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Avril 1997
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14 - Questions d'actualité (Suite).

Débat/ Conseil municipal/ Avril 1997



IV - Question d'actualité de Mme Laure SCHNEITER à M. le Maire de Paris sur le quartier Saint-Germain-des-Prés.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous revenons à l'examen des questions d'actualité avec la question de Mme SCHNEITER sur le quartier Saint-Germain-des-Prés.
La parole est à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, face à la dégradation du quartier de Saint-Germain-des-Prés, une association indépendante des partis politiques - je tiens quand même à le souligner - " S.O.S. Saint-Germain-des-Prés ", s'est constituée, avec Juliette GRECO comme Président d'honneur.
Voilà longtemps que les habitants du quartier s'indignent de voir le glissement des activités culturelles ou des commerces de proximité vers le commerce vestimentaire de marque, la fripe ou la restauration rapide.
Ils ont décidé de défendre les lieux culturels de Saint-Germain-des-Prés, galeries d'art, artisans, librairies, cinémas, cafés et bien sûr tous les petits commerces utiles aux habitants et ceux qui font le charme du quartier.
Concernant les commerces, comme vous le savez, ce sont les règlements de copropriété qui prévoient les baux commerciaux intégrés à leurs immeubles. Ces baux prévoient ou éliminent les différentes affectations possibles de commerces.
Je suis donc contente, Monsieur le Maire, que vous ayez déjà annoncé que vous alliez dissocier dans la vente du domaine privé, pour les immeubles possédant des commerces dans ce quartier, les commerces des appartements.
La Ville peut aussi contrôler directement l'aspect des façades des maisons. Elle peut donc avoir une influence directe sur l'aspect des boutiques. Cela pourrait éliminer, le cas échéant, un certain nombre de magasins dont les habitants ne souhaitent pas voir s'installer l'enseigne.
L'association demande au Maire de Paris de créer une Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain à Saint-Germain-des-Prés. Cette Z.P.P.A.U. doit néanmoins avoir des règles de protection suffisamment souples pour prendre en compte l'histoire du bâti. S'il faut respecter des normes de sécurité dans tous ces endroits, il est bien évident que l'on ne peut mettre à des normes modernes des bâtiments anciens.
Voilà pourquoi à Saint-Germain-des-Prés, il faut mener une étude au cas par cas, rue par rue, immeuble par immeuble, afin de ne pas chasser artisans et commerçants mais au contraire les encourager.
Au nom de l'association, je demande au Maire et aux élus du Conseil de Paris s'ils sont prêts, comme pour le Faubourg Saint-Antoine, à mettre en valeur Saint-Germain-des-Prés et préserver sa diversité :
- en adaptant le P.O.S. de Paris pour protéger le bâti ancien ;
- en favorisant le dynamisme et le développement des activités en liaison avec le Fonds d'Intervention pour la Sauvegarde de l'Artisanat et du Commerce ;
- en lançant une Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat ;
- en créant un Schéma Directeur d'Amélioration des Espaces Publics ;
- en inaugurant une maison de Saint-Germain-des-Prés pour l'information et la concertation.
Nous demandons également à la Ville d'avoir une politique incitative auprès des copropriétés pour les informer des problèmes de changement d'affectation des commerces, comment ils peuvent procéder afin d'empêcher ou de permettre la venue de tel ou tel commerce.
La Ville l'a déjà fait avec d'assez bons résultats lorsque la rue de la Gaîté, dans le 14e, a été envahie par des projets de sex shops divers et variés.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, quelles mesures comptez-vous prendre face à la dégradation du quartier de Saint-Germain-des-Prés ? Quelle réponse apportez-vous aux propositions de l'association ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Maire ?
M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, Madame, la question d'actualité que vous venez de poser sur le quartier Saint-Germain-des-Prés me donne l'occasion de répondre, et notamment de décrire certaines des actions que la municipalité du 6e arrondissement et son maire n'ont pas manqué d'entreprendre face à la légitime inquiétude d'un certain nombre de riverains devant des phénomènes d'évolution commerciale, que vous avez rappelés dans votre question écrite.
Je dirai tout d'abord qu'en réalité, les Parisiens sont bien évidemment sensibles à l'évolution de Saint-Germain-des-Prés car Saint-Germain-des-Prés était le quartier véritablement à la mode et qui connut son heure de gloire après la Libération. Quand on a eu 20 ans à Saint-Germain-des-Prés après avoir connu les horreurs de la guerre, lorsqu'on a retrouvé la joie de vivre, quand on a dansé dans les caves de Saint-Germain-des-Prés et que l'on a maintenant entre soixante et quatre vingts ans, on y reste bien évidemment très légitimement attaché.
Ceci dit, comparer, comme vous le faites, Saint-Germain-des-Prés et la rue de la Gaité, je trouve que c'est un peu dérisoire, pardonnez-moi.
Saint-Germain-des-Prés, on l'a également comparé à la place Vendôme, ou à la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Sans vouloir faire de peine à mon collègue et ami maire du 8e, je dirai que la comparaison n'est pas bonne car Saint-Germain reste un quartier habité, où un certain nombre d'évolutions se dessinent mais qui ne sont pas plus contestables d'ailleurs que certaines qui sont apparues dans le passé.
Lorsqu'en 1963, le Royal Saint-Germain se vit remplacer par le drugstore Saint-Germain, les réactions des riverains de l'époque furent encore plus fortes et l'arrivée du drugstore apparut comme le symbole de l'américanisme, à cette époque, et suscita donc beaucoup plus de critiques.
En réalité, comme vous le savez, c'est la disparition de la librairie " Le Divan ", dans des conditions qui ont été largement commentées par la presse, qui a suscité le début du mouvement médiatique largement commenté que nous avons vu.
Le Maire de Paris, en liaison avec la mairie du 6e arrondissement, vient de prendre la décision de séparer la cession des lots commerciaux des lots d'habitation, cession des lots commerciaux appartenant au domaine privé. Je crois que c'est une excellente mesure.
Malheureusement, cela ne réglera pas tout car chacun sait que la propriété des murs n'a rien à voir avec le problème des baux commerciaux. Le problème des baux commerciaux est un problème différent qui doit être traité avec beaucoup d'attention. C'est ce que fait mon collègue et ami Jean-François LEGARET.
En réclamant une Z.P.P.A.U. pour Saint-Germain-des-Prés, je pense que vous faites erreur, Madame, car c'est une procédure beaucoup trop lourde et beaucoup trop contraignante qui entraînerait plus d'inconvénients que d'avantages.
En revanche, les services de la Mairie de Paris et son Maire étudient actuellement la possibilité de la création d'un P.O.S. spécifique, qui se situe dans le droit fil de la communication du Maire de Paris sur les quartiers et l'urbanisme à visage humain, et qui visera à mieux prendre en compte les spécificités de Saint-Germain-des-Prés.
Une étude est actuellement menée par des étudiants du Centre de Chaillot, de l'Ecole du patrimoine, qui sont actuellement en train de déposer leurs conclusions et c'est sur ces bases qu'un P.O.S. spécifique sera adopté pour le quartier de Saint-Germain-des-Prés.
L'ensemble de ces mesures prouve que la Mairie du 6e et la Mairie de Paris n'ont pas attendu un certain nombre de manifestations à connotation médiatique et où les ambitions politiques de certains ne sont pas absentes, pour examiner et suivre avec attention les problèmes du quartier Saint-Germain-des-Prés.
Merci, Monsieur le Maire.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur LECOQ.
Simplement deux mots pour dire à Mme SCHNEITER qu'elle ne s'inquiète pas : les requins ne viendront pas dévorer Saint-Germain-des-Prés et Saint-Germain-des-Prés n'oubliera pas ce qu'on a appelé ses " zazous "
Je connais très bien les difficultés (nous sommes en liaison avec M. LECOQ) que rencontrent les commerçants et les artisans de ce quartier quand ils vendent leurs commerces ou quand leurs baux viennent à échéance.
Même si les tours de Saint-Sulpice et le clocher de Saint-Germain sont bien là pour longtemps et même si les universités et les éditeurs continueront à animer le quartier, ces commerces appartiennent aussi à sa mémoire.
Comme Juliette GRÉCO, pour qui j'ai la plus grande admiration, comme vous, comme tous ceux qui aiment Paris, je veux les préserver.
D'ores et déjà j'ai fait examiner des dispositions pour défendre les 69 commerces installés dans les immeubles qui dépendent de la Ville et que nous avons décidés de vendre. M. LECOQ en a parlé tout à l'heure. Les murs des locaux commerciaux sont séparés, comme je l'ai annoncé, de ceux des locaux d'habitation lors de la mise en vente de manière à ce qu'ils puissent être conservés dans le patrimoine municipal et ainsi être fortement protégés.
J'ai également demandé aux services de la Ville d'utiliser tous les moyens juridiques existants pour préserver la pérennité des activités commerciales lors des transferts de fonds de commerce dans ces immeubles.
Par ailleurs, j'ai demandé aux services compétents et à la commission compétente, présidée par un conseiller d'Etat, M. CHAHID-NOURAI, d'examiner la situation particulière lorsqu'il y a fixation de loyer, ce qui n'est pas sans difficulté non plus parce que si le loyer est trop faible, et c'est plutôt vers cela qu'il faut tendre, la vente est plus facile à d'autres repreneurs éventuels, vous voyez bien la difficulté juridique, mais ce n'est pas parce qu'il y a une difficulté qu'il ne faut pas l'aborder, et je pense que c'est dans cet esprit qu'il faut le faire. Il faut donc un loyer modéré quand même, malgré l'astuce que certains utilisent, et on l'a vu dans le passé.
Donc il y aura séparation au niveau de la vente, maintien à la Ville de la propriété, utilisation de tous les moyens pour qu'il y ait maintien d'un loyer modéré, et par ailleurs, je me réjouis de constater que le Ministre de la Culture a annoncé la mise en place de dispositions qui complètent le dispositif que nous avons décidé et qui vont dans le bon sens, et je me réjouis qu'ainsi, entre l'Etat et la Ville, il puisse y avoir une politique commune. L'ensemble de ces dispositions doit garantir l'avenir d'un quartier dont les activités sont inséparables de son histoire et de son patrimoine.
Mais, Madame, pour vous répondre - nous n'allons pas engager un débat tout de suite, mais je réponds bien volontiers à votre question - je demande ici à l'Administration de la Ville, en dehors des mesures de l'Etat et de la Ville que j'ai annoncées tout à l'heure, que le Maire a rappelées, d'étudier de près vos propositions, Paris ne peut pas se passer de Saint-Germain-des-Prés, car c'est un morceau de son identité qui s'en irait, et je vous assure que personne - moi le premier - ne l'accepterait dans cette Assemblée.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
Voilà, Mesdames, Messieurs, je crois que sur ce point il y a unanimité... je m'en réjouis.