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Fevrier 1999
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5 - 1999, ASES 11 G - Subvention d'investissement exceptionnelle à l'association " Abritoit ", 29, avenue de Choisy (13e). - Montant : 150.000 F

Débat/ Conseil général/ Février 1999


M. CHÉRIOUX, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération ASES 11 G relatif à l'attribution d'une subvention d'investissement exceptionnelle de 150.000 F à l'association " Abritoit ", sise 29, avenue de Choisy, dans le 13e.
La parole est à Mme Liliane CAPELLE.
Mme Liliane CAPELLE. - Merci, Monsieur le Président.
Monsieur le Président, mes chers collègues, le projet de délibération qui nous est présenté a pour objet l'attribution d'une subvention d'investissement à l'association " Abritoit " qui vient en aide depuis sa création en 1994 aux personnes démunies et atteintes du SIDA et pour un certain nombre d'entre elles, toxicomanes. Elle oeuvre à la réinsertion de ces personnes en leur procurant d'abord un logement et en leur faisant ensuite bénéficier d'un suivi individuel.
Le soutien aux associations comme " Abritoit " doit être encouragé. D'une manière générale, dans l'incertitude qui existe quant aux développements ultérieurs de l'épidémie de SIDA, avec toutes les interrogations qui se posent quant à l'efficacité à moyen terme des innovations thérapeutiques, nous devons maintenir la totalité de nos moyens consacrés à la lutte contre cette maladie.
L'arrivée des trithérapies en 1996 et l'euphorie qui a suivi ont créé le risque d'une démobilisation générale en matière de lutte contre le SIDA. Croyant la maladie vaincue, le public, le premier, a tendance à se détourner et à restreindre ses dons. Toutes les associations qui font de l'hébergement, du suivi à domicile, de la prévention ou de l'information pourraient demain avoir à se débattre dans de graves problèmes financiers.
Il y a un an, lors d'un forum de l'association " AIDES ", plusieurs intervenants avaient pourtant attiré l'attention sur l'aggravation de l'épidémie de SIDA dans les quartiers défavorisés. A cette même occasion, le secrétaire général de l'A.P.-H.P., Jean de SAVIGNY, avait concédé que " beaucoup de progrès " restaient à faire dans l'accueil et la prise en charge des malades toxicomanes, en soulignant la nécessité d'assurer une prise en charge continue de ces personnes atteintes par le V.I.H.
La baisse du nombre de malades hospitalisés ne doit surtout pas être un prétexte pour diminuer les moyens affectés au traitement et à la lutte contre cette maladie. Tout au contraire, il nous faut maintenir, voire amplifier nos efforts et à tout le moins les adapter à la nouvelle donne du SIDA. L'épidémie se diffuse et se déplace, touche de plus en plus les catégories démunies et gonfle les besoins d'accompagnement social.
Avant tout l'incitation au dépistage volontaire est devenue un véritable enjeu de santé publique. Trop de patients atteignent la maladie sans connaître leur séropositivité.
Si on estime à 30.000 en France le nombre de personnes qui sont atteintes par le V.I.H. et qui ne le savent pas, tout le monde convient que l'accès au dépistage des personnes en situation de précarité est particulièrement difficile. En outre, les relais et les lieux de suivi de ces patients après le dépistage sont en nombre insuffisant. Nous avons donc besoin de structures d'accueil et de soins spécifiques adaptées.
Nous sommes donc en faveur du développement de lieux du type " Abritoit ". Etant précisé cependant que ce développement doit avoir, comme préalable " le début " du " commencement " d'une planification globale qui est inexistante à Paris. Centres de substitution, centres d'accueil pour les toxicomanes atteints du V.I.H., centres d'hébergement pour les publics les plus défavorisés : tous se concentrent le plus souvent dans les arrondissements populaires de l'Est parisien. Or, c'est un non-sens de localiser ce type d'établissements dans les mêmes zones et dans les zones les plus populaires de notre ville, alors que dans l'intérêt de ces personnes, comme dans celui des populations avoisinantes, tout indique que nous devrions les installer de manière plus équilibrée de part et d'autre de la Capitale.
Pour conclure, les élus du groupe du Mouvement des citoyens souhaitent que les instances parisiennes restent particulièrement vigilantes sur le dossier du SIDA. Ils les invitent à s'adapter à la nouvelle demande constituée par un public de patients souvent démunis, et dans certains cas, désinsérés, et à risque. Mais ils en profitent pour réitérer leur souhait que tous les lieux qui leur seront destinés, tout comme dans tous les centres sociaux d'une manière générale, ne soient pas systématiquement juxtaposés les uns à côté des autres, afin de ne pas imposer aux seuls arrondissements populaires l'accueil de ces populations très vulnérables.
Je vous remercie.
M. CHÉRIOUX, président. - Merci. La parole est à M. LAFAY pour répondre à Mme CAPELLE.
M. Philippe LAFAY, vice-président, au nom de la 5e Commission. - Je suis d'accord sur l'ensemble de votre intervention, Madame, sauf quand vous dites - et je ne peux pas laisser passer cela - qu'il n'y a pas de planification. Vous dites que la planification est inexistante à Paris concernant le SIDA. Or, depuis plus de dix ans, la Ville conduit une politique très active et très diversifiée en faveur de la lutte contre le SIDA.
C'est une politique qui s'inscrit depuis 1996 dans le cadre d'une convention passée avec l'Etat. Cette politique s'est efforcée constamment de prendre en compte les besoins des malades et de s'adapter aux évolutions, aux progrès de la thérapeutique.
Trois grands axes continuent d'être privilégiés :
- planifier. D'abord c'est l'information qu'il faut poursuivre bien sûr, comme vous le savez, avec vigueur, afin que la contamination par le V.I.H. baisse de façon significative ;
- le dépistage ensuite, afin que les personnes nouvellement contaminées puissent entreprendre, dans les délais les plus courts, les traitements appropriés ;
- l'accompagnement social, et c'est le sujet du projet de délibération, afin que ces personnes qui se trouvent souvent dans des situations de grande précarité puissent être accompagnées.
Pour de nombreuses autres actions, l'effort de la Ville repose en grande partie sur un partenariat étroit avec les associations, signataires avec la collectivité de conventions d'objectifs qui définissent strictement le cadre de leurs interventions ainsi que les financements qui leur sont accordés en contrepartie.
Ces conventions ont toutes été soumises pour approbation au Conseil de Paris, et elles prévoient que c'est à lui qu'il revient, chaque année, de déterminer le montant des aides accordées aux associations, au vu des projets qu'elles sont tenues de présenter.
Ce dispositif conventionnel permet ainsi de contrôler étroitement l'action de ces associations et d'adapter l'effort de la Ville, aux évolutions récentes de l'épidémie.
Sur ce dernier point, il y a lieu de souligner que, si grâce aux trithérapies les personnes contaminées par le V.I.H. sont moins nombreuses à développer la maladie que par le passé, le nombre de malades en grande dépendance reste significatif, d'autant que leur durée de vie augmente.
Les dispositifs existants, tels ceux d'Abritoit, en faveur du logement, conservent toute leur utilité. Ils font, au demeurant, l'objet d'une réflexion commune avec les services de l'Etat et les associations concernées afin de déterminer les adaptations futures dont ils pourraient bénéficier.
Vous voyez, Madame, que la collectivité parisienne est toujours vigilante dans le domaine du SIDA. Je vous remercie, Monsieur le Président.
M. CHÉRIOUX, président. - Je voudrais remercier Mme CAPELLE d'avoir bien insisté sur le fait que bien qu'il ne fasse plus autant l'actualité, le SIDA est encore là. Et il y a encore beaucoup à faire pour le combattre.
Je voudrais simplement ajouter deux choses :
- la première, c'est que compte tenu des résultats de la trithérapie, il y a de plus en plus de personnes qui sont en état de travailler, et par conséquent, se posent des problèmes de formation, de stages, et d'aides aux stages, pour les personnes qui sont à nouveau en état de s'intégrer dans le monde du travail.
Il y a certainement un effort à faire de ce côté-là.
Deuxième chose : je voudrais me réjouir de ce que vous avez dit au sujet du dépistage.
Je me permets de vous rappeler, vous ne l'avez peut-être pas su à l'époque, qu'en 1993, j'avais fait voter, par le Sénat, le dépistage systématique. Je n'ai pas été suivi. Le texte n'a pas été voté tel quel par l'Assemblée nationale.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 11 G.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1999, ASES 11 G).