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Octobre 2007
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2007, DEVE 164 - Attribution de la dénomination “Square Roger Stéphane” à l’espace vert situé dans le prolongement de la rue Récamier (7e).

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2007


 

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Nous passons à l?examen du projet de délibération DEVE 164 relatif à l?attribution de la dénomination ?Square Roger Stéphane? à l?espace vert situé dans le prolongement de la rue Récamier (7e), sur lequel l?amendement n° 8 a été déposé par le groupe ?Les Verts?.

Monsieur MORELL, vous avez la parole.

M. Alain MORELL. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, il y a une émotion un peu particulière et vraiment du plaisir à appuyer cette délibération d?attribution de la dénomination de Roger Stéphane à un espace public parisien, en l?occurrence un square.

D?abord, c?est une émotion quant au lieu choisi qui convient si bien à l?humanisme, à la fois rêveur et engagé de Roger Stéphane. Je pense qu?en allant désormais se promener dans ce lieu, on pourra y retrouver un peu de l?esprit des conversations qu?il pouvait avoir avec Jean Cocteau, avec André Malraux et tant d?autres. Et avec mon père, également, avec qui, à Combat, il travaillait.

Roger Stéphane était un homme, je le cite, qui croyait à ?l?avènement et à la vertu de l?homme nouveau?. Mais, en même temps, et je le cite à nouveau, ?comme la plupart des hommes?, disait il, ?j?ai, au cours de mon existence, varié, mais une évidence ne m?a guère abandonné, celle de l?égalité, plus précisément de l?égalité des âmes, comme disent les chrétiens. Je crois qu?un homme en vaut un autre, que l?équilibre des vices et des vertus, des qualités et des défauts, est à peu près constant chez tous les êtres. Rien ne m?est plus étranger qu?une sociologie de la hiérarchie ou une psychologie du mépris?.

Et puis, il y a une émotion particulière à le faire ici, en tant qu?élu, dans cette salle où nous siégeons et où il s?illustra avec tant de simplicité et d?ardeur, mais également de lucidité et de détermination durant la libération de l?Hôtel de Ville. Car il eut à ce moment-là un regard détaché et plein d?humour sur cette séquence très connue de la prise de l?Hôtel de Ville.

Je ne résiste pas pour finir au plaisir de le citer à nouveau : ?Oserai-je écrire qu?accéder le jour de son 25e anniversaire au commandement de l?Hôtel de Ville de Paris insurgée a quelque chose de grisant ? Quoi qu?il en soit, je fus grisé?.

Plus loin, il précise : ?Je n?avais bénéficié d?aucune formation militaire. Je demandais si parmi les hommes qui m?avaient accompagné ne se trouvait pas par hasard un officier de réserve qui put m?aider. Quelqu?un se présenta. C?était Jacques Kosciusco-Morizet qui établit un tir de barrage.

Puis, au cours de ces péripéties, j?avais complètement perdu ma voix, mais il est difficile de commander en étant aphone. Alors, je choisis, parmi le groupe de garçons qui m?avaient accompagné, le plus avenant pour me servir de porte-voix. Il ne me quitta plus d?une semelle. Son charme fit merveille. C?était Gérard Philipe que la gloire n?avait pas encore atteint?.

Donnons un peu à Roger Stéphane de cette reconnaissance car la gloire lui importait peu. Mais je ne doute pas que dans notre Assemblée se dessinera une large majorité pour adopter ce projet de délibération.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur MORELL.

Je donne la parole à M. DUMONT.

M. Michel DUMONT, maire du 7e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.

Ma brève intervention débutera par la lecture d?une lettre que j?ai adressée à M. Bertrand DELANOË, Maire de Paris, le 19 septembre, restée sans réponse à ce jour.

Cette lettre est la suivante.

?Le Conseil du 7e arrondissement a été saisi d?un projet de délibération visant à attribuer le nom de Roger Stéphane à l?actuel square Récamier.

Je tiens à vous faire part de la réprobation de notre Conseil qui a fait siens les motifs que je vous exposais dans mon courrier du 5 janvier 2007 resté, lui aussi, sans réponse, quant au choix de l?emplacement.

Vous avez souhaité ne pas répondre à ma lettre et aux arguments qu?elle contenait, comme vous ne tiendrez très probablement pas davantage compte de l?avis du Conseil du 7e arrondissement.

Je regrette vivement cet abandon de tout dialogue de votre part et ce passage en force sur un sujet qui ne peut être que consensuel. L?hommage qu?il convient de rendre à la mémoire du grand résistant que fut Roger Stéphane mériterait d?autres méthodes. Elles ne sauraient pourtant l?entacher?.

Notre position de principe est de ne pas substituer le nom d?une personnalité à une autre et de rechercher systématiquement un site non dénommé pour honorer la mémoire d?une personnalité disparue. C?est dans cet esprit que j?avais proposé d?honorer la mémoire de Roger Stéphane en donnant son nom à différents sites sans nom du 7e arrondissement.

Pour la deuxième fois au cours de cette mandature, je suis contraint d?élever une telle protestation. Le groupe ?Les Verts? propose deux autres sites déjà dénommés, dont le square Boucicaut. Assurément, vous allez vous obstiner dans votre position en arguant que le square Récamier ne porte pas officiellement le nom de Récamier. Il s?appelle pourtant ainsi depuis qu?il a été créé, il y a plus de soixante-dix ans, par l?un de mes prédécesseurs.

Il demeurera sous cette appellation connue de tous, malgré la plaque que vous ferez apposer sur sa porte. C?est dommage pour Roger Stéphane qui sera, de votre fait, privé d?une reconnaissance tout à fait justifiée.

En conséquence, je m?abstiendrai sur la mise en ?uvre de cet hommage au square Récamier.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur DUMONT.

Quelqu?un veut-il défendre l?amendement n° 8 ?

Non, je considère qu?il est défendu et je donne la parole à Mme CHRISTIENNE pour répondre aux deux orateurs et peut-être donner le point de vue de l?Exécutif sur l?amendement n° 8 qu?elle peut n?évoquer que brièvement car personne ne l?a plaidé.

Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe, au nom de la 9e Commission. - Il a été partiellement évoqué par M. le Maire. Donc, je vais y répondre.

Evidemment, comme vous l?avez dit, Monsieur le Maire, débaptiser un square ou une rue dont les noms font revivre le Paris du XIXe ou du début du XXe siècle me paraît difficile.

Aristide Boucicaut qui figure même dans le plus petit dictionnaire des noms propres fut un négociant qui créa le Bon Marché, le plus grand magasin de Paris sous le Second Empire et fut également connu pour ses nombreuses activités philanthropiques.

La dénomination fut attribuée au square par un arrêté préfectoral du 28 octobre 1912 et cet arrêté fait au demeurant référence non pas à un homme, mais à un couple et le monument qui orne le square honore une femme, Mme Boucicaut.

Quant à la rue Velpeau, elle a été créée par un traité entre l?Assistance publique et la Ville de Paris. En 1868, quand l?Assistance publique a vendu le terrain de la Ville sur lequel est installé le square Boucicaut, elle a exigé que le nom de Velpeau, chirurgien célèbre du XIXe siècle qui a formé des générations de praticiens, soit attribué à la rue longeant le square.

Donc, on ne pouvait pas toucher à ces noms qui font partie intégrante de la mémoire de Paris. Et cela se justifierait d?autant moins que rien ne s?oppose à ce que l?on attribue le nom de Roger Stéphane au square qui est proposé car ce dernier n?a jamais reçu de dénomination officielle, comme en témoigne le cadastre, la nomenclature officielle des voies de Paris, la nomenclature des espaces verts.

On ne lèse personne. Mme Récamier ? Je vous avoue que le nom a fait surgir immédiatement le portrait d?une jolie femme peinte par le baron Gérard, puis je me suis souvenue de son salon où se réunissaient d?abord les opposants à Bonaparte et, ensuite, une société brillante sous la Restauration. Cela justifiait qu?une rue porte son nom, comme ce fut le cas pour Mme de Staël, mais pourquoi lui attribuer un square ?

La référence aux dénominations abusives d?espaces dans Paris n?est pas un argument recevable. L?écriture sur des documents commerciaux d?appellations visant à faciliter des repérages géographiques ne doit pas tenir lieu d?actes officiels. Savez-vous comment le guide privé le plus consulté indique ce square sur le plan ? Le square Chaise Récamier. Cette étrange appellation, peu élégante, est une référence pratique, le square jouxte la rue de la Chaise et la rue Récamier. Et avouez que cet amalgame n?a aucun sens pour la mémoire de Paris. Par contre, il y a du sens dans le choix de ce square pour honorer un homme dont on s?étonne qu?il n?ait pas encore eu la reconnaissance des Parisiens. Tout d?abord pour son rôle dans la Résistance et la Libération de Paris. Comme l?a évoqué Alain MORELL, dans la nuit du 19 au 20 août 1944, tout jeune, il prend possession de l?Hôtel de Ville au nom du Gouvernement de la France Libre et il est chargé d?en assurer la défense.

C?est un homme qui, résistant, écrivain, journaliste, fut le conseiller d?hommes politiques et non des moindres dirons-nous, le Ministre de l?Intérieur Adrien Tixier, Edgar Faure, Pierre Mendès France et surtout le Général de Gaulle.

Un homme qui a fondé aux côtés de Michel Debré, Louis Joxe et Pierre Messmer l?association ?Présence du Gaullisme?, un homme qui a fondé ?France Observateur?, un homme qui en 1958 à R.T.F. produit des émissions auxquelles collaborent André Malraux et Georges Duby, un homme qui en 1969 crée l?Agence française de l?Image.

Peut-on oublier sa collaboration régulière au journal ?Le Monde?, à d?autres journaux bien entendu, et surtout le courage dont il fit preuve pour défendre des valeurs qui lui valurent la prison ?

Si ce square a été choisi, c?est en raison de la proximité d?un lieu où il tenait des réunions avec les personnalités du monde politique, littéraire, artistique et des médias. Cela a été évoqué par Alain MORELL. Il est donc bienvenu d?attribuer le nom de Roger Stéphane à ce square.

Comme une précédente Municipalité avait honoré Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, en donnant leur nom à la place jouxtant le Café de Flore, nous espérons qu?après ces informations données (l?amendement n?est pas valable, il n?a donc pas besoin d?être retiré), qu?il ne soit désormais plus fait injure à cet homme par des tergiversations.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame CHRISTIENNE, pour cette très belle réponse.

Monsieur DUMONT, c?est une explication de vote ? Il m?en semble que vous l?avez déjà donnée mais je suis tellement indulgent. Allez y.

M. Michel DUMONT, maire du 7e arrondissement. - Juste un mot. Je crois que Mme CHRISTIENNE, avant de prononcer le mot d?injure, n?a pas écouté avec attention.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Il ne s?agissait pas de vous.

M. Michel DUMONT, maire du 7e arrondissement. Néanmoins dans toute son intervention il était uniquement question de Roger Stéphane. Nous sommes tous d?accord pour honorer la mémoire de Roger Stéphane. Je l?ai dit dans mon intervention et dans ma lettre au Maire de Paris. La seule chose que nous souhaitons est de ne pas choisir un lieu déjà dénommé. Il existe des tas d?autres lieux, j?en ai proposé, malheureusement le Maire de Paris ne m?a pas répondu.

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Les choses sont tout à fait claires.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition d?amendement n° 8 déposée par le groupe ?Les Verts?, assortie d?un avis défavorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition d?amendement n° 8 est repoussée.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 164.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2007, DEVE 164).