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Novembre 2005
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2005, DASES 131 - Subvention de fonctionnement à titre exceptionnel de 2.000 euros pour l’année 2005 à l’association “Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons”.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2005


 

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - J?ouvre cette session de l?après-midi du Conseil municipal de Paris en commençant par le projet de délibération DASES 131.

Il s?agit d?une subvention de fonctionnement à titre exceptionnel de 2.000 euros pour l?année 2005 à l?association ?Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons?.

C?est Mme COHEN-SOLAL qui veut interroger longuement Mme Odette CHRISTIENNE.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Je n?interrogerai pas vraiment Mme CHRISTIENNE et ce ne sera pas très long comme intervention.

Je voulais juste dire notre satisfaction de voir cette subvention proposée à l?association ?Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons? parce que ce projet de délibération nous permet de rappeler qui étaient Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons. L?actualité de ces hommes est intéressante par rapport à ce qui passe actuellement dans nos banlieues.

Quelques mots : ces hommes s?étaient dévoués avec la flamme des hussards de la République aux centres socio-édu-catifs mis en place en Algérie et ils allaient de village en village pour lutter contre le sous développement et contre l?analphabé-tisation. Ils ont été assassinés en mars 1962 sur les hauteurs d?Alger à El Biar - j?habitais juste à côté d?ailleurs à cette périodelà - par l?O.A.S. Et il nous faut dire combien ce travail qu?ils faisaient, cette mission à laquelle ils s?étaient dévoués était importante non seulement pour l?Algérie mais pour l?ensemble des populations françaises.

Je voulais donc remercier Mme CHRISTIENNE de nous proposer ce projet de délibération qui nous permet de redire que ces missions de lutte pour l?éducation afin de sortir toutes les populations de la misère sont importantes. C?était important en 1962, c?est très important aussi aujourd?hui.

Je vous remercie.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Madame COHEN-SOLAL. Je dois ajouter à ce que vous avez dit, que l?assassinat de Mouloud Feraoun fait partie de mes premiers souvenirs politiques.

Je donne la parole à Mme CHRISTIENNE.

Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe, au nom de la 6e Commission. - Je remercie Lyne COHEN-SOLAL pour son intervention qui est très bien venue.

Je vous dirai que j?ai été sensible à ce dossier pour ses deux aspects.

Le premier aspect est la volonté d?évoquer la mémoire des faits liés à la guerre d?Algérie et les personnes sacrifiées.

Le deuxième aspect est la volonté de cette association de participer à l?éducation des jeunes et en particulier, mais pas seulement, à l?éducation des élèves issus de l?immigration.

Je veux quand même vous parler un peu de ce qui s?est passé concernant cette guerre d?Algérie. Et on parlerait d?ailleurs indéfiniment de Mouloud Feraoun, ?cet écrivain fier et modeste à la fois?, comme l?a dit Germaine Tillon, dans ?Le Monde? de 1962. Il souffrait de la guerre fratricide et continuait à espérer dans le bon sens, plus fort que la bêtise.

Or, le 15 mars 1962, c?est la bêtise qui s?exprime. Avec cinq autres collègues, tous différents, mais unis par une passion commune, le sauvetage de l?enfance algérienne, ils ont comme objectif l?apprentissage de la lecture et donner un métier à des adultes, permettre au pays de rattraper ce qu?ils appelaient le retard technique, ce que l?on appelle le sous-développement, ils étaient réunis au centre social d?El biar et, à 10 heures 45, un commando delta de l?O.A.S., six hommes, fait irruption. Ils seront fusillés par l?O.A.S. dans la cour.

On s?attache particulièrement à cette haine envers Mouloud Feraoun. Pourquoi cette haine ? Parce que, dit Olivier Roy dans l??Express?: ?ayant reçu le don d?écrire, il avait, lui, un raton, l?audace de l?exercer. Parce qu?il osait conter son enfance pauvre et son pays, son attachement à ses amis et à sa patrie et que cette liberté représentait à elle seule un outrage intolérable et une provocation à l?égard des seigneurs de l?O.A.S.?.

?Mouloud Feraoun aurait d?ailleurs pu aussi bien être condamné à mort au début de la révolution algérienne?, disait Olivier Roy, ?car il ne reniait pas ses amis français. Certes, il n?évitait aucun problème, mais il les résolvait autrement que par des insultes. Ses racines et les nôtres plongeaient dans les mêmes profondeurs. Nous savions sans équivoque assurément que la France et l?Algérie qui comptaient pour lui, pour nous, étaient bien les mêmes?.

C?est avec à l?esprit son histoire, dans le contexte de l?épo-que, que nous avons étudié la demande de l?association des amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons. L?association souhaite en effet participer à la formation des enseignants qui en feraient la demande sur l?histoire du Maghreb et en particulier de l?Algérie.

Cette initiative paraît particulièrement opportune à l?heure où l?article 4, alinéa 2 de la loi du 23 février 2005 impose de façon pour le moins surprenante une modification des programmes scolaires, soit une histoire officielle à l?égard du rôle de la présence française outre mer, notamment en Afrique du Nord.

Nous tenons à rappeler que l?un des rôles fondamentaux des enseignants, quelle que soit la discipline enseignée, mais en particulier à travers les disciplines littéraires comme l?histoire, est de développer l?esprit critique des jeunes, des futurs citoyens. Ils n?ont pas à cautionner et à promouvoir une histoire officielle a fortiori lorsque cette dernière est condamnée par des historiens car tendancieuse.

C?est donc avec conviction que je propose un vote favorable pour que cette subvention modeste, 2.000 euros, soit accordée à cette association.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame CHRISTIENNE.

Je rappelle à ceux qui nous rejoignent, et je les remercie d?être présents, surtout les hommes car, pendant un moment, il n?y avait que des femmes dans l?hémicycle, mais les femmes sont toutes bienvenues aussi, bien évidemment, que nous avons débattu du projet de délibération DASES 131 qui portait sur une subvention à l?association des amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de ses compagnons. Et nous avons eu un échange brillant entre Mme COHEN-SOLAL et Mme CHRISTIENNE.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 131.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2005, DASES 131).