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Mai 2010
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2010, VI - Question d'actualité posée par M. Georges SARRE à M. le Maire de Paris relative à la solidarité de Paris avec le peuple grec.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2010


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je passe à la question suivante, qui est de M. Georges SARRE.

M. Georges SARRE, adjoint. - Monsieur le Maire, chers collègues, Paris est la capitale de la France. Ce rappel presque tautologique énonce un rôle particulier pour notre ville, donc notre collectivité. Si comme le disait le Général de Gaulle, "il existe un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde", alors ce pacte existe entre Paris et le monde, a fortiori entre Paris et l'Europe.

Hier, le 9 mai, notre collectivité célébrait le rêve européen selon les uns, le mythe européiste selon les autres. Aujourd?hui, on ne peut pas s'affranchir de regarder en face la réalité européenne.

Une digue a dû être érigée hier face à un tsunami spéculatif contre l'euro, tant sont béantes les fissures d'un édifice européen bâti cul pardessus tête, sans les peuples.

Ceux qui voulaient faire porter aux seuls Grecs la responsabilité de la crise qui les frappe sont ainsi démentis par l?ampleur européenne de ce coup de semonce.

"Le peuple grec se sent humilié, victime d'une injustice flagrante ; on les accuse de tous les maux : fainéants, fraudeurs, irresponsables..." a déclaré mon ami COSTA-GAVRAS.

Il faut, chers collègues, réparer ce sentiment d?humiliation. Il faut redoubler de fraternité avec le peuple grec. Parce que c?est un peuple frère, comme tous les peuples, et de surcroît le dépositaire d?une part considérable de notre civilisation. La sensibilité, l?imaginaire du peuple français, et de nos voisins, sont nourris de mythes grecs : Ulysse, Thésée, ?dipe?

La bravoure grecque est continue à travers les âges, depuis Léonidas et ses 300 Spartiates, jusqu?à la résistance héroïque des Grecs en 1940 qui, six fois moins nombreux que les Italiens, repoussèrent pourtant les légions mussoliniennes.

Et l?héritage culturel contemporain : Manos HADJIDAKIS, Katina PAXINOU, Irène PAPPAS, Melina MERCOURI, Maria CALLAS !

Alors quoi, Paris, la ville lumière, la capitale politique et culturelle de la France, resterait muette au cri de douleur du peuple grec ?

J?ai appris que le v?u que j?avais déposé ne serait pas voté. Nous en reparlerons. Mais il ne sera pas dit, au moins, que des paroles de respect et de solidarité envers le peuple grec n?auront pas été prononcées dans l?hémicycle du Conseil de Paris.

En ce 10 mai, vingt-neuvième anniversaire de l?élection de François Mitterrand, je dédie cette question à notre ami Mikis THEODORAKIS, qui composa la musique de "Changer la vie", l?hymne du parti socialiste.

Que les Grecs et tous les Européens gardent l?espoir : un jour, l?idéal de fraternité, d?égalité, de justice, l?idéal républicain et socialiste, soufflera à nouveau sur l?Europe, une Europe des peuples, une Europe de progrès partagés.

J?aimerais que ce souffle se lève à Paris. Pouvez-vous y concourir ?

Telle est ma question, Monsieur le Maire.

M. LE MAIRE DE PARIS. - M. SCHAPIRA va répondre, mais si j'ai bien compris, vous me lancez un défi : relever le souffle socialiste et tout cela, d?autant que j?ai bien, comme vous, connu Mikis THEODORAKIS, mais je ne voudrais pas rallonger nos travaux qui doivent être consacrés aussi à la vie quotidienne des Parisiens.

Pierre SCHAPIRA ?

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - Monsieur le Maire, j'ai bien écouté Georges SARRE. Il a notamment remué notre nostalgie, qu'un certain nombre d'entre nous ne peuvent pas connaître? Ceux qui ont moins de 30 ans, évidemment !

(Rires).

Mais, si je comprends bien l'essentiel de notre v?u, vous aspirez principalement à l'expression d'une solidarité réelle avec le peuple grec, dans une grande crise qu'il subit déjà depuis plusieurs mois et, de manière tragique, depuis quelques jours avec la mort de 3 personnes.

Chers collègues, sachez que le Maire de Paris s'est déjà adressé à son homologue d'Athènes, Nikitas KAKLAMANIS, en lui exprimant dans une lettre l'entière solidarité de Paris. Paris n'est donc pas restée muette.

Je révélerai également que nous avons un accord d'amitié et de coopération, signé en l'an 2000 avec le maire d'Athènes et nous avons eu des liens notamment culturels avec par exemple la grande exposition au Grand Palais sur le mont Athos, que le Maire de Paris a inaugurée avec le Premier Ministre de l?époque et la Ministre des Affaires étrangères, ancienne maire d?Athènes. Lors de son dernier voyage, le Maire de Paris a proposé au maire d'Athènes de travailler à la restauration de l'ancien Jardin royal mais, compte tenu des événements de décembre 2008 déjà, les Grecs, la mairie d'Athènes a suspendu nos projets.

Nous avons donc la base pour relancer des coopérations mais à la demande évidemment de la Municipalité d'Athènes quand celle-ci sera de nouveau en situation de faire des propositions. Comme vous le savez, ce qui guide la coopération, c'est toujours l'appropriation et le partenariat.

Pour le reste, et vous l'avez souligné, c'est un débat qui concerne l'Europe toute entière, l'ensemble des Etats qui la composent, son organisation. Il faut souligner le fait que ses décideurs ont, cette nuit, commencé à montrer des signes d'un retour à un volontarisme politique que nous avons attendu trop longtemps. Je rappelle que c'est par plus d'Europe qu'on résoudra les crises et pas par moins d'Europe, et que les pères fondateurs nous disaient que c'est par des réalisations concrètes que nous obtiendrons une solidarité de fait.

Voilà ce que je voulais vous dire.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, M. LELLOUCHE, qui est conseiller de Paris, mais qui est Ministre des Affaires européennes me demande la parole. Ce qui prouve que, quand le Conseil de Paris se prend pour l'Assemblée nationale, on ne s'occupe pas du stationnement ou des logements sociaux !

Je vais, parce que je ne peux pas le refuser à M. LELLOUCHE, lui donner la parole une ou deux minutes, mais il faut que nous soyons à notre niveau, si cela ne vous dérange pas.

(Brouhaha).

Et voilà ! Mais non ! Ce n?est pas possible !

Qu?est-ce qu?il y a encore ?

Non, je ne t?ai pas donné la parole.

M. Sylvain GAREL. - Ce n?est pas parce qu?il est Ministre qu?il peut prendre la parole.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Il est Ministre des Affaires européennes !

(Brouhaha).

Soyons un peu?

Tout à l'heure, j?ai bien donné la parole à une maire d?arrondissement !

(Brouhaha).

Vous savez que cette assemblée...

Cela ne me fait pas rire du tout !

J'ai demandé vainement aux présidents de groupe, à tous, de prendre leurs responsabilités par rapport à ces dérives. Je redis à l'adjoint chargé de ces questions, mon ami François DAGNAUD, et aux cinq présidents de groupe : "Proposez-moi en responsabilité, tous les six, des règles de vie qui font qu'on traitera des sujets dont on doit traiter". Mais reconnaissez que tout le monde prend sa part, tout le monde sans exception, à parfois des déplacements d'orientation de nos sujets.

Donc, Monsieur LELLOUCHE ? Rapidement.

M. Pierre LELLOUCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Je ne suis vraiment pour rien dans les dérives que vous dénoncez. Puisque la question a été soulevée et qu'elle est en plein dans l'actualité, je pense que M. SARRE a raison quant à ce qu'il a dit sur la nécessaire solidarité avec la Grèce.

Je voulais simplement dire à M. SARRE et à M. SCHAPIRA que, si la Ville est solidaire par l'intermédiaire de ses élus, le Gouvernement, depuis plus de trois mois et demi, a tout fait pour mobiliser le reste de l'Union européenne dans un geste de solidarité avec la Grèce, ce qui a été obtenu puisque le paquet de soutien a été mis en ?uvre il y a plus d'une dizaine de jours déjà et hier, en effet, comme le rappelait M. SCHAPIRA un mécanisme beaucoup plus large a été mis en place.

M. LE MAIRE DE PARIS. - N?entrez pas dans le détail, Monsieur !

M. Pierre LELLOUCHE. - Je voulais simplement dire, puisque la question de la Grèce a été soulevée à ce moment et que nous venons ensemble, Monsieur le Maire, de célébrer le soixantième anniversaire de la déclaration Schuman, que le Gouvernement a aussi sa part dans la solidarité avec le peuple grec.

(Applaudissements).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Chers collègues, merci à tous.

Je vous en supplie, cette assemblée, le Conseil de Paris aura toute sa force s'il ne se prend pas pour l'Assemblée nationale. A l'Assemblée nationale et au Sénat ...

(Brouhaha).

Pourquoi vous agitez-vous ? Pourquoi ? S'il y en a un qui ne confond pas les rôles, c'est bien moi qui ai refusé de cumuler ma fonction municipale avec une fonction de parlementaire !