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Mars 2001
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2 - Allocution de M. Gilbert GANTIER, Doyen d'âge

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2001


M. Gilbert GANTIER, doyen d'âge, président. - Comme chacun le sait, la tradition veut que la séance soit ouverte par le Doyen d'âge. Il en est donc ainsi.
Nous voici réunis ce matin pour la première séance de la première mandature du XXIe siècle.
Mes premiers mots seront pour féliciter tous nos collègues élus ou réélus membres de notre Conseil et, tout particulièrement, les dames, qui étaient déjà largement présentes et actives au cours des mandatures précédentes, mais qui représentent, parité oblige, près de la moitié de notre effectif.
Je voudrais aussi dire mon amicale pensée à trois de nos collègues : René GALY-DEJEAN, Georges SARRE et Jean TIBÉRI, car ces trois collègues sont ici, avec moi, les derniers représentants du Conseil de Paris de 1971 auquel je me trouvais alors élu pour mon premier mandat.
Pour ma part, ces dernières élections municipales m'ont apporté tout à la fois une bonne et une mauvaise nouvelles.
La bonne nouvelle, bien entendu, a été ma réélection pour un sixième mandat consécutif, témoignant de la confiance que m'accordent depuis plus de 30 ans les électeurs de mon arrondissement. Vous me permettrez de les en remercier ce matin très vivement.
La mauvaise nouvelle m'a été annoncée lundi dernier par notre Secrétaire général, M. THOMAS, qui m'a appelé au téléphone pour m'annoncer que, d'après les examens auxquels il venait de procéder, je me trouvais être le Doyen d'âge de ce nouveau Conseil de Paris, et qu'il m'appartiendrait, en conséquence, d'ouvrir, selon la tradition, cette séance.
Permettez-moi de vous dire en confidence qu'il n'est jamais agréable d'apprendre qu'après une longue carrière, au cours de laquelle on a parfois été l'un des plus jeunes de la promotion - cela m'est arrivé - on en devient le plus âgé. Je me console en constatant que cela témoigne aussi du rajeunissement de notre Assemblée.
Non seulement, en effet, je ne perçois pas encore en moi les stigmates de la grande vieillesse mais, de plus, j'ai pu vérifier que mes trois prédécesseurs en cette fonction appartenaient tous à une décennie qui n'est pas la mienne ! J'observe, en outre, que l'un d'entre eux, le Professeur Lépine, grand savant, inventeur du vaccin anti-polio qui a sauvé beaucoup de nos enfants, et à la mémoire de qui je tiens ici à rendre hommage, a exercé deux fois de suite, à 6 ans d'intervalle, la fonction de Doyen d'âge. Tous les espoirs me sont donc permis pour présider encore notre séance inaugurale de 2007 !
Mais revenons à notre Assemblée.
Il y a 30 ans, lorsque j'y suis entré, nous n'étions que 90 Conseillers de Paris, et encore ce nombre résultait-il d'une décision de 1935, donc relativement récente, car à l'origine de sa création sous sa forme actuelle, en 1871, le Conseil municipal de Paris ne comptait que 80 membres.
Il faut vous dire qu'au cours de notre longue histoire, Paris a toujours connu un destin et un statut particuliers.
Le premier Maire de Paris, Jean-Sylvain Bailly, Député de Paris aux Etats généraux de 1789, fut proclamé Maire le 15 juillet de la même année, ce qui lui valut, deux jours plus tard, de recevoir le Roi Louis XVI à l'Hôtel-de-Ville et de lui remettre la cocarde tricolore qui est devenue l'emblème de la France. Le tableau qui représente cette scène historique se trouve à deux pas d'ici, dans le salon Jean-Paul Laurens.
Bailly ne demeura toutefois Maire que deux ans et ses successeurs n'eurent guère de chance. L'un refusa son élection, un autre fut guillotiné, il y en a même un, Pétion, qui fut mangé par les loups qui étaient alors présents... en dehors même des Assemblées parlementaires !
La fonction disparut ensuite, pour réapparaître fugitivement lors de la Révolution de 1848, puis pour disparaître à nouveau sous le Second Empire.
Durant le Second Empire, comme chacun le sait, le véritable Maire de Paris, ce fut le Préfet Haussmann.
Décidément liée aux moments les plus dramatiques de notre histoire, la fonction de Maire de Paris fut rétablie le jour même de la chute de Napoléon III, le 4 septembre 1870. Elle fut d'abord occupée brièvement par le savant Arago, puis par Jules Ferry, dont le mandat se termina après la sanglante insurrection de la Commune. Elle disparut à nouveau après la reprise en main de la Capitale par le pouvoir central et la nomination, le 5 juin 1871, au poste de Préfet de la Seine, de l'économiste Jean-Baptiste Say. Peu de temps auparavant, en effet, le Gouvernement d'Adolphe Thiers avait promulgué, le 14 avril 1871, une loi qualifiée elle-même de "provisoire", comme le Gouvernement qui la promulgua, mais qui devait rester en vigueur plus de cent ans puisqu'elle établissait ce qui devait être le statut de Paris sous la IIIe République, puis sous la IVe, et même sous la Ve, jusqu'à ce que M. GISCARD d'ESTAING décidât de modifier ce statut.
La loi de 1871, texte de circonstance né de la terreur qu'avaient provoquée les excès sanguinaires et les incendies de la Commune, supprimait la fonction de Maire de Paris et confiait les responsabilités municipales à deux Préfets, le Préfet de la Seine et le Préfet de police. Paris était donc administré directement par le pouvoir central. Il y avait, certes, 20 mairies d'arrondissement, tout comme aujourd'hui, et à l'intérieur de chacune d'elles un personnage que l'on appelait "Monsieur le Maire", mais qui n'était pas élu, seulement nommé par arrêté du Ministre de l'Intérieur, et ce n'est donc que par un abus de langage qu'il bénéficiait d'un titre en vérité usurpé.
Quant aux 80 Conseillers municipaux réellement élus, eux, par les Parisiens, la loi de 1871 ne leur laissait que des pouvoirs restreints : voter le budget préparé par le Préfet de la Seine et lui poser des questions au cours de trois brèves sessions annuelles. Jusqu'en 1977, les élus de Paris n'avaient même pas le pouvoir de marier leurs concitoyens. Telle était encore notre situation lorsque je suis entré dans cette maison en 1971.
C'est en effet seulement après les élections présidentielles de 1974, et à l'instigation d'un certain nombre de nos collègues, en tête desquels il convient de citer Jacques DOMINATI, que le Président de la République et le Gouvernement de l'époque décidèrent de doter Paris d'un statut se rapprochant de celui des autres communes de France.
Le projet de loi fut défendu au Parlement par notre collègue Pierre-Christian TAITTINGER, dont je salue la présence avec nous ici ce matin, qui était alors Secrétaire d'Etat à l'Intérieur.
Le projet devint la loi du 31 décembre 1975, qui disposait que la Commune de Paris était administrée par un Maire élu par 109 Conseillers de Paris eux-mêmes élus par les Parisiens au suffrage universel. La loi décidait également que le Département de Paris était administré par le Préfet de Paris et par un Conseil général dont la fonction de Président revenait tout naturellement au Maire de Paris.
Quant aux élus de Paris, depuis la réforme de 1964 qui avait divisé le Département de la Seine en 4 départements autonomes, ces Conseillers portaient désormais le titre de Conseillers de Paris qui leur fut conservé et qui est toujours le nôtre, mes chers collègues, puisque nous sommes tout à la fois Conseillers municipaux de la Commune de Paris et Conseillers généraux du Département de Paris. Comme vous le voyez, il s'agit d'un cas de cumul tout à fait autorisé et même recommandé par la loi.
La loi de 1975 n'a toutefois rien changé au statut de 1871 pour ce qui concerne les pouvoirs de police. Ceux-ci appartiennent donc toujours exclusivement au Préfet de police nommé en Conseil des Ministres. Ce point fait d'ailleurs débat, un certain nombre d'entre nous faisant valoir que, dépourvu de tout pouvoir de police, le Maire de Paris n'est pas en mesure d'assurer la sécurité de ses concitoyens, la propreté de nos rues, la fluidité de la circulation, etc., toutes choses qui ressortissent en effet du domaine du Préfet de police.
Mais comme vous le savez cette répartition des pouvoirs est de la compétence exclusive de la loi, ce n'est donc pas ici que nous pourrons en débattre, même si notre avis sur ce point ne manquera certainement pas d'être pris en considération par le Gouvernement et par le Parlement qui auront à en décider.
Le statut de Paris souleva de nouveau des problèmes politiques au début des années 80. Je vous rappelle que François Mitterrand ayant été élu Président de la République en mai 1981, M. Jacques CHIRAC avait été élu auparavant Maire de Paris, en mars 1977. Divers projets de modification du statut de Paris furent alors évoqués en prévision des élections municipales de mars 1983. L'un de ces projets - dont la presse se fit largement l'écho à l'époque - prévoyait même expressément la suppression de la fonction de Maire de Paris. Ce projet ne rencontra pas le succès attendu par ses promoteurs.
Finalement la loi du 31 décembre 1982 modifia une fois encore le statut de Paris, mais d'une autre façon, en augmentant encore le nombre des Conseillers de Paris et en créant dans chaque mairie d'arrondissement un Conseil d'arrondissement, lui-même élu au suffrage universel et susceptible par conséquent de constituer avec les élus au Conseil de Paris de chaque arrondissement une sorte de contre-pouvoir au pouvoir du Maire de Paris.
C'est toujours ce texte qui gouverne le fonctionnement de Paris. Le nombre des Conseillers de Paris ayant été porté par cette loi de 109 à 163 et les Conseillers d'arrondissement étant élus dans chaque arrondissement en nombre double de celui des Conseillers de Paris élus par ce même arrondissement, c'est donc au total, mes chers collègues, 489 élus qui représentent aujourd'hui l'ensemble des Parisiens.
Est-ce trop ? Je ne me prononcerai pas sur ce point et je sais d'autre part combien il est difficile de revenir sur les concessions déjà faites au suffrage universel. J'observerai cependant qu'à 90 Conseillers seulement, pendant ma première mandature, nous avons déjà engagé un programme écologiste avant la lettre. Je pourrais citer de nombreux exemples, j'en citerai très peu. Nous avons par exemple sauvé dans le 14e arrondissement la Cité fleurie de la pioche des démolisseurs, nous avons lutté contre les immeubles de grande hauteur qui commençaient alors à envahir Paris et nous avons amélioré la circulation, etc.
Je ne doute pas, mes chers collègues, qu'au cours de cette nouvelle mandature, les élus de Paris anciens ou nouveaux auront à coeur de poursuivre l'oeuvre entreprise par nos prédécesseurs pour conserver à notre Ville toute la beauté qu'elle a hérité de sa longue histoire, pour la rendre plus vivable pour ses habitants, plus accueillante pour ceux qui la visitent, et aussi pour qu'elle continue à se développer harmonieusement au cours du troisième millénaire comme elle l'a fait le plus souvent au cours des deux premiers.
La tâche qui attend notre futur Maire, qui attend notre Municipalité, qui attend l'ensemble de notre Assemblée municipale et départementale est donc immense. Cependant elle est assez bien connue de tous puisqu'elle a fait l'objet de programmes électoraux que nous n'aurons garde d'oublier.
Dans le domaine de la vie quotidienne, nous avons tous recueilli, au cours de la récente campagne électorale, les revendications de nos concitoyens dans des domaines aussi terre-à-terre que, par exemple, la propreté de nos rues et de nos trottoirs. Il est inadmissible que tant de personnes abandonnent encore dans la rue leurs vieux matelas ou leurs sacs poubelle alors qu'il existe des services municipaux efficaces pour prendre en charge tous ces objets.
Est-il convenable que des immeubles récemment ravalés à grands frais soient de nouveaux souillés de graffiti un mois plus tard ?
Amoureux de Paris, le poète Léon-Paul Fargue ne se lassait pas de s'y promener. Il le raconta dans un livre célèbre : "Le piéton de Paris". Pourrait-il encore arpenter nos rues alors que le moindre déplacement requiert une attention vigilante pour savoir où il convient de mettre le pied ?
Sans doute s'agit-il là de problèmes d'une grande trivialité qui n'atteignent pas le niveau de la grande politique, mais qui empoisonnent notre vie quotidienne et compromettent la réputation internationale de Paris. Il conviendra donc d'y porter remède. L'exemple récent de New York témoigne que cela est dans le domaine des choses possibles.
La sécurité constitue également une revendication fréquente de nos concitoyens. La grande délinquance doit certes demeurer du ressort exclusif du Préfet de police, mais est-il acceptable par exemple que des personnes âgées qui se sont rendues à la Poste pour toucher leur pension, soient agressées sur le chemin du retour ? Est-il normal que certains de nos concitoyens hésitent à prendre le métro après 8 heures du soir ? En un mot, convient-il de solliciter des pouvoirs publics l'autorisation de créer une véritable police municipale compétente sur tous ces problèmes de sécurité quotidienne ? C'est certainement l'un des problèmes dont nous aurons à débattre.
Je n'évoquerai que très brièvement les problèmes sociaux parce qu'ils pourraient appeler de très longs développements mais je dirai que pour conserver à Paris une population jeune, gage de l'avenir de notre cité, il faut notamment aménager dans tous les quartiers des crèches afin que les jeunes ménages puissent y déposer leurs enfants...
(Applaudissements sur tous les bancs de l'hémicycle).
... merci. Une démographie jeune et dynamique constitue le meilleur gage de renouveau pour notre Ville et il nous faut dans ce domaine aider de notre mieux les familles.
Les difficiles problèmes de la circulation sont aussi l'un de nos soucis quotidiens. Méfions-nous toutefois dans ce domaine des solutions toutes faites ou stéréotypées. Je rappellerai seulement qu'en 1977, poussée par de bonnes âmes écologiques, et contre mon avis d'ailleurs, la Municipalité fraîchement élue de Paris avait décidé de rendre piétonne - ce n'est qu'un exemple - la rue de Passy, l'une de principales artères commerçantes de mon quartier... et oui, une artère commerçante, mes chers collègues ! Il fallut très vite faire marche arrière parce que c'était une fausse solution mais, permettez-moi de le dire, une vraie sottise.
Je citerai un autre exemple de ce qu'il ne faut pas faire : nos prédécesseurs avaient consacré pas mal d'argent de la Ville pour aménager un passage souterrain au droit du pont du Carrousel sur le quai Voltaire. On a tout récemment dépensé pas mal d'argent du contribuable pour reboucher ce souterrain qui existait et qui supprimait l'inconvénient d'un feu rouge. Cela me rappelle un peu trop, vous savez, l'histoire du sapeur Camembert qui chargeait un soldat de faire un trou pour que le suivant le rebouche. Améliorer la circulation ne veut pas dire "embêter" systématiquement l'automobiliste parisien, il y a, croyez-moi, d'autres solutions.
J'ai pris bonne note enfin que les divers programmes électoraux qui nous ont été soumis s'engageaient à ne pas augmenter la fiscalité parisienne.
Nous saurons le rappeler en cas de dérive, car il est essentiel que Paris soit une ville financièrement bien gérée, que la dette publique ne s'y aggrave pas, et même si possible qu'elle soit réduite.
Pour conclure, mes chers collègues, je voudrais seulement effleurer des problèmes dont l'importance ne vous échappera pas, je veux dire la place nationale, la place internationale de Paris tout au long de ce nouveau siècle qui commence.
Sur le plan national, je vous rappellerai que Paris est un cas unique puisque c'est la seule commune département de notre pays. C'est sans doute aussi la raison pour laquelle Paris échappe à toutes les lois sur l'intercommunalité qu'ont préparées et qu'ont fait voter nos divers gouvernements depuis plusieurs décennies.
Mais, et c'est une évidence qui n'échappera à personne, Paris ne saurait vivre repliée à l'intérieur de son boulevard périphérique. D'ailleurs, elle ne le fait pas.
Paris fait traiter à l'extérieur ses ordures ménagères. Les aéroports, gérés par Aéroports de Paris, sont évidemment tous situés loin du centre de la Capitale. Le Syndicat des Transports parisiens est un établissement public de l'Etat, etc.
Il conviendrait, mes chers collègues, dans l'intérêt même de Paris et des Parisiens, de mieux organiser, de préciser la place de notre ville au sein de l'énorme conurbation dont elle constitue tout à la fois le centre et le c?ur.
C'est une réflexion difficile, je le sais, mais elle est nécessaire, et il ne serait pas convenable que les élus de Paris soient exclus de cette réflexion.
Il convient enfin de réfléchir à la place de Paris et de sa région à l'intérieur d'une Europe qui ne connaît plus de frontières et qui possédera même dans moins d'un an sa propre monnaie.
Paris a été jadis le centre du monde cultivé, la Capitale universelle de la mode, de l'élégance, de la création artistique. Mais Paris est à présent sévèrement concurrencée par la mode italienne, par les marchés de l'art de Londres ou de Genève.
On se souvient peut-être de cette troublante carte du développement économique européen qu'avait dessinée naguère la D.A.T.A.R. Cette carte avait la forme d'une sorte de banane partant de la Région londonienne, couvrant les Pays-Bas, la Rhénanie, la Bavière et qui rejoignait le Milanais en évitant la Région parisienne.
Or, Paris ne peut pas se désintéresser de sa place dans l'Europe des industriels, des financiers et des marchands, faute de quoi, mes chers collègues, les plus jeunes et les plus dynamiques de sa population n'hésiteront pas à nous quitter.
Cela aussi est de la compétence et de la responsabilité du futur Maire de Paris, de notre future Municipalité.
Mes chers collègues, vous le voyez, ce ne sont pas les sujets de réflexion à court, à moyen ou à long terme qui nous manquent, et je forme le v?u que cette mandature qui commence et dont vous allez être les animateurs, marque un tournant positif et constructif dans l'évolution millénaire de notre Ville.
Je vous remercie d'avoir suivi ce discours de Doyen d'âge qui dépasse peut-être les limites de temps généralement accordées à ce genre littéraire, mais je suis certain que vous me pardonnerez parce que je suis né à Paris, j'ai fait mes études à Paris, je vis à Paris, mes enfants sont nés à Paris, et je suis un passionné de Paris.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'hémicyle).