, d?aborder brièvement ce matin l?actualité des événements liés à la crise urbaine. Comme nous en sommes convenus, j?en dirai quelques mots ; je donnerai bien sûr la parole à

M. le Préfet de police et chacun des groupes pourra s?exprimercinq minutes.

Mes chers collègues, notre pays affronte depuis plus de deux semaines une crise sans précédent qui a touché l?ensemble du territoire national.

A Paris, on a déploré une centaine de voitures incendiées et des dégradations diverses avec un pic entre le 5 et le 7 novembre.

Sur le plan national, violence physique, destruction de biens et d?équipements, incompréhension, désespoir, sont les principaux ingrédients de cette période et les premières victimes de ces actes sont d?abord les citoyens les plus modestes car, dans ces quartiers, nous assistons en réalité à une véritable concentration de malheurs.

Quand un retraité décède, après avoir été tabassé, alors qu?il tentait de nouer le dialogue ; quand deux jeunes de Clichy-sous-Bois meurent électrocutés dans des conditions qui restent malheureusement troubles, c?est une même défaite pour les valeurs qui fondent notre société et notre organisation collective.

Le Gouvernement porte une responsabilité évidente dans le déclenchement de cette crise.

D?abord, et j?y reviendrai, parce que, depuis 2002, il a démantelé tout un réseau de proximité qui assume un rôle majeur en faveur de la prévention, de l?accompagnement social et du dialogue. Mais aussi parce que dans ses rangs, certains s?obstinent à tenir des propos intrinsèquement violents.

Il y a des mots qui provoquent, qui stigmatisent, qui attisent inutilement les haines, qui visent à exclure, là où le devoir d?un responsable public est de comprendre pour agir, de ne parler que pour servir la cohésion nationale et, surtout, de faire passer l?intérêt général avant toute stratégie personnelle.

Il appartient donc à l?Etat?

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyne et ?Les Verts?).

Il appartient donc à l?Etat, avec sang-froid et par des mesures efficaces et proportionnées, ce qui n?est pas le cas du cou-vre-feu, de rétablir durablement l?ordre républicain et d?assurer la sécurité de nos concitoyens.

Je veux d?ailleurs saluer ici le travail de tous ceux qui oeuvrent au service de cet objectif.

C?est pourquoi, il y a huit jours, j?ai tenu à rendre visite sans caméras - à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris soumise à rude épreuve.

Au nom de Paris,? C?est une preuve de sang-froid !

Au nom de Paris, j?ai voulu dénoncer toute exaction commise à leur égard - les sapeurs-pompiers de Paris - en soulignant leur dévouement, leur compétence et leur rôle essentiel qui permet chaque année de sauver tant de vies, sans aucune distinction.

Je salue également les personnels de police confrontés à une réalité très dure.

Le retour au calme est donc indispensable.

Mais, au-delà, comment ne pas tirer tous les enseignements que nous livre cette crise ? Notamment sur l?efficacité même de notre modèle d?intégration.

Aujourd?hui, c?est une génération de jeunes, voire de très jeunes, qui se révolte contre les symboles, non pas de la République, mais d?une perception de la République dont ils ont le sentiment qu?elle ne les reconnaît pas.

Le paradoxe, c?est qu?ils se sentent moins que leurs parents membres de notre communauté nationale alors qu?ils sont Français.

Cela ne justifie en rien des actes dont la brutalité est aussi vaine qu?intolérable. Faudrait-il pour autant ignorer le malaise qu?ils révèlent, les défis qu?ils dessinent pour notre société toute entière ?

Précisément, des moyens doivent être mobilisés au service de cette cause nationale. Et chacun est évidemment concerné.

A son niveau, la collectivité parisienne s?efforce, depuis 2001, d?agir utilement au service du lien social, en soutenant notamment tous les acteurs impliqués.

Ainsi, nous avons augmenté de 40 % les crédits consacrés à la prévention spécialisée en finançant notamment la création de 13 équipes nouvelles, ce qui correspond à 65 postes d?éducateurs supplémentaires.

Nous avons également revalorisé de 50 % les moyens alloués aux antennes jeunes et mis en place une nouvelle allocation ?Paris Jeunes solidarité? qui permet de soutenir financièrement des adolescents engagés dans des parcours d?insertion.

Je mentionnerai aussi la création d?un dispositif de veille éducative qui, dans les 13e et 18e arrondissements, vise à accueillir et à réorienter des jeunes en rupture scolaire.

Ces quelques illustrations confirment l?importance d?une synergie permanente avec tous les acteurs de terrain. D?ailleurs, le Gouvernement a reconnu certaines de ses erreurs en s?engageant à restaurer les aides au monde associatif qu?il avait malheureusement amputé. A Paris, par exemple, le soutien de l?Etat aux associations impliquées dans la politique de la ville a diminué de moitié.

Mais la prise de conscience ne peut s?arrêter là. Il faut :

-relancer la police de proximité, comme le réclament plusieurs syndicats de policiers ;

-renouer avec le dispositif des emplois-jeunes;

-donner à la justice et à l?éducation les moyens d?assumerréellement leur mission ;

-s?engager dans une réforme profonde de notre systèmecarcéral face à la situation explosive et honteuse des prisons françaises ;

- soutenir l?A.N.P.E. qui, faute d?effectifs suffisants, croule sous le poids d?une charge chaque jour accrue, illustration supplémentaire de l?importance des services publics en tant que garant d?une cohésion sociale, d?un maillage qui sert l?égalité et la citoyenneté.

Pour des raisons idéologiques, tous ces chantiers ont été négligés, fragilisés, voire sacrifiés par des décisions dont l?impact est évident. C?est aussi le cas dans les domaines décisifs de l?emploi et du logement. Là encore, il ne suffit pas de multiplier les annonces au c?ur de la crise, il faut que les actes suivent.

Par exemple, après les drames survenus à Paris cet été, on nous avait promis d?accélérer les procédures d?expropriation liées à la résorption de l?habitat insalubre. Nous attendons toujours. Or, les citoyens en ont assez d?attendre. Ils veulent des changements réels. C?est à cette condition qu?ils retrouveront confiance dans notre vie démocratique.

Au moment de conclure, je veux saluer l?action des services municipaux, en particulier ceux de la Délégation à la politique de la ville, de la D.P.P. et de la D.A.S.E.S. Je veux également rendre chaleureusement hommage aux associations, aux médiateurs, aux habitants eux-mêmes qui, dans de nombreux cas, ont oeuvré au service du dialogue et de l?apaisement. Au service d?une France dont nous souhaitons qu?elle puisse enfin se réconcilier avec elle-même.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Je donne maintenant la parole à M. le Préfet de police.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, la Région parisienne est confrontée, depuis une quinzaine de jours, à des violences urbaines.

Dans ce contexte difficile, il revient à la Préfecture de police de maintenir l?ordre public à Paris et de veiller à la sécurité des Parisiens.

Au cours des dernières nuits, un dispositif important a été mis en place afin de surveiller, de dissuader et de réprimer toute action violente dans la Capitale. Fondé sur les moyens de proximité, ceux des commissariats d?arrondissement, avec notamment leur Brigade anti-criminalité, il a bénéficié du soutien d?unités spécialisées de la Préfecture de police, telles que les Compagnies de sécurisation, du renfort d?Unités mobiles et de l?action coordonnée du Service régional de police des transports. Cette organisation qui a montré son efficacité pour faire reculer la délinquance à Paris au cours des dernières nuits a prouvé sa réactivité lors de ces événements.

La Brigade de sapeurs-pompiers de Paris a, pour sa part, dû mobiliser des moyens exceptionnels, notamment des renforts extérieurs, pour faire face à la situation sur sa zone de compétence qui comprend, comme vous le savez, non seulement Paris mais aussi les départements de la petite couronne.

Le bilan est, à ce jour, pour Paris, de 217 feux de véhicules et 44 feux de poubelles. Même si le Nord de la Capitale a été un peu plus touché, ces incendies sont répartis sur la quasi-totalité des arrondissements parisiens.

L?action des forces de police parisienne a permis de procéder à une centaine d?interpellations et à la saisie de 65 engins incendiaires.

Les personnes arrêtées sont, dans leur grande majorité, des mineurs ou de très jeunes majeurs. Il a été procédé à 71 garde-à-vue, qui ont donné lieu à 51 déferrements. C?est un résultat important qui témoigne de l?engagement très fort des policiers. Lors de ces derniers jours, trois d?entre eux ont été blessés en action.

Je voudrais rendre hommage devant vous au dévouement qui a animé tous les policiers, gendarmes, pompiers au cours des dernières nuits à Paris. Confrontés à des situations difficiles, ils ont, par leur compétence, leur sens de la mesure et leur engagement renouvelé chaque soir, malgré la fatigue, maintenu le calme dans la Capitale et rassuré ses habitants et ses visiteurs.

Je souhaite aussi souligner, Monsieur le Maire, l?esprit d?attention réciproque qui existe sur ces sujets entre les services de la Mairie et ceux de la Préfecture de police.

J?ai, par ailleurs, demandé aux commissaires centraux de bien veiller, en ces circonstances, à l?information des maires d?arrondissement.

Je veux enfin vous exprimer la détermination de la Préfecture de police à réprimer sévèrement toute tentative de semer le désordre dans la Capitale.

Le Gouvernement a décidé, comme vous le savez, de mettre en ?uvre les dispositions de la loi du 3 avril 1955. Ce texte permet aux Préfets de renforcer leurs moyens juridiques pour dissuader toute tentative de créer des troubles graves et pour rétablir l?ordre. Conformément aux instructions du Ministre d?Etat, Ministre de l?Intérieur, il sera fait une application mesurée de ce dispositif en relation avec le Maire.

Au vu d?informations nombreuses sur un appel à commettre des exactions à Paris samedi dernier, j?en ai fait une application ponctuelle et ciblée en interdisant tout rassemblement manifestement destiné à troubler gravement l?ordre public le 12 novembre. Cette mesure n?a pas été reconduite. L?évolution de la situation dans la Capitale n?a pas atteint un niveau de gravité qui m?amène à envisager d?autres dispositions de ce type. J?ai toutefois, sur la base de mes pouvoirs de police générale et compte tenu de l?usage qui en est fait pour fabriquer des engins incendiaires, maintenu, pour la période d?application de la loi, l?interdiction de vente au détail de produits pétroliers.

Au-delà, la Préfecture de police poursuivra sa participation aux politiques de prévention. Toutes les problématiques en ce domaine ne relèvent pas de ces compétences mais je crois que l?action conduite dans les Comités de sécurité et de prévention de la délinquance, mis en place dans tous les arrondissements au cours des derniers mois, a permis un bon travail en commun entre les acteurs de terrain.

Les missions de prévention et de communication qui existent dans chaque commissariat s?y consacrent à la satisfaction, je crois, de tous les partenaires. Nous poursuivrons énergiquement dans ce sens.

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, nous constatons, depuis quelques jours, une diminution des violences urbaines en Région Ile-de-France et singulièrement dans la Capitale. La dernière fin de semaine à Paris, par exemple, s?apparente en terme de délinquance à une fin de semaine normale.

La Préfecture de police demeurera toutefois extrêmement vigilante au cours des jours à venir et je vous remercie de la confiance que vous apportez à son action.

(Applaudissements sur tous les bancs de l?Assemblée).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie beaucoup, Monsieur le Préfet de police.

Je confirme, au-delà des accords qu?il peut y avoir non pas avec des fonctionnaires mais avec des orientations politiques, l?excellente coopération entre la Préfecture de police et les services de la Ville, indispensable pour la sécurité des Parisiens.

Je donne maintenant la parole aux six groupes et d?abord à M. Georges SARRE.

M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement républicain et citoyen, maire du 11e arrondissement. - Monsieur le Maire, chers collègues, aucun des facteurs qui alimente le malaise et aujourd?hui la crise dans les banlieues n?est inconnu de nous.

Chacun connaît depuis 25 ans les lourdes erreurs des politiques de construction, d?urbanisme et de logement qui ont concentré, dans des cités en périphérie de nos villes, les populations immigrées.

Paris y a eu sa part, rejetant depuis longtemps les populations pauvres vers la banlieue. Chacun connaît depuis 25 ans les carences du système éducatif qui, au motif de s?ouvrir sur le monde, a laissé la société extérieure l?envahir et avec elle les inégalités et la violence défiant l?autorité des maîtres.

Chacun connaît depuis 25 ans l?absence de formation à la citoyenneté, la carence de l?instruction civique. Où apprend-on le civisme, ensemble indissociable de droits et de devoirs ?

Depuis 20 ans, les choix constants de politiques économiques ont sacrifié l?emploi, générant un chômage de masse : près de 40 % de chômeurs chez les jeunes des quartiers en crise.

Chacun connaît depuis longtemps l?incohérence et l?inconséquence marquant l?accueil d?une population immigrée nombreuse, sans les moyens de son accueil, formation, éducation, logement, emploi.

La crise que nous connaissons est au carrefour de tous les échecs que nous connaissons fort bien. Logements ségrégatifs et rares, écoles ayant perdu le sens de sa mission, citoyenneté effacée.

Après 25 ans de politique immobile, il est urgent de secouer l?arbre des conformismes, non pas en enterrant la citoyenneté républicaine au moment où l?idéal d?égalité deviendrait hors d?atteinte comme certain nous y invitent. Non pas en nous rabattant sur une coexistence de communauté à droit et espoir différenciés mais en relevant les principes républicains. Je le dis avec force, ce n?est pas le modèle républicain qui en cause mais son constant délitement depuis 25 ans.

L?égalité doit faire de l?Etat non seulement un juge et un arbitre des discriminations mais un acteur énergique du combat contre les discriminations. Egalité aussi dans le logement. Quand sera financé du logement mixte où dans un même immeuble se côtoieront des familles populaires, des familles des couches moyennes ou plus aisées ? Quand recentrerons-nous l?école sur ses missions, transmettre des savoirs et des valeurs ? Quand ferons-nous de l?instruction civique une priorité ?

Alors, chers collègues, comment aider cette génération montante à se préparer aux concours, à trouver un travail, à réussir ? Là sont les vrais défis car ce sont nos enfants. Je ne veux pas évacuer la question de l?ordre public. On ne peut pas faire progresser l?égalité et la justice sociale en incendiant des écoles ou la voiture de ses voisins.

Toute complaisance n?aiderait pas ces jeunes à s?en sortir. Ils ont plus que jamais besoin de repères. Toute démagogie les enfermerait dans une voie sans issue mais tout amalgame doit être banni, surtout dans les propos d?un Ministre qui a vidé la police de proximité de sa substance en revenant au bon vieux temps de la police d?intervention. La police républicaine mérite notre respect parce qu?elle est au service de la paix civile. Elle fait les frais de la stratégie de la tension et de l?affrontement.

Dans tous ces domaines, que j?ai à peine évoqués, la Ville dans les limites assignées à son action s?est orientée dans le bon sens : mixité du logement, soutien à l?école, politique de sécurité privilégiant les partenariats. Les défis qui sont devant nous nous obligent demain à porter plus loin cet effort. Plus généralement, notre pays doit se ressaisir, il en est grand temps. Après des années d?immobilisme, la République doit cesser d?être un vain mot et une incantation. Elle doit redevenir un projet à l?initiative du combat pour l?égalité.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement républicain et citoyen, socialiste et radical de gauche, communiste et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Patrick BLOCHE.

M. Patrick BLOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, notre pays connaît depuis plusieurs jours une situation grave et préoccupante. Sur l?ensemble du territoire national et dans une moindre mesure à Paris, nos banlieues se sont embrasées, sans distinction. Ce sont des biens publics de proximité aussi indispensables que des écoles, des gymnases, des bus ou des commissariats de police mais aussi des biens privés qui ont été les cibles d?un vandalisme inégalé touchant ainsi les habitants même de ces quartiers.

Sans prémisses apparentes, ces violences urbaines que nous condamnons ont engendré une crise d?une ampleur sans précédent. Nombre d?élus et de responsables politiques de gauche, comme de droite, l?ont rappelé ces dix derniers jours. L?urgence de la situation exige de l?action publique et notamment de celle du Gouvernement le rétablissement de l?Etat de droit en assurant la sécurité des personnes et des biens.

Le retour au calme par le rétablissement de l?autorité de l?Etat mais aussi par le retour de la confiance dans nos quartiers est donc une priorité. Et ce n?est ni en décrétant l?état d?urgence dans la précipitation, ni en recourant de manière disproportionnée au couvre-feu que nous mettrons fin à ces violences. Le triptyque prévention, sanction, réparation doit donc être redéployé au centre de toute action publique visant à rétablir l?ordre.

Car ce n?est pas en attisant le feu et en semant la peur que nous aurons des résultats mais bien en prenant des mesures appropriées et sereines, en faisant tout pour éviter les désordres qui créent encore plus d?injustices. S?il est donc de la responsabilité des élus de condamner ces actes et d?exiger le retour au calme, il est aussi de notre responsabilité collective de tenter d?analyser les causes de ces violences.

Car si elles sont révélatrices d?un malaise profond dans les cités engendré par des décennies d?oubli ou d?insuffisances politiques, le Gouvernement actuel ne peut se dédouaner de son immédiate responsabilité.

Au-delà des provocations d?un Ministre de l?Intérieur, pompier pyromane, c?est bien toute une politique qui a eu pour conséquence depuis trois ans de briser notre pacte social et républicain qui est aujourd?hui en cause. Car pendant que ces quartiers difficiles voient depuis 2002 l?ensemble des financements destinés à la vie associative, aux politiques de prévention et d?éducation gelés, les emplois-jeunes et la police de proximité supprimés et les engagements budgétaires non respectés, le Gouvernement baisse les impôts des plus favorisés. Quel message ! Cette politique à courte vue qui se résume à la répression quand elle ne fait pas appel à la régulation de l?ordre social par des communautés religieuses se révèle aujourd?hui non seulement inefficace mais aussi dangereuse.

Dans ce contexte, Paris par le biais de notre Assemblée, se doit de parler fort et sincère en exigeant de redonner à la prévention, à la police de proximité que les habitants des quartiers, comme nombre de syndicats de policiers considèrent comme une nécessité, mais aussi à la justice, aux services publics et à la politique de la ville, les moyens budgétaires et humains dont ils ont été gravement amputés. C?est notamment parce que la Municipalité parisienne a fait le choix politique majeur de palier le désengagement de l?Etat en matière sociale tout particulièrement que la Capitale est moins gravement touchée par les violences. Nous continuerons donc à Paris de faire le choix du respect, du vivre ensemble et de l?égalité sociale, au Gouvernement plus que jamais de prendre ses responsabilités.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. BARIANI.

M. Didier BARIANI. - Monsieur le Maire, le déchaînement de violence qui frappe les banlieues appelle deux réponses immédiates : la première est policière. L?ordre doit être rétabli et préservé dans le strict respect de la règle républicaine et la seconde concerne la justice.

Les auteurs de crimes et délits doivent être impérativement punis. Soyons clairs : pour ce qu?ils ont fait, pas pour ce qu?ils sont. Et individuellement et non collectivement. Ces réponses, leur mise en ?uvre responsable sont prioritaires. Il faudra aussi agir sur les causes de la violence et sur la ghettoïsation. Elles sont multiples et en dépit de tous les effets d?annonce, difficiles à traiter ?à chaud?. Sur ce point, le groupe U.D.F. est convaincu qu?un ?front commun national? sera nécessaire pour prémunir le pays de toute surenchère politique. Nous y viendrons d?ailleurs lors de la discussion du v?u de l?Exécutif, tout à l?heure.

En attendant, permettez-moi de souligner deux choses d?ordre général.

En premier lieu, je me méfie terriblement des grands exercices de culpabilisation nationale qui renvoient dos-à-dos pour mieux les stigmatiser, l?échec des politiques de droite et de gauche depuis plus de vingt ans. Non pas qu?il faille s?interroger en profondeur, il le faut, mais pour l?instant ce réflexe renforce toute la stratégie de ?victimisation? de ceux qui se comportent comme des caïds.

En second lieu, à celles et ceux qui seraient tentés par une explication exclusivement socio-économique du phénomène, je tiens à dire ceci : oui, la pauvreté explique en partie la violence, mais ce qui est certain c?est que la violence maintient et maintiendra dans la pauvreté. Il faut donc lutter fermement contre cette violence sans angélisme et en y opposant la puissance légitime de l?Etat républicain. La paix sociale n?est ni à vendre, ni à négocier sauf à favoriser chez certains le mythe de l?impunité et de la toute-puissance. Les conséquences en sont désastreuses, le lien social n?est pas une ressource inépuisable.

Autre remarque à laquelle le groupe U.D.F. attache beaucoup d?importance : il s?agit d?une violence très masculine.

D?ailleurs, M. Pierre ROSENCZWEIG, Président du Tribunal pour enfants de Bobigny le signale quant à lui très clairement : ?les filles, dit-il, se battent pour que leurs conditions sociales changent, sur le terrain scolaire notamment. Elles ont surtout plus d?espoir en leur avenir et croient davantage dans les chances offertes par la République?. La protection et la promotion des femmes seront fondamentales, elles seront des victimes toutes désignées si l?entreprise d?autodestruction, parce qu?il s?agit de cela, continue dans les cités.

Je voudrais enfin rappeler que si la solidarité est un droit, elle est aussi un devoir. Il m?apparaît dont opportun de revenir sur la suppression du service national, sous une forme ou sous une autre. Le groupe U.D.F. rappelle que nous nous sommes depuis longtemps prononcés en faveur d?un service civil, humanitaire et solidaire. Je crois que cette question mérite que nous la voyons maintenant rapidement.

Si Paris, aujourd?hui, est plutôt épargné par la violence, et chacun d?entre nous s?en réjouit, c?est sans doute parce que le dispositif de sécurité de la Capitale est bien différent de celui des banlieues et que la mise en ?uvre d?actions violentes y est moins évidente. C?est aussi, je crois, parce que nous sommes moins confrontés à un phénomène d?émeutes urbaines qu?à une dynamique d?émeutes périphériques.

Les émeutiers représentent une population qui, précisément, n?a pas accès à la cité dans toute l?acception du terme. Nous ne sommes pas pour autant prémunis contre un effet possible de contagion et il fallait l?anticiper. Monsieur le Préfet, je n?ai d?ailleurs aucune réserve à vous le dire, dans votre rôle, dans vos fonctions, vous-mêmes et vos collaborateurs avez pris d?excellentes décisions. En un mot, pour l?instant vous avez ?tout bon? à nos yeux. Le groupe U.D.F. apporte donc son soutien aux mesures de sécurité décidées par le Préfet de police. Ces mesures ont été prises sur la base d?une exploitation objective et responsable des renseignements collectés.

L?ordre public n?a certes pas besoin d?être rétabli à Paris, mais il a besoin, Monsieur le Maire, d?être préservé. Il est vrai que nous regrettons la dimension symbolique du recours à la loi d?avril 1955, mais l?esprit de responsabilité doit l?emporter. Et je suis très heureux que la Municipalité n?ai pas jusqu?à ce jour levé d?objections à ce sujet.

A la fin de la semaine dernière, 3.000 policiers et gendarmes ont été placés en état d?alerte pour assurer la sécurité de chacun et de chacune d?entre nous. Dès mercredi dernier le dispositif avait été renforcé notamment, c?est une bonne chose, dans le Nord et dans l?Est parisien. Ce week-end, ?toute réunion de nature à provoquer ou à entretenir le désordre sur la voie ou dans les lieux publics? a été interdite. C?est vrai que le caractère dissuasif du dispositif était opportun. Le Maire l?a rappelé, l?action diligente des services municipaux compétents a fait le reste.

Face à l?ampleur de la crise, il fallait prendre de mesures de sécurité à Paris. Cela a été fait, cela a été bien fait, j?en suis pour ma part satisfait. Et je crois que ce sentiment est partagé par l?ensemble de mes collègues U.D.F.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes Union pour la démocratie française et U.M.P.).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie, Monsieur BARIANI, de cette intervention très sereine, pleine de sang-froid.

La parole est à René DUTREY.

M. René DUTREY. - Merci, Monsieur le Maire.

Des flambées de violence secouent depuis quinze jours les nuits des quartiers populaires partout en France. Des voitures sont incendiées, des poubelles brûlent, les forces de l?ordre sont prises à partie. Des équipements publics, des écoles, des bus sont même saccagés. Depuis plus de trente ans, ces quartiers ont été le lieu de la concentration de la misère sociale. Notre société a parqué là ceux qui cumulent toutes les difficultés : le chômage, l?échec scolaire, les difficultés de logement, les discriminations dues à leurs origines et à leur couleur de peau.

Les jeunes de ces quartiers ne sont en classe qu?avec des jeunes qui connaissent les mêmes difficultés. Ils n?ont souvent pas de pièce chez leurs parents pour étudier. Leurs parents n?ont souvent ni le niveau d?étude nécessaire, ni le temps pour les aider. Quand ils se présentent pour un travail, leur nom, l?endroit où ils habitent, la couleur de leur peau sont autant de handicaps supplémentaires. Et pour accéder à un logement, comment peu-vent-ils faire sans emploi ou au mieux avec un CDD ou un contrat d?intérim ? Sans compter que là aussi leur origine leur sera rappelée. Ils le comprennent très vite : ils ne sont pas des Français comme les autres.

Alors d?où viennent ces accès de violence auxquels nous assistons ? Dans notre société, la plupart de ces jeunes subissent des violences quasi quotidiennes, violence d?une vie familiale déliquescente, violence d?une école sans moyens qui ne donne pas sa chance à chacun, violence des discriminations, violence du chômage et de la précarité. Notre société offre à ces jeunes le rêve d?un bonheur par la consommation et dans le même temps, elle leur interdit violemment d?accéder à cette consommation.

Pour eux, l?ascenseur social est un mythe dont ils ne verront jamais la couleur. Aucun jeune ne rêve de passer son adolescence en bas d?une cage d?escalier. Et il faut le constater, nous n?avons encore jamais vu d?émeutes urbaines dans les quartiers bourgeois. Je m?adresse à M. BARIANI entre autres. Aujourd?hui, la cause de tous les maux de tous les quartiers aurait été pour certains un soi-disant laxisme en matière de sécurité. D?autres diront que la politique de la ville est la cause de tous les problèmes. Mais tous ces commentaires éloignent du fond du problème. Ce ne sont pas les quartiers qui sont en difficulté, mais ce sont les gens qui y habitent. Notre système économique a créé une véritable classe de la population qui n?a plus accès au travail. Pas de travail, pas de ressources et des milliers de familles ont tout simplement du mal à se loger, à assurer leur alimentation quotidienne.

Alors oui, il faut pas couper les budgets de la politique de la ville, comme l?actuel Gouvernement a pu le faire, il faut même les augmenter. Oui la sécurité est un droit essentiel pour chaque citoyen. Mais avant tout la question ne serait-elle pas de savoir comment assurer de quoi vivre, tout simplement, à toute une catégorie de la population aujourd?hui largement en dessous du seuil de pauvreté ?

C?est dans ce contexte explosif que Nicolas SARKOZY, candidat à l?élection présidentielle a utilisé sa casquette de Ministre de la République pour jouer les pompiers pyromanes. Après s?être vu traités de ?sauvageons? il y a quelques années, les jeunes aujourd?hui se voient affublés du qualificatif de ?racaille?. A force de jouer au shérif, les jeunes vont réellement se prendre pour des cow-boys à la longue. En demandant l?expulsion des étrangers, même en situation régulière, condamnés à l?occasion de ces affrontements, l?amalgame si cher à M. LE PEN : étranger = délinquant est à son comble. Cela rassure peut-être certains de dire que tous ces jeunes sont étrangers mais la vérité est toute autre, car la plupart sont de nationalité française. Et une société qui n?a pas d?avenir à offrir à ses jeunes est une société malade.

Pour répondre à cette crise, le Gouvernement déterre une loi d?exception datant de la guerre d?Algérie. Je ne peux que regretter un tel signal envoyé à ces jeunes souvent enfants d?émigrés algériens.

Déclarer l?état d?urgence et le couvre-feu dans certains quartiers est un constat d?échec. Le groupe ?Les Verts? y est d?ailleurs farouchement opposé.

Alors M. de VILLEPIN annonce 100 millions d?euros pour les associations. Mais aujourd?hui, après toutes les suppressions, combien ont survécu à l?assèchement des subventions et à la fin des emplois-jeunes, combien de temps pour qu?elles relancent leurs projets ?

Alors, les solutions sont malheureusement connues pour remédier à cette fracture sociale. A quand de véritables moyens humains et financiers dans les écoles des quartiers défavorisés ? A quand le retour des services publics ? A quand une police des discriminations à l?embauche pour l?accès au logement ou en boîte de nuit ? A quand un revenu d?autonomie ? A quand une vraie mixité sociale dans les quartiers aisés ? A quand 20 % de logements sociaux à Neuilly-sur-Seine ? Combien d?émeutes faudra-t-il dénombrer pour se donner les moyens d?intervenir auprès des populations les plus défavorisées ? Combien de jeunes au destin encore brisé ? Combien de personnes en souffrance ? Combien de quartiers à reconstruire complètement ? Attention, il y a urgence, il faut intervenir.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur DUTREY.

La parole est à Jean VUILLERMOZ.

M. Jean VUILLERMOZ. - Merci, Monsieur le Maire, chers collègues.

La spirale des violences, des destructions d?équipements publics et de biens individuels, les attaques contre les personnes dans les quartiers populaires ajoutent un traumatisme à un contexte social déjà marqué par une profonde angoisse.

Disons-le tout net : rien ne peut justifier ces violences et ces destructions. Nous qui agissons pour plus de services publics, nous ne pouvons accepter que l?on détruise des crèches, des écoles, des gymnases, des bus ou des rames de R.E.R., alors que depuis des années le pouvoir réduit les moyens affectés à ces équipements comme il réduit ceux des collectivités territoriales et des associations.

Nous ne pouvons accepter non plus que l?on brûle des véhicules, que l?on dégrade des habitations de surcroît dans des quartiers déjà malmenés où vivent des populations souffrant de la baisse du pouvoir d?achat, du chômage et de la précarité.

Il faut donc d?urgence que cela cesse.

Nous partageons la colère, l?exaspération d?une jeunesse sacrifiée sur l?autel du marché. Comme elle, nous ne supportons plus les insultes ; et il faut dire de ce point de vue que le Ministre de l?intérieur, M. SARKOZY, porte une lourde, très lourde responsabilité dans l?engrenage de la violence par les propos provocants qu?il a tenus, indignes d?un responsable de l?Etat. Et comme cette jeunesse, nous ne supportons plus non plus les humiliations et les délits de faciès. Nous ne supportons l?exclusion à l?école, au travail ou au logement de qualité. Nous ne supportons plus cette misère, cette pauvreté et ce chômage de masse qui sont autant de violences quotidiennes faites aux jeunes depuis plus de 20 ans.

Les événements graves de cette dernière semaine, dont les causes sont connues - je le répète - depuis de nombreuses années, témoignent que nous sommes face à une véritable crise de société et non seulement à une crise des banlieues.

Mais en réponse à l?exigence légitime du rétablissement de l?ordre, le Gouvernement prend la grave responsabilité de faire le choix de l?escalade sécuritaire en décidant du couvre-feu, exhumant pour ce faire la loi de 1955, symbole de la répression et du pouvoir colonial au moment de la guerre d?Algérie.

En décrétant l?état d?urgence? - oui, Messieurs de droite en décrétant l?état d?urgence et son cortège de restriction des libertés publiques, le Gouvernement choisit la logique de guerre de préférence à celle du dialogue. Le message est d?une brutalité accablante pour les jeunes, notamment pour tous ceux issus de l?immigration qui se voient traités comme leurs grands-parents.

Le Premier Ministre fait ouvertement le lien avec l?immigration clandestine dont, je cite : ?La persistance du flux serait en partie responsable des troubles? ; merci, M. LE PEN. Le Premier Ministre va ainsi droit au but quand il annonce s?engager à les reconduire tous dans leur pays. Une telle déclaration signifie clairement que le Gouvernement rétablit insidieusement la double peine.

Sur décision des Préfets, des quartiers entiers vont être ?bunkérisés? livrant l?espace public aux seules forces de l?ordre.

De telles dispositions nous conduisent vers un véritable apartheid social alors qu?il s?agirait au contraire de décréter l?état d?urgence sociale.

Est-ce une réponse aux élus, aux habitants, aux associations, aux acteurs publics qui agissent depuis plusieurs jours avec un sang-froid exemplaire pour tenter de rétablir le calme et permettre à chacun de recouvrer sa dignité par l?action démocratique et citoyenne ?

L?état d?exception proclamé, le couvre-feu, risquent d?anéantir leur travail et d?accentuer la marginalisation dont souffrent les habitants. Depuis 3 ans, ils ont vu disparaître de leurs quartiers, des écoles de leurs enfants, les médiateurs, éducateurs et animateurs dont les emplois ont été supprimés par le Gouvernement.

En matière de prévention, la police de proximité a été purement et simplement supprimée, anéantissant le travail de terrain des équipes de police pour laisser la place aux brigades anti-cri-minalité. C?est l?aveu terrible d?un Gouvernement qui reste sourd à la grave crise de société que connaît notre pays et qui touche des millions de personnes et, parmi eux, les enfants à qui l?on refuse le droit à l?égalité des chances. Ce qui sera encore accentué en les évinçant du système scolaire dès 14 ans.

C?est la réponse d?un Etat, d?un Gouvernement qui a choisi de ne donner aucun espoir pour l?avenir, aucune mesure concrète pour offrir une perspective valorisante aux jeunes, aux habitants de ces quartiers où le tiers est sans emploi.

A Paris, ce sont 250.000 habitants et jeunes qui vivent sous le seuil de pauvreté et plus de 350.000 habitants qui vivent dans des quartiers et connaissent les mêmes souffrances que celles des habitants des villes populaires de la banlieue parisienne.

Dans nos quartiers, combien d?associations se sont vues amputer des subventions de l?Etat ? Combien de classes et d?enseignants supprimés en Z.E.P. ? Combien de services publics disparus ? Combien de chômeurs concentrés dans ces quartiers qui ont le triste record d?avoir un taux nettement supérieur aux 10 % enregistrés sur l?ensemble de la Capitale ?

Alors oui, la Municipalité s?est investie fortement dans ces quartiers en y consacrant plus de 160 millions d?euros cette année. Mais les désengagements successifs de l?Etat en matière de solidarité dont les effets sont amplifiés par la politique libérale du Gouvernement ne font qu?aggraver les inégalités sociales et territoriales.

Le Premier Ministre a annoncé, en forme d?autocritique, le rétablissement des subventions aux associations qui ont été lourdement amputées. Il a fallu ces événements après des luttes importantes de ces associations à Paris, soutenues par Martine DURLACH et les élus de Paris, pour que le bon sens l?emporte. Mais où sont les mesures sociales, éducatives, économiques exceptionnelles qui sont attendues par ces quartiers et leurs habitants ?

Oui, Monsieur le Maire, l?inquiétude est grande parmi les acteurs de terrain et les habitants. Le besoin d?espace, de parole, de dialogue, de rencontres et d?engagements citoyens est très important. Nous pensons qu?il serait bien de saisir ce moment particulier pour aller à la rencontre des habitants, des associations, des acteurs locaux, pour engager le débat sur ces grandes questions que suscitent ces événements et sur les réponses collectives à donner.

Alors pour terminer, Monsieur le Maire, les élus communistes, avec leur parti mais aussi avec toutes les bonnes volontés, nous nous proposons de prendre toutes les initiatives nécessaires pour obtenir du Gouvernement qu?il renonce à l?état d?urgence annoncé par le Premier Ministre le 7 novembre dernier, que des moyens massifs soient dégagés dans ces quartiers notamment pour l?école, l?emploi et la formation, pour le rétablissement et le développement des services publics. Plus globalement et en urgence, il faut un nouveau projet de budget de la Nation pour 2006 qui soit réorienté en faveur de la justice sociale et de la solidarité en accordant de réelles priorités et donc les moyens nécessaires pour l?emploi, l?éducation nationale, les services publics, les associations, le logement public de qualité.

Décrétons l?état d?urgence mais de l?urgence sociale.

(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. GOUJON.

M. Philippe GOUJON. - Monsieur le Préfet, mes chers collègues, ?on ne peut transiger avec la violence. La priorité, c?est le retour à l?ordre républicain. Les bandes doivent être mises hors d?état de nuire, les casseurs doivent être punis?.

Ces paroles engagées n?ont pas été prononcées, comme on pourrait le croire par Nicolas SARKOZY, mais par Jean-Marc AYRAULT au cours du débat sur les violences urbaines à l?Assemblée nationale.

Alors pourquoi, Monsieur le Maire, Messieurs de la majorité de gauche, alors que les événements graves que nous traversons méritent tout autre chose que la polémique, avoir risqué de briser cet élan de cohésion nationale par des propos inutilement agressifs et finalement dérisoires et en vous opposant, Monsieur le Maire, à une mesure pourtant plébiscitée par 73 % de nos concitoyens parce qu?utile ? Parce que la responsabilité de tous les Gouvernements depuis 40 ans, et vous le savez bien, est engagée. Parce que les émeutiers profiteraient de notre division. Et parce que seul, le consensus national peut faire bouger les choses en faveur des quartiers les plus déshérités.

Ne nous y trompons pas, nous faisons face à des individus déterminés, à des bandes structurées, à de la criminalité organisée qui ne recule devant rien pour faire régner le désordre, la violence et gangrener les cités par les trafics et l?économie souterraine. Personne n?a jamais cherché à stigmatiser toute une jeunesse, contrairement à ce que l?on a prétendu avec mauvaise foi, mais seulement une infime minorité qui fait régner la terreur. Qui parmi nous pourrait accepter ou justifier les actes de violence auxquels nous assistons depuis quelques jours ?

Et même si la répression ne peut être la seule réponse, le retour au calme est un préalable non négociable. La République, c?est autant de droits que de devoirs et la loi de la République ne peut pas céder contre la loi des bandes.

Afin de rétablir l?ordre, nous faisons pour notre part confiance à la police, à la gendarmerie, à la justice, comme nous faisons confiance, à l?instar de 56 % de Français, au Ministre de l?Intérieur qui exerce au sein du Gouvernement la plus exposée et la plus lourde des responsabilités.

Le professionnalisme et le sang-froid des forces de l?ordre qui, dans des circonstances très difficiles, ont procédé à de nombreuses interpellations, et ce pour la première fois, forcent l?es-time. Je n?oublie pas leurs 120 blessés.

En dehors de cet hommage que je vous demande de transmettre aux policiers parisiens, Monsieur le Préfet, je me félicite que la reconnaissance de la Nation se traduise aussi par le versement d?une prime exceptionnelle, comme me l?a indiqué le ministre, la semaine dernière, au Sénat.

Je souhaite d?ailleurs, Monsieur le Maire, que l?on procède de même en faveur des sapeurs-pompiers de la Brigade et, là, la Ville pourrait s?y employer, qui sont eux aussi en première ligne et à qui vous avez eu raison de rendre hommage.

Les décisions nécessaires et la résolution affichée par le Gouvernement et le Préfet de police à Paris tout au long de cette crise ont permis à notre Ville d?être relativement épargnée. Il ne s?agit pas là d?un hasard, mais d?une volonté gouvernementale qui s?est déjà traduite par une réforme de la sécurité qui, pour ceux qui ont la mémoire courte, a fait baisser la délinquance à Paris depuis 2002 de 15 %.

J?aurais été heureux d?entendre M. VAILLANT à ce sujet. Peut-être aura-t-il des choses à dire ?

Encore, Monsieur le Maire, faut-il mieux les fidéliser ces fameux policiers de proximité en leur attribuant, par exemple, prioritairement, oui prioritairement, logements, places de crèche et accès privilégié aux aides offertes par la Ville. C?est la seconde raison pour laquelle notre ville a été épargnée. L?exemplarité de la politique sociale et de prévention initiée dans la Capitale par son premier Maire, Jacques CHIRAC, qui en a fait une vitrine pour la France, est prolongée, parfois même accentuée, c?est vrai, par ses successeurs.

A cet égard, les risques de la dévitalisation économique de Paris - certains parlent de muséification, de l?échec de la mixité sociale par le départ des familles moyennes -, et du repliement de Paris en ses murs sont inquiétants pour l?avenir.

L?effort de l?Etat a compté également pour notre Ville. L?accélération par le Premier Ministre des plans de rénovation urbaine et de cohésion sociale répond avec pertinence aux besoins d?éducation, de formation en alternance, d?apprentis-sage, d?accès à l?emploi et au logement (40.000 logements construits en 2000 ; 100.000, en 2005).

C?est le moyen de nous attaquer résolument aux causes de l?épuisement d?un modèle d?intégration dont trop de jeunes ne connaissent que le chômage ou la dépendance des services sociaux et se détournent d?un système éducatif vécu non pas comme un instrument de promotion, mais comme le lieu d?une sélection qui transforme leur destin social en autant d?humiliations personnelles.

La crise sociale qui s?enracine depuis trente ans accentue les discriminations et fixe des limites aussi à notre capacité d?ac-cueil. Et c?est pour mieux intégrer les populations immigrées et leurs enfants qu?il nous faut mieux contrôler les flux migratoires.

Oui, des devoirs existent aussi pour ceux qui ont choisi de séjourner sur notre sol, dont celui, justement, de ne pas participer à des émeutes, justifiant ainsi pleinement l?expulsion des étrangers fauteurs de troubles.

Notre tradition d?accueil, de générosité, de terre d?asile suppose une volonté d?intégration à notre société, un respect de ses principes et de ses règles.

Avant de conclure, vous qui dites vouloir ouvrir Paris sur sa banlieue, Monsieur le Maire - et nous approuvons vos propos -, vous aurez également sans doute à c?ur de manifester la solidarité des Parisiens avec leurs voisins, en allouant une aide exceptionnelle aux communes les plus touchées et en abondant le fonds de solidarité que la Région vient de doter de 20 millions.

La France est blessée. Elle ne se reconnaît pas dans ces rues dévastées, dans ce déchaînement de haine et de violence qui saccage et qui tue. C?est par la justice et la fermeté que nous retrouverons les valeurs qui fondent la République et que la Nation sortira renforcée de cette épreuve et présentera un autre visage de la France.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, je crois qu?il était utile que la représentation des Parisiens s?exprime ce matin dans sa diversité et je vous remercie tous de vous être exprimés, avec vos convictions, certes, mais aussi avec la retenue et le sang-froid que justifie le sujet.

Je veux remercier à nouveau M. le Préfet de police de notre coopération et, surtout, cette situation étant extrêmement préoccupante, appeler à la mobilisation de tous, la mobilisation des élus de proximité et je reste disponible pour tous les maires d?arrondissement, comme je l?ai fait lundi dernier en appelant ceux qui étaient éprouvés par ces violences. Je reste à leur disposition et j?entends que tous les services du service public, qu?ils soient d?Etat ou de la Ville de Paris, coopèrent pour la sérénité et la justice à Paris.

Je vous remercie donc que nous ayons pu nous exprimer dans ces conditions, ce matin.